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Articles avec #polar-noir tag

Trois heures avant l'aube

Publié le par Yv

Trois heures avant l'aube, Gilles Vincent, Éd. Jigal, 2014.....
Vannes, Morbihan, Grégor, la cinquantaine, vient de perdre son boulot après trente ans de désossage de poulets ; l'usine délocalise au Brésil. Résigné, mais pas contre un coup d'éclat, Grégor est prêt à se mettre en danger en enlevant son ex-patron.
Valenciennes, Nord, Sabrina n'en pleut plus d'entendre qu'en Belgique, le pédophile Jean-Marc Ducroix demande sa libération. Elle est prête à tout pour lui faire renoncer à sa demande. Très vite, l'ex-femme-complice du pédophile est retrouvée égorgée non loin du couvent où elle s'était retirée.
Marseille, Bouches-du-Rhône, Kamel, jeune homme embrigadé par des fous furieux sans scrupules est prêt à verser le sang des infidèles, des impurs. Un jeune militaire est retrouvé mort dans les toilettes de la gare Saint-Charles.
Scotché. Littéralement scotché à mon bouquin je fus. Gilles Vincent ne m'a laissé aucun répit, de la première phrase "Il y aura les morts et les mutilés. Les blessures, le cartilage, le chaos." (p.11) à la dernière : "Et ça la chavire, donne à sa vie le rythme chancelant d'un ballet désarticulé. Une chorégraphie dénuée de sens. Une ligne de fuite à laquelle elle sait ne pouvoir échapper." (p.223)
A partir de trois histoires totalement opposées et loin les unes des autres, il bâtit un polar implacable très actuel, très inspiré de l'actualité : les délocalisations qui entraînent des débordements, les affaires Dutroux et Merah, tristement célèbres. On sent bien qu'elles se rejoindront à un moment ou un autre, mais le lien est si ténu qu'il est très difficile à deviner. Je préfère ne point trop en dire parce que le suspens du roman s'il tient à la résolution des trois enquêtes, tient aussi à  leur regroupement que personnellement, j'ai trouvé excellemment bien mené, à la fois très prosaïque et un rien irréel, lié au hasard.
Aïcha Sadia, la commissaire marseillaise de Gilles Vincent est sur l'enquête la plus grosse, celle qui traque Kamel, le djihadiste : je l'avais déjà rencontrée dans Beso de la muerte, je la retrouve avec plaisir, bon elle moins, parce que là, elle est sur un gros morceau qui la touche personnellement. Ce qui est bien dans les livres de G. Vincent (au moins les deux que j'ai lus, mais je ne compte pas en rester à ce chiffre ridicule), c'est que son héroïne ne prend pas toute la place : chaque personnage est primordial, autant les malfrats, quelles que soient leurs motivations, que les flics qui les traquent. Le capitaine Le Cam de Vannes (pour Grégor) ou le lieutenant Fred Pichon de Valenciennes (pour Sabrina) ont autant d'importance qu'Aïcha, de même pour les membres de son équipe qui sont très présents. Les polars de Gilles Vincent outre leur rapidité, leur rythme effréné (pour celui-ci au moins) sont avant tout des romans basés sur l'humain, les raisons qui les poussent à passer d'un côté ou de l'autre de la loi. Il ne juge pas ses personnages ni leurs choix, il a même un très beau paragraphe sur la manière dont Dounia la petite amie de Kamel s'est convertie à l'islam et s'est voilée : "Lui apprendre à lire sans la peur des mots, à quitter ses rangers qui lui meurtrissent l'arc du pied. Abandonner le cuir des blousons, guérir sa bouche du métal qui blesse. Accepter de nouer ses cheveux contre la nuque, de savourer la douceur du foulard, apprendre à maîtriser la colère, lui trouver d'autres cibles." (p.47), il en aura aussi de plus durs à l'égard de la même religion : il ne juge pas, raconte les histoires de vies de ses personnages, des faits, des pensées, des questionnements sur soi sur les autres finalement des portraits très complets des uns et des autres.
L'écriture de Gilles Vincent donne le rythme rapide, des phrases courtes, parfois nominales, des dialogues assez fréquents mais pas trop longs, du vocabulaire simple et efficace, des passages violents, d'autres beaucoup plus lents, pour un bouquin que l'on ne lâche pas. Un polar français extrêmement maîtrisé et soigné, mené de bout en bout par un auteur de haut niveau qui m'a laissé un peu étourdi une fois la dernière page lue. Amateurs de polars efficaces, ne passez pas votre chemin ! Si vous n'aimez que les polars étasuniens (ce qui est déjà une pure hérésie), laissez-vous faire et vous verrez que les Français n'ont rien à leur envier !

Oncle Paul est au moins aussi enthousiaste que moi !

 

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La traque de la musaraigne

Publié le par Yv

La traque de la musaraigne, Florent Couao-Zotti, Éd. Jigal, 2014....

