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Articles avec #polar-noir tag

Alerte sur Fangataufa

Publié le par Yv

Alerte sur Fangataufa, Geluck (scénario et dialogue) et Devig (dessin), Casterman, 2009

Surtitré : Les aventures de Scott Leblanc, cet album, le premier de la série qui pour le moment ne compte... qu'un seul numéro, nous emporte en compagnie du journaliste le plus nul et le plus lamentable de la BD, Scott Leblanc, sur les traces de quatre scientifiques ayant mis au point en 1950, une arme redoutable. De peur que certains ne l'utilisent à mauvais escient, chacun d'entre eux a gardé en sa possession sa part de travail, rendant donc inutilisable cette arme à qui n'aurait pas réuni les 4 parties. Mais voilà, en 1966, un homme réussit à subtiliser toutes les études scientifiques. Le professeur Moleskine, l'un des inventeurs, traîne véritablement Scott Le blanc dans cette aventure à la recherche du "méchant".

Avez-vous déjà vu, lu ou entendu un journaliste mauvais ? Oui sûrement ! Eh bien, je vous l'affirme, ce journaliste aurait le Prix Pulitzer, le Prix Albert Londres et tous les prix journalistiques, s'il devait concourir face à Scott Leblanc ! Scott Leblanc, le journaliste le plus nul de la BD. Physiquement, il est entre Tintin et Charles Trénet -avec un p'tit coup de Stéphane Bern en plus ; quel mélange !-. Intellectuellement, il est largement dominé par Milou, et peut-être même par les Dupondt. Scott Leblanc, qui se promène toujours avec son volatile prénommé Tino, (référence assumée à Tino Rossi, le rossignol corse) n'écrit des articles que sur les animaux domestiques et les stars ; le summum du bon article pour lui est celui qui a pour sujet l'animal de compagnie d'une star ! Aussi, lorsque son rédacteur lui demande d'aller interroger le professeur Moleskine, il voit d'un bon œil que celui-ci ait un chat, qui, sans en dévoiler trop, aura un sort funeste. C'est tout l'opposé de Tintin, curieux, intelligent et rusé et souvent accompagné de scientifiques gaffeurs ; lui, Scott c'est le gaffeur et le naïf de service, heureusement que le professeur est là pour faire le boulot.

Les auteurs multiplient les références à la BD belge : Tintin évidemment, pour les personnages, la mise en page, le dessin, ..., mais aussi Blake et Mortimer (le célèbre juron "By jove") et sûrement d'autres que je n'ai pas vues.

C'est bon comme une vieille BD qu'on ressort de la bibliothèque pour la relire. C'est juste un moment de lecture, de dérision à apprécier en toute simplicité.

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Point de non-retour

Publié le par Yv

Point de non-retour, André Vltchek, Ed. Yago, 2010

Karel est grand reporter au Weekly Globe. Toujours entre deux avions. Toujours sur des conflits, sur tous les continents. Il parcourt le globe du nord au sud de l'est à l'ouest, passe de temps en temps dans son appartement pied-à-terre de Lima, au Pérou. "A la fois idéaliste et désinvolte, amateur de femmes et assoiffé d'ivresse, il traverse les soubresauts de notre époque à la poursuite de la vérité." (4ème de couverture). Tout en se posant des questions sur son rôle, sa vie, il entame une histoire d'amour avec Reiko, journaliste japonaise, mariée et mère d'une petite fille.

Bon, dégageons tout de suite l'histoire d'amour qui est loin d'être le point culminant du livre : elle en est le fil rouge et le moyen littéraire qu'a trouvé l'auteur pour que les personnages abordent les questions existentielles : peut-on sacrifier sa vie personnelle pour informer et faire son travail de journaliste ? Jusqu'à quel point peut-on s'impliquer dans son travail aux dépends de sa vie privée ? Quel sens a la vie sans passion amoureuse et sans passion professionnelle ?

Cette histoire est donc le moyen de faire parler Karel et Reiko, de les faire se confronter, eux, qui sont tous les deux journalistes, mais d'horizons professionnels tellement éloignés.

