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L'homme qui n'a pas inventé la poudre

Publié le par Yv

L'homme qui n'a pas inventé la poudre, Stéphanie Claverie, La Différence, 2016....

Sébastien vit sur l'île d'Oléron avec son père, René, veuf. Sébastien est ce qu'on appelle un handicapé accusant un retard mental. Il est jardinier municipal. Ultra organisé, réglé à la minute près, un rien suffit à ce qu'il soit perturbé. Un jour, au volant de sa voiturette, il porte secours à Barbara en panne avec sa voiture. Barbara vient de reprendre le magasin de chaussures de l'île pour se rapprocher de son fils, Lucas, en rééducation suite à un accident de scooter. Barbara, Lucas, Sébastien apprendront à se connaître, s'aideront.

Un joli roman dans la veine de La tête en friche de Marie-Sabine Roger mais qui va aborder d'autres thèmes, comme la solitude, l'autonomie et la sexualité des handicapés. A petites touches. Stéphanie Claverie n'est pas dans la démonstration ou l'argumentation pour/contre. Elle raconte la vie de ses personnages, leurs envies, leurs désirs, tant les handicapés que les autres. René, le père de Sébastien n'est pas qu'un second rôle, il est là présent, peut-être trop aux yeux du travailleur social qui s'occupe de Sébastien. D'où la demande de son autonomie, René vieillissant, il faut commencer à chercher des solutions.

Court livre au ton optimiste, comme Sébastien, mais pas naïf. Sébastien sait s'attirer autant les faveurs des gens qui prennent du temps pour le connaître que les peurs de ceux et celles qui ne s'arrêtent qu'à son handicap. Partout où il passe, dès lors qu'on prend du temps et qu'on ne le juge pas ni ne le regarde avec pitié ou condescendance, il distille un optimisme convaincant et communicatif. Bon, il peut être parfois envahissant, déstabilisant voire gênant, mais jamais méchant ou violent.

Écriture fluide, directe, tout en douceur, Stéphanie Claverie dresse le portrait de son héros pas comme les autres. Beaucoup de tendresse, de bienveillance et un regard qui ne juge pas. Il m'arrive de rencontrer des gens plus ou moins avec la même différence que Sébastien, au magasin du CAT par exemple (spécialisé en horticulture et jardinage), et c'est toujours avec un grand sourire que nous sommes accueillis. Le moins que l'on puisse faire c'est d'arriver avec un sourire au moins aussi grand. Tellement simple à faire et ça ne coûte rien.

A deux reprises dans l'ouvrage, Antoine de Saint-Exupéry est cité pour la même phrase (dans le texte et dans les remerciements) qui s'applique évidemment parfaitement ici, mais qui peut être largement diffusée et utilisée, tellement elle devrait être au cœur de nos actes et pensées de tous les jours : "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis." A méditer, à diffuser largement.

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L'été Diabolik

Publié le par Yv

L'été Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse, Dargaud, 2016.....

Été 1967, Antoine joue un match de tennis contre Erik, la finale d'un tournoi. Il le gagne. Mais le père d'Erik, en colère agresse le père d'Antoine et les prend même en chasse sur la route quelques heures plus tard. Ce qu'Antoine ne sait pas encore c'est que cet été, celui de ses quinze ans sera totalement inoubliable : entre son premier véritable amour, son amitié bizarre avec Erik, les relations troubles de son père avec un M. de Noé. Cette histoire qui oscille entre roman initiatique et roman d'espionnage est racontée, vingt ans plus tard, dans un roman par Antoine, qui tente de recoller toutes les pièces pour y comprendre enfin quelque chose.

Dès les premières pages, voire dès la couverture, on est frappé par les couleurs dont use Alexandre Clérisse. Vives, criardes parfois, peu courantes dans les bandes dessinées, elles collent à l'époque décrite, la fin des années 60. Même les paysages parfois subissent cet afflux de couleurs, collines roses ou rouges, champs violets... et tout cela donne une BD totalement atypique et formidable visuellement. Ajoutons à cela des cases de différentes tailles, formes, voire pas de cases, justes des dessins qui se suivent et vous comprendrez mon enthousiasme pour cet ouvrage franchement réjouissant.

