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Sous la grande roue

Publié le par Yv

Sous la grande roue, Selva Almada, Métailié, 2019 (traduit par Laura Alcoba)....

Les corps de deux adolescents gisent sous la grande roue de la fête foraine. Pajarito Tamai et Marciano Miranda, fils de deux ennemis violents. Pourtant les deux jeunes hommes furent amis, avant de se brouiller sans bien savoir pourquoi, comme leurs pères. 

Chacun, avant que la vie les quitte, repense à son enfance, revoit les gens qui ont compté.

Puis c'est l’histoire de leurs parents qui se mêle à leurs appels et leurs souvenirs.

J'ai lu la première fois Selva Almada  dans son récit sur les féminicides argentins : Les jeunes mortes. Un livre glaçant. Elle revient au roman avec Sous la grande roue. Un roman dur et âpre. La construction déroute un peu au départ, puis dès que le pli est pris et qu'on se repère bien dans les familles, impossible d'en sortir. Sur fond de misère, de galère dans les campagnes argentines, elle bâtit une tragédie dans laquelle les hommes sont comme prédestinés à payer et reproduire les actes de leurs pères. Car ce sont bien les hommes qui apportent et transmettent la violence et la haine, les femmes doivent se contenter d'élever les enfants, de faire tourner la maison lorsqu'elles ne sont pas obligées de travailler pour que leurs maris puissent sortir et aller boire avec leurs copains. Elles sont effacées et subissent le poids des traditions machistes et leurs enfants en pâtissent autant qu'elles, même si les garçons auront la chance (?) de vivre comme leurs pères.

L'ambiance est brûlante, le soleil tape fort, attise les passions. L'environnement est pauvre, la région aride. Tout cela mène doucement mais sûrement vers la tragédie, les esprits sont chauffés à blanc. Selva Almada décrit cela admirablement, on visualise très bien les scènes, le décor, même les silhouettes et attitudes de ses personnages. Une écriture simple et directe qui ne s'embarrasse pas d'effets, qui va coeur des hommes et des femmes de son histoire. On pourrait y voir un scénario de cinéma tant les images sont nombreuses, un film noir, tragique avec des gueules, des acteurs burinés, des actrices qui rêvent d'une belle vie avant de se confronter à la dure réalité. Du cinéma réaliste.

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D
Bonsoir Yv, j'ai trouvé ce roman remarquable. Une très bonne surprise en ce qui me concerne. Bonne soirée.
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Y
Bonjour Dasola, C'est un excellent roman et une auteure à suivre, avec un talent indéniable
A bientôt
K
Je n'ai lu que Après l'orage, qui devrait te plaire, avec ce côté bref et efficace
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Y
Oui, franchement c'est une auteure qui me plaît bien
R
L’histoire des deux fils a beau être seconde par rapport à celle des deux pères, c’est elle la plus âpre, c’est elle la plus troublante, c'est elle la plus forte. Elle aurait mérité plus de place.
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Y
Sans doute, d'autant plus que le livre est présenté dans la relation des deux garçons. Le livre aurait gagné en âpreté encore.
R
C'est vrai pour la sobriété. C'est pourquoi je suggérais de réduire l'histoire des pères et des parents, contée sans franche originalité (un air de déjà lu) au profit de celle des fils. (Mais on peut ne pas être d'accord).
Y
Peut-être, c'est vrai que ces deux garçons d'abord amis puis ennemis par héritage auraient pu être les véritables héros de ce livre. De fait, ils le sont même s'ils sont au second plan, mais je ne sais pas si en gagnant en volume, ce roman aurait été aussi bon. C'est aussi sa sobriété, sa densité et son format court qui font sa force
M
Une belle description des lieux et des ambiances, un livre aride comme la pampa argentine !
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Y
oui, même si je ne connais pas la pampa
A
Un roman très cinématographique, donc.
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Y
Oui, du cinéma réaliste, âpre.
K
Même si je n'ai pas envie de trop noir, de noir réaliste, en ce moment, je pense que je finirai par découvrir cette auteure.
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Y
Sans doute l'un de celles qu'il faut découvrir, ses textes sont vraiment bien ficelés.