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Articles avec #polar-noir tag

Bilan 2019

Publié le par Yv

Bilan 2019. Cette année, je ne parlerai que de mes coups de cœur, rares. Du rare, du bon, du très bon :

- L'outil et les papillons, Dmitri Lipskerov, chez Agullo : barré, drôle, absurde.

- Demande à la savane, Jean-Pierre Campagne, chez Jigal polar : polar direct, poétique, brutal.

- Il fallait que je vous le dise, Aude Mermilliod, chez Casterman : l'histoire en BD d'un avortement, forte et militante.

- Broyé, Cédric Cham, chez Jigal polar : âpre, sec, violent.

- Des opéras de lumière, Jean-Noël Blanc, chez Le Réalgar : histoire d'un peintre solitaire et d'un mécène. Prodigieux et d'une grande beauté.

- Flesh empire, Yann Legendre, chez Casterman : de la SF en noir et blanc, tout en courbes et droites.

- Amen, Viviane Cerf, chez Des femmes-Antoinette Fouque : original, décalé, une écriture bouleversante.

- La suspension, Géraldine Collet, chez Rue de l'échiquier : l'éternelle question : peut-on séparer l'artiste de son œuvre ?

- Nuits grises, Patrick S. Vast, chez Le chat moiré : un polar qui sans en avoir l'air parle de la société actuelle.

- RIP. Derrick, je ne survivrai pas à la mort, Gaet's et Monier, chez Petit à petit : le quotidien de nettoyeurs de maisons de morts (le coup de cœur est attribué aux deux tomes parus)

Dix coups de cœur, dont trois bandes dessinées, trois polars et donc quatre romans. Une seule grosse maison d'éditions, Casterman, nommée deux fois, comme Jigal polar. Si vous ne devez lire -ou faire lire- que dix livres dans les prochaines semaines, les voici, il est encore temps pour les cadeaux de Noël...

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RIP. Maurice

Publié le par Yv

RIP. Maurice. Les mouches suivent toujours les charognes, Gaet's, Monier, Petit à petit, 2019.....

Deuxième tome de la série qui s'intéresse cette fois-ci à Maurice, le vieux de la bande des nettoyeurs des maisons des morts. Maurice ne s'est pas toujours appelé Maurice. Avant, c'était Marcello Camperetti, et il était craint. Pas comme maintenant où personne ne le respecte où on le surnomme le Vieux et où, ouvertement, on se fout de sa gueule.

Toujours aussi bonne cette bande dessinée. Tout ce que j'ai dit pour le premier tome Derrick est vrai là encore. Le scénario est adroitement construit qui imbrique les histoires individuelle de chaque homme avec leur histoire commune, celle des nettoyeurs des maisons des morts. Bien qu'on en connaisse des bouts lorsqu'on a lu le tome précédent, le suspense et la tension sont bien présents et l'envie de savoir comme Marcello s'est retrouvé en Maurice.

Le dessin et les couleurs sont toujours formidables, cela pourrait faire penser parfois à des comics, le format s'y prête aussi. Mais là, point de super héros, ni d'humour, ces hommes sont blasés, détruits et continuent à vivre quotidiennement des horreurs, pas toutes dessinées, je rassure les plus sensibles. On plonge dans la noirceur des hommes, dans ce qu'ils ont de plus profondément enfoui et qu'il n'est pas toujours bon de remonter.

Franchement, c'est une BD qui m'a scotché, dont je sais déjà que j'irai au bout des 6 épisodes -pour l'instant- prévus. Une dernière idée cadeau...

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RIP. Derrick

Publié le par Yv

RIP. Derrick, je ne survivrai pas à la mort (tome 1), Gaet's, Monier, Petit à petit, 2018.....

Derrick fait partie d'une équipe chargée de nettoyer les logements des personnes mortes sans héritiers. Ils ne s'occupent pas des cadavres, juste des biens matériels qui seront ensuite vendus aux enchères. Parfois, la tentation de se servir est grande, mais chacun est fouillé après le travail. Derrick est un solitaire, marié pourtant, mais on se demande pourquoi tant ces deux-là ne s'aiment pas. Dans son job, Derrick enchaîne les journées morbides, ce qui joue sur son moral déjà bas, très bas. Il en est un peu de même pour tous ses collègues.