Lorsque Stéphane Néguirec, breton de sa nationalité, poète de son activité a fini d'écumer le sol natal, il part pour l'Afrique la terre des ancêtres pour déclamer, chanter. Porto-Novo, capitale du Bénin, petit pays entre le Togo et le Nigéria sera son choix pour s'installer. Mais, l'Afrique lui jouera des tours surtout lorsqu'il rencontrera la superbe Déborah Palmer qui lui propose simplement un mariage blanc contre une grosse somme en dollars.

Depuis un moment, j'ai envie de lire un roman de Florent Couao-Zotti, en fait depuis que j'ai lu un de ses titres : Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire. Je n'avais pas encore pris le temps d'en lire jusqu'à ce dernier, La traque de la musaraigne. Et je ne suis pas déçu par cet excellent roman noir. Pas un polar : il n'y a pas d'enquête, pas de mort ou de flic ou de privé, un roman noir, d'un homme qui tombe de Charybde en Scylla depuis sa rencontre avec Déborah ; à tel point qu'on se demande jusqu'où ses poursuivants vont l'emmener. Lorsqu'on le croit au plus bas, une péripétie, un autre protagoniste arrivent et font de lui une marchandise. Pour Déborah, c'est guère mieux, elle ne veut plus vivre dans la pauvreté, elle veut échapper à son ancien ami Jesus Light qui la battait, mais Jesus Light la traque depuis le Ghana jusqu'à Porto-Novo. 

Les personnages principaux de F. Couao-Zotti sont des paumés, des personnes en quête de rédemption qui n'attendent que le déclic, l'étincelle pour se relancer, pour repartir. Leur malheur est qu'ils sont poursuivis par de vrais méchants prêts à tout pour leur mettre la main dessus. Stéphane et Déborah sont deux beaux personnages ni mauvais ni bons, plutôt victimes ; l'auteur démarre sans rien nous dire d'eux, puis au détour d'un chapitre raconte leurs parcours, de Guingamp à Porto-Novo pour l'un en passant par Saint-Malo -ce n'est sans doute pas la route la plus directe, mais Stéphane est un poète, il ne cherche pas la ligne droite- et du Ghana au Bénin pour l'autre avec de multiples arrêts. 

La traque est longue, la fuite l'est tout autant, mais même si l'intrigue peut souffrir d'un très léger "ventre mou" (avant une fin excellente et après un début tonitruant), il est absolument impossible de quitter ce livre, car F. Couao-Zotti écrit dans une langue admirable, j'y reviendrai après m'être intéressé au contexte de ce roman. L’Afrique contemporaine. Et plus particulièrement le Bénin. Entre corruption à tous niveaux, sexe, prostitution, argent facile, débrouille, trafics en tous genres : "Tu sais, l'ami, expliqua Ignace avec une pointe de fierté, ceci est mon Titanic [une pirogue]. Attention, il n'aura pas le même destin que l'autre, mais il m'aidera à transporter les cargaisons les plus envieuses d'essence kpayo [= contrefait] [...] Oui, je convoie de l'essence de contrebande depuis le Nigéria jusqu'au débarcadère de Djassin, après l'archevêché de Porto-Novo." (p.192). Dans les rues de Cotonou et de Porto-Novo dans lesquelles tout peut arriver et dans lesquelles l'extrême pauvreté côtoie une plus grande réussite (souvent illégale) : coins abandonnés, pas entretenus, routes dans des états déplorables : "La moto gigotait sur la piste jaune de la Route des Pêches. Sur les quatre kilomètres qui séparaient le Calvaire du village des pêcheurs, le chemin était loin d'être un long fleuve tranquille. Nids de poule, tranchées de voyous, baignoires de crocodile, tous les trous se succédaient avec autant de variété que de régularité." (p.89) Malgré ces conditions de vie difficiles, les habitants sont solidaires, soudés, prêts à rendre service parfois contre rémunération mais pas toujours, on sent toute l'admiration et la tendresse que l'auteur a pour ses compatriotes.

Je suis tombé sous le charme de l'écriture de l'auteur, parfois très imagée avec des télescopages de mots ou des usages de vocables assez personnels ou encore des expressions particulières : "Elle s'attendait à tout, miss Déborah. D'ailleurs, si l'on égrenait son existence, les rêves qu'elle avait nourris, les cauchemars qui l'avaient bouillie, on s'apercevrait qu'elle avait vécu mille vies ; que, depuis ses premiers laits, il s'était accumulé dans son corps, dans les interstices de sa peau, des quintaux d'histoires incroyables." (p.157/158). Parfois, Florent Couao-Zotti sait aussi user d'une langue plus classique : "Il paraît, disent les sociologues, qu'on est le produit de son milieu et qu'on en duplique tôt ou tard les mêmes travers. Déborah, pour contrer les habitudes violentes de son père, avait empoigné un soir une trique et lui avait fracassé la tête avec. Un délire et une jubilation propres à une âme soulagée, lui avaient soulevé la poitrine." (p.158) C'est le télescopage de ses mots, l'assemblage de ces deux types d’écriture qui rendent la sienne unique et admirable. J'ai lu sur Wikipédia : "L'œuvre de FCZ est foisonnante, riche et inventive, à mi-chemin entre le baroque, la poésie et l'intrigue policière." C'est, par rapport à roman, tout à fait exact, F. Couao-Zotti a une écriture baroco-poético-policière absolument incontournable et que je compte bien continuer à explorer.

