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Spada

Publié le par Yv

Spada, Bogdan Teodorescu, Éd. Agullo, 2016 (traduit par Jean-Louis Courriol)....,

Les rues de Bucarest ne sont plus très sûres pour les petits truands, un tueur, vite surnommé Le Poignard sévit et d'un seul coup de poignard les égorge. Sa cible : des repris de justice roms. Les médias se déchaînent et ce qui est un fait divers devient une affaire d'état, un problème à régler de toute urgence avant que les relations internationales même ne se dégradent. La vie politique roumaine est en ébullition, accords, désaccords, alliances de circonstances et coups bas seront les maitres mots pendant des semaines.

Les éditions Agullo sont toutes jeunes, nées en mai de cette année. Elles ont commencé avec deux romans noirs dont celui-ci, Spada. Beau livre, couverture soignée et très réussie -pensez-vous, même le bandeau que d'habitude je jette à peine le livre en ma possession, cette fois-ci, je l'ai gardé- et mise en page de belle qualité, l'objet est donc déjà un succès. Le contenu maintenant. Eh bien, il est à l'avenant de l'objet, réussi lui aussi. Bogdan Teodorescu n'écrit pas ce polar sous l'angle de l'enquêteur qui va chercher des indices, travailler sérieusement et méticuleusement pour trouver la moindre piste, non, pas du tout, il écrit son roman sous deux angles : ceux des dirigeants politiques et ceux des journalistes. Autant vous dire que ces deux mondes qui se croisent, se côtoient voire plus si affinités et souvent affinités il y a -ou s'il n'y a pas, on peut alors parler d'inimitié voire de haine qui lient tout autant les protagonistes- sont un véritable panier de crabes. C'est à celui qui pincera le plus fort, qui ira le plus loin pour obtenir pouvoir et reconnaissance. Un roman de politique-fiction sur base de tueur en série qui décrit des mondes où tout est permis même -et surtout- la trahison. Tous les coups sont bons pourvu qu'ils rapportent, même les plus sordides. Certains n'hésiteront pas à faire monter la haine entre Roumains et Tziganes, quitte à déclencher des heurts violents et la remontée des bas instincts de racisme, xénophobie et de communautarisme. Tout fait est montré, décrit, exagéré et tourne en boucle dans les journaux et télévision : "Avec lui, c'est toute la presse du jour qui accorde une large place aux incidents d'hier au centre de la capitale. Pour ne citer que quelques titres : Sang et violence à Bucarest ; La Roumanie en guerre civile : les Tziganes attaquent un supermarché dans le centre de la capitale ; La police est arrivée comme d'habitude pour compter les cadavres ; Comme au Moyen Âge, les employés d'un supermarché se défendent l'arme à la main contre des bandes d'agresseurs ; Explosion de violence au centre de Bucarest ; L'axe de la violence Constantsa-Movilà-Bucarest ; Maricel Iovista défend un supermarché contre les Tziganes. Et nous, qui nous défend ?" (p.190)

Bogdan Teodorescu montre les rôles de chacun, celui des politiques qui veulent être réélus ou qui veulent la place de l'autre et donc prêts aux alliances avec leurs ennemis d'hier, pas forcément pour le bien du pays, même si cette notion entre en jeu dans l'esprit de certains. Ceux du parti de l'Union Nationale qui profitent de chaque incident mettant en cause un Rom pour parler de patriotisme et de la Roumanie aux Roumains (remplacez Rom par Immigré -Maghrébin est encore mieux- La Roumanie aux Roumains par La France aux Français et Union Nationale par Front National et vous verrez que la montée des extrêmes se base partout sur les mêmes peurs et haines). Chaque homme politique est soucieux de sa place, de sa réélection éventuelle et de sa place dans les sondages, il cherche donc avant tout à éliminer les autres, puisque maintenant, aucun n'est élu sur un programme, des idées, une vision pour son pays mais uniquement en opposition à celui -ou ceux- qu'on ne peut plus voir. C'est sans doute un détail mais ça change tout : le seul but, ne pas décevoir pour se maintenir, et donc lorsque les événements se corsent eh bien chacun tire la couverture à soi.