Encore une fois, le contexte fait le livre. Il est tout simplement époustouflant. André Vltchek sait en plus de quoi il parle puisqu'il est lui-même "romancier, poète, essayiste, journaliste et réalisateur. Il a couvert de nombreuses zones de conflit : Bosnie, Pérou, Népal, Sri Lanka, Timor Oriental, Congo, Proche Orient ..." (4ème de couverture). C'est ce qui fait le plus peur, parce que ce qu'il raconte lui est probablement arrivé et qu'il est très crédible. Il dénoue les liens étroits qui lient les Etats-Unis avec à peu près tous les conflits possibles. Il dénonce la corruption, et la participation des pays riches à la paupérisation des autres pays : "la plupart des pays pauvres, dans le passé, ont été pillés brutalement par les puissances coloniales. Certains continuent de l'être. Souvent, l'indépendance signifie bien peu -les frontières historiques ont déjà été effacées, les gouvernements progressistes élus par le peuple ont été soudoyés, minés ou carrément renversés. [...] Les régimes corrompus -surtout sponsorisés par l'Occident- ont reçu des prêts qui ont disparu dans les poches de quelques-uns, tandis que la majorité réduite à la misère est ensuite priée de payer la note. [...] Plus le pays est pauvre et endetté, plus il y a de chances qu'il se soumette aux exigences des multinationales et aux intérêts géopolitiques du monde riche." (p.156)

Karel est désabusé, mais se refuse à croire que son travail ne sert à rien, que les gens des pays riches ne veulent pas entendre parler des conflits lointains. Pour lui, chaque homme qui paie de sa vie sa révolte est plus important que celui qui le regarde tomber quasiment en direct, en dînant en famille. Et puis, Karel, véritable alter-ego de l'auteur, (ça, je l'ai "piqué"chez Catherine), parle aussi de l'influence et de l'implication des écrivains et de la littérature, jugeant celle de notre époque, absolument plus en phase avec les événements du monde. "Pour la première fois dans l'histoire moderne, romans et poèmes sont réduits au silence. Les écrivains ont perdu tout pouvoir, toute signification. La dictature des marchands les tire vers le bas -vers son propre niveau- les forçant à accepter de nouvelles règles et à cesser de rêver à un monde meilleur. Certains de ceux qui acceptent deviennent riches. De riches amuseurs, des prostitués. D'autres, qui refusent, sont condamnés à l'exil intérieur [...] le roman, forme littéraire qui nous [est] si chère [...], paraît fini, vendu, souillé par une collaboration apparente -quoiqu'un peu hésitante- avec les intérêts commerciaux et affairistes de ceux qui dirigent nos sociétés." (p.282/283)

Vous le voyez, c'est un livre qui ne peut laisser indifférent, un bouquin riche, fort et dense, un premier roman, à se procurer absolument pour lire intelligent !

Merci, grand merci à Gilles Paris

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Rupture

Publié le par Yv

Rupture, Simon Lelic, Ed. du Masque, 2010

Une fusillade a lieu dans un collège de Londres, tuant cinq personnes : trois élèves et un professeur, la cinquième victime étant le tireur, Samuel Szajkowski, professeur d'histoire dans l'établissement, qui a retourné l'arme contre lui. L'inspectrice Lucia May recueille les déclarations des témoins dans le but d'entériner la version du tueur devenu fou. Mais elle remarque très vite que le drame est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Samuel Sjakowski semblait être harcelé par des élèves et par un collègue sans que personne n'intervienne. Lucia décide d'approfondir ses recherches et de continuer l'enquête "malgré la directive de sa hiérarchie : classer l'enquête au plus vite." (4ème de couverture)

Ce livre est un polar : il y a l'inspectrice Lucia May, les circonstances du drame qui génèrent une enquête, mais c'est plus qu'un simple polar, c'est aussi un véritable constat de l'état de délabrement de l'enseignement en Grande-Bretagne, du racisme, de l'individualisme de la société anglaise et du harcèlement dont les plus faibles sont les victimes : "Rupture est un cri de révolte qui dénonce avec originalité une crise de société tristement contemporaine" (4ème de couverture)

Très habilement écrit, les chapitres alternent entre ceux qui mettent en avant les doutes, les interrogations et les décisions de Lucia May, elle-même en proie au harcèlement d'un collègue particulièrement odieux,  et ceux qui relatent les dépositions des témoins. Ces chapitres rapportent les dires des témoins, bruts, sans interruption ; petit à petit, le lecteur comprend l'espèce de machination ou de silence énorme et assourdissant qui règne sur le collège et sur la société londonienne qui préfère cacher ce qui ne va pas plutôt que de le montrer.