Claude en parle de manière similaire sur ABC Polar.

 

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Les impliqués

Publié le par Yv

Les impliqués, Zygmunt Miloszewski, Éd. Mirobole, 2013 (traduit parKamil Barbarski)....

Teodore Szacki est procureur à Varsovie. En tant que tel, c'est lui qui mène les enquêtes qui lui échoient, faisant appel à tel ou tel policier. Lui, il aime travailler avec Oleg Kuzniecov, un rien graveleux, mais très efficace. Lorsque le corps d'un homme, Henryk Telak, est découvert, une broche à rôtir dans l'œil, dans un ancien monastère en plein milieu d'une séance de thérapie collective, il est loin de se douter que ses investigations l'emmèneront aussi loin. Un peu lassé par sa vie de famille routinière et par une partie de son travail bureaucratique, il s'engage totalement dans cette nouvelle enquête.

Pas mal du tout ce polar polonais qui avance lentement mais jamais n'ennuie. 442 pages passionnantes tant pour l'enquête proprement dite que pour tous les à-côtés. Tout d'abord, cette enquête qui ne progresse pas vite, classique, le procureur cherche dans toutes les directions, explore toutes les pistes, revient en arrière lorsqu'il s'aperçoit que celle qu'il suivait est une impasse. Ensuite, la description de Varsovie dont l'architecture tient encore de son passé communiste (l'histoire se déroule en 2005). Puis les réminiscences de l'avant chute du mur ne sont pas qu'architecturales, elles concernent aussi des personnes ayant eu des activités sous la dictature de Jaruzelski et qui n'ont aucun intérêt à ce qu'elles ressortent, qui exercent donc des pressions terribles. L'auteur parle aussi de certains autres dossiers de Teodore Szacki, qu'il doit mener de front avec la mort de Telak. Il en profite également pour expliquer ce qu'est la thérapie dite de la constellation familiale, puisque c'est à l'issue d'une telle séance que la mort a eu lieu. Et enfin, Zygmunt Miloszewski étoffe la vie de son personnage, il le travaille, lui donne de l'épaisseur : il est en pleine interrogation sur lui-même. Trente-six ans, père d'une petite fille, marié mais pas très heureux de la routine qui s'est installée, il ne serait pas contre une infidélité à Weronika son épouse, et ceci d'autant plus qu'il n'est point insensible au charme de Monika, une jeune journaliste. Son travail aussi parfois le déprime, fonctionnaire, il ne gagne pas bien sa vie : "La faim lui tiraillait l'estomac mais il ne tenait pas à dépenser une dizaine de zlotys pour un petit déjeuner. D'un autre côté; se dit-il, on est seulement en début de mois, mon compte n'est pas encore à découvert. Il n'avait pas passé toutes ces années à faire des études de droit, un stage d'auditeur de justice et une spécialisation au parquet pour se refuser un repas aujourd'hui. Il commanda une omelette aux tomates et au fromage." (p.39)

Zygmunt Miloszewski dresse un portrait assez sombre et désabusé de la Pologne qui sort à peine de l'ère communiste et intègre tout juste l'Union Européenne, de ses politiques qui se laissent gagner par les extrémismes, de la corruption, des anciens de services secrets qui usent encore de méthodes musclées pour se faire entendre et surtout ne pas se faire voir, des journalistes qui glosent sur des faits sans rien apporter aux citoyens : "Les politiciens vivaient dans un monde en vase clos, persuadés qu'à longueur de journée ils accomplissaient des tâches à ce point capitales qu'ils devaient absolument en rendre compte lors de conférences de presse. Leur prétendue valeur se voyait confirmée par des légions de chroniqueurs enthousiastes, eux aussi convaincus de la gravité des faits qu'ils relataient et poussés probablement par le besoin de rationaliser les heures d'un travail vidé de sa substance. Et finalement, en dépit des efforts conjugués de ces deux groupes professionnels, couplés à l'assaut médiatique d'informations superflues mais présentées comme essentielles, le peuple tout entier n'en avait rien à foutre." (p.152/153) 

Un polar qui fait la part belle à un contexte géographique et politique fort intéressant mais qui n'en oublie pas ses personnages, Teodore Szacki en tête, mais également tous ceux qui tournent autour de lui, le flic, sa femme, sa fille, Monika la journaliste, les différents suspects dans cette affaire criminelle et ceux que l'on peut croiser le temps de quelques pages seulement pour d'autres dossiers mais dont l'auteur se plaît à nous faire un portrait un peu détaillé : quasiment aucune personne apparaissant dans ce livre n'en sort sans une description physique ou psychologique de quelques lignes. Zygmunt Miloszewski suit ainsi la route de quelques grands noms de la littérature policière qui aiment prendre le temps de décrire leurs personnages, les lieux et contextes et qui aiment que leurs enquêteurs traquent le moindre détail susceptible de les mettre sur la bonne piste.

