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Articles avec #polar-noir tag

L'émasculé du Cran-aux-Œufs

Publié le par Yv

L'émasculé du Cran-aux-Œufs, Michel Bouvier, Pôle nord éditions, 2017.....

"En avril 1899, au pied de la falaise du Cran-aux-Œufs, au nord de Boulogne-sur-Mer, les douaniers découvrent le corps d'un homme. Il s'agit d'un ingénieur bien connu dans le secteur. Il cherchait du minerai pour les usines métallurgiques de Marquise. Les circonstances peu banales de sa mort intriguent la police locale. Son cadavre a été émasculé... Affaire de mœurs, espionnage industriel ? Policier solitaire, le commissaire Dewiquet écoute, observe et ausculte l'univers feutré de la France provinciale et bourgeoise de cette fin de XIXe siècle." (4ème de couverture)

Pôle nord éditions est une jeune maison créée en 2013 à Lille. Sa collection Belle époque de laquelle est tirée cet ouvrage a pour cadre le littoral nordiste et picard aux alentours de 1900.Michel Bouvier écrit le numéro 6 de la série. Michel Bouvier, je l'ai déjà lu avec bonheur, deux fois : Lambersart-sur-Deuil et Le silencieux. Cette fois encore, il aborde ses thèmes de prédilection : la bourgeoisie nordiste, le monde ouvrier et la difficulté de passer de l'un à l'autre (ce dernier aspect étant moins présent mais fort naturellement puisque les deux mondes ne se mélangent pas, n'en ont même pas l'idée, au contraire des deux romans précédents, contemporains dans lesquels le passage du monde ouvrier à une classe sociale plus haute est si ce n'est plus aisé au moins envisageable). Michel Bouvier parle aussi de religion, de sa présence voire son omniprésence en cette fin de XIXe siècle, je pourrais même dire sa dictature tant elle forme les esprits et dicte les actes. Contrairement à ses romans précédents, le romancier se fait plus critique vis-à-vis de l'église et de ses principes et peut même pousser à de belles réflexions sur l'amour humain, sur l'humanité, la fraternité, ... "Il ne songeait pas seulement que ces hypothèses nouvelles sur les origines de l'homme entraient en contradiction avec ce qu'il avait appris au catéchisme, à quoi il avait cru naïvement et qu'il croyait encore obscurément, que l'homme avait été créé par Dieu à son image et placé dans un merveilleux jardin à l'Orient d'un monde parfait. Il ne se rendait pas compte que son incapacité à sortir de ses interrogations venait sans doute de la cohabitation dans les couches profondes de son esprit de ces deux convictions contradictoires : l'homme est sorti parfait des mains de Dieu ; le criminel obéit à des pulsions mauvaises qui remontent à l'origine obscure de l'homme." (p.71/72)

L'intrigue de son roman policier est servie par une langue soignée, travaillée et qui est un plaisir à lire et à dire. De belles longues phrases, profondes qui vont au cœur des personnages, Gaston Dewiquet en particulier. Elles décrivent aussi admirablement les lieux, le temps, les nuages... C'est bourré de beaux mots, de vocables locaux également, d'imparfaits du subjonctif -j'en vois qui frétillent en lisant cela. C'est un roman policier que l'on lit lentement, d'abord pour profiter du style et parce que les longues phrases incitent à la lenteur ; on colle au plus près au rythme du policier et de sa jument Soyeuse qui le mène sur les chemins et routes du nord. C'est assez rare de lire des romans policiers dans un style aussi particulier, ils vont souvent vite, sont argotiques, rapides, parfois insipides sauf leur intrigue. Les polars de Michel Bouvier, on les lit d'abord pour son écriture et le reste vient ensuite naturellement, sans forcer, tout coule admirablement.

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La prophétie de Langley

Publié le par Yv

La prophétie de Langley, Pierre Pouchairet, Jigal polar, 2017.....