Les journalistes ne sont pas en reste, cherchant le sensationnel, ce qui fera exploser les ventes et parler d'eux. Collusions, accointances ou même carrément collaborations voire chantages et/ou pots-de-vins sont donc courants pour ne pas dire plus. Ce sont eux qui jouent sur les peurs et les fantasmes du peuple.

Extrêmement bien maîtrisé et mené, Spada est un roman qui pose question sur notre monde actuel. Bogdan Teodorescu analyse et décortique le monde politico-médiatique -et vice-versa. Il a la bonne idée de ne pas verser dans le "tous pourris" qui n'aurait fait que rendre son livre exagéré et ridicule. Même s'il n'y a pas d'enquête à proprement parler, Spada est passionnant, il se lit avec enthousiasme et intérêt grandissant de page en page et même l'abondance de personnages ne nuit pas -trop- à la bonne compréhension du texte.

Un exercice brillant. Une maison d'édition à découvrir, que je retrouverai avec un énorme plaisir pour un autre titre dont je parlerai bientôt.

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Louis Mandrin, la mondialisation de la contrebande au siècle des Lumières

Publié le par Yv

Louis Mandrin, la mondialisation de la contrebande au siècle des Lumières, Michael Kwass, Vendémiaire, 2016 (traduit par Dominique Taffin-Jouhaud)...

Louis Mandrin (1725-1755), issu d'une famille aisée est obligé, jeune homme, de prendre la suite de son père décédé. Après des déboires importants, il devient contrebandier entre la France et la Savoie alors gouvernée par les Princes de la maison de Savoie, en lutte contre la Ferme, l'administration française chargée de récolter les taxes et impôts profitant surtout à certains. Dans la région, Louis Mandrin est encore aujourd'hui très connu. Il fut arrêté en 1755, puis après un procès expéditif, roué et pendu sur la place de Clercs de Valence.

Gros ouvrage d'un professeur d'histoire étasunien qui ne s'arrête pas seulement sur la vie du contrebandier, mais explique les règles en cours à l'époque et remonte même un peu avant, au XVII° siècle, là où les Européens ont commencé à consommer : "Ils remplirent leurs maisons de meubles en bois (lits, chaises, commodes et garde-robes), d'équipements décoratifs (ustensiles de cuisine, poteries, horloges, miroirs et rideaux). Ils achetèrent davantage de vêtements (manteaux, costumes, chemises, culottes, robes et bas) et firent l'acquisition d'accessoires inédits (parapluies, tabatières et montres à gousset). Ils burent et mangèrent davantage (pain blanc, sucre, eau-de-vie) et investirent dans des sorties et des objets culturels (livres, tableaux, pièces de théâtre)(...) La société n'était pas certes saturée de biens au point que nous puissions évoquer une "consommation de masse" car un large groupe de personnes désespérément pauvres et durablement mal nourries resta exclu de cette effervescence." (p.36/37). Puis ce furent le café, le chocolat et les tissus d'Inde qui firent sensation. Puis, les pays européens, pour financer les guerres nombreuses et coûteuses taxèrent ces produits et la consommation -finalement nos dirigeants actuels n'inventent rien. C'est là que les contrebandiers entrent en scène, Louis Mandrin en tête.

Extrêmement bien expliqué et détaillé, ce livre n'est pas un roman et ne se lit donc pas comme tel. Il demande un peu d'attention, mais est à la portée d'un lecteur lambda, la preuve, je l'ai lu. On en ressort fort de l'histoire de Mandrin, mais aussi plus riche de l'économie et de la politique de l'époque, qui se résume à toujours plus de taxes pour financer les dépenses de l'état, rien de nouveau donc. C'est assez troublant d'ailleurs de lire qu'il y a deux siècles et demi, on aurait presque pu prédire ce qui allait nous arriver aujourd'hui. Si l'histoire est un éternel recommencement, je ne saurais trop conseiller à nos élites de lire ce livre, car quelques années après, ce fut la Révolution qui balaya celles de l'époque -bon certes, pour en installer d'autres-, mais on sait comment certains finirent.

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Reconnaissances de dettes

Publié le par Yv

Reconnaissances de dettes, Fabrice Vigne, Le fond du tiroir, 2016.....