Quelle bande dessinée originale et passionnante. Originale dans le scénario de Gaet's : le job de Derrick et ses collègues, la façon de le raconter et, en plus, RIP est une série qui s'intéressera à chaque tome à un des collègues de Derrick. On connaît une partie de leur vie dans ce premier tome, les auteurs la complèteront sûrement dans les suivants en la reprenant d'un autre angle. Ça me plaît déjà, rien qu'à le raconter.

Originale aussi dans les dessins de Julien Monier. Dans un format assez classique, il dessine des gueules, des types au bout de rouleau dont on se demande comment ils en sont arrivés à faire ce travail. Tout est vraiment très bon, les couleurs, les dialogues, le découpage des pages et les citations entre chaque chapitre. Une série qui démarre fort et qu'il faudra préserver des mains innocentes, car certaines situations sont dures.

La tension est palpable, les hommes sont prêts à se battre pour peu de raisons. C'est du noir, très très noir.

La suite, le tome 2, consacré à Maurice, j'en parle très bientôt.

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Congés mortels

Publié le par Yv

Congés mortels, Didier Fossey, Flamant noir, 2019.....

Milieu des années 1930, des femmes sont agressées et tuées par Paul Perrin dit "Le Bredin". Lorsque sa femme disparaît, Fernand est sûr que c'est "Le Bredin" qui a fait le coup, mais 1939 arrive et la mobilisation qui évite au suspect pas mal d'embêtements.

2006, même région, la Nièvre, un couple de randonneurs est retrouvé assassiné. L'homme est le fils d'un puissant patron de presse parisien qui met en action ses relations pour que la crim' soit saisie. C'est le commandant Boris Le Guenn qui s'y colle avec le lieutenant Antoine Furlon. L'enquête piétine jusqu'à ce que Boris rencontre Fernand, 91 ans, qui lui parle des crimes passés et lui affirme que "Le Bredin" est revenu.

En préambule, Didier Fosssey explique que ce livre est la deuxième enquête de Boris le Guenn, mais qu'elle fut reléguée pour diverses raisons dans un recoin d'un ordinateur. Quelques années et aléas plus tard, elle sort du purgatoire informatique pour le plus grand bonheur des lecteurs -là, ce n'est plus l'auteur qui parle mais son lecteur. Car, j'ai beaucoup aimé. Boris se met au vert, et même si les meurtres restent horribles, l'ambiance est un peu plus légère, l'air de la campagne sans doute. Boris fonce, fidèle à son instinct et à sa conviction, quitte à se mettre les cruchots -j'ai adoré ce petit mot qui désigne les gendarmes- à dos.

J'ai aussi beaucoup aimé la construction du roman, assez classique et la juxtaposition des deux périodes fonctionne bien : un chapitre pour les années 30/40 et Paul Perrin, suivi par un chapitre pour l'enquête de Boris en 2006. Didier Fossey raconte toujours aussi bien ses histoires et ses personnages sont attachants, Boris en tête, et les autres itou. Même si l'enquête est différente des précédentes -ou futures- menées par le commandant Le Guenn, elle s'intègre bien dans cette excellente série, et il n'est pas dérangeant de la lire après celles qui se déroulent plus tard. On revient un peu en arrière sur des aspects personnels de Boris, comme le fait qu'il n'est pas encore séparé de sa femme Soizic, mais on sent aussi pourquoi la situation évolue ainsi.

Le roman débute ainsi :

"Juillet 1936.

A la lueur de la bougie, sur la table de la cuisine, Paul Perrin écrivait sur un cahier d'écolier, la langue sortie, le souffle court. De temps en temps, il émettait un gloussement de plaisir ou bien partait d'un grand éclat de rire. Un de ces rires sardoniques qui semblaient tout droit sortis de la folie des hommes." (p. 11)

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Le hameau des Purs

Publié le par Yv

Le hameau des Purs, Sonja Delzongle, Gallimard, 2019...