Ludo d'Estre est trader dans une grande banque parisienne et prêt à flirter avec les limites de la légalité pour gagner beaucoup d'argent. Un jour, il remarque une transaction douteuse sur une grande société d'énergie française. Aidé de Reda, son collaborateur, il tente d'en savoir plus et pense à un délit d'initié. La suite lui prouvera que c'est bien pire. Entre Ludo le bourgeois versaillais et Reda l'enfant des cités de Trappes, malgré les regards étonnés, le courant passe bien. Mais lorsque Ludo disparaît c'est Reda qui est suspecté. Johana Galji, commandant à police versaillaise qui mène l'enquête, pas convaincue de la culpabilité du jeune homme.

Pas de temps mort dans ce polar. il commence vite et tient le rythme jusqu'au bout voire même s'emballe encore sur la fin. On suit d'abord Reda et Ludo, puis Reda seul qui tente de faire la lumière sur la disparition de son ami  mais aussi Johana qui veut comprendre ce qui se passe. Tout tourne autour de la finance, du terrorisme, et malgré cela, les explications et la vulgarisation fonctionnent à merveille. Jamais le lecteur n'est perdu et au contraire, comprend mieux certains rouages des grandes banques et la surveillance des transactions financières et des réseaux terroristes qui cherchent à se financer en montant des opérations boursières.

C'est drôlement bien fait. Phrases courtes, vocabulaire courant, explications simples et claires. Je me suis évidemment plus attaché aux personnages principaux, Reda et Johana mais aussi Alasdair McLeod ex-légionnaire devenu banquier, les autres les politiques naviguent dans des sphères assez éloignées de nos préoccupations, même s'il faut bien le dire, les décisions doivent se prendre rapidement et auront des conséquences à court terme pour nous communs des mortels. Franchement, je n'aimerais pas être à leur place et je me demande même pourquoi il y a tant de candidats pour des postes à emmerdes, à moins qu'il y ait des gros sous à se faire facilement, il faudra demander à certain(e)s prétendant(e)s à l'élection suprême en France, s'ils veulent bien répondre aux convocations....

Enfin bref, pour revenir au roman de Pierre Pouchairet, quelques touches plus légères voire humoristiques permettent un peu de répit avant de repartir de plus belle. Je ne vais pas m'étendre plus je voudrais que chaque lecteur ait les mêmes surprises agréables que moi. Contentez-vous -c'est un conseil pas un ordre !- de mon article et de la quatrième de couverture, Jigal n'est jamais très disert dessus, ce qui préserve le suspense. Diablement efficace, instructif et bourré de personnages bien campés, ce polar est un modèle de genre qui colle à l'actualité.

NB : Pierre Pouchairet a de plus l'honnêteté de préciser en couverture que l'idée originale est d'un autre : L. Gordon avec qui il a collaboré. Excellent travail et excellent polar.

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Le vertige des falaises

Publié le par Yv

Le vertige des falaises, Gilles Paris, Plon, 2017.....

Sur une île en proie à l'exode vers le continent, vit la famille de Mortemer : Olivia et Aristide les grands-parents, Rose et Luc les parents et Marnie la fille et petite fille, sans oublier Prudence la femme à tout faire et sa fille Jane, la seule amie de Marnie. Ils vivent tous dans une maison de verre et d'acier nommée Glass. Se dégage de cette maison une atmosphère emplie de mystères et de violence sourde. Les femmes, et particulièrement Olivia paraissent régner sur la maison et l'île. Et si ce qui semble si  solide voire indestructible était plus fragile qu'il n'y paraît ? Et si une personne connaissait tous les secrets de Glass et des de Mortemer ?

J'ai découvert Gilles Paris, comme beaucoup, avec l'excellent Autobiographie d'une courgette, qui a donné naissance au désormais fameux film multi-récompensé Ma vie de Courgette. J'ai continué à le lire et sur son titre L'été des lucioles ai émis des réserves parce que je trouvais que, au début du livre au moins, le romancier se répétait. Et puis arrive Le vertige des falaises. Un peu anxieux à l'idée de retomber dans une histoire certes jolie, mais un peu "déjà-lue", j'ouvre ce roman, et là, dès les premiers mots, je sais que ça va coller : "Papa est mort. Je devrais avoir du chagrin, je n'en ai aucun. J'irais bien jouer avec Jane, mais la main baguée de grand-mère Olivia m'emprisonne. Le vent, lui, me décoiffe, et des mèches rousses me rendent aussi aveugles que Jane." (p.9) J'adore cette écriture, phrases courtes qui vont à l'essentiel, qui s'enchaînent rapidement, ne laissant au lecteur que peu de temps pour souffler entre elles. Heureusement, Gilles Paris a choisi d'écrire en très courts chapitres, de deux à trois pages. En fait, ce sont les journaux de Marnie et Olivia qui se croisent, se répondent parfois. Puis ceux d'autres personnages : Géraud le médecin de l'Île, Agatha la fleuriste, Vincy un garçon de l'Île, fils du pharmacien, et quelques autres plus brièvement.

