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Articles avec #polar-noir tag

Ma langue au Chah

Publié le par Yv

Ma langue au Chah, Frédéric Dard, Pocket, 2018 (1ère édition, 1970)...

Revoilà le commissaire San-Antonio, toujours affublé d'Alexandre-Benoît Bérurier. Cette fois-ci, ils sont à Téhéran, ils filent un cador du cambriolage français venu sans aucun doute, pense leur patron, y faire ses emplettes. 

Evidemment, rien ne se déroule comme prévu et certaines rencontres, notamment féminines, vont révéler aux deux hommes les faces cachées du royaume d'Iran. Les milles et Une nuits, version San-Antonio.

A l'occasion des soixante-dix ans de San-Antonio, Pocket réédite certains titres. J'ai déjà eu la chance de lire San-Antonio chez les Gones, je renouvelle donc avec cette aventure datée de 1970. Datée, c'est un peu le cas, depuis le régime du pays à changé et certaines exagérations de l'auteur en matière de sexe, puisqu'ici, il faut bien le dire, on en arrive au viol, presque consenti, sont gênantes. Bien que non bégueule -j'ai lu cette histoire avec décalage, car avec San-Antonio il faut toujours y être et avec l'idée que ce livre est écrit il y a presque cinquante ans-, il reste néanmoins que certaines scènes ne passeraient plus aujourd'hui. Est-ce mieux, est-ce moins bien ?  Je ne sais pas, je ne juge pas, surtout aujourd'hui une histoire écrite en 1970 et qui plus est une histoire de genre san-antoniesque. 

Ceci étant dit, ce n'est pas le meilleur livre de San-Antonio, c'est un peu long malgré les réparties drôlissimes de Bérurier qui ne s'encombre ni de grammaire ni de syntaxe :

"Bon, je manque à toutes mes inconvenances, déclare le radieux, que je te présente Mistresse Caroline Bitalaviock, dont j'ai eu l'honneur de rencontrer dans l'avion. C't'une femme charmante, veuve en tant que surcroît, et qu'a accepté qu'on fasse chambre commune pour écraser les frais." (p.83).

Sans oublier les géniales descriptions de Frédéric Dard qui a torturé, trituré, personnalisé, san-antonié la langue française comme pas deux : "On s'écarte devant moi. Y'a un sillage précédateur, ce qu'est extrêmement rare chez les sillages. Je tournevire avec plus d'aisance. Je périscope mieux à loisir. Tant et si bien que je finis par renoucher mon trio fantôme. Il est au bout d'un étroit boyau au long duquel se succèdent des ateliers de batteurs de cuivre." (p.40) Recopier un extrait de San-Antonio, c'est prendre le risque que le correcteur d'orthographe s'affole, et encore là, j'ai choisi l'un des moins douloureux pour lui.

Mitigé donc, mais sur la production incroyable de San-Antonio, il y a forcément des titres moins bons. De l'utilité de rééditer celui-ci comte-tenu de mes remarques de début de recension ?

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Black sands. Unité 731

Publié le par Yv

Black sands. Unité 731, Tiburce Oger et Mathieu Contis, Rue de Sèvres, 2018.....

Pacifique, 1943, un commando débarque sur une île avec une mission top secret. Bientôt, les hommes de ce commando se font attaquer par divers assaillants. Ce qu'ils vont découvrir sur ce bout de terre dépasse tout ce qu'ils ont déjà pu voir dans leurs pires cauchemars.

Volontairement succinct mon résumé pour ne rien dévoiler de ce suspense terrible, horrible. Âmes sensibles s'abstenir -bon, ça va ce n'est pas non plus totalement gore, la preuve j'ai lu et beaucoup aimé. 

Histoire folle dans tous les sens de ce qualificatif, scénario -de Tiburce Oger- solide qui installe une tension qui ne descend jamais. 

Dessin -de Mathieu Contis- très réaliste, qui fait souvent dans le monochrome : bleu pour la nuit et vert pour la vie dans l'île de jour, scènes assez violentes, dures et nécessaires au bon déroulement de l'histoire.

Très bonne bande dessinée pour laquelle je ne dirai rien de plus encore une fois, pour laisser le suspense et le plaisir de la découverte. Ne pas la lire serait une erreur.

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Le fruit de mes entrailles

Publié le par Yv

Le fruit de mes entrailles, Cédric Cham, Jigal polar, 2018....,

Simon Vrinks est incarcéré pour attaque à mains armées, sans nouvelle de son  épouse depuis des années. Un jour, elle vient au parloir lui annoncer la mort de Manon, leur fille de vingt ans, vraisemblablement torturée, massacrée. Simon sait alors qu'il va  s'évader et lui rendre justice à sa manière.