Énervant à plus d'un titre, parce qu'on a très envie d'entrer dans le livre et d'aller dire franchement à certains personnages ce qu'ils sont réellement, des pleutres, des monstres, de véritables beaufs machos, et pour certains des assassins passifs. Elle est gentille Lucia et on meurt d'envie d'aller l'aider lorsqu'elle flanche, et je ne dis pas cela parce que c'est une bombe puisque l'auteur ne la décrit que très peu ; c'est d'ailleurs le personnage important du livre qui est le moins décrit physiquement. Étonnant puisque l'histoire tourne autour d'elle, mais par contre, on en sait pas mal sur son caractère et ses tourments : une enquêtrice qui mériterait de revenir dans d'autres livres de Simon Lelic !

Un bouquin très maîtrisé, qui fonde son suspense sur les relations humaines, et qui est écrit dans un style rapide : phrases courtes allant à l'essentiel (traduction : Christophe Mercier).

Vous aimez les polars qui ont du fond ? Ce livre est donc pour vous !

Je remercie vivement Anne Blondat des éditions Lattès.

Ankya a beaucoup aimé aussi.

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Le pique-nique du crocodile

Publié le par Yv

Le pique-nique du crocodile, Serge Brussolo, Ed. Librairie des Champs-Elysées, 1995

Conan Lord, cambrioleur professionnel est "recruté" par Dexton Colby, citoyen des Etats-Unis pour enquêter sur des disparitions d'enfants ayant lieu depuis des années dans sa famille. La famille Colby est sous le coup d'une malédiction : habitant le marécage des Everglades, elle croit dur comme fer qu'un crocodile fantôme capture et dévore ses enfants âgés de dix ans. "Délire paranoïaque ou machination diabolique ? Il est urgent que quelqu'un se décide à élucider cette énigme avant qu'un autre enfant ne soit victime du "crocodile" mystérieux !" (4ème de couverture)

Second tome des aventures de Conan Lord, célèbre cambrioleur ; le premier tome, que j'ai lu il y a assez longtemps, s'intitule : Conan Lord, Carnets secrets d'un cambrioleur. On y apprend, qu'en fait Conan Lord est un duo formé par Peggy et Tiny. Peggy est une jeune femme de 30 ans, dompteuse de fauves et Tiny, un jeune homme de 28 ans atteint d'une maladie qui a empêché son organisme de grandir : il a la taille et le développement d'un enfant de dix ans, mais le cerveau d'un adulte ; il s'exhibe dans les foires et autres cirques anglais des années 40/50.

Il y a longtemps que je n'avais pas lu de Brussolo et j'ai retrouvé avec joie son imagination débordante, son plaisir évident de nous trimballer dans des lieux propices aux légendes, aux maléfices, aux malédictions et aux sortilèges, bref, à toutes sortes de croyances.

Les Everglades, le climat torride, humide et poisseux, les crocodiles, les habitants tous plus bizarres les uns que les autres, tout est là pour créer une ambiance tendue. Peggy et Tiny, sont présentés par Dexton Colby comme mère et fils et comme lointains cousins anglais. Il s'insèrent dans la maison Colby et commencent leur écoute et leur enquête. Pendant ce temps, les autres convives règlent leurs comptes, s'insultent copieusement, s'envient, se détestent et s'aiment. Tout est là pour faire de ce livre un excellent roman noir.

Si vous ne connaissez pas encore Serge Brussolo, sachez qu'il écrit énormément et pour tous, adultes et jeunesse et dans tous les styles, polars, anticipation, ... A chaque fois que j'ai ouvert l'un de ses livres, j'ai été ravi de l'expérience. J'ai pour le moment une petite préférence pour Dernières lueurs avant la nuit dont je me souviens encore assez nettement bien que ma lecture date de 2000. Il sait parfaitement faire monter l'angoisse chez ses lecteurs. Un auteur français qui à mon avis, mériterait d'être plus connu, qui vaut très largement certains auteurs étrangers, ultra-atlantiquais ou nordiques -et au fil de mes billets, vous avez pu voir que j'aime beaucoup les polars du nord (pas forcément utile que vous relisiez tous mes articles, mais si l'envie vous en prend, je ne peux qu'aller dans votre sens, en plus, ça augmentera mes statistiques de visites !)