Tout à fait le genre de livres dont on n'a pas envie de sortir, dont on ne peut pas passer un mot, au risque de rater une information importante, ou tout simplement parce qu'on en n'a pas envie, tant l'écriture est plaisante. J'avoue avoir freiné un peu ma lecture sur la fin, pour profiter des derniers instants, des dernières révélations, encore un peu, pour rester un peu plus longtemps sur l'Île. Cette Île qui est un véritable personnage, d'ailleurs elle est toujours écrite avec une majuscule -ainsi que le Continent, son opposé nettement moins présent. Le ciel est toujours bas, souvent gris, la nature est belle mais un peu austère. Gilles Paris installe un climat tendu, sombre qui, par son décor m'a fait penser à L'étourdissement de Joël Egloff et par ses personnages et l'ambiance générale à Hitchcock ou Agatha Christie entre autres.

Les personnages sont très travaillés, la forme du journal permet d'aller au plus profond de leurs sentiments, de leurs émotions. Ils se révèlent petit à petit, sans filtre et l'alternance des points de vue permet de les connaître de l'intérieur mais aussi de l'extérieur. Les de Mortemer semblent forts aux yeux des îliens, ils le sont sans doute beaucoup moins lorsqu'ils s'expriment et lorsque ceux qui les côtoient parlent d'eux. Le style résolument rapide et direct permet d'entrer rapidement dans l'intimité de chacun d'eux, de comprendre ce qui les a amenés à Glass et ce qui les y retient. J'aimerais en dire beaucoup plus sur ce roman, mais je ne veux rien dévoiler, ce serait tellement dommage de gâcher tous les rebondissements, la tension présente du début à la fin.

J'aimerais également dire tous mes remerciements à Gilles Paris qui, une fois sorti de sa zone de confort -ses très beaux romans positifs écrits du point de vue de l'enfant- sort là un véritable roman noir, sombre et dur, pas si loin de ses thèmes de prédilection, mais vu par un autre petit bout de la lorgnette, un véritable coup de cœur pour moi. Il pourra décontenancer les fidèles de l'auteur, auxquels je conseille très fortement la lecture qui devrait les scotcher tout autant que moi.

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Tu ne perds rien pour attendre

Publié le par Yv

Tu ne perds rien pour attendre, Janis Otsiemi, Sang neuf (Plon), 2017...

Jean-Marc est flic à la Sûreté Urbaine de Libreville. il a quitté la PJ, lassé des magouilles de ses collègues. Un soir, en rentrant, il raccompagne une jeune femme chez elle, Svetlana. Elle travaille au casino de la ville. Quelques jours plus tard, voulant la revoir, Jean-Marc va sonner chez elle. Mais Svetlana a disparu. Alors, aidé de ses collègues, en toute illégalité, il mène l'enquête.

J'ai lu deux romans de Janis Otsiemi, l'écrivain de polars gabonnais : La bouche qui mange ne parle pas et Les voleurs de sexe. Tous les deux très bons, dépaysants et noirs, très noirs. C'est sans doute parce que j'ai cet excellent souvenir de ces deux lectures que ma déception est assez forte. Le moins que je puisse dire, c'est que Janis Otsiemi ne s'est pas foulé. Il se répète beaucoup, tant dans la description de son intrigue que Jean-Marc explique de nombreuses fois aux divers intervenants que dans ses déambulations nocturnes dans les restaurants et cafés de Libreville. Le roman n'est pas désagréable, certes non, mais il manque de tonus, de liant. Il n'est pas passionnant et même la langue de l'auteur parfois si fleurie est nettement plus morne, comme s'il avait voulu, en passant chez un plus grand éditeur se faire plus consensuel et plaire au plus grand nombre. L'intrigue n'est pas particulièrement fine et surprenante non plus. Décevant, parce que le Janis Otsiemi que j'aime, c'est celui qui ose dire tout ce que ne va pas dans son pays, pas quelques lignes égarées dans son roman, mais plutôt un contexte fort présent -là, la corruption est oubliée et les relations troubles entre politiques et malfrats évoquées certes, mais assez tardivement et brièvement. Décevant aussi parce que je ne retrouve pas son verbe haut et coloré, ses personnages forts en gueule au langage imagé, argotique.