Amia, vingt ans, est prostituée. Elle subit les pires outrages de Dimitri, son mac, survit difficilement aux traitements qu'il lui inflige et aux demandes parfois violentes des clients. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, elle décide de tout quitter, mais Dimitri ne la laissera sûrement pas partir. 

Alice Krieg, capitaine de police est sur la trace de Simon Vrinks, obstinée, pugnace.

Ce roman noir pourrait se résumer à une longue course-poursuite de 275 pages. Vrinks poursuit les bourreaux de sa fille, Alice Krieg poursuit Vrinks. Amia est au milieu qui tente, elle, de recommencer sa vie. Et s'arrêter là serait réducteur, car Cédric Cham en plus de construire une histoire rapide, violente, forte, y place des personnages qui n'ont plus rien à perdre, qui iront jusqu'au bout tout en se posant pas mal de questions sur les actions passées, sur l’impact d'icelles sur leur vie et celles de ceux qui les entourent ou plus exactement qui les on entourés, car ils sont seuls. C'est un polar punk. No future ! Le rythme pourrait être largement accompagné des décibels de groupes punks, alors que, contre toute attente de ma part, la play-list de l'auteur, en fin d'ouvrage, est assez loin de ce genre musical, plutôt électro et folk. 

Il est difficile de décrocher de ce roman, construit en courts chapitres avec les différents protagonistes qui se croiseront et/ou se fréquenteront. Hors cette course effrénée, c'est aussi une histoire d'amour pas commune, mal embarquée, qui pourrait pourtant bien finir en happy end. C'est cela qui est bien aussi avec Cédric Cham, c'est que l'on ne sait jamais comment va finir son histoire -sauf à la fin-, on oscille toujours entre le pessimisme qui conseille de ne pas y croire tant tous les intervenants sont cabossés, et l'optimisme qui, lui, fait pencher la balance vers un dénouement heureux après tant de heurts et malheurs. 

J'ai beaucoup aimé ce récit haletant, ultra rythmé, qui n'oublie pas les personnages au profit de l'action comme c'est parfois le cas dans le genre polar rythmé. C'est noir, très noir, presque outrenoir -de Pierre Soulages-, ce noir sur lequel la lumière varie, cette petite lumière pas totalement absente du roman de Cédric Cham.

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Une petite douceur meurtrière

Publié le par Yv

Une petite douceur meurtrière, Nadine Monfils, Pocket, 2018.....

Un soir, Porguy roule sur quelque chose. Il s'arrête et ramasse un bras de femme. Arrivé dans son taudis qu'il partage avec Marcel, un rat, il décide de garder la main, coupe donc une partie du bras qu'il donne à grignoter à Marcel.

Elisabeth, femme au foyer, peu épanouie, ne vit que pour sa fille Nina, 14 ans. Un jour, celle-ci ne rentre pas de l'école et ne donne pas de nouvelle. Les policiers pensent à un enlèvement. Dan, le mari d'Elisabeth, qui passe ses moments dans les bras de Sarah se résout à rester avec Elisabeth jusqu'à ce que Nina revienne.

Puis une multitude d'événements bizarres survient dans la ville. Un mystérieux motard tout de noir vêtu semble être le lien entre eux.

Cette petite douceur meurtrière commence comme un bonbon bien sucré, mais bientôt, le coeur que l'on croit sucré devient amer, épicé voire indigeste. Si le bonbon l'est, ce n'est pas le cas de ce roman policier.qui m'a réjouit de bout en bout. Ça débute dans un joyeux bordel délirant : sitôt qu'un événement bizarre est décrit, un autre ubuesque le suit de près. C'est très drôle, décalé, on est entre Frédéric Dard et Arto Paasilinna. Puis, la farce, je le disais plus haut vire au tragique et au glauque, alors qu'on ne s'y attend pas forcément. C'est surprenant et excellent. La succession des événements apparemment sans lien ne s'arrête jamais et le lecteur de s'interroger sur le lien entre eux, sur leur(s) auteur(s). J'avoue humblement m'être bien fait balader par Nadine Monfils, jusqu'au bout. Avec bonheur, car en plus de surprendre par son intrigue, par ses nombreux personnages tous aussi loufoques et/ou barrés les uns que les autres, elle sait tenir son lectorat avec une écriture débridée, vive et une construction en courts  chapitres qui donne du rythme et qui permet de ne pas se perdre entre tous les intervenants puisqu'ils reviennent régulièrement et rapidement.

