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Brutale

Publié le par Yv

Brutale, Jacques-Olivier Bosco, Robert Laffont, 2017.....

Le lieutenant Lise Lartéguy, flique à la BRB est fille de flic, sœur de capitaine de gendarmerie et surtout tête brûlée. Le soir où elle surprend des casseurs de bijouterie, elle les prend en chasse en plein Paris, finit par casser la voiture et blesser l'un des cambrioleurs.

Mais Lise est aussi en proie au démon qui sommeille en elle et qui, lorsqu'il se réveille, lui fait endosser un rôle de justicière, de redresseuse de torts.

Le jour où Camille, son frère, est victime d'une fusillade, Lise met tout en œuvre pour retrouver les coupables, quitte à frayer avec des gens du milieu... Attention à La Bête qui sommeille.

Lire un roman de Jacques-Olivier Bosco -JOB pour ses lecteurs- c'est vivre à une vitesse largement réprimandée par les forces publiques. L'avantage c'est que si l'on est pris pour excès de vitesse, on ne peut pas l'être pour ébriété, puisqu'il est impossible de lâcher le livre pour aller boire ; à peine est-il entamé qu'on a envie de le finir et qu'on le finit. Ça va vite, très vite, très très vite, très très très vite... C'en est même fou, tant de célérité et tant d'action dans un roman policier. Lorsqu'une est finie, hop une autre débute et il faut bien des détours violents et agités -et passionnants- pour arriver au bout de cette intrigue. Lise est jolie. Lise est forte. Mais Lise est malheureuse et pas très équilibrée. JOB s'attarde un peu sur l'enfance de la jeune femme, sur ses difficultés relationnelles avec sa mère et son frère. Il ne fait pas un portrait détaillé, mais on en sait assez pour la suivre avec intérêt et souhaiter la voir s'en sortir, même si on se demande bien par quel miracle elle y parviendrait et dans quel état physique et psychique. Le propos de JOB n'est pas de nous faire un portrait psychologique de tel ou tel personnage, non, il est de nous tenir en haleine avec un polar 100% action. Certains passages peuvent êtres durs, violents, à la limite du soutenable, mais peu nombreux, et on peut toujours les passer.

En prime, on retrouve avec bonheur l'un des personnages d'un autre roman de JOB, Gosta, dit Le Cramé, un voyou qui dans le roman qui porte son surnom endosse un rôle de flic ; tout l'inverse de Brutale dans lequel Lise endosse un rôle de truand. Lise est brutale, dangereuse, incontrôlable, sexy, complètement barge et à côté de la plaque, elle obtient toujours ce qu'elle veut. Une femme forte qu'il vaut mieux connaître en littérature. C'est assez rare de voir des filles de ce genre dans le polar, là les mecs ont intérêt de se tenir et de se surpasser pour la suivre. C'est sans doute un peu exagéré ? Oui, sûrement mais on s'en moque, ça fonctionne au-delà de l'espéré. Je me suis laissé embarquer, balader, je suis même devenu voyeur dans ses moments d'intimité et tout cela en en redemandant. Ajoutons une bande-son punchy : Pink Floyd, Amy Winehouse, Metallica, Marylin Manson, AC/DC...

Ah, quel pied un bon polar de JOB ! Je traversais une période avec des lectures un peu mièvres, certaines dont je ne parle même pas dans le blog, parce que je n'avais rien à en dire ni du bien ni du mal, certaines à peine entamées déjà abandonnées... Un livre de JOB fonctionne comme un antidépresseur, un remède anti-ennui. Je peux reprendre mes activités normales de lecteur, je suis reboosté pour un moment.

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Dans le labyrinthe

Publié le par Yv

Dans le labyrinthe, Sigge Eklund, Piranha, 2017 (traduit par Martine Sgard)...

Une belle banlieue de Stockholm, mai 2010, Magda, onze ans, fille de Martin, éditeur et de Åsa, psychologue disparaît. La police après quelques jours de recherches en vient à soupçonner les parents, notamment le père qui s’emporte aisément. Martin, puis Åsa, à tour de rôle racontent les quelques mois précédant la disparition et ceux qui suivent, puis Tom ami et collègue de Martin et enfin Katja l’amie de Tom et également infirmière scolaire dans l’école de Magda.