Voilà, c'est dit, je suis désolé de dire des trucs pas sympas sur le livre d'un romancier que j'aime bien, mais j'espère que le prochain saura me plaire davantage. Néanmoins, je répète que ce polar est tout à fait fréquentable, il remplit très bien son rôle de divertissement, je le trouve juste un peu inodore, fade...

A lire en écoutant, sur les conseils de Jean-Marc, Fally Ipupa : Anissa

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Si tu vois ma mère

Publié le par Yv

Si tu vois ma mère, Marc Villard, Cohen&Cohen, 2017.....

"Dans les rues de l'Amérique, le jazz souffle la vie... Les seize nouvelles rassemblées dans ce volume dressent le décor fictionnel d'une musique qui troue la tête à bon nombre de fidèles dans le monde." (4ème de couverture)

Ce très court résumé, la photo de Miles Davis en couverture, l'éditeur Cohen&Cohen et surtout l'écrivain, Marc Villard, tout cela mis en commun doit suffire pour courir vers ce recueil de nouvelles. Si par le plus grand des hasards, il en fallait plus, je m'y colle, je vous parle de ma lecture.

Difficile d'épingler une nouvelle parmi le lot, elles sont toutes excellentes. Les grands noms du jazz sont présents, Chet Baker, Billie Holiday en ces derniers moments, Theolonius Monk, Art Pepper, Miles Davis, Gerry Mulligan, ... Pas dur, à chaque nouvelle, un nouveau nom et si, comme moi, vous n'êtes pas calés en jazz mais que vous aimez bien quand même, eh bien vous vous brancherez sur un site de musique pour tout écouter. J'ai des lacunes en jazz, il me faudrait trouver un prof ou quelqu'un qui me fasse une liste avec les noms des artistes incontournables et ceux à découvrir ; je me suis aperçu que si je connaissais les noms des musiciens, je ne connaissais pas toujours leurs œuvres. J'ai une attirance particulière pour Theolonius Monk, mais aussi pour les chanteuses qui font passer tant d'émotions dans leurs voix.

Mais bon, revenons au livre. Marc Villard est cette fois-ci plutôt sur les musiciens et leurs travers : drogues, larcins divers, sexe, et fins de vie tragiques pour certains. Tous n'ont pas eu la chance de vivre richement de leur art, surtout lorsqu'il fallait payer la drogue ou les filles. Et puis, le jazz n'est pas la musique la plus vendeuse dans l'Amérique des années 60 à 90. De fait, Marc Villard qui écrit beaucoup sur les petites gens, se retrouve ici avec des pointures qui n'ont pas des vies ordinaires certes, mais qui ne sont pas des jet-setteurs, des profiteurs. Des gens qui se retrouvent vite en galère, en manque d'argent voire poursuivis par des créanciers et/ou la police.

Dans ce recueil, les héros croisent aussi brièvement Jean-Michel Basquiat ou Charles Bukowski, et ce qui est formidable, c'est que je suis passé d'une nouvelle à l'autre avec autant d'envie que si je lisais un roman noir. J'entendais la musique, je la sentais et le mieux, c'est de faire comme j'ai fait de l'écouter en même temps, pour profiter doublement.

Si vous me lisez régulièrement, vous aurez remarqué qu'une fois de plus je parle de Marc Villard, l'écrivain qui doit avoir le plus d'entrées sur le blog. Preuve s'il en est qu'il est incontournable.

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Elijah

Publié le par Yv

Elijah, Noël Boudou, Flamant noir, 2017....