Teodore Szacki est un personnage attachant ainsi que son entourage, qui évolue dans un pays en plein changement et qui pourrait bien revenir pour mon plus grand plaisir pour d'autres enquêtes. Les éditions Mirobole ont déniché un excellent bouquin que mon ami Eric a aimé ainsi que d'autres sur Babelio.

 

 

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L'herbe noire

Publié le par Yv

L'herbe noire, Pierre Willi, Ed. Krakoen, 2014...,

Treunouille, dans la Haute-Vienne, un hameau perdu. Vivent là une famille de fermiers en activité et toujours au travail et deux ou trois autres maisonnées plus ou moins parentes, ne travaillant plus à cause de l'âge ou des promesses faites par la Politique Agricole Commune. Il y a aussi une ou deux résidences secondaires peu utilisées. C'est là que vivent pour les vacances au moins, Paulin, treize ans et demi, Nana, 14 ans qui ne parle plus, Gérard son frère, un fou d'armes qui a initié les plus jeunes à leur maniement. Gabriel, 17 ans vient passer quelques jours dans la résidence de ses parents. Il suffit d'un dérapage, d'une gâchette sensible pour que tout parte en vrille. Le trio (sans Gérard) s'échappe semant sang et désolation derrière lui.

Quelle ambiance les amis, quelle ambiance ! Pierre Willi décrit un hameau ravagé par l'inactivité, l'alcool, les armes et sans doute une certaine consanguinité qui ne donne rien de bon. C'est opaque, poisseux, noir, ça sent le purin, le lisier, les relents d'alcool que les parents des jeunes ingurgitent en grosse quantité et la poudre. La langue de Pierre Willi est âpre, hachée, argotique parfois, technique lorsqu'elle parle des armes, use de néologismes de francisations de termes anglo-saxons ; elle fait parler alternativement un narrateur omniscient ou Paulin qui n'est pas un Saint (j'ai essayé de l'éviter celle-ci, mais je n'ai pas pu, mes doigts ont surpassé ma volonté de donner une peu de tenue à cette chronique). Un bémol cependant, malgré tous mes compliments sur l'écriture de l'auteur, j'ai trouvé que le bouquin tardait à démarrer et que même lorsque le sang avait commencé de couler, il manquait du rythme, ce qui est paradoxal pour une fuite en avant. Peut-être trop de répétitions des doutes, questionnements de Paulin quant à sa capacité à protéger Nana ? Il tourne en rond Paulin, et je peux le comprendre, dans cette situation, j'imagine que je ferais pareil, mais là, j'aurais aimé qu'il avançât plus vite, peut-être en enlevant quelques pages ???

Bémol léger au regard de l'atmosphère qu'a su créer Pierre Willi, de ses saillies sur divers points comme la vie rurale traditionnelle qui se meurt au profit d'une vie plus moderne et totalement inféodée aux grandes entreprises et à la société de consommation : "J'entendais Raymond vitupérer devant notre téléviseur, puis grogner, puis seulement marmonner, soupirer et enfin pleurer silencieusement dans son verre. Pourquoi notre blé, il ne valait soudainement plus rien ? Personne n'en voulait plus de notre blé ! Et nos semences, pourquoi on n'avait plus le droit de les réutiliser ? Pourquoi fallait-il les racheter à des gangsters industriels ? Raymond, il se croyait défendu par le grand syndicat. Quand il a découvert que ce que voulait le grand syndicat, c'était une mégaferme par village et pas plus, quand il a enfin compris que les motivations profondes des grands chefs syndicalistes, c'était de faire plaisir aux industriels, d'engraisser les gros beaucerons et d'exterminer la petite paysannerie, ça lui a donné comme un coup de bâton derrière le crâne et il s'en est jamais remis." (p.71/72)

En résumé, si je ne suis pas super emballé par l'histoire, je le suis totalement par les personnages, les lieux, l'écriture qui sait décrire une ambiance glauque et pesante, un truc qui collera longtemps à mes synapses. Très visuel, très cinématographique. Très noir. Du vrai du bon polar qui tache avec des vrais morceaux de la vraie vie dedans.

 

 

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Ce qui n'est pas écrit

Publié le par Yv

Ce qui n'est pas écrit, Rafael Reig, Métailié, 2014 (traduit par Myriam Chirousse)...

Carmen et Carlos sont séparés. Ensemble ils ont eu un fils, Jorge, 14 ans aujourd'hui. Leur divorce fut pénible, puis la situation apaisée, Carlos revoit Jorge et l'emmène pour un week-end en montagne, entre hommes. Les rapports entre eux sont difficiles, tendus. Avant de partir de chez Carmen, Carlos lui a laissé un manuscrit d'un polar éprouvant dans lequel Carmen peut voir des pans de sa vie avec Carlos émerger. Lorsqu'elle comprend que Carlos pourrait se venger sur leur fils Jorge, l'angoisse la paralyse.