Un peu sur le modèle du Je me souviens de Georges Perec, Fabrice Vigne écrit un "Je dois à...". Une vingtaine d'années aura été nécessaire pour écrire, retoucher, faire lire, retoucher et retoucher encore puis finalement publier des chroniques personnelles, voire très personnelles, mais le personnel touche parfois à l'universel, au moins à un partage large, même si l'auteur est un type parfois étrange. Le livre est proposé en trois parties de cent paragraphes chacune : Reconnaissances de dettes, puis : Échéancier à tiroirs, nouvelles reconnaissances de dettes, et enfin : Pour solde de tout compte, dernières reconnaissances de dettes.

Le fond du tiroir est une mini maison d'édition pour ne pas dire micro voire même mini-micro, créée en 2008 par Fabrice Vigne himself, qui, à mon grand regret et au sien sûrement n'a jamais attiré si ce n'est les foules au moins assez d'acheteurs pour rentabiliser -quel vilain mot- les investissements utiles à la fabrication des bouquins. Le fond du tiroir met donc la clef sous la porte mais n'oublie pas avant de partir d'éditer un ultime ouvrage, celui qui, justement va chercher -à la faveur d'une demande estudiantine- dans les tiroirs des textes anciens lus, relus, retouchés, et reretouchés. A mon tour, bien modestement, je vais faire mon inventaire :

Je dois à Sylire d'avoir fait la connaissance de la plume de Fabrice Vigne et de l'avoir suivi en tant que lecteur dans son projet de maison d'édition.

Je dois à Fabrice Vigne d'avoir lu de bien belles pages publiées au fond du tiroir ou ailleurs.

Je dois au Fond du tiroir mes lectures les plus farfelues au moins sur la forme : j'ai monté moi-même mon livre : J'ai inauguré Ikea.

Je vais arrêter là ma tentative de coller au texte de Reconnaissances de dettes, je serai au mieux absolument pas original et au pire, ridicule.

C'est un livre très personnel et pourtant je me retrouve dans beaucoup de questionnements, d'angoisses, de situations, mais évidemment je n'ai pas le talent de l'auteur pour les écrire et sans doute pas le courage d'effectuer le travail de "recherche" en soi et sur soi et surtout pas celui de faire lire à mes proches et plus largement le récit de mes peurs, mes faiblesse voire mes hontes... Donc c'est un autre que moi qui s'y colle et tant mieux, je peux partager sans crainte.

Pour finir, je voulais dire surtout ma peine de voir s'arrêter la belle aventure du Fond du tiroir, mais également ma -grande- joie de tenir entre mes mains le numéro 1 des cinquante exemplaires de Reconnaissances de dettes, puisque j'en fus son premier souscripteur. Je voulais surtout vous dire combien, si vous n'avez pas eu le temps ou la curiosité ou même l'envie -je ne juge pas, chacun fait comme il veut et peut- d'aller sur le site de cette petite maison et de commander un -ou plusieurs- livres, vous êtes passés à côté de jolis ouvrages, originaux, toujours bien écrits, d'excellent qualité quoi... Mais peut-être si vous y allez maintenant, reste-t-il quelques exemplaires en vente ?

Cher Fabrice, au plaisir vous relire très prochainement, il fut très grand le mien de chroniquer vos œuvres fond-du-tiroiresques...

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La patrouille de l'aube

Publié le par Yv

La patrouille de l'aube, Don Winslow, (traduit par Franck Reichert), Livre de poche, 2011 (Le masque, 2010).....

La patrouille de l'aube, c'est une bande de copains, à San Diego, Californie, tous fondus de surf. Il y a là, un sauveteur en mer, un contremaitre de chantier, une serveuse dans un restaurant (Sunny Day), un flic (Johnny Banzai) et un détective privé (Boone Daniels). Tous attendent avec impatience la très grande vague, la déferlante prévue pour dans deux jours, Sunny en tête car elle pourrait alors être remarquée et faire carrière dans le surf. C'est le moment où Petra, avocate d'un cabinet d'assurance débarque pour proposer à Bonne de retrouver une strip-teaseuse témoin-clef dans une histoire d'arnaque à l'assurance (il y en a pour plusieurs millions de dollars). A contre cœur, mais bien obligé pour manque cruel de finance, Boone Daniels accepte ce travail qui le mènera loin, beaucoup plus loin qu'une simple recherche de personne.