Elijah, c'est le prénom d'un enfant de dix ans, handicapé dont s'occupe son frère, dix-huit ans de plus, seul depuis qu'il a tué son père et que sa mère est morte en mettant au monde le petit Elijah. "Le frère d'Elijah", ainsi qu'il veut se faire appeler, ou Adam, ou Gabriel, en fonction de ses activités a subi les coups d'un père violent, alcoolique et particulièrement cruel. Aussi, à dix-huit ans s'était-il promis de le tuer. Promesse tenue. Puis, il a réitéré ces meurtres d'hommes violents et violeurs à chaque anniversaire de la mort de son père. Elijah est tout pour lui, il ne vit que par lui et pour lui. Elijah qui bave, ne parle que peu et mal, est en fauteuil et ne peut rien faire seul. Il ne faut pas y toucher au risque de réveiller le monstre à l'intérieur de son frère et protecteur.

Avant toute chose, il me faut prévenir les âmes sensibles que ce livre est dur. Thriller implacable, violent et ce, dès le début. Je ne suis pas amateur du genre, mais je l'ai lu en entier, parce qu'il n'est pas que cela. La relation entre Elijah et son frère est forte, indestructible et admirablement écrite et décrite. Ce que j'ai aimé c'est qu'il y a pas mal de surprises dans ce roman. Des styles, des narrateurs, des angles de vues différents. Il n'est pas aussi linéaire et simple qu'on pourrait l'imaginer au départ. Et il faut bien avouer que malgré quelques invraisemblances qu'on ne fait que remarquer vite fait sans les noter tant le suspense est présent, ce roman se lit à une vitesse folle, en grimaçant de douleur ou de dégoût aux quelques pages emplies de violence tout de suite suivies par d'autres pleines d'une tendresse et d'un amour très fort entre les deux frères. Noël Boudou souffle des airs variés paroxystiques. Rien n'est tiède. L'amour comme la haine, la peur comme la rage, l'amitié comme la colère, tous ces sentiments ou émotions sont toujours à leur acmé. Dès les premières phrases du prologue, on sait à quoi s'en tenir : "Les coups d'un père font plus mal que ceux d'un voyou. Bien plus mal. Vous pouvez me croire sur parole. C'est à l'âge de treize ans que j'ai décidé que plus jamais je ne ressentirais la douleur, après que mon père m'eut brisé la jambe. Une souffrance atroce." (p.11)

La suite est à l'avenant : phrases courtes, rapides, efficaces. Heavy metal à fond. Une histoire très noire,  très très noire... dans laquelle quelques zones de couleur apparaissent avant d'être recouvertes, puis reviennent, opiniâtres, sûres d'être sur la toile définitive. Vous voilà prévenus. Si vous aimez les thrillers bien décapants, en voici un. Si comme moi, vous êtes plus frileux sur le genre, Elijah pourrait bien vous faire changer d'avis.

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Nu couché sur fond vert

Publié le par Yv

Nu couché sur fond vert, Jacques Bablon, Jigal polar, 2017.....

Romain Delvès est flic, collège de Margot Garonne. Tous deux sentent que quelque chose les rapproche sans oser faire le pas. Paul, le père de Romain était le riche héritier de la famille Delvès morte en quasi totalité dans un accident. Paul fut assassiné vingt-cinq ans plus tôt, l'enquête n'a pas abouti, Romain est donc l'unique spécimen Delvès encore en vie. Lorsqu'il est victime d'un guet-apens avec son collègue Ivo Fonzi et que lui seul s'en sort, il décide après sa convalescence de venger la mort d'Ivo. Dans le même temps, Margot se penche sur l'enquête du meurtre de Paul Delvès.

C'est un roman qui débute assez tranquillement avec le rapprochement de Romain et Margot et qui tranquillement également installe une ambiance que l'on ne peut pas quitter. Les deux personnages principaux sont dans une phase difficile de leur vie et ça ne va pas en s'arrangeant. Leur complicité qui semble débuter et qui ne s'amplifie jamais vraiment -au moins au début- est un bon ressort  dans ce roman. De même pour les retours en arrière sur l'enfance de Romain, jusqu'à l'assassinat de son père alors que Romain a six ans.