Le scénario, maintenant : entre roman initiatique et roman d'espionnage disais-je au début de ma recension, c'est tout à fait cela, et les deux s’entremêlent, se joignent, s'imbriquent pour nous surprendre ou nous faire plaisir. Pari réussi. Construite en deux parties (la seconde expliquant les manques de la première), cette BD est une vraie découverte pour moi et un pur bonheur. Surpris, je l'ai été, tant mieux j'adore ça.

Pas long mon article, pas besoin, jetez-vous sur cette BD.

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Mon chat Yugoslavia

Publié le par Yv

Mon chat Yugoslavia, Pajtim Statovci, Denoël, 2016 (traduit par Claire Saint-Germain)..,

1980, Yougoslavie, Eminè se marie avec un homme qu'elle ne connaît qu'à peine, Bajram. Toute jeune, elle ne sait pas grand chose de la vie sauf qu'elle devra être une bonne épouse et se plier aux us et coutumes de son pays. Les préparatifs du mariage avancent, l'angoisse monte.

De nos jours, Helsinki, Finlande, Bekim un jeune homosexuel fait des rencontres dans des bars gays, jusqu'à celle du "chat". Il achète un serpent qu'il laisse vivre en liberté dans son appartement. Bref, Bekim peine à s'intégrer dans la société finlandaise, trop solitaire, trop renfermé.

Plein de bonnes choses dans ce roman mais aussi pas mal de moins bonnes. Commençons par ce qui fâche : beaucoup de longueurs, un livre qui peine à démarrer, il faut attendre la page 130 pour qu'enfin une éclaircie parvienne au lecteur que je suis. Éclaircie qui ne veut pas dire que toute la lumière sera faite sur tous les points qu'aborde l'auteur. Ce qui m'amène à une autre réserve, c'est un roman foutraque qui démarre plein de pistes, les explore ou pas... et peut perdre son public en cours de route. En un mot, c'est parfois le bordel. Pour finir sur les notes moyennes, je dirais que l'écriture n'a rien de suffisamment exceptionnel pour retenir le lecteur. Il faut se faire violence pour tenir les premières pages et ne pas hésiter à sauter des passages longs qui n'apportent strictement rien au fond -ni à la forme- ; 330 pages qui auraient pu être très raisonnablement réduites et condensées sans nuire aux propos.

Malgré tout cela, et malgré mes envies de lâchement quitter le roman, je ne l'ai pas fait car il y a un ton et des situations qui m'ont retenu. D'abord les contextes : celui de la Yougoslavie des années 80 qui va bientôt exploser, Tito venant de mourir laissant place aux nationalismes exacerbés de certains, Milosevic en particulier. Dans ce pays, vivent des Albanais, dont Eminè et son futur mari avec des traditions fortes, dont celle qui concerne le rôle de la femme, très archaïque à nos yeux d'Occidentaux. Ce qui paraissait un beau mariage va vite tourner au cauchemar pour Eminè, devenue femme battue, brimée et aux ordres de son époux. On avance dans la vie du couple bientôt famille avec 5 enfants, notamment lorsqu'ils fuient la Yougoslavie en guerre pour se réfugier en Finlande. Ils y vivront le racisme au quotidien, la honte d'être à part "Nous étions devenus le genre de personnes qui se lient d'amitié avec les opprimés, avec ceux qu'on n'aime pas. Nous étions rejetés au même titre que les Tziganes, nous étions de ceux qui venaient de loin pour entrer dans ce pays, où les gens étaient si blancs qu'on les aurait cru faits de neige tassée. Moi, je nous considérais comme blancs, mais à leurs yeux, notre blanc, ce n'était pas la même chose." (p.193/194) Et pourtant l'espoir, ils l'avaient en arrivant en Finlande, comme le disait Bajram à Eminè : "Ils ont plus que ce dont ils ont besoin. Pourquoi ne voudraient-ils pas de nous ici ? Qu'est-ce qui pourrait bien leur manquer, qu'ils n'auraient pas déjà ?" (p.195)