Deux remarques liminaires :

- D'abord, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture sur laquelle le suspense et les surprises sont totalement déflorés. Mais qui peut bien prendre le sadique plaisir à tout dévoiler ainsi ?

- Un grand merci à deux personnes : Anne Blondat en premier lieu qui, lorsqu'elle était attachée de presse chez Lattès m'a fait parvenir Savages de Don Winslow en me disant que c'était "une référence à ne pas manquer". Moi qui ne suis ni connaisseur ni amateur -l'un découlant sûrement de l'autre- de littérature étasunienne, je me suis pris alors une claque, comme je me l'étais prise quelques années avant avec, dans un autre genre, Jim Harrison. Ma copine Cécile (qui vient d'ouvrir un blog allez-y de ma part, vous verrez, elle est charmante : Sélectrice), avant son déménagement avait ouvert sa bibliothèque et j'y avais choisi ce titre.

Maintenant que les remerciements sont faits, eh bien, je me dois de vous dire, que Don Winslow, c'est vachement bien, même si comme moi, vous n'êtes pas amateur de surf -pensez-vous, je ne sais même pas nager. C'est un roman très parlé qui ose s'attarder sur des points historiques, économiques, sociétaux, sociaux, concernant le surf, la Californie, les États-Unis, ... On y apprend plein de choses et en plus on se fait plaisir, car c'est aussi un roman policier, avec enquête et intrigue qui tiennent très largement jusqu'au bout des presque 500 pages, tant il y a de rebondissements et surprises. Je ne vous en dirai pas plus pour laisser l'entièreté de la surprise, je ne suis pas le type sadique qui écrit les quatrièmes de couverture. En plus, Don Winslow a de l'humour qu'il distille ça et là :

"Vous êtes plus malin que vous n'en avez l'air, en réalité, déclara Petra à Boone.

- Vous ne placez pas la barre bien haut, répond Boone." (p.215)

Et surtout, il y a cette galerie de personnages, les principaux : Boone Daniels, Petra, Johnny Banzai, Sunny Day et tous les autres, ceux de la patrouille de l'aube bien sûr, mais aussi ceux qui gravitent autour, les surfeurs, les trafiquants en tous genres que traquent Johnny et Boone. Beaucoup de questions se posent autour de chacun d'eux, et particulièrement autour de Boone Daniels : pourquoi a-t-il arrêté son métier de flic ? Pourquoi est-il devenu détective mais ne travaille-t-il presque pas ? Et son histoire avec Suny Day va-t-elle durer ? Et Petra au milieu...

Un excellent roman policer, qui a eu une suite L'heure des gentlemen (je viens de relire mon article assez mitigé, je devrais le relire, histoire de retrouver toute l'équipe et de réviser -peut-être- mon jugement)

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Péril au fournil !

Publié le par Yv

Péril au fournil !, Céline Barré, Éd. de la Commune (auto-édition), 2016...,

Dans une France dirigée par un Président incapable, plus occupé de sa propre personne, de son bien-être voire de la satisfaction de tous ses désirs, Francis Ollanzi de son nom, qui prend des décisions qui fâchent, comme celle de regrouper des communes, Jocelyne Lamaseau boulangère de son état et habitante d'une de ces communes appelées à disparaître, se rebelle. Elle décide de mener une véritable révolution contre l'Élysée et compte bien sur le soutien de tous les habitants de Tresville-sur-Mer et des autres villes et villages de France bientôt disparus. Mais la révolution nationale passe aussi par des révolutions locales et personnelles, et c'est tout le village et chaque habitant qui se trouvent chamboulés.

Je vous ai dit tout le bien que je pensais du roman précédent de Céline Barré, Quel pétrin !, et combien il m'a plu grâce à la bonne humeur qu'il dégage et la galerie de personnages tous plus fous les uns que les autres. Bis repetita. On reprend les mêmes et on rebâtit une autre histoires, car et c'est un point positif, si les personnages et les lieux sont identiques, on peut lire ces deux romans indépendamment l'un de l'autre. Je vais passer très vite sur mes toutes petites réserves : quelques longueurs, des passages que je passe plus vite que d'autres car moins intéressants, pour vous parler de l'essentiel : le plaisir de retrouver la fine équipe de purs Français franchouillards. Ils sont excessifs, caricaturaux, se mettent dans des situations ubuesques, loufoques et c'est exactement pour cela qu'on les aime. Céline Barré l'est totalement -je ne crois pas que ce soit un pseudonyme, sinon, il est bien choisi... je pencherais plus vers l'aptonyme.