Deux cents pages qui passent à une vitesse folle, pfff un après-midi pluvieux et le tour est joué, pour un peu on n'a même pas vu qu'il faisait gris.

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Stavros

Publié le par Yv

Stavros, Sophia Mavroudis, Jigal polar, 2018...,

Stavros Nikopolidis est commissaire à Athènes, un peu mis sur la touche depuis dix ans, depuis qu'il a perdu sa femme suite à l'une de ses enquêtes finalement non aboutie. Dix ans plus tard donc, Rodolphe, le responsable de son fiasco revient et Stavros reprend du service. Un peu rouillé mais toujours impulsif et solitaire il doit néanmoins travailler avec une équipe. Dora une redoutable flique adepte des combats rapprochés et Eugène ex-hacker seront ses plus proches collaborateurs. Ainsi formée l'équipe part sur les traces de Rodolphe.

Dit comme cela, Stavros pourrait paraître comme un rustre un peu bas de plafond, expéditif et prompt à la vengeance. En fait, il est beaucoup plus subtil que cela et c'est tout le talent de Sophia Mavroudis que de ne pas trop tomber dans les caricatures. Stavros est certes un flic dur, solitaire, aux méthodes personnelles et violentes, mais il est aussi féru de littérature grecque ancienne, connaisseur en art -sa femme était archéologue. En plus, son patron, l'inspecteur Livanos, qui lui a mis pas mal de bâtons dans les roues dix ans auparavant alors frais sorti de l'école, est un fervent lecteur des philosophes grecs anciens qu'il cite abondamment : Platon, Aristote, Thucydide : "Pour Aristote, la corruption est dans la nature des choses, elle fait partie intégrante du processus d'altération naturelle de certains êtres. Platon et Thucydide y ajoutent la notion de pathologie, une tendance de l'être humain à pervertir certains de ses actes dans le but de s'adapter ou de plier la réalité à sa propre volonté." (p.100). Autant dire que le mélange est rare et étonnant, donc forcément, ça me plaît bien.

Ce titre est le premier à mettre en scène Stavros Nikopolidis que j'ai pu trouver déroutant par ses nombreuses bêtises de débutant qui collent mal à son expérience. Je l'ai trouvé parfois un poil pleurnichard et victime plus qu'acteur. Sans être un super héros, il gagnerait à s'endurcir, sans pour autant nier ses fragilités qui le rendent terriblement humain, un peu à la Kurt Wallander, qui reste fragile en même temps qu'il sait se faire violence. Je ne doute pas qu'il saura évoluer, construire un personnage demande du temps et il est rarement "fini" dès le premier tome, et fort heureusement, car l'intérêt d'un flic récurrent c'est aussi de le voir évoluer. 

C'est donc dans une ambiance qui oscille entre l'envie de vengeance, la rédemption, l'action pure, la philosophie que se déroule cette intrigue. Le contexte est aussi géopolitique : la Grèce ne va pas bien depuis quelques années et Sophia Mavroudis, franco-grecque montre une autre image que les plages et îles touristiques. Corruption, trafic d’œuvres d'art, drogue, prostitution, montée des extrémismes -malheureusement comme partout en Europe. Tout cela est passionnant et fort bien fait avec pas mal de rebondissements à la fin. 

Originalité, naissance d'un héros récurrent, contexte fort, je valide et prends rendez-vous pour la suite.

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San-Antonio chez les Gones

Publié le par Yv

San-Antonio chez les Gones, Frédéric Dard, Pocket, 2018 (première édition, 1962).....

Grangognant-au-Mont-d'Or, près de Lyon, deux enfants ont mystérieusement disparu. Puis leur instituteur à son tour. Lui est retrouvé, contrairement aux deux enfants, mais décédé la gorge tranchée.

C'est le duo mythique San-Antonio et Bérurier qui est dépêché dans cette charmante bourgade pour tenter, d'une part de retrouver les deux garçons et d'autre part, de faire la lumière sur cette drôle d'affaire. Lyon et Bérurier obligent, le beaujolais coulera à flots, et la bonne nourriture roborative sera de toutes les pages.

Comment résister aux deux premières pages -que je ne peux malheureusement pas citer entièrement-, mais disons que le portrait de l'élève suivant donne le ton : "Cugnazet avait dix-sept ans, en paraissait trente et continuait depuis dix ans d'étudier la table de multiplication. Il avait passé cinq ans sur les multiples de 1 et, depuis cinq autres années, essayait d'apprendre les multiples de 2. Il savait presque par coeur combien faisaient 2 fois 1, mais à 2 fois 2 le brouillard commençait." (p.10) ?