Excellente idée de départ : un père et son fils partent en excursion, la mère ou ex-femme reste angoissée en ville, un manuscrit étrange entre les mains. L'auteur a la bonne idée d'alterner les chapitres : ceux consacrés aux garçons, ceux qui parlent de la mère et ceux concernant le manuscrit. Dans ceux-ci, le héros, Riquelme est amateur de mots croisés, et chaque chapitre se finit par une définition (avec emplacement du mot dans la grille) ; le mot qui entre dans les cases est celui qui débute le chapitre suivant, celui qui concerne l'excursion en montagne. Tout commence bien pour le lecteur, moins pour Jorge qui ne sait quoi dire à son père : "Ils marchaient d'un bon pas vers la gare de banlieue de Nuevos Ministerios et, aux feux rouges, son père lui passait un bras sur les épaules, lui demandait si ça allait les cours, quelle était sa musique préférée ou s'il avait une petite copine. Jorge s'efforçait de montrer de l'enthousiasme, mais il n'arrivait pas à contenir une volubilité nerveuse et il en bégayait presque. Pour le reste, les cours ça allait très bien, il avait partout au-dessus de la mention assez bien, la musique qu'il préférait c'étaient les quatuors à cordes, et le contact le plus intime qu'il avait eu avec la fille qui lui plaisait, Teresa, ç'avait été de recevoir un crachat d'elle sur la joue. [...] Alors il raconta à son père qu'en cours ils étaient très exigeants, qu'il adorait Shakira et qu'il n'avait pas de copine, mais qu'une fille qui s'appelait Maria Luisa lui plaisait." (p.24/25). Et puis assez vite, l'histoire tourne en rond, chaque personnage se posant des questions sur le même événement sans vraiment faire avancer le roman ; on a aussi la version d'un même fait vu par les yeux de Carlos, puis par ceux de Jorge, répétition d'autant plus inutile que l'on sentait aisément dans les yeux de Carlos la réaction de Jorge.

De même Rafael Reig brosse à gros traits malhabiles l'effritement de l'amour, les rapports père-fils, les haines et rancœurs des uns et des autres, ça manque de finesse et de minutie. Un roman plus ramassé, plus court aurait gagné en densité et en intérêt. Si au départ, on pouvait penser à Sukkwan Island de David Vann avec une tension dès le départ parce que père et fils ne s'entendent pas, on est à l'arrivée avec un roman qui s'il n'est pas inintéressant ne parvient pas à l'égaler.  

Une déception (toute relative) que ce polar espagnol.

Sandrine, Clara et Jostein ont aimé

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Dans la dèche à Los Angeles

Publié le par Yv

Dans la dèche à Los Angeles, Larry Fondation, Fayard, 2014 (traduit par Alexandre Thiltges)..,

Los Angeles 1994, Soap et Fish vivent dans la rue depuis trois ans déjà, en couple. Ils sont souvent accompagnés de Bonds, un ex-restaurateur qui a dû fermer boutique lorsque l'usine à côté de son restau s'est arrêtée. Ils vivent de petits boulots, de mendicité, de rapines. Fish court après les journaux, à la recherche de nouvelles fraîches sur la situation au Rwanda. Soap vole des produits de maquillage pour se rappeler le temps où elle pouvait se les offrir. Bonds parle de son restau et de la guerre qu'il a faite après la faillite, après s'être engagé dans l'armée.

On est évidemment loin très loin du Los Angeles du rêve américain, loin d'Hollywood. Larry Fondation, depuis Sur les nerfs et Criminels ordinaires parle des gens de la rue, de ceux qu'il a côtoyés en étant médiateur de quartier. Il montre très bien en peu de mots de manière tragi-comique la difficulté de vivre dans un pays qui ne voit ni ne pense à ses pauvres : "Angie pète les plombs et se précipite dans la rue, où elle se fait percuter par une voiture. On l'emmène à l'hôpital, où les docteurs collent la grosse facture pour soigner sa jambe cassée sur le dos du gouvernement fédéral. Le Sénat, qui crie au déficit, réduit les budgets sociaux, ce qui fait que lorsque Angie sort de l'hôpital, le foyer où elle vivait a fermé par manque de fonds. Entre-temps, il est apparu que le chauffeur qui a renversé Angie avait un peu picolé -même s'il n'aurait jamais pu s'arrêter, bien sûr, parce qu'elle avait déboulé comme ça, devant lui. Le juge n'a pas vu les choses sous cet angle et l'a envoyé en taule, en lui retirant le permis. Raison pour laquelle il a perdu son boulot, parce qu'il ne pouvait plus s'y rendre, donc, plus d'argent. Sa femme l'a quitté pour le comptable chez qui elle travaillait comme responsable administrative. Raison pour laquelle le chauffeur, qui s’appelle Fred, aujourd'hui sans abri, entre au Black Rock et, sans se douter de quoi que ce soit, s'assied à côté d'Angie, qui l'aime tout de suite beaucoup, alors ils picolent ensemble, s'embrassent, etc." (p.20/21) 