L'autre partie est consacrée à Bekim qui peine à trouver son équilibre. Jeune homosexuel, sa vie affective est pauvre et son intégration pas très aisée dans ce pays qui n'est pas moins remonté contre les étrangers que dans les années 90 lorsque Bajram et Eminè sont arrivés. Il s'achète un boa constrictor, le laisse vivre dans son appartement en liberté, s'installe avec un ami qui le manipulera et l'utilisera. J'avoue n'avoir pas tout saisi de la vie de ce jeune homme, sans doute me manquait-il quelques codes. Un rien barré, il va devoir passer par quelques épreuves dont celle de la recherche des origines pour tenter de vivre enfin.

Malgré mes réserves, je reste sur une image plutôt positive de ce roman et de l'auteur qui gagnera à faire plus court, plus dense. Il est suffisamment décalé, loufoque pour écrire d'autres livres hors du commun. A suivre donc.

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L'ombre animale

Publié le par Yv

L'ombre animale, Makenzy Orcel, Zulma, 2016.....

La narratrice, une femme donc, est morte de mort naturelle, chose assez rare dans son pays pour être mentionnée. Pas de vaudou, pas de tonton macoute avec sa machette. Sa voix s'élève de son abîme pour raconter son histoire. Makenzy, le père violent et alcoolique, Toi, la mère qui subit depuis son enfance comme beaucoup de femmes du pays, Orcel le frère, différent, calme, mutique. D'autres personnages viendront dans ses souvenirs, l'Autre, l'Inconnue, l'Envoyé de Dieu, le Maître d'école, la Famille Lointaine, ... Tous participent à la vie misérable de cette famille et plus globalement des familles du quartier de cette ville.

Makenzy Orcel étant haïtien, on pense bien sûr qu'il a situé son histoire dans son pays, à Port-au-Prince, dans un de ses bidonvilles, les tristement célèbres tontons macoutes dont il parle permettent de s'assurer du lieu. Ce qui frappe avant tout dans ce roman, c'est la forme : pas de majuscule, sauf au noms propres -eux-même des noms communs utilisés comme des noms de personnes, sauf Makenzy et Orcel-, une longue phrase ponctuée seulement par des virgules -et quelques points de suspension en seconde partie. Cette omniprésence de la virgule donne un rythme très particulier au texte, une rapidité évidente, mais aussi peu de temps morts, de respiration, ce qui parfois provoque des insuffisances respiratoires et des besoins d'arrêter sa lecture. Mais quel souffle ! Makenzy Orcel est comme un slameur ou un rappeur qui viendrait nous scander sa prose dans un rythme fou, et nous spectateurs, nous serions à la fois débordés, en manque de respiration et totalement fascinés. Son exercice est magistral, ainsi que le dit l'éditeur, son écriture itou.

Le contenu est dans la même veine, dur, violent avec peu d'espoir, et finalement très beau. Il y est beaucoup question d'extrême pauvreté, d'alcoolisme, de prostitution, de promiscuité favorisant l'inceste, les viols. Les femmes ne sont pas bien loties qui ont souvent des maris violents et alcooliques, qui dépensent le peu qu'ils gagnent à boire ou avec des prostituées. Elles subissent, comme Toi, du plus jeune âge jusqu'à la fin tout cela sans rien dire sous peine d'être frappées : "Toi pleurait toutes les larmes de son corps, c'était tout ce qu'elle était autorisée à faire, pleurer, se soumettre, sa condition de fille vendue par ses parents à un homme qu'elle n'avait rencontré que le jour même de ce sinistre marché ne lui permettait pas d'autres libertés qui de toutes façons n'existaient pas, enjointe de garder une distance raisonnable, comme si elle n'était qu'impureté et déveine, tout lui était interdit" (p.55). Les hommes ne vont guère mieux, ils cachent leur détresse et souvent leur jeunesse abominable dans ces excès : "il [Makenzy] avait déjà assez vu, assez vécu pour ne pas savoir qu'il était trop tard, qu'il n'y avait plus rien à faire, que l'alcool à appeler à la rescousse, encore un verre, et s'estompaient les horreurs de l'enfance, se cicatrisaient les blessures, les labyrinthes de cette ville, mieux valait être bourré, vraiment bourré, enveloppé d'un univers de coton, le monde était subitement d'une admirable beauté" (p.252)