La suite, est tout aussi savoureuse, Béru est bourré du début à la fin -il ne faut pas l'emmener à Lyon. Quant au commissaire, il batifole évidemment, mais cherche aussi à connaître le fin mot de cette histoire rocambolesque. Drôle, très drôle, ça part dans tous les sens, si bien qu'on ne sait plus vraiment qui sont les méchants et pourquoi ils le sont, mais heureusement, San-Antonio veille et saura lui, démêler le vrai du faux, isoler les méchants des gentils et nous épiloguer cette histoire magistralement.

Ah, qu'est-ce-que c'est bon un San-Antonio de temps en temps (ça tombe bien, j'en ai deux autres qui m'attendent). Bonne idée qu'a eue Pocket de les rééditer.

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Cross

Publié le par Yv

Cross, Marc S. Masse, Flamant noir, 2018.....

Eric Milan, ex-flic devenu détective privé à la suite d'une affaire pénible survit difficilement. Un jour, il reçoit la visite d'un client important qui le change de ses petites affaires courantes, qui lui propose de retrouver le chauffard qui a tué son fils et qu'il sait participer au Grand Cross, une épreuve de course extrême. Le retrouver puis le tuer, pour 300 000€.

Acculé, Milan accepte mais doit se remettre au sport. Neuf mois plus tard, il s'aligne sur la ligne de départ, incognito. Mais bientôt, l'homme qu'il croyait avoir reconnu comme celui qu'il cherche est retrouvé assassiné. La course et son enquête s'emballent alors.

Bien que non-sportif, j'avoue avoir été captivé par cette histoire, autant par le parcours de Milan, qui souffre pendant toutes les épreuves -chaque jour il court plus de 50 kilomètres- que par la tension qui monte autour de son enquête. En fait, les deux sont liées, étroitement. Le jour, l'effort est violent et il faut chercher la bonne personne et faire attention à ses arrières. La nuit, le sommeil vient difficilement, l'angoisse, la peur, la parano même, après le meurtre de son suspect, peut-être tiennent en éveil.  "Et pour parfaire l'ambiance, des ombres s'agitent sur la toile, à n'en pas douter, celles des arbres secoués par le vent. Mais pour un esprit inquiet, le moindre craquement dans la nuit, un reflet, une lueur, le contour d'un objet, tout se transforme en menace, surtout quand on en veut à votre peau." (p.126)

Attention, polar très addictif. Si Eric Milan fait de l'endurance, moi, j'ai fait un 100 mètres, une course sans m'arrêter pour arriver au bout. A chaque page, on se pose des questions sur l’éventuel coupable, sur le rôle de tel ou tel intervenant, sur la capacité à tenir le rythme du coureur, sur l'insistance de son commanditaire. Marc S. Masse est très habile qui nous amène totalement dans le monde de la course et nous y balade. Si j'ai pu entrevoir un moment le(s) coupable(s) -mais c'est un peu normal, à force, je soupçonne tout le monde-, je n'avais pas capté les raisons.

Un polar très original dans le monde de la course extrême qui est un contexte très présent, bien décrit -enfin pour ce que j'en connais. Très grande première partie suivie d'une seconde, beaucoup plus courte, qui en étonnera plus d'un et donne une originalité supplémentaire et des coups de théâtre vraiment bien vus. 

Excellent !

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La guerre est une ruse

Publié le par Yv

La guerre est une ruse, Frédéric Paulin, Agullo, 2018.....

1992, Depuis les élections qui ont permis la victoire des islamistes en Algérie, les militaires ont pris le pouvoir et chassé les islamistes qui se regroupent et luttent avec leurs armes : attentats, enlèvements et meurtres d'étrangers. La sauvagerie est des deux bords, les militaires pratiquant la torture pour obtenir des informations qui leur permettraient de supprimer leurs ennemis. C'est au cours d'un interrogatoire très musclé que Tedj Benlazar, agent français de la DGSE en poste à Alger, apprend que les liens entre les deux ennemis ne sont peut-être pas aussi clairs qu'il n'y paraît. Dès lors, il tente de comprendre la situation, mais très vite sa vie semble en danger.

Voilà un roman comme je les aime. Totalement ancré dans une époque historique dure et violente et dans laquelle il est parfois difficile de déterminer qui sont les bons et les méchants si tant est que l'on puisse être aussi manichéen. Les bons infiltrent les méchants et vice-versa, chacun ensuite doit donner des gages de confiance en faisant preuve de violence. 