Je suis à la fois dubitatif, déçu et emballé par ce roman. Déçu et dubitatif, parce qu’il démarre très lentement, que tout peine à s’installer et que l’auteur se noie dans des détails inintéressants qui allongent la sauce sans lui donner de saveur plus épicée. Chacun des quatre intervenants a ses chapitres, d’abord Åsa, puis Tom, puis Martin, puis Katja, cette série dans cet ordre est répétée une seconde fois. Il faut attendre l’intervention de Martin (p.89) pour qu’enfin se dessine quelque chose. Une chose que l’on ne fait encore que ressentir, mais que l’on imagine très différente et surtout plus complexe que ce que l’on pouvait envisager au départ. C’est d’ailleurs la grande force de ce roman -d'où mon côté emballé du départ- que de nous informer par bribes et par recoupement d’informations que l’on glane avec chacun des intervenants. Ils sont tous les quatre liés, ne le savent pas forcément, ne se connaissent pas bien, et chacun a une version des jours qui précèdent la disparition de Magda qui concerne un autre ou plusieurs autres. Ce qui fait que l’on est toujours dans l’incertitude de qui a fait quoi et que l’on se pose beaucoup de questions.

Ces chapitres sont aussi des moments d’introspection profonds, les hommes et les femmes se révèlent, parlent de leur enfance qui, chacune cache une frustration, une douleur vive, difficiles à surmonter. Chacun devient, au fil des pages, de plus en plus complexe avouant ainsi une part de faiblesse, un possible passage à l’acte, plus sombre aussi, à la fois plus simple à comprendre et plus énigmatique.

Mais dans le même temps, le roman est long, si la seconde partie est plus dynamique, que l’on peut enfin s’intéresser aux relations compliquées entre les personnages, la petite Magda semble être oubliée au profit des questionnements adultes. Certes, elle n’est que le prétexte à la construction du roman, mais elle aurait peut-être mérité un intérêt un peu plus grand de la part de l’auteur en lieu et place de ses détails inutiles.

La construction du livre est telle qu’imaginée dans le titre, c’est un labyrinthe dans lequel on peut se perdre et se retrouver, s’ennuyer et quand on trouve la fin être particulièrement heureux et ne penser qu’aux bons moments passés à chercher son chemin.

Un ouvrage noir au possible, à découvrir.

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F

Publié le par Yv

F, Antonio Xerxenesky, Asphalte, 2016 (traduit par Mélanie Fusaro)...,

Ana a vingt-cinq ans, elle est brésilienne et a un passé déjà bien rempli. Recrutée en tant que tueuse à gages, elle s'est entraînée avec la guérilla cubaine, a accepté des missions difficiles qu'elle a toujours menées avec succès. Cette fois-ci, elle doit tuer Orson Welles. Nous sommes en 1985, Ana ne connaît rien de l'œuvre de Welles, elle doit avant de l'approcher, découvrir sa filmographie. Pour cela, détour par la France, où une rétrospective Welles est organisée.

Roman en trois parties qui commence formidablement bien par la vie d'Ana et les raisons qui l'ont amenée à exercer ce métier peu courant et foncièrement masculin dans la littérature et le cinéma. C'est aussi dans cette partie qu'elle découvre les films d'Orson Welles. Le livre est construit avec des retours en arrière qui permettent d'éclairer la situation présente et la personnalité d'Ana. De très belles réflexions sur l'art : "Combien d'œuvres impressionnantes du cinéma et de la littérature ont surgi des pires conflits ? [...] L'expérience artistique semble toujours surgir dans les moments d'horreur, de désespoir ou simplement de privation. Un esprit tranquille ne produit pas d'art. Pour autant, existe-t-il quelqu'un en pleine possession de ses facultés qui aimerait voir la seconde guerre mondiale se répéter ? Pour autant, existe-t-il quelqu'un qui renoncerait à s'émouvoir des images d'une Vienne ruinée dans Le Troisième Homme ?" (p.31/32). Antonio Xerxenesky pose aussi la question de ce qu'est l'art. Qui décide de ce qui est art et de ce qui ne l'est pas ? "Qui es-tu pour définir ce qui est de l'art ou ce qui n'en est pas ?" (p.90).

La deuxième partie est un peu longue, c'est celle de la rencontre avec Orson Welles et j'ai trouvé que le romancier reprenait beaucoup de ses questionnements, mais cette fois-ci en changeant le contexte, ce qui m'a quand même donné l'impression qu'il se répétait, tournait un peu en rond.