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Deux mille kilomètres avec une balle dans le coeur

Publié le par Yv

Deux mille kilomètres avec une balle dans le cœur, David Agrech, Ed. Le masque, 2010

Daniel Ferrey est un petit parieur aux courses. Il "travaille" pour son beau-frère Victor, dont on sent bien qu'il trempe dans des magouilles pas très claires. Mais Daniel non. Lui, il parie petit, gagne petit et s'en contente. Un soir, dans un abribus, il se fait tirer dessus et passe très près de la mort. Au moment de sombrer, la jeune femme photographiée sur l'affiche, dans l'abribus se matérialise et le soutient jusqu'à l'arrivée des secours. Opéré, sorti d'affaire, Daniel veut la retrouver.

Très bonne idée de bouquin, qui commence très bien. L'écriture est simple, alerte et l'histoire se déroule agréablement. Et puis, au bout de la 100ème page, je me suis demandé, d'abord où voulait m'emmener l'auteur et ensuite, si son histoire était vraiment intéressante et tenait la route sur 379 pages ! Terrible à dire, mais la réponse est : "non" ! J'ai eu peine à croire aux rencontres féminines que fait Daniel, aux liens qu'il crée avec ces femmes. J'ai eu la sensation d'une histoire vaine, sans vraiment de développement solide. Daniel se traîne tout au long du livre, n'a pas de personnalité, est falot jusqu'à la caricature. Finalement, je me serais contenté d'un livre de 200 pages -ce qui est déjà bien-, plus ramassé, plus concentré avec des personnages qui agissent plutôt que subissent. Aucun d'entre eux n'est réellement crédible, ce qui pourrait être envisageable dans un livre totalement décalé et hors réalité, mais ce n'est pas le contexte du livre.

La fin et le personnage de Yelena arrivent comme un cheveu dans la soupe. Je n'ai pas su faire le lien entre son histoire et ce que nous avait raconté l'auteur précédemment, mais je dois avouer que j'avais commencé à décrocher un peu avant et que cette irruption ne m'a pas captivé au point de relancer mon intérêt.

Cruelle déception pour ce partenariat B.O.B/Editeur, et ceci, d'autant plus que le livre est couronné du Prix du Roman d'Aventures, que je ne connais pas, certes, mais qui pouvait me promettre un meilleur moment. Ou alors, c'est moi qui suis passé totalement à côté de ce roman, ce qui est tout à fait concevable également.

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L'hiver des lions

Publié le par Yv

L'hiver des lions, Jan Costin Wagner, Ed. Jacqueline Chambon, 2010

Depuis la mort de sa femme, le commissaire Joentaa passe son temps au travail, notamment la nuit de Noël. Cette nuit, une jeune femme vient déclarer un viol, mais finalement s'en va sans porter plainte. Le lendemain, on retrouve le corps du médecin légiste, puis quelques jours plus tard celui d'un fabricant de mannequins, tous deux tués de la même manière. Un seul lien entre eux : ils ont participé à un talk-show télévisé.

Nouveau venu dans les polars nordiques : Jan Costin Wagner est Allemand, mais vit en Finlande, ses histoires se déroulent donc dans ce froid pays du nord. Son flic, Kimmo Joentaa fait là sa seconde enquête, la première, Le silence, est paraît-il en cours d'adaptation cinématographique.

J-C Wagner reprend ce qui fait le succès des polars froids : les paysages de neige, la lenteur, les moindres pistes suivies qu'elles donnent un résultat ou non. Un peu comme Wallander, Joentaa prend des bribes, des mots ou des attitudes des gens qu'il interroge et des gens qu'il côtoie. Des idées, des images naissent en lui, insaisissables, indicibles, mais palpables. Ensuite, l'intuition, l'écoute approfondie de ceux qui souffrent, tout cela lui permet de replacer toutes les pièces du puzzle, de faire de ces morceaux et de ses sensations une image nette des faits. Il procède donc plus par intuition, parfois en totale opposition à ce que voudraient ses chefs et collègues. " [...] c'est l'empathie du commissaire envers ceux que la perte d'un être cher a rendus inconsolables et qui vivent dans l'obsession de la mort qui va le mettre sur la voie. Rarement un roman policier aura montré un visage aussi humaniste et une si grande délicatesse de sentiments." (4ème de couverture)

Néanmoins, rien de bien nouveau : un flic solitaire, désabusé, qui pratique l'écoute et qui donne la direction de l'enquête. Mais bon, Joentaa n'est pas si solitaire que cela, puisque la jeune femme qui vient déclarer un viol est une personnalité compliquée, qui ne laisse pas insensible le flic, et vice (sans jeu de mots) versa.