Faire du beau, du très beau avec du laid du très laid, ce n'est pas donné à n'importe quel écrivain -certains dont je tairais les noms font aisément l'inverse- Makenzy Orcel m'avait déjà enchanté avec Les immortelles, son premier roman, L'ombre animale porte en lui la même puissance, la même poésie bien qu'il adopte un style totalement différent. La marque des grands. Assurément.

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D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds

Publié le par Yv

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson, Gallimard (traduit par Éric Boury).,

"Jon Kalman Stefansson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d'histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefansson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l'ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d'autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c'est précisément à ce croisement de la folie et de l'érotisme que la plus de Jon Kalman Stefansson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté." (4ème de couverture)

Bon, bon, bon, bon, bon... enfin, plutôt, mouais, mouais, mouais, mouais, mouais... Me voilà bien embêté, parce que je lis beaucoup de recensions très bonnes sur ce roman et qu'il m'a été conseillé. Oui, mais, je suis passé totalement à travers. A part quelques beaux passages (notamment ceux qui concernent Margrét et Oddur les grands-parents), je n'ai jamais réussi à trouver la porte d'entrée de ce roman. Les digressions, parenthèses et interventions de l'auteur sont oiseuses, énoncent des évidences sans vraiment y apporter de plus-value, qu'elle soit réflexive ou littéraire. Pis que cela, elles empêchent de bien suivre les histoires des héros, déjà pas simples à saisir du fait de l'écriture de l'auteur que j'ai trouvé assez désagréable -d'aucuns parleront ici de poésie, c'est sans doute cela, la poésie et moi avons des rapports compliqués, soit ça fonctionne parfaitement, soit ça casse tout de suite-, les différents narrateurs, les passages du "je" au "il" voire au "nous" sans vraiment de séparation claire. A dire vrai, dès le début, je sens que cet ouvrage ne m'emballera pas, et mon impression s'avère. Je ne comprends pas les citations en incise ou dans le texte, le style m'agace, c'est trop flou, je ne sais pas où veut et va en venir JK Stefansson, trop d'entrées, trop bavard, trop long. Une logorrhée insupportable pour moi. Je l'avoue ici, je fais ma confession -merci mon père-, je me suis arrêté bien avant la fin, je ne me sentais ni la force ni l'humeur de supporter cette inconsistance et cette incompréhension totale comme rarement il m'arrive de ressentir, pendant plus de 440 pages !

Beaucoup de bonnes recensions écrivais-je ci-dessus, Babelio s'en fait l'écho, mais en cherchant un peu, on en trouve également d'autres moins favorables.

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Ce qu'il faut de terre à l'homme

Publié le par Yv

Ce qu'il faut de terre à l'homme, Martin Veyron, Dargaud, 2016 .....

Pacôme, un jeune paysan vit en Sibérie avec sa femme et son fils. Ils ne sont pas riches mais ont suffisamment pour eux trois. Comme tous les paysans du village, ses bêtes vont pâturer dans les champs de la Barynia, la riche propriétaire terrienne du coin qui ne dit rien. Mais un jour, le fils de celle-ci n'accepte plus que les paysans se servent des terres qui lui reviendront en héritage et il engage un contremaître particulièrement sévère et zélé chargé de faire respecter la loi de la propriété. Quelques temps plus tard, la Barynia vend ses terres, Pacôme avec l'aide de son beau-frère se porte acquéreur de certains terrains, aiguisant son désir enfoui de devenir riche.