Un hameau est ravagé par les flammes en faisant sept victimes. Des Purs, une communauté, une secte qui a choisi de vivre à l'écart avec ses lois, ses principes. Audrey Grimaud, journaliste est envoyée sur place par son patron. Elle connaît les Purs, ses grands-parents en étaient et elle a passé des vacances chez eux jusqu'à son adolescence. Depuis quelques années également, sévit dans la région du hameau, l'Empailleur, un tueur en série qui éviscère et recoud ses victimes. Les deux affaires sont-elles liées ? Audrey, de retour sur ces terres a des flashes de son enfance, des souvenirs qui remontent. Elle va de découverte en découverte.

Je suis très mitigé sur ce thriller qui passe du meilleur au nettement moins bon dans la même page. Le moins bon, ce sont des longueurs bien senties à tel point qu'on peut se demander parfois si l'on n'est pas dans un roman pour jeune fille avant de sombrer dans un découpage d'un cadavre assez gore. A peine 400 pages dans la version poche folio pour ce roman qui aurait mérité d'être condensé. Pas mal de descriptions inutiles et de tourments personnels d'Audrey redondants et auxquels on ne croit que partiellement. Ajoutons une foultitude de personnages, à se perdre, ce que j'ai fait parfois, et même -à moins que je ne sois trompé, un peu lassé-, des approximations de dates ou d'âges des personnages.

Le meilleur, c'est que cette histoire est totalement folle et imprévisible. Les surprises s'enchaînent et ne déçoivent pas, au contraire. Le mystère s'épaissit lorsque la page d'avant il semblait s'éclairer. C'est très bien fait pour tenir le suspense et le lecteur. Jusqu'au bout, on est chamboulé, décontenancé. D'aucuns trouveront sans doute la fin bâclée ou tirée par les cheveux, moi, je la trouve à l'image du livre, imparfaite mais bien trouvée et surprenante. C'est cet aspect d'originalité, de surprise potentielle à chaque page tournée qui fait le sel de ce roman.

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Nuits grises

Publié le par Yv

Nuits grises, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2019.....

Suzy, depuis qu'elle a été licenciée, enchaîne les petits boulots. Elle cumule plusieurs employeurs et fait des ménages, mais elle peine à payer son loyer. Le jeune couple qui loge au-dessus d'elle est dans la même situation : Pauline est au chômage et Kevin en intérim, cinq mois de loyer en retard. Le fils de la propriétaire, cinquantenaire oisif qui vit des rentes familiales, ne se lasse pas de faire des propositions libidineuses aux deux jeunes femmes en échange d'un effacement promis de leurs dettes. Suzy ne cède pas. Pauline ne résiste pas au harcèlement, mais Kevin la surprend avec le propriétaire. Lorsque celui-ci disparaît, la police est amenée à enquêter.

Excellente, j'allais dire surprise, mais ce n'est n'en est pas une puisque Le chat moiré a déjà publié trois autres titres de Patrick S. Vast, tous très bons (Potions amères, Passé doubleDuo fatal) et qu'avant cela j'avais aussi lu Boulogne stress. Donc dire d'un livre de Patrick S. Vast qu'il est une surprise c'est n'importe quoi, puisqu'on sait qu'ils sont très bien. Cette -à peine- digression passée, la surprise vient peut-être du fait que ce Nuits grises est peut-être un poil au-dessus des autres cités. Tout m'y a plu au point de ne point parvenir à le lâcher. Il débute doucement, sauf pour Suzy et le jeune couple qui se débattent dans des situations très difficiles. Suzy cumule les emplois pour tenter de subvenir à ses besoins, se fait exploiter. Ses boulots sont harassants et ne payent qu'a peine ses frais. Elle parvient tout juste à écarter le harcèlement de son propriétaire et on sent bien que le pire est à venir. Et il arrive.

L'auteur décrit très bien la crise qui pousse au désespoir et le désespoir qui génère des idées noires, très noires, rarement les plus sensées, mais comment pourraient-elles l'être ? La spirale de la descente aux enfers est tellement forte, que rien ni personne ne semble pouvoir y résister ni même la stopper. C'est avec ceux que l'on nomme désormais les travailleurs pauvres que le romancier bâtit son histoire. Rarement héros, il sait les mettre en avant, ce qui donne un roman policier humain, dans lequel comptent avant tout et malgré la misère, les rapports humains, l'entraide, la débrouille et l'humanité -j'insiste- de certains qui ne jugent pas selon le porte-monnaie ou le statut social.