Pour qui n'aime pas les polars de Mankell ou Indridason, passez votre chemin, vous n'aimerez pas non plus Wagner !  

Pour qui aime ce genre de littérature, il ne sera pas déçu : la Finlande n'est pas moins un paysage saisissant que la Suède ou l'Islande, Joentaa est un flic attachant ; ses collègues mériteraient de prendre un peu d'ampleur, mais ça viendra peut-être. J'attends la suite !

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La veuve du Christ

Publié le par Yv

La veuve du Christ, Anne-Sylvie Sprenger, Fayard, 2010

Lena Rochat se fait enlever lorsqu'elle a environ 10 ans, elle est ensuite séquestrée pendant une dizaine d'années par son ravisseur, pharmacien dans un village, Victor Julius Lehman de Calberère. "Ensemble, le soir, ils entonnent cantiques et louanges. Mais pour qui Lena chante-t-elle vraiment ? Pour Dieu, ou pour Victor ? Car Victor est son Dieu. Et d'un rapt, elle vit un ravissement..." (4ème de couverture)

Tout petit roman dérangeant, par le thème abordé bien sûr, mais surtout par le parti pris de la romancière de faire de ce rapt une histoire d'amour. Elle pousse à fond le fameux "syndrome de Stockholm" rendant Lena amoureuse et vraiment dépendante de son ravisseur. Qui au final, pendant ces dix années a profité de l'autre ?

Certes, Victor en se rendant coupable d'un enlèvement et de l'enfermement d'une fillette devenue femme a débuté les hostilités. En l'empêchant de sortir, il en a fait "sa chose" qui, au lieu de lui en vouloir, l'adule. Mais Lena contraint Victor à une histoire d'amour physique, lui qui recherche la pureté des corps et donc l'absence de relation charnelle.

Librement inspiré de la célèbre histoire de Natascha Kampusch, le roman de Anne-Sylvie Sprenger explore les troubles de l'attachement et notre fascination pour les faits divers.

Néanmoins, après ces critiques positives, je dois dire que je crois être passé un peu au travers de cette histoire. Pas vraiment passionné par ces personnages, comme je ne l'avais d'ailleurs pas été pour Natascha Kampusch et son ravisseur. Peut-être mon indifférence au fait divers dirige-t-elle mon manque d'attrait pour ce livre ? J'aurais préféré que l'auteure noircisse un peu plus des nombreuses pages blanches présentes dans son roman, pour épaissir encore ses personnages.

Et puis, je finis par croire que je suis allergique aux fins de livres ou de films : Anne-Sylvie Sprenger finit par une espèce de pirouette inattendue, mais pas totalement imprévisible tout autant inutile à mon sens que caricaturale.

Un autre livre reçu avec l'amabilité de la librairie Dialogues.

 

dialogues croisés

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Le soleil m'a oublié

Publié le par Yv

Le soleil m'a oublié, Christian Laborde, Ed. Robert Laffont, 2010

Marcus, un jeune boxeur de 17 ans, en rupture avec ses parents s'entraîne régulièrement dans la salle de boxe de Vico Del Gazzo. Un jour, Roxanne, la femme de Vico vient à la salle et Marcus tombe immédiatement amoureux. Roxanne devient alors pour lui une idée fixe, il tente de l'approcher par tous les moyens, sentant bien qu'elle même n'est pas insensible à son charme.

Très court roman d'amour. Très rapide : les phrases s'enchaînent au rythme d'un combat de boxe. Le langage est simple, direct, et le livre très dialogué. Marcus est le narrateur de cette histoire, tout ce qui est écrit passe par ses yeux ou par ses pensées. C'est un roman d'un jeune homme en pleine recherche de lui-même, d'un sens à donner à sa vie, lui qui a décroché de l'école et ne veut plus désormais entendre parler que de boxe... et de Roxanne.

Evidemment, vous comprenez que cette histoire doit rester secrète, car si Vico, le mari, l'apprend, l'avenir des deux tourtereaux s'assombrit terriblement. Vico n'est pas un tendre, et Marcus a priori ne fait pas le poids.