A propos d'aptonyme, l'auteure s'en sert beaucoup : Kevin Laverge, réalisateur de films porno, Jean-Michel Bowy, patron d'une boîte de nuit, ..., elle use aussi d'un procédé assez drôle qui est de calquer ses personnages secondaires et néanmoins célèbres sur certaines vraies célébrités : Francis Tatanne chanteur has-been, Patrick Truelle autre chanteur, Thierry Stan Koch (TSK) politique obsédé sexuel et ex-candidat à l'élection suprême... On reconnaît les vrais derrière leurs doubles du roman. Les situations dans lesquelles elle place ses personnages sont totalement improbables, décalées, et encore une fois, c'est cette exagération qui fonctionne : son roman est excessif et tant mieux. Même si parfois, on se dit qu'une révolte serait la bienvenue et que ses descriptions des hommes et femmes politiques ressemblent un peu sans doute à ceux qui nous gouvernent depuis des années. Tout est puisé dans la vie actuelle et passé au tamis de l'imagination et du délire de l'auteure. C'est une farce, féroce si l'on y cherche des points communs à la réalité.

Beaucoup d'humour dans ces pages, comme par exemple dans le "personnage" du GPS d'un car qui s'exprime ainsi : "Alors, grand fou, tu vas me prendre la première à droite sinon tu auras une fessée. Virage imminent ! Magne-toi Steve ! T'es un blaireau ou quoi ?" (p.198/199) Et Céline Barré de continuer ensuite avec l'étonnement de Jocelyne quant au langage de Tamara la voix du GPS.

J'ai passé un très bon moment à Tresville-sur-Mer, je ne doute pas qu'il en sera de même pour vous, il reste encore quelques jours de vacances, profitez-en.

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La moisson des innocents

Publié le par Yv

La moisson des innocents, Dan Waddell, Babel noir, 2016 (Le Rouergue, 2014), traduit par Jean-René Dastugue.....

A quelques jours d'intervalle, deux jeunes hommes disparaissent, l'un empoisonné et l'autre brûlé dans sa voiture. Leur point commun ? Vingt-deux ans auparavant, alors âgés de 9 et 10 ans, ils furent jugés pour avoir sauvagement assassiné un vieil homme dans leur ville du nord de l'Angleterre. Ce vieil homme, héros local, ancien mineur en avait sauvé d'autres lors d'un accident dans la mine. Cette affaire avait fait grand bruit, et les deux enfants furent libérés quelques années après leur incarcération, puis intégrés dans un programme de protection avec changement de noms et de vies. L'inspecteur principal Grant Foster se demande comment les assassins ont pu se procurer leurs nouvelles identités et adresses.

Troisième tome de la série Les enquêtes du généalogiste, qui cette fois-ci porte mal son nom tant Nigel Barnes, le généalogiste est sinon totalement absent du moins pas vraiment au travail d'enquêteur. C'est sans doute la raison qui m'a fait lire à deux ou trois reprises que ce volume était moins bien que les autres. Que nenni ! Certes, la recherche généalogique y est moins développée que dans les autres, mais on en apprend plus sur Nigel Barnes, sur son passé, et Grant Foster, l'inspecteur principal, qui est de fait, le personnage principal de cette série l'est ici encore plus. Moi, ça ne me gêne pas, je l'aime bien Foster, abimé, cabossé, un flic solitaire et seul, qui révèle là-aussi une partie de son passé, de ses débuts de flic. Finalement, seule Heather Jenkins, l'adjointe de Foster et la petite amie de Nigel Barnes perd un peu de son importance. Je trouve pas mal de cohérence dans cette suite, et rien ne dit que si quatrième tome -voire plus- il y a, il ne sera pas centré sur Heather ou de nouveau sur Nigel ; une continuité assez logique qui se ressent également par le fait que l'éditeur choisit toujours le même traducteur, Jean-René Dastugue, donc une continuité également dans la narration.