Pour la partie polar, on connaît le coupable en temps réel, on suit donc l'enquête policière avec d'une part un flic un peu borné, Chombert, et d'autre part un flic qui sait aller au-delà des apparences et des évidences, le capitaine Lourdieu. Le suspense est bien là, on a tant envie de savoir qui va s'en sortir et qui va plonger.

Je vous avais prévenu, un roman policier de Patrick S. Vast, c'est forcément très bien. En plus, la couverture jaune orangée sur mon blog noir, ça claque, n'est-il pas ?

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Art et décès

Publié le par Yv

Art et décès, Sophie Hénaff, Albin Michel, 2019..,

Alors que la commissaire Anne Capestan, cheffe des bras cassés qui forment l'équipe la plus hétéroclite et la plus moquée du 36 quai des orfèvres, profite pleinement de Joséphine son bébé de 18 mois, elle est appelée par Eva Rosière, ex-capitaine de ladite équipe qui se consacre désormais à sa carrière d'auteure à succès. Son roman est adapté au cinéma par un réalisateur réputé faire des entrées mais qui veut absolument apposer son nom sur le scénario auquel il n'a pas touché. Eva l'a cherché, a tempêté, crié qu'elle allait le tuer, jusqu'à ce que celui-ci soit retrouvé assassiné. L'ex-capitaine devient le suspect numéro un et demande donc de l'aide à ses anciens collègues.

Après Poulets grillés et Rester groupés (pas lu), retour de la brigade des inclassables. Sans faire durer le suspense plus longtemps, je ne peux pas dire que je me sois esclaffé. Assez décevant finalement par rapport à ce que j'avais pu lire un peu partout sur cette série. Les personnages sont bien sympathiques, certes, mais l'humour tombe souvent à plat et les nombreux essais de digressions comiques m'ont plutôt semblé des longueurs et des redites un peu poussives. La comédie policière n'est pas un genre aisé, et lorsque l'humour de l'auteure ne sied pas au lecteur, eh bien ma fois, c'est qu'il faut passer à autre chose. Néanmoins, je suis allé au bout de cette histoire qui ne provoque aucun rejet ni déplaisir. Pas de surprise, manque de punch, c'est dommage car Sophie Hénaff a bâti une équipe qui laisse envisager des moments beaucoup plus drôles et décalés. Si je peux me permettre un conseil -j'ose, mais qui suis-je pour donner conseil ?-, chère Sophie -vous permettez que j'use de votre prénom ?- :  lâchez-vous, débridez-vous la plume -rien de vulgaire, aucune pensée salace ou autre de ma part-, osez la démesure , vos personnages  méritent au moins cela !

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Chaos de famille

Publié le par Yv

Chaos de famille, Franz Bartelt, Gallimard série noire, 2006.....

"Mon Dieu, avez-vous vu ce que vous avez fait de moi ? Un gros machin avachi, pas beau à regarder, pas appétissant, qui a gaspillé sa jeunesse et près de vingt ans de sa vie à attendre le bon vouloir, le bon désir d'une épouse moins sensible aux caresses qu'une truelle de maçon ! Mon Dieu, à cause de cela je suis devenu un véritable obsédé des choses du sexe ! J'en rêve quand je dors, et je me réveille pour en rêver plus fort !" (p. 56)

Voilà un des nombreux monologues intérieurs de Eho -ainsi que l'appelle Camina sa femme qui n'a même plus besoin d'user de son prénom. Elle l'appelle, il accourt. Depuis dix-huit ans dont douze sans vie sexuelle. Eho doit subir en outre, la famille de Camina, frères et sœurs et mère, tous dépressifs et suicidaires, le père déjà suicidé, traçant la voie familiale. 

Humour noir est-il précisé en quatrième de couverture. Noir, très noir et tellement drôle. Franz Bartelt s'en donne à coeur joie, il pratique une langue savoureuse, argotique, néologique, crée des personnages hors normes, hors de toutes conventions. Ils sont gros, moches, la mocheté n'étant pas la conséquence de la grosseur, non ils sont moches dedans et dehors et ce qui est dedans se voit à l'extérieur. Ils sont aussi cons, très cons même pour certains, et la connerie n'est pas, là non plus une conséquence de quoi que ce soit. Ils sont cons, c'est tout. 