Cette nouvelle bande dessinée de Martin Veyron est l'adaptation d'une nouvelle de Léon Tolstoï, dans laquelle le héros se prénomme Pakhomm, écrite en 1886. C'est une histoire d'humains, de relations entre eux. La vie du village est plutôt paisible, les paysans s'entraident pour les gros travaux, notamment les moissons. Il n'est nul question de rapport de hiérarchie entre eux, chacun donne un peu de son temps pour aider son voisin et tout le monde vit en harmonie et se contente de ce qu'il a. Puis vient l'héritier qui n'entend pas laisser ses terres utilisées sans en tirer profit, puis la violence du contremaître. Dès lors, rien ne sera plus comme avant. L'attrait du profit, d'une vie meilleure et de plus de bien, l'agrandissement de l'exploitation et donc l'embauche d'ouvriers agricoles... le cercle infernal du capitalisme et de nos sociétés occidentales. Très en avance sur son époque, Tolstoï décrit là ce qui adviendra de l'agriculture post-seconde guerre mondiale et plus globalement de la société de consommation.

Une belle histoire très bien mise en dessins pas Martin Veyron. Les paysages varient en fonction de la saison, en Sibérie, l'hiver rend tout blanc, mais les autres saisons sont plus jaunes (les blés), vertes (les champs) et bleues (le ciel). Les personnages sont nombreux et très reconnaissables, et si l'histoire n'est pas franchement drôle, certains facétieux font sourire par leurs réparties.

Un ouvrage bienvenu en ces temps d'individualisme forcené. Il prône l'entraide, les relations humaines plutôt que le repli sur soi, l'enrichissement et la hiérarchie sociale. Martin Veyron a le bon goût de ne pas trop appuyer le trait, de mettre un peu d'humour et le message passe ainsi de manière joyeuse et évidente. Un beau travail mis en couleurs par Charles Veyron. A lire et faire lire même aux enfants, à partir d'une dizaine d'années.

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Petits plats de résistance

Publié le par Yv

Petits plats de résistance, Pascale Pujol, Le Dilettante, 2015....

Sandrine Cordier est conseillère au Pôle Emploi. Zélée et détestée par les chômeurs qu'elle n'a aucun scrupule à désinscrire si leur dossier n'est pas clair et dûment rempli. Antoine Lacuenta, bac +10 est le champion des cossards et totalement allergique à la notion même de travail ; il va rencontrer Sandrine à son agence.

Marcel Lacarrière, patron de presse ne peut laisser la main à son fils abruti notoire qui ne fait que bourde sur bourde. Et pourtant, il aurait besoin d'aide, son journal est en perte de vitesse fulgurante.

Le foyer Darcourt qui accueille des hommes de nationalités diverses, immigrés, sans travail ou avec des travaux mal payés, périclite. Sa fin est proche au grand désespoir des locataires et du gestionnaire qui fait tout pour le maintenir à flot.

Tout cela se passe à Paris XVIII°, Montmartre, la Goutte d'Or, Barbès. Tous les gens impliqués dans ses histoires vont s'y rencontrer.

Une fois n'est pas coutume, mon résumé est un peu long, mais il y a tellement de personnages, d'histoires qui se mêlent, que je ne pouvais pas faire autrement. Et moi, qui n'apprécie pas plus que cela les romans avec beaucoup d'entrées, de personnages, parce que je me perds très vite, eh bien, je me suis régalé ! A tel point, que bien que petit mangeur, je me serais bien resservi une bonne louchée d'aventures montmartroises avec cette galerie inattendue, improbable, colorée et joyeuse.

Certes, le roman est léger, à peine crédible -voire pas du tout-, mais peu importe, l'important n'est pas là. Il est drôle, met en scène des personnages hors norme, caricaturaux et ce sont ces excès qui nous font rire ou sourire. On peut aussi y voir une satire (et non satyre comme j'ai failli l'écrire) du système social : l'accueil des immigrés, des pauvres qui se raréfie dans les villes au profit -et c'est le mot exact- de sociétés sans scrupule qui s'enrichissent donc. Paris doit se rénover et l'habitat social en pâtit. Le roman ne dénonce rien, il sert surtout à détendre les lecteurs, à passer un agréable moment, mais un constat de cette réalité, bien placé est une bonne idée.

Et la gentille chronique avance et un certain suspense naît : pourquoi et comment les différentes histoires avec ces différentes personnalités se rencontreront-elles ? Quels sont les liens entre elles ? Quel jeu joue Sandrine la jolie mais inflexible mère de famille et conseillère Pôle Emploi qui aurait tant aimé faire de la cuisine ?