Un bon polar, plus classique que les deux premiers. Encore une fois, Dan Waddel nous sort une intrigue qu'il complique à souhait grâce à un grand nombre de personnages, principaux et secondaires qui ont tous leur importance, et cette fois-ci on compte un peu moins sur les ascendants des uns et des autres pour nous embrouiller encore plus. Comme d'habitude, c'est très bien mené, totalement maîtrisé. Une enquête solide qui par l'intermédiaire de Grant Foster permet de se poser des questions sur la justice, notamment celle des mineurs, mais aussi sur la réinsertion, le pardon des familles des victimes, la loyauté, les conséquences d'un meurtre sur l'entourage large de la victime mais aussi sur celui du ou des meurtriers.

Excellente série, que je ne saurais trop vous conseiller de commencer par le début avant qu'elle ne compte beaucoup de volumes et que le retard soit trop lourd à rattraper. En plus, les trois volumes existent en poche chez Babel.

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Manifeste schizo-rationaliste ou petit guide de survie à l'usage de l'athée misanthrope

Publié le par Yv

Manifeste schizo-rationaliste ou petit guide de survie à l'usage de l'athée misanthrope, Sven Andersen, Ed. Le monde libertaire, 2016..,

"Ce manifeste est dédié à ceux qui pensent que, pour vivre heureux, il n'est pas indispensable d'être entouré par une ribambelle de fâcheux. Cette misanthropie se double d'un ferme refus de tout obscurantisme, des religions et des superstitions. Son nom : le schizo-rationalisme. Le Grand Système libéral s'attache à empêcher schizo-rationaliste de s'épanouir, armé de ses idoles rances que sont la famille, le travail, la fraternité de pacotille et le consumérisme béat. L'esprit de sérieux et l'aveuglement face à la mort seront aussi les cibles du schizo-rationalisme, tout comme le natalisme, le bougisme, la particratie, le mariage, la vulgarité conviviale et la dictature numérique." (site éditeur)

Les éditions du monde libertaire sont l'oeuvre de la Fédération Anarchiste et je vous laisse le soin d'aller lire sa carte d'identité sur le site. Présenté comme cela, vous vous doutez un brin du contenu de ce livre notamment sur les notions de travail, de propriété, d'exploitation et du partage des richesses. Quant en plus, le livre est sous-titré, Petit guide à l'usage de l'athée misanthrope, je suis obligé de l'ouvrir pour lire ce que l'on dit de moi... Et finalement, je suis à la fois rassuré et déçu, mon athéisme est tolérant et ma misanthropie légère même si parfois, je tangue dangereusement vers le schizo-rationalisme dans mes moments d'agacement.

Que de belles phrases écrites par Sven Andersen-qui comme son nom l'indique est... belge- : "En réalité, le travail tue, le travail rend con, dépressif, suicidaire (...), il est vecteur de pathologies psychiques ou physiques (...), il est le terrain de jeu favori des harcèlements de tout type, il est à l'origine de divorces et de frustrations diverses, bref il est infiniment nuisible." (p.54) J'adhère, d'autant plus qu'il illustre son propos. Alors, évidemment, on sait que pour vivre, nourrir sa famille, il faut travailler et gagner de l'argent. Mais justement, c'est tout le système que l'auteur critique et veut changer. Il a des propos durs sur la natalité, mais aussi durs qu'ils soient ils posent la question de l'inévitable surpopulation des prochaines années : 9 milliards d'humains, puis, 10, 11...

Si je ne souscris pas à toutes les théories évoquées, je les lis bien volontiers pour ce qu'elles apportent au débat. Celles concernant l'avilissement de l'homme par l'homme, le travail, la consommation, la recherche du bonheur dans la propriété et la course à l'avoir plus qu'à l'être me parlent et sont à rapprocher du livre de Paul Lafargue, Le droit à la paresse. Je jubile dans divers passages concernant le travail et les relations obligées avec les collègues : "Bref, il [le schizo-rationaliste] est contraint de devenir le roi des hypocrites, un grand comédien simulateur, qui feint de prendre du plaisir avec ses collègues, ses patrons et/ou les clients, notamment lors de ces sommets de la tartuferie d'entreprise qu'on nomme les dîners du personnel, plus insupportables que les examens invasifs d'un proctologue, les activités infantilisantes de team-building (...), les pots d'anniversaire, de départ ou d'arrivée.(...) Le terme de "Touriste d'entreprise" nous convient bien, nous sommes même prêts à créer un Institut des Touristes d'Entreprises, dont les membres seraient tenus de respecter une Dé-hontologie (pour cesser d'avoir honte de conchier le travail) des plus strictes." (p.57). Moi qui me suis souvent fait traiter de touriste au travail -à ma grande joie dois-je avouer ici-même- j'en suis membre, sûr !