Je ne cache pas un certain bémol venant du fait d'un nombre incalculable d'intervenants, des noms difficiles à retenir, tant dans les personnages fictifs que réels, qui m'a perturbé au moins au début du livre. Puis, le pli pris, je me suis fait happer par cette histoire. Frédéric Paulin est pointilleux, méticuleux et son roman fourmille de détails, d'événements, d'informations qui peuvent submerger le lecteur tout en permettant de se plonger totalement dans la période. Sans doute un peu long parfois, ce roman se lit néanmoins avec avidité et les personnages fictifs, Tedj Benlazar en tête ajoutent une dimension romanesque, un suspense quasi insoutenable, puisqu'on s'attache à eux et que l'on veut savoir si et comment ils se sortiront de ce nid de serpents. 

Pfff, je suis encore tout étourdi de ma lecture passionnante et  étourdissante. Frédéric Paulin sait où nous mener et même si l'on connaît l'histoire des relations franco-algériennes à cette époque, ce que provoqueront les islamistes dans ces deux pays, il parvient à jouer avec nos nerfs. Sûrement bien documenté, il met en scène des personnages réels qui ont pu jouer des rôles obscurs, qui ont eu des relations douteuses. Tout cela passe par les yeux de ses créations et dans l'appellation de "roman" qui permet de s'évader un peu de la vérité, mais on sent qu'il maîtrise son sujet et que rien n'est dit ni mis dans la bouche d'un personnage par hasard.

Magistral, ambitieux, un polar ou roman noir d'espionnage à ne pas rater qui commence pourtant paisiblement, mais ça ne durera pas :

"Depuis la mosquée Émir-Abdelkader encore en chantier, le muezzin appelle au dhuhr, la prière de midi. Constantine s'apaise sous le soleil, les rues se vident, c'est comme si la ville reprenait son souffle. Là-bas, le Français est assis à la terrasse du petit café face à l'université Mentouri. Comme d'habitude. Il sirote un lekhchef, comme d'habitude." (p.9)

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Moteur !

Publié le par Yv

Moteur !, Pascal Louvrier, TohuBohu, 2018.....

James Katenberg est un scénariste réputé à Hollywood, fils d’Eva Lopès, grande actrice des années 50, ayant joué avec les plus grands : Brando, Kazan, Von Stroheim, ... Arrivé en France quelques années auparavant pour écrire une série pour la télé, James a fait la connaissance d'Eden, une jeune femme qui a purgé une peine de huit mois de prison pour détention et vente de drogue. Il vient la chercher à sa sortie, et décide de retourner chez lui, dans son ranch en plein désert d'Arizona. Eden le suit, amoureuse de ce type protégé par le FBI pour on ne sait quelles raisons.

Très bonne surprise que ce roman noir s'il en est avec un héros revenu de tout, désabusé, blasé, alcoolique, aux accès de violence chroniques qui vit dans le souvenir de sa mère grande star d'Hollywood et dont il voudrait comprendre les raisons du suicide. A ses côtés, Eden, jeune et jolie fille un peu perdue, droguée, qui passe de l'amour à la haine en une fraction de seconde, du rire aux larmes, d'une déclaration enflammée à une colère terrible, violente. 

Sur fond de cinéma étasunien des années 1950, Pascal Louvrier construit un roman noir, sec, dans lequel il ne s'embête pas avec des fioritures. L'écriture est directe, sèche elle aussi, va au plus rapide, sans passer par des circonvolutions peu intéressantes. Ses personnages sont bien sûr archétypaux, ce qui est dans les codes du genre noir. Il parvient habilement à nous les rendre sympathiques en allant au plus profond de leurs débordements, de leurs doutes et peurs, interrogations, et James en a des tonnes.

On est loin du rythme d'un thriller, James prend son temps, même s'il est pressé par Eden pour changer, pour sortir de cette adoration morbide pour sa mère et les raisons de son suicide. Rien de déplaisant pour le lecteur, bien au contraire, qui prend lui aussi le temps de vivre avec les protagonistes pour ensuite sentir monter l'intrigue et tenter de résoudre l'énigme. Icelle est fort bien menée qui tient jusqu'au bout, sans doute par l'atmosphère pesante, lourde et orageuse comme le climat du désert de l'Arizona.

Franchement, j'ai beaucoup aimé, je me suis régalé de bout en bout -malgré quelques paragraphes superflus. Pascal  Louvrier a écrit pas mal de biographies (Michel Delpech, Françoise Sagan, George Bataille et Johnny Halliday) ; Moteur ! est son troisième roman, qui en plus me fait découvrir les éditions TohuBohu.

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