Contrairement à ce qu'il y a de noté sur le bandeau de couverture -qui doit sûrement faire référence à l'un des romans précédents-, je n'ai pas trouvé le rythme haletant, et tant mieux. Certes, il y a de l'action, des rebondissements, des tensions. Certes les personnages sont rugueux, bruts et peu loquaces. Néanmoins, le rythme  plutôt lent, monte doucement, le romancier prend tout son temps pour accroître le suspense. Il privilégie l'atmosphère au bruit et à la trépidation. C'est très bien fait et ça fonctionne parfaitement, je fus saisi dès les premières lignes jusqu'aux ultimes.

Comprenons-nous bien, j'aime les romans fondés sur le rythme fort du début à la fin (cf. Brutale), mais j'aime aussi ceux dans lesquels l'atmosphère tendue est privilégiée à l'action pure et dure. Et dans ce dernier cas, Jacques Bablon s'impose doucement mais sûrement. Alors, ne comparons pas parce que ce n'est pas mon genre, mais bon un peu quand même, on est plus dans du Simenon qui cherche à comprendre ses héros que dans un film d'action étasunien dans lequel on tire avant de comprendre.

L'auteur qui m'avait habitué à un style mâtiné d'argot change cette fois-ci pour adopter la phrase courte, rapide, peu descriptive et allant droit au but. Un français plus classique qui sied admirablement à Romain et son port un rien aristocratique et à Margot, flicque et mère de famille peu encline à la grossièreté et à la vulgarité. Trait bleu et Rouge écarlate, les deux précédents romans de l'auteur étaient donc plus argotiques en mettant en scène des repris de justice ou des mecs rustiques - vous remarquerez la constante colorée dans les titres. Preuve donc s'il en était besoin que Jacques Bablon se pose en auteur de roman noir avec lequel compter, qui ne réécrit pas toujours le même et qui change de type d'écriture en fonction de ses personnages. Très fort, j'aime beaucoup.

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La Panse

Publié le par Yv

La Panse, Léo Henry, Folio, 2017...

Bastien Regnault, vaguement musicien, est sans nouvelles de sa sœur jumelle Diane depuis plusieurs mois. Même s'ils n'ont jamais été très proches, malgré leur gémellité, Bastien décide de la rechercher. Ses premières informations le mènent vers le quartier de la défense à Paris. Ce quartier d'affaires se révèle beaucoup plus intrigant que prévu, notamment dans ses sous-sols dans lesquels une vieille société secrète agirait : la Panse. Bastien parvient à se faire embaucher dans une entreprise de nettoyage, ce qui lui permet d'avoir des entrées dans tout le quartier.

Voilà un roman assez étonnant qui alterne le bon voire le très bon et du plus moyen. Ça part assez fort et je suis entré très vite dans le vif du sujet. Léo Henry distille des informations au compte-gouttes qui posent question et incitent à continuer son histoire. Très vite je me rends compte que je ne peux pas lâcher le bouquin et que la quête de Bastien est diablement intéressante. Le thème de la société secrète qui vit dans les entrailles de la défense est porteur de suspense et j'aimerais en savoir plus mais l'auteur est malin et ne dévoile rien trop vite, m'obligeant à un rythme de lecture rapide pour savoir jusqu'où il m'emmène.

Très bien fait, j'apprends même des choses sur le passé du quartier, ancien bidonville. Et puis, aux trois quarts du roman, la tension est retombée et je n'avais plus qu'une envie : que ça se finisse et que je sache ce qu'il en est de Diane, de la Panse et de tous ses trafics. En fait, le livre de presque 290 pages souffre de longueurs et certains passages mystico-onirico-scientifiques sont superflus, passables très rapidement par un lecteur un peu fatigué et je suis un lecteur qui fatigue vite. D'autres paragraphes, plus descriptifs les rejoignent, ils allongent la sauce sans la rendre plus savoureuse, au contraire. La fin est un peu longuette à survenir, et je dois avouer que j'ai passé les 50 dernières pages rapidement, les survolant pour connaître le dénouement. Ce n'est pas bien, mais faute avouée...