Tout s'imbrique très bien et même si incohérences il peut y avoir, occultées sont-elles tant je suis séduit par le style résolument humoristique, par les protagonistes tous sympathiques -même certains des "méchants", je les plains plus que je ne les méprise-, par les aventures et mésaventures des uns et des autres, ...

Un roman choral qui se lit très vite un sourire aux lèvres du début à la fin. Que demander de plus ? Une visite de Montmartre ? Eh bien, vous l'avez avec en prime la Goutte d'Or et Barbès...

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L'infiltré de La Havane

Publié le par Yv

L'infiltré de La Havane, Nikos Maurice, La Différence, 2016.....

Avril 1958, Alfredo Jimenez, révolutionnaire cubain, vient chercher Mortimer Thompson à La Nouvelle Orléans pour lui proposer un job dans ses compétences de détective privé : assurer la sécurité de son fils Jorge, nouveau chef d'un groupe révolutionnaire suite à la disparition du précédent responsable. Alfredo craint que Jorge ne subisse le même sort. Thompson accepte. Il n'a pas été choisi pour rien, il a fait de la prison pour n'avoir pas dénoncé un camarade journaliste, réfugié cubain et communiste et au temps du maccarthysme, ça ne pardonne pas. Thompson se retrouve dès lors infiltré au sein du Comité Pour la République Cubaine (CPRC) ; personne à part Alfredo ne sait qu'il est détective privé engagé pour débusquer le -ou les- traître au mouvement et à la révolution. Dix mois plus tard, le premier jour de l'année 1959, c'est la chute du dictateur Batista.

Excellent. Voilà mon avis, court, précis, il pourrait se résumer à ce seul mot, mais comme je me dois d'avoir sur le blog une certaine tenue, je vais développer.

Excellent parce que l'on est au cœur d'un pays en plein bouleversement : on sent tous les espoirs, les envies que la dictature chute, que les richesses soient partagées, que le peuple cubain puisse enfin décider par et pour lui-même. Jamais Nikos Maurice ne fait d'allusions à la situation actuelle, à ce que deviendra le pays sous la coupe de Fidel Castro, et c'est très bien, on est comme cela totalement plongé avec les Cubains, dans leur quotidien de 1958. Castro et Che Guevara ne sont d'ailleurs que deux figures importantes dont on ne parle que peu puisqu'ils ne sont pas encore aux portes de La Havane. Ils existent dans le livre et dans les discours des révolutionnaires mais encore assez lointains.

Excellent parce que fort bien documenté et fort instructif. J'aime lorsqu'un polar me transporte dans une époque, un pays ou une région que je ne connais pas bien et qu'il m'apporte plein de contenu pour briller en société (ou plus simplement pour ma culture personnelle). En plus, Nikos Maurice à l'élégance d'écrire cela très joliment. Son style est très fluide, agréable à lire, ne se privant pas de touches humoristiques (même si une fois, je me suis esclaffé, lorsqu'après une grosse crainte, Thompson commande une tournée de mojitos pour ses interlocuteurs et "un défibrillateur" pour lui (p.288) : un défibrillateur ? en 1958 ? alors qu'il vient tout juste d'être inventé et pas encore en accès libre ?). Bon, je taquine, parce que franchement ce n'est pas grave au regard de la qualité de ce roman. Plus j'avançais dans ma lecture et plus j'allais vite et ne pouvais décrocher. Un très bon signe. 430 pages qui passent avec bonheur.

Excellent enfin, parce que Nikos Maurice a su créer une belle galerie de personnages et une intrigue sérieuse, suffisamment alambiquée, impliquant la CIA, le FBI, la Mafia, mais aussi très simple à comprendre pour tenir en haleine les lecteurs. L'intrigue ? Démasquer le traître et l'organisation pour laquelle il travaille, sachant que les États-Unis s'accordaient très bien avec la dictature Batista puisque qu'ils possédaient quasiment la moitié du pays, d'où la présence forte de la CIA et du FBI. Les personnages sont tous bien décrits, entre les révolutionnaires purs et durs, ceux qui n'y croient pas vraiment, mais qui participent, les Cubains qui subissent, ceux qui ne croient pas au grand soir, mais qui aident néanmoins. Et puis La Havane qui danse, chante et boit du rhum. Thompson se lie bientôt avec certains du CPRC, flirtant même -voire plus- avec Célia, une jeune femme volontaire et énigmatique. Il passera dix mois dans ce pays à vivre parmi les Cubains, s'y fera des amitiés sincères et fortes.