Roman très accessible à ceux qui  ni ne pratiquent ni n'aiment la boxe. Ecrit sur fond de rock, de rap, un texte moderne sur une histoire qui elle ne l'est pas, sans cesse renouvelée au fil du temps, des époques, des moeurs... Christian Laborde se consacre exclusivement à ses personnages, ne s'embarasse pas d'un contexte qu'il ne fait qu'aborder sans le développer. On peut le lui reprocher, j'aurais pu apprécier une description plus longue des conditions de vie des différents protagonistes, de leurs lieux de vie mais son parti pris de n'écrire qu'une histoire d'amour est totalement compréhensible.

Pas inintéressant, mais pas exaltant non plus. Un bon court moment de lecture, rien de plus, rien de moins, ce qui est déjà bien. 

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L'homme inquiet

Publié le par Yv

L'homme inquiet, Henning Mankell, Seuil Policiers, 2010

Kurt Wallander a 60 ans. Sa fille Linda accouche d'une petite fille et s'installe avec Hans, le père de la petite, jeune trader héritier d'une famille de la bonne société. Mais le père de Hans, ancien officier de marine disparaît. Puis sa mère. Wallander, bien que ne lui échoie pas l'enquête, fouine, à la demande de sa fille. "Soupçons d'espionnage. [...] Parallèlement à la police de Stockholm et aux services secrets, Wallander mène sa dernière enquête et amorce simultanément sa propre plongée en profondeur : défilent alors les années écoulées et les femmes de sa vie." (4ème de couverture)

Ce livre est sous-titré : "La dernière enquête de Wallander". Aussi, en tant que fan de ce policier, je me suis tout de suite reconnu dans le titre du livre : va-t-il mourir ? Part-il seulement en retraite ? Vous comprendrez donc que j'aie dévoré les 550 pages du livre pour savoir comment Wallander disparaissait de la littérature policière.

Bon, je reprends mes esprits et je vais tenter de vous rendre un billet sobre et non exalté : un peu de conscience bloguesque que diable ! Ce livre est génial ! Ah mince, je replonge ! Bon, tant pis, vous aurez le billet d'une midinette apercevant et/ou touchant son acteur fétiche.

Je disais donc que ce livre est génial : j'y retrouve tout ce que j'aime chez Wallander; les longues enquêtes, les fausses pistes, les temps de réflexion qu'il s'impose pour parvenir à retrouver LE petit détail qui change tout. Le contexte géopolitique que Henning Mankell décrit : la guerre froide, les espions pro-Russie ou Pro-Etats-Unis. A ce propos, dans la postface, Henning Mankell écrit : "Je tiens à souligner la différence entre fiction et documentaire. Ce que j'écris aurait pu se passer tel que je le décris. Mais ce n'est pas nécessairement le cas. Ce livre contient de nombreux glissements de ce type, entre faits réels et imaginables. Comme beaucoup d'écrivains, j'écris pour rendre le monde plus compréhensible, d'une certaine manière. De ce point de vue, la fiction est parfois supérieure au réalisme documentaire." (p.552) Oh que je suis d'accord avec son propos ! J'acquiesce. J'opine. Et c'est une des grandes raisons qui me font aimer à la fois cet écrivain et son désormais ex-commissaire récurrent : mélanger la petite histoire de la vie de ses personnages avec la grande histoire et les grands faits historiques. Jamais didactique, Mankell pose des questions au travers de Wallander et explique quelques grandes périodes ou quelques grandes questions de société.

D'ailleurs, revenons à lui, Kurt Wallander, qui se chamaille toujours avec sa fille, qui après un temps d'adaptation se voit assez bien en grand-père. Ce livre est aussi le moment pour un bilan de sa vie : on sent qu'au moment de faire sortir Wallander, Mankell a voulu faire un point complet : les femmes qui l'ont aimé, celles qu'il a aimées, ses enquêtes les plus dures, celles qui lui ont laissé des traces, ses amitiés, les relations conflictuelles avec son père, pour finir avec lui en homme apaisé.

Bref, la fin d'une série qui pour moi restera l'une de celles -sinon celle, allez si, j'ose : c'est celle- qui m'a procuré le plus de plaisir de lecture.

Immanquable ! (Et là, je suis sobre !)

Lu grâce à la Librairie Dialogues que je remercie ; Oh combien !

 

dialogues croisés

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