Construit en tout petits chapitres dans une langue qui alterne les niveaux : parfois argotique voire ordurier, parfois plus classique, beaucoup de dialogues, c'est un livre qui demande un peu de temps pour s'habituer à son rythme, à un certain sens de l'ellipse. Et puis, une fois dedans, on se prend au jeu... jusqu'à un certain point. Parce que finalement, le contenu n'est pas à hauteur des espérances ; Larry Fondation tourne en rond. J'avais bien aimé ces deux premiers bouquins, mais celui-ci me déçoit. Trop long. Trop banal si je puis dire. Mais pourquoi a-t-il adopté un style plus classique de roman de 200 pages, alors qu'il était incisif, marquant et très original dans un format plus court ? Dans mon billet pour Sur les nerfs, j'écris : "certaines nouvelles m'ont laissé dubitatif, parce que parfois trop déstructurées, trop elliptiques, mais dans l'ensemble je suis plutôt positif et curieux de ce que pourrait faire Larry Fondation en musclant un peu ses personnages, en les développant et en les mettant dans un roman." (autocitation entièrement narcissique et assumée comme telle) ; je reste en partie sur ma position (non relue avant d'écrire le début de ce billet) notamment pour ce qui concerne la musculature des personnages et l'ellipse trop présente. Par contre, Larry Fondation, n'est finalement jamais aussi bon que lorsqu'il écrit de courts textes, comme dans Criminels ordinaires. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis dit-on. Je confirme.

 

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Corps à l'écart

Publié le par Yv

Corps à l'écart, Elisabetta Bucciarelli, Ed. Asphalte, 2014 (traduit par Sarah Guilmault)....

Le décor : une gigantesque décharge ouverte en Italie. Y vivent Saddam le Turc, le Vieux, un clochard qui y trouve refuge, Argos, un Zimbabwéen qui récupère et recycle et Iac, un adolescent en rupture familiale. Viennent de temps et temps, pour les visiter, Lira, ami de Iac et Tommi son petit frère, Silvia fille d'un chirurgien esthétique fameux et amie de Iac et Viki un skateur, ado lui aussi. Tout se passe plutôt pas mal jusqu'au jour où des déchets toxiques sont sauvagement déposés dans la décharge

Mais quelle drôle d'idée de faire évoluer des personnages au sein même d'une décharge, le monstrueux symbole de notre société de consommation à outrance ! Je devrais dire, quelle chouette idée, car cette décharge est un environnement formidable pour y construire une histoire, comme souvent les lieux étonnants, les époques violentes et chargées. Elisabetta Bucciarelli s'appuie sur des faits avérés, des dépôts sauvages de matières toxiques dans des décharges en Lombardie pour construire le socle de son roman : un intéressant dossier de sept pages en fin de volume relate ces informations. C'est sur cet immense monticule d'immondices que l'auteure place ses personnages, ce point de vue leur donne une dimension totalement unique : ils sont des ramasseurs de déchets, des gens tellement pauvres ou à l'abandon que leur seul moyen de subsistance est de se nourrir, de se vêtir avec les rebuts des gens riches, ceux qui peuvent consommer sans regarder à la dépense et jeter pareillement. La décharge, c'est le symbole de la pourriture, de la lie de la société et l'amoncellement de détritus de tout genre amène à un environnement très glauque : "C'était un magma marron indistinct, un mélange en putréfaction, moitié solide, moitié liquide, duquel, de temps à autre, des jets émergeaient ; on aurait dit les souffles d'air d'une baleine. C'était le percolat qui, depuis les profondeurs du magma, semblait sur le point de refaire surface, comme témoignant d'une mutation en cours : gargouillement, bouillonnement, simple essoufflement de la terre pourrie ou grand rot d'un estomac rassasié par l'excès d'inutile." (p.149) On dit souvent d'un contexte qu'il est un véritable personnage d'un livre ou d'un film, c'est souvent la réalité, c'est parfois un chouïa exagéré, dans ce texte, l'expression n'est pas usurpée la décharge bouillonnant tellement, changeant d'aspect tellement rapidement qu'elle vit réellement, ses habitants craignent d'ailleurs l'un des endroits qui est en mouvement perpétuel et qu'ils pensent habité par "La Chose", une sorte de monstre, "C'était de la matière vivante, les jeunes en étaient certains, un agrégat qui obéissait à un cycle continu : il incorporait n'importe quel élément, naturel ou étranger, puis le restituait, prêt à être respiré, mangé et assimilé, à l'écosystème." (p.149)