J'exulte à des phrases-aphorismes dignes de Pierre Desproges ou de Jean Yanne : "La religion est assurément l'opium du peuple mais elle est encore plus certainement le cyanure de la liberté de penser." (p.77/78)

Le schizo-rationaliste est un schizoïde-rationaliste, un être sans désir qui préfère passer son temps seul, l'inverse du grégaire ; son côté rationaliste en sus fera de lui un "être imperméable aux jugements d'autrui, à leurs modes et aux impératifs collectivistes et familiaristes." (p.26) Et parmi toutes ces vacheries, une tendresse assumée -que je partage : "Les chats partageront cet amour du calme et de la solitude, méritant rien que pour ça d'avoir été divinisé (sic) (une exception à notre théophobie) par une civilisation disparue." (p.70) Le "sic", pour cette coquille, une parmi pas mal d'autres...

Ah, j'allais oublier des points importants : cet essai est court (103 pages), pas cher (5€) et surtout facile à lire parce que le ton est plutôt amusant, les exemples parfois très drôles, même si le propos se veut sérieux mais point trop quand même : "Toute ressemblance avec la volonté d'avoir écrit un livre sérieux ne serait que pure coïncidence et n'engage nullement son auteur, car tout est insignifiant en ce bas monde..." (p.102)

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Depuis le temps de vos pères

Publié le par Yv

Depuis le temps de vos pères, Dan Waddell, Babel noir, 2013 (Le Rouergue, 2012), traduit par Jean-René Dastugue.....

Katie Drake, actrice qui n'a plus d'engagements depuis quelques années est retrouvée morte, dans le jardin de sa maison londonienne. Sa fille, Naomi, 14 ans est introuvable. Grant Foster, inspecteur à la criminelle, à peine remis de sa dernière enquête qui a failli lui coûter la vie s'investit totalement dans la recherche de la jeune fille. Seul un cheveu est récolté sur la scène de crime, qui d'après les analyses ADN appartient à un parent de la victime. Foster demande alors à sa collègue Heather Jenkins de prendre contact avec Nigel Barnes, le généalogiste qui les a déjà aidés auparavant.

Sous titré, Les enquêtes du généalogiste, ce volume est le deuxième de la série qui en compte pour le moment trois. La première, Code 1879, m'a laissé un souvenir assez bon pour que je me penche sur la suite. 400 pages sans temps mort, qui nous plongent dans le passé de l'église des mormons, pas glorieux qu'ils voudraient bien gommer totalement pour passer pour des anges -si vous me permettez cette facilité. Très bien mené, et malgré la multitude d'intervenants, des noms qui parfois se ressemblent, je ne me suis jamais senti perdu, parce que Dan Waddell revient régulièrement nous rappeler qui est qui.

Grant Foster est un flic solitaire, un peu "vieille Angleterre", et si parfois, on peut oublier que l'histoire se déroule outre-Manche, un détail essentiel -que dis-je, LE détail- nous y ramène : Grant Foster boit du thé ! Bon, pour faire bonne mesure, chez lui, il boit aussi du bon vin, hérité de son père : il vide la cave de la maison qu'il habite seul et dont il a hérité. Amoché par son enquête précédente (Code 1879), il a du mal à se mouvoir sans douleurs et ses chefs aimeraient que ce dinosaure aux méthodes un peu personnelles soit moins présent, genre 9h-17h, ce qui, pour un flic tel que lui est inenvisageable.