Néanmoins, que cela ne décourage pas les amateurs de polars un rien fantastiques ou branchés sur ce genre de thèmes de sociétés secrètes un peu mystiques, un peu scientifiques. L'écriture de Léo Henry est plaisante, elle tient la route jusqu'au bout. Ce n'est pas le roman du siècle, mais j'ai passé un très agréable moment que je ne regrette absolument pas et c'est la règle numéro une pour un livre. Je ne dirai pas que ce livre n'a que l'ambition de distraire -comment ça ? si je l'ai dit ? Ah zut !- parce que je trouve cette expression méprisante, une telle ambition, c'est très bien lorsque le but est atteint et ce n'est pas si facile. Si vous trouvez La Panse, n'hésitez pas, il peut vous faire le même effet voire encore mieux.

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Brutale

Publié le par Yv

Brutale, Jacques-Olivier Bosco, Robert Laffont, 2017.....

Le lieutenant Lise Lartéguy, flique à la BRB est fille de flic, sœur de capitaine de gendarmerie et surtout tête brûlée. Le soir où elle surprend des casseurs de bijouterie, elle les prend en chasse en plein Paris, finit par casser la voiture et blesser l'un des cambrioleurs.

Mais Lise est aussi en proie au démon qui sommeille en elle et qui, lorsqu'il se réveille, lui fait endosser un rôle de justicière, de redresseuse de torts.

Le jour où Camille, son frère, est victime d'une fusillade, Lise met tout en œuvre pour retrouver les coupables, quitte à frayer avec des gens du milieu... Attention à La Bête qui sommeille.

Lire un roman de Jacques-Olivier Bosco -JOB pour ses lecteurs- c'est vivre à une vitesse largement réprimandée par les forces publiques. L'avantage c'est que si l'on est pris pour excès de vitesse, on ne peut pas l'être pour ébriété, puisqu'il est impossible de lâcher le livre pour aller boire ; à peine est-il entamé qu'on a envie de le finir et qu'on le finit. Ça va vite, très vite, très très vite, très très très vite... C'en est même fou, tant de célérité et tant d'action dans un roman policier. Lorsqu'une est finie, hop une autre débute et il faut bien des détours violents et agités -et passionnants- pour arriver au bout de cette intrigue. Lise est jolie. Lise est forte. Mais Lise est malheureuse et pas très équilibrée. JOB s'attarde un peu sur l'enfance de la jeune femme, sur ses difficultés relationnelles avec sa mère et son frère. Il ne fait pas un portrait détaillé, mais on en sait assez pour la suivre avec intérêt et souhaiter la voir s'en sortir, même si on se demande bien par quel miracle elle y parviendrait et dans quel état physique et psychique. Le propos de JOB n'est pas de nous faire un portrait psychologique de tel ou tel personnage, non, il est de nous tenir en haleine avec un polar 100% action. Certains passages peuvent êtres durs, violents, à la limite du soutenable, mais peu nombreux, et on peut toujours les passer.

En prime, on retrouve avec bonheur l'un des personnages d'un autre roman de JOB, Gosta, dit Le Cramé, un voyou qui dans le roman qui porte son surnom endosse un rôle de flic ; tout l'inverse de Brutale dans lequel Lise endosse un rôle de truand. Lise est brutale, dangereuse, incontrôlable, sexy, complètement barge et à côté de la plaque, elle obtient toujours ce qu'elle veut. Une femme forte qu'il vaut mieux connaître en littérature. C'est assez rare de voir des filles de ce genre dans le polar, là les mecs ont intérêt de se tenir et de se surpasser pour la suivre. C'est sans doute un peu exagéré ? Oui, sûrement mais on s'en moque, ça fonctionne au-delà de l'espéré. Je me suis laissé embarquer, balader, je suis même devenu voyeur dans ses moments d'intimité et tout cela en en redemandant. Ajoutons une bande-son punchy : Pink Floyd, Amy Winehouse, Metallica, Marylin Manson, AC/DC...

Ah, quel pied un bon polar de JOB ! Je traversais une période avec des lectures un peu mièvres, certaines dont je ne parle même pas dans le blog, parce que je n'avais rien à en dire ni du bien ni du mal, certaines à peine entamées déjà abandonnées... Un livre de JOB fonctionne comme un antidépresseur, un remède anti-ennui. Je peux reprendre mes activités normales de lecteur, je suis reboosté pour un moment.

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