Dans la décharge et aux alentours d'icelle vivent des personnages en rupture de liens avec la société : l'adolescent en révolte, Iac ; celui qui peine à trouver sa place, Lira ; Saddam le réfugié ; ... L'auteure s'intéresse peu à leur vie d'avant, elle les décrit sur une période donnée ; on n'en sait pas beaucoup sur eux, mais ce parti pris n'est pas du tout dérangeant, au contraire, il permet d'insister sur les relations entre eux, entre hiérarchie, amitié, idylle naissante (ou tout au moins souhaitée), rivalité amoureuse, liens familiaux distendus, difficiles et néanmoins présents, entraide. Beaucoup d'humanité parmi et entre eux, en opposition avec le monde bourgeois et absolument pas naturel des parents de Silvia, dont le papa est chirurgien esthétique et qui ne parle aux femmes (et aux hommes) que pour leur proposer une intervention bénigne mais inévitable pour rester jeune et désirable. L'opposition entre l'être et l'avoir ou le paraître. D'aucuns reprocheront une certaine facilité à l'auteure dans l'opposition de ces deux mondes, c'est sans doute un peu vrai, mais c'est aussi plus fin que cela : elle n'idéalise pas les rapports entre Iac et ses amis, ils sont difficiles, tendus, de même qu'elle ne dit pas que tout est superficiel dans le monde de Silvia. Et en regardant un peu attentivement le monde qui nous entoure, on peut remarquer aisément que le paraître, les signes de la réussite sociale (ce que l'on nommait jadis les signes extérieurs de richesse) comptent énormément au détriment de la sincérité dans les rapports humains. Pas pour tous, fort heureusement, mais pour certains, c'est ce que montre exactement E. Bucciarelli. En outre, ces stéréotypes servent le discours de l'auteure sur le besoin d'humanité, l'absolue nécessité de nous occuper de notre mode de consommation, de notre mode de vie, de la société que l'on veut pour nous et pour nos enfants. Un livre qui nous oblige à nous poser des questions sur tous ces points oh combien importants voire vitaux. Un roman éminemment écologiste et politique, qui en plus d'être formidable est très facile à lire, construit en petits chapitres de une à deux voire trois pages (89 chapitres pour 200 pages) qui nous permettent de nous balader entre la décharge et les rues adjacentes, entre Iac et Silvia et les autres protagonistes sans jamais perdre le fil.

Un roman découvrir assurément, de même que les éditions Asphalte qui le publient.

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Gun machine

Publié le par Yv

Gun machine, Warren Ellis, Le Masque, 2014 (traduit par Claire Breton)..,

Lorsque les deux lieutenants Jim Rosato et John Tallow entrent dans ce vieil immeuble de New York ils font face à un homme nu armé qui tire et tue Rosato, le bon flic. Tallow, le has-been, pas particulièrement apprécié de ses collègues, riposte, descend le tueur et peu après au grand dam des flics de la police scientifique défonce le mur d'un appartement et y trouve un arsenal incroyable : des centaines d'armes qui ont toutes en commun d'avoir servi à des meurtres non élucidés. Par dépit, la commandante confie cette affaire à Tallow qui sera secondé par deux policiers scientifiques totalement déjantés.

Gun machine -à ne pas confondre avec Machine gum qui n'a rien à voir puisque c'est une BD sans texte que j'ai lue récemment- est un polar qui commence de manière étonnante, entre le tragique et le comique comme le montre bien l'extrait suivant qui relate la première fusillade :

"Forcené à poil se campa au bord du palier, pointa son fusil et tira. Le coup arracha la partie supérieure gauche du crâne de Jim Rosato. Il y eut un ploc quand un bout de sa cervelle s'écrasa contre le mur. De là où il se tenait, trois marches plus bas sur la droite, Tallow vit l'œil de Rosato valser à une bonne dizaine de centimètres de son orbite, toujours relié à elle par un fatras d'asticots rouges. Durant cette unique seconde, Tallow s'avisa distraitement qu'au dernier instant de sa vie, James Rosato pouvait voir son assassin sous deux angles différents." (p.12)

Et ça continue comme cela dans un registre très moderne : phrases et chapitres courts, mots d'argots voire inventés, jurons (je n'ai pas compté les "chiotte" échangés entre Rosato et Tallow), expressions fabriquées de toutes pièces, bref, un langage oral, fleuri, familier (dans certains types de lieux ou de professions, parce que perso, je parle pas comme ça), voire vulgaire ou grossier. Je salue ici le travail de Claire Breton, traductrice qui a dû en baver, même si parfois certaines phrases sont mal écrites, bizarrement, celles qui font appel à un autre registre de langage : "Mais ça n'a pas suffi à vous exonérer de je ne sais quelle punition elle estimait que vous méritiez ?" (p.63) Voilà donc un polar qui commence bien. Le problème c'est qu'on a l'impression qu'il ne fait que commencer tant il se traîne en longueurs et en longueur. Page 130, même si l'on est entré dans le vif du sujet, on ne sait toujours pas trop de quoi il retourne. De même on a à peine fait connaissance avec les personnages : on sait que Tallow est sur la touche, qu'il vit seul, lit beaucoup, re-fume, que Bat et Scarly sont les deux flics scientifiques complètement barrés qui l'aident, contraints et forcés. Et puis, je ne comprends pas tout ce que je lis, le langage qui peut paraître plaisant est parfois abstrus, Tallow agit sans que l'on sache pourquoi, on nous l'explique bien après si bien qu'on lit des pages dont on ne comprend pas réellement l'intérêt : assez déstabilisant. De même, le côté déjanté de Bat et Scarly est un petit peu too much, les meilleures blagues sont celles qui ne durent point trop, même si j'aime le comique répétition -encore faut-il savoir en user. Lecture fatigante à la longue. 