Un cinquième titre pour la collection noire des éditions de La Différence. Une nouvelle très belle réussite, qui commence, comme pour les autres par une couverture elle aussi excellente et tout à fait en lien avec le contenu du livre.

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Hospice&love

Publié le par Yv

Hospice&love, Thiébault de Saint Amand, Hugo Éd., 2016...,

Armand Bouzies, ancien commissaire, quatre-vingt-cinq ans en cette année 2024 quitte sa fille, son gendre et ses petits enfants chez qui il logeait et qui partent à Singapour. Il se retrouve en ECSPD (Établissement Collectif de Séjour pour Personnes Dépendantes), une sorte de maison de retraite mais en pire, pour les vieux qui n'ont pas d'argent pour se payer un bel établissement. Armand n'est pas dépendant, il est affecté au bloc des autonomes, en chambre double. Lui qui ne rêve que de solitude et de tranquillité met tout en œuvre pour se débarrasser de ses voisins. Vieux bougon, désagréable, il fait tout pour se faire détester, jusqu'au jour ou Élisabeth Löturz arrive dans l'établissement. Distinguée, élégante et discrète, quatre-vingt deux ans. Armand est séduit.

Très agréable ce roman qui surfe sur une vague actuelle, celle qui met en scène des personnes âgées. L'autre vague étant le porno soft pour les mamans -notamment aux éditions Hugo. J'attends la prochaine vague, celle où l'on mélangera les deux précédentes. La sexualité chez les seniors, c'est un sujet dont on parle assez peu dans les romans, Thiébault de Saint Amand l'effleure dans celui-ci de manière à la fois légère et sérieuse. Mais évidemment ce n'est pas un traité sur le thème, d'autres aspects de la vie en communauté, qui plus est en maison de retraite, sont abordés : la solitude et les enfants qui délaissent leurs parents, la maladie, la mort, l'obligation de respecter les horaires et le règlement intérieur d'un établissement ce qui n'est pas toujours aisé lorsqu'on était seul chez soi auparavant, la mort, l'amour, la maltraitance, ... Le ton du roman est à l'humour mais noir, même si parfois l'on rit jaune, puisque l'on rit avec la mort, la vieillesse, la déchéance, la décrépitude comme disait l'un des vieux amis de ma famille mort à 92 ans, comme quoi l'on peut vraiment rire de tout. Il faut dire qu'Armand est drôle : une langue verte, directe emplie de vacheries, des passages à l'acte pas sympathiques pour ses congénères, mais de fait, sympathique, il ne l'est pas. Disons que ce n'est pas le voisin de chambrée idéal. Même s'il s'adoucit lorsqu'Élisabeth arrive dans la maison. Il ne perd pas sa verve pour autant, par exemple cet extrait de dialogue entre lui et elle, quasiment au début de leur rencontre :

"Quand j'ai vu votre perfusion, j'ai deviné que notre amour serait impossible.

- Pourquoi donc ?

- Avec tant de glucose dans vos veines, si j'embrassais vos lèvres, considérant mon début de diabète, ce serait un défi à la médecine." (p.82)

Je ne vous en dirai pas plus sur cette idylle naissante, ni sur le caractère d'Armand. Sachez que si j'ai trouvé le démarrage un peu long, la mise en place des personnages et des lieux, dès l'arrivée d'Élisabeth l'intérêt augmente et redouble carrément au mitan de l'ouvrage qui compte en tout 236 pages. Pour être complet, j'avais déjà lu avec bonheur Thiébault de Saint Amand dans Les dessous (en dentelle) de l'Élysée.

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