Heather Jenkins et Nigel Barnes ont vécu un rapprochement sérieux dans le tome précédent, et ils ont l'air un peu en froid dans celui-ci, ce qui n'empêchera par une étroite collaboration qui les mènera jusqu'à Salt Lake City, fief des mormons, et Mecque des généalogistes, puisque iceux ont fiché plusieurs millions de personnes, ils en arrivent même à baptiser des morts, ce qui est à la fois crétin et absolument irrespectueux ; crétin, parce qu'une fois qu'on est mort, eh bien, on est mort et qu'on se fout un peu des bêtises terrestres et religieuses et enfin, de quel droit baptiser des morts, qui de leur vivant n'avait rien demandé ?

Bon, revenons à notre enquête, prenante de bout en bout et diablement -désolé les mormons, je n'ai pas pu m'en empêcher- maîtrisée. Très originale cette série qui fait de la généalogie le moyen de résoudre des énigmes, en plus, elle n'oublie pas les codes du genre : flic solitaire, idylle, noirceur -car il faut bien dire que l'on ne rit que très peu-, et contexte fort et bien expliqué. Si ce n'est pas encore fait, le mieux, c'est de débuter par le premier tome...

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Tarzan, Seigneur de la jungle

Publié le par Yv

Tarzan, Seigneur de la jungle, Edgar Rice Burroughs, Éd. Archipoche, 2016 (écrit en 1912 et traduit par Marc Baudoux)...,

1888, Lord John Clayton accompagné de lady Alice sa jeune femme est chargé de mener une enquête dans une colonie britannique d'Afrique Occidentale sur les mauvais traitements de certains officiers d'un puissance amie sur les sujets noirs de l'empire. Mais à la suite d'une mutinerie sur le bateau qui les mène à destination, ils sont débarqués sur la côte avec des vivres et leurs bagages. Lord Clayton tant bien que mal réussit à construire une cabane pour les protéger des animaux sauvages et des intempéries. Lady Alice met au monde quelques mois plus tard un garçon. Un an plus tard, elle meurt et un grand singe tue Lord Clayton pendant qu'une femelle, Kala, enlève le bébé humain et s'en occupe comme s'il était le sien. Elle le nomme Tarzan.

Pour la sortie d'un nouveau film Tarzan, j'ai reçu la proposition de lire l'œuvre originale écrite par Edgar Rice Burroughs en 1912 et traduite par Marc Baudoux dans les années 1980. J'ai vu bien sûr plusieurs adaptations cinématographiques, celles avec Johnny Weissmuller amusants souvenirs d'enfance), celle avec l'assez -c'est une litote- mauvais Christophe Lambert mais le film n'était pas si mal. Mais je n'avais jamais lu Tarzan, à part des vieilles adaptations BD, ces vieux albums format livre de poche, souvent noir et blanc, que l'on lisait et relisait avec des histoires à épisodes...

Roman d'aventures par excellence et d'anticipation, il souffre un peu de clichés et d'invraisemblance, mais en se laissant faire et en jouant le jeu, l'histoire que l'on connaît déjà passe parfaitement. Je me suis même senti parfois l'envie de tourner les pages un peu plus vite pour savoir ce qui allait se passer, car, si l'on connaît l'intrigue, elle est aussi polluée par les films librement adaptés du roman. Évidemment, certains passages sont datés : les hommes noirs sont forcément esclaves ou cannibales, mais Edgar Rice Burroughs n'est pas si manichéen que cela. Tous les hommes blancs ne sont pas bons, certains veulent de plus en plus de terres et obligent les noirs à fuir leurs villages avançant ainsi dans la forêt et occupant à leur tour le territoires des animaux. C'est un roman de la nature, de la vie sauvage et du respect des différentes espèces entre elles et de la flore par tous.

C'est aussi un roman d'apprentissage, Tarzan se découvrant homme alors qu'ils se croyait singe anthropoïde et à l'aide des affaires laissées par ses parents, s'ouvrant à la lecture et à l'écriture. Roman d'amour itou, puisque découvrant Jane Porter il est tout de suite atteint d'une étrange sensation, elle-même n'étant pas insensible à la beauté et la force du "bon sauvage".

Franchement distrayant, j'ai aimé replonger dans mes jeunes années, le côté désuet rajoute du charme à ce roman. Si vous avez à lire un Tarzan, finalement, mon conseil, lisez l'original !

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