Peut-être suis-je trop conformiste pour apprécier toutes les subtilités de ce roman, mais je pense que subtilité il n'y a pas et que Warren Ellis avance au contraire avec des gros sabots, bien lourds et cradingues ? Mais je ne demande qu'à être contredit. A bon entendeur...

 

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Le Boss de Boulogne

Publié le par Yv

Le Boss de Boulogne, Johann Zarca, Ed. Don Quichotte, 2014...,

Le Boss monte tranquille son taff de dealer d'herbe. Il sort de la cité, s'installe au bois de Boulogne et devient le dealer officiel des transsexuel(le)s, des prostitué(e)s, enfin de tous les travailleurs du sexe. Son bizness explose, il crée une bande la BDB-Crew qui règne en maître sur toutes les drogues du bois. Justice sommaire, surveillance du territoire, échapper aux flics est le quotidien des nuits de BDB-Crew. Une nuit, Paola, un trans brésilien se fait massacrer. Paola, c'était une star du bois et une bonne cliente du Boss ; puis c'est au tour de Noy, trans thaïlandais de se faire assassiner : les flics grouillent à la recherche du tueur, ce n'est pas bon pour les affaires du Boss qui met son équipe à la surveillance du bois et à la recherche de tous les suspects potentiels.

Ce roman est une confession du Boss, et le moins que je puisse dire c'est que c'est une expérience assez éloignée de mes lectures habituelles. La langue du Boss est mâtinée de français, de verlan, d'argot, de grossièreté, de langage manouche et rebeu : un mélange qui peut dérouter. Je n'en ai sans doute pas capté toutes les subtilités, mais le pli pris, le rythme est là, implacable qui rend accro jusqu'au bout. Si vous avez déjà lu San-Antonio, vous ne serez pas totalement dépaysé : on ne comprend pas tous les mots individuellement, mais l'ensemble de la phrase est imagé certes,  mais très clair. La comparaison s'arrête ici, car le texte de J. Zarca est plus trash, direct et ancré dans la réalité. Je ne connais pas le bois de Boulogne, mais j'imagine assez bien que les descriptions que J. Zarca en fait sont proches de ce qui s'y passe vraiment. "Le bois de Boubou. La cour des vices. Le deuxième Brésil. Le terre-terre des chlagues. Le coupe-gorge aussi. Glauque. Hardcore. Trash. Tout le monde connaît le bois de Boulogne ou en a déjà entendu parler. Sans sa nuit, le Bois n'est rien. Sans sa nuit, on n'en parlerait pas. Vite fait du jardin d'Acclimatation, et encore. " (p.43) 

La nuit, le Bois est évidemment le lieu de travail de prostitué(e)s, transsexuel(le)s, le lieu vers lequel converge une population hétéroclite : entre des bourges qui viennent se payer un moment inavouable avec des michetons, des drogués qui viennent chercher leur came, des hommes en manque de sexe qui, en lâchant vingt ou trente euros repartent plus légers, ... C'est aussi un endroit où certains ne tapinent que pour se payer leur drogue, de véritables épaves parfois : "Lafiotte, je ne sais pas trop si c'est un trav mal déguisé ou une fofolle, mais je me demande quel foulek peut vouloir taper dedans. Lafiotte, il taille des pipes sans capote pour cinq roros. Il se sape en keum mais il a des veuches hyper-longs qui lui tombent dans le dos et une démarche de racli. Archi-maigre, l'épave se maquille comme une meuf alors qu'il lui reste de la stachemou. Et puis surtout, Lafiotte est crade. Il schlingue à mort." (p.38/39)

C'est forcément un lieu violent, ultra-violent notamment pour celui qui veut garder son bizness qui lui rapporte un max. Car forcément d'autres veulent une part du gâteau, des manouches en particulier avec lesquels les relations vont être expéditives et musclées. La haine et la violence montent crescendo. Et puis, les flics aussi qui patrouillent et enquêtent pour trouver le tueur des trans rendent le marché du Boss moins florissant et plus violent : n'importe qui peut leur balancer des infos sur le trafic du Bois : "Une autre truc me casse les corones quand je réfléchis. C'est le chef des bakeux, l'inspecteur lieutenant commissaire Philippe mes couilles. C'est à moi qu'il est venu parler. Il me connaît et sait que je dirige ce biz. Je me demande si une poucave ne traînerait pas dans le secteur. Ca craint. Il me faut un calibre."(p.53) On se demande même où va s'arrêter cette montée de violence, certaines scènes sont assez terribles à lire, franchement trash, mais je suis sans doute un garçon trop sensible.

Je ne lirai pas ce genre de roman tous les jours, ce n'est pas vraiment mon truc, mais je me dois de dire que j'ai beaucoup aimé l'écriture de Johann Zarca, cette plongée dans un monde sordide qui m'est totalement étranger, celui de la nuit, de la prostitution, des transsexuelles, de la drogue... ça bouscule mes habitudes de lecture et j'adore qu'on vienne les déranger.  Si vous voulez vous faire une petite idée encore plus précise avant de vous lancer dans cette lecture que je vous recommande, sachez que l'auteur a un blog : Le mec de l'underground.

 

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