J'ai ri, mais j'ai ri. L'enterrement de Beignet, l'un des beaufs de Eho, est à mourir de rire et s'étale sur plusieurs pages. Il est loufoque, irrésistible, énorme. Le reste est dans le même ton. A la fin, l'humour plus noir, plus méchant revient, mais qu'est-ce que c'est drôle. A quasiment toutes les pages, il y a une situation, un bon mot, une phrase qui fait rire ou sourire. Et dans cette comédie noire, on sonde les plus bas instincts des uns et des autres : la bassesse, la jalousie, la cupidité, l'envie, ... 

Lecture extrêmement plaisante, à cependant, ne pas forcément mettre en toutes les mains, les plus prudes ou les plus innocents, pourront y perdre des illusions ou rougir.

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La poupée sanglante

Publié le par Yv

La poupée sanglante, Gaston Leroux, 1923 (L'aube, 2006)....

Bénédict Masson est relieur en l'île Saint-Louis. Affreusement laid, il sait qu'il fait peur aux femmes et plusieurs qui souhaitaient travailler en son atelier ont fui. Bénédict est follement amoureux de sa voisine Christine qu'il épie, ainsi que son père et son fiancé, médecin qui vivent en face de chez lui. Ce qu'il voit est troublant voire effrayant, entre un supposé amant caché dans l'armoire sans doute occis par le père de Christine et des expériences menées au rez-de-chaussée de la demeure de ses voisins. Un jour, Christine entre dans la boutique de Bénédict et lui propose de travailler avec elle chez le baron de Coulteray qui possède une grande bibliothèque à rénover. Le relieur accepte, heureux de pouvoir passer des moments seul avec sa dulcinée. Mais dans la propriété des Coulteray, le mystère et l'incroyable poursuivent Bénédict.

Gaston Leroux (1868-1927) est célèbre pour avoir créé des personnages qui ont dépassé sa propre renommée :  Rouletabille, Chéri-Bibi. Il est aussi l'auteur de Le fantôme de l'opéra. Le livre du jour,  a aussi une suite, La machine à assassiner écrite la même année. Construit en deux parties, l'une révélant les mémoires de Bénédict et l'autre continuant l'histoire et la finissant. La première est un peu longue parfois, entre les exclamations du relieur amoureux transi et rejeté, c'est sans doute l'époque qui veut cela, maintenant, on va au plus court. Gaston Leroux écrit là un roman fantastique qui part dans plein de -fausses (?)- directions, qui nous entraîne, lecteurs, dans des suppositions folles et nous réserve surtout de belles et réelles surprises. Si l'on passe sur ces longueurs et ces lamentations un poil désuètes, on a la joie de lire de la belle littérature, de belles phrases, des imparfaits du subjonctif, de belles tournures avec des mots à apprendre, broucolaque par exemple : ""Broucolaque" est le mot dont se servaient les Grecs pour désigner ce que la superstition moderne désigne sous le nom de "vampires."" (p. 117). Et puis, au détour d'un paragraphe, il n'est pas rare de tomber sur une réflexion intemporelle : "Seigneur Dieu, ne jugeons personne !... Ayons peur des formes que prennent les choses en nous frôlant et ne disons point tout haut avec le triste orgueil de la créature qui ne dispose que de ses cinq sens "ceci est" ou "ceci n'est pas"... Méfions-nous ! méfions-nous ! L'Univers est autour de nous comme une immense embûche... D'autres avant moi ont prononcé le mot : Farce !" (p. 48)

Relisons donc Gaston Leroux, un peu oublié et pourtant maître du fantastique, des histoires à rebondissements et à la logique imparable, digne d'un Edgar Allan Poe. Cela fait un bien fou de se replonger dans ses histoires avec une ambiance qu'on qualifierait de gothique de nos jours, un style un peu emphatique parfois et d'autres fois plus prosaïque, avec des personnages marquants, une foultitude de détails ; tout cela fait travailler l'imaginaire de manière incroyable.

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