C'est un roman très musical, mais mon souci est que je ne suis pas très fan de la musique des années 80. Bon rassurez-vous, Antonio Xerxenersky nous épargne toute la daube française des ces années-là qui refait surface depuis quelques années... Non, là on est plutôt sur Depeche mode, Joy division, New order, Duran Duran, Sisters of mercy, ... Je n'ai jamais été amateur de cette musique froide et sombre, très calibrée et très similaire d'un groupe à l'autre. Il développe pas mal sur les chansons de ces artistes que je n'apprécie pas plus que cela, ça sonne un peu métallique, boîte à rythme et c'est totalement déshumanisé. Heureusement, il est question -trop brièvement à mon goût- de Bruce Springsteen, là j'aurais pu adhérer...

Du bon et du moins bon dans ce roman, avec un beau personnage de jeune femme qui se cherche, pour qui la rencontre avec Orson Welles sera déterminante -et vice-versa. Je ne suis pas totalement convaincu parce que le roman est un peu déséquilibré avec cette deuxième partie plus faible, mais la troisième et courte ultime partie en forme de bilan, permet de finir sur de bonnes notes, sur cette jeune femme qui se pose des questions, qui cherche des réponses... aura-t-elle le temps de les trouver ?

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La chambre de verre

Publié le par Yv

La chambre de verre, Axel, Ed. Dynamite, 2017

Flavia a 44 ans et plus de boulot. Sauf depuis quelques mois où elle s'exhibe chez elle, nue, sur son lit, sous sa douche, dans tous ses moments intimes, sur un site qu'elle a créé. Son appartement est bardé de webcaméras à travers lesquelles elle montre sa solitude et son corps. A l'occasion d'une fête entre amis, Flavia rencontre Marco auquel elle parle assez vite de son activité au risque de ne rien pouvoir construire avec lui.

Attention, éloignez les enfants de cette page érotique même si j'ai bien conscience que cette annonce liminaire peut avoir deux effets, un celui d'alerter les parents et deux celui contraire à ma demande de rapprocher les enfants -les grands- d'une page qui peut les émoustiller. Mais que nenni, chers amis adolescents qui venez ici, je ne mettrai pas d'autre photo que la couverture...

Cet avertissement énoncé, venons-en au contenu de cette bande dessinée, peu dialoguée aux grandes cases dessinées (3 ou 4 par page voire 5 dans le cas des dialogues). La place est donc belle pour les dessins et particulièrement ceux qui représentent Flavia chez elle seule ou avec Marco. Cette BD est érotique, certes, mais elle présente aussi le portrait d'une belle femme. Il est assez rare de montrer des quarantenaires, la littérature, le cinéma parlent souvent des trentenaires voire plus jeunes. Flavia est une femme ordinaire avec la petite particularité de son exhibition. À part cela, elle vit dans le même monde que nous avec ses difficultés et ses contraintes. Plus de boulot, plus d'argent, seule à 44 ans, pas facile de construire quelque chose. Néanmoins, elle ne s'avoue pas vaincue et ose. Ce n'est pas un essai sur la solitude en milieu urbain et sur la prolifération des sites pour adultes, juste l'histoire d'une femme qui ne se sent pas bien en groupe et qui se sent sécurisée chez elle, matée par des internautes. 

Côté dessins, on est dans du réaliste, tant pour les traits que pour les couleurs. Un chat est un chat si je puis m'exprimer ainsi... Rien n'est caché même si l'on n’est pas dans du porno pur et dur -si je puis me permettre-, il faut savoir que l'œuvre est à réserver aux adultes.

Un clin d'œil coquin en ce jour de Saint-Valentin...

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Proies faciles

Publié le par Yv

Proies faciles, Miguelanxo Prado, Rue de Sèvres, 2017 (traduit par Sophie Hofnung).....

Espagne, début 2014, un commercial d'une banque est retrouvé mort chez lui. L'inspectrice Tabares et Sottilo son adjoint sont chargés de l'affaire. Bientôt, un autre meurtre d'une personne travaillant dans une banque, puis un autre, et encore un autre... Les policiers sont débordés et ne savent pas par quel bout prendre cette enquête. Des accidents fortuits ? Impossible, puisqu'il y a empoisonnements. Alors ? Un tueur en série ? Une machination ?

Miguelanxo Prado est un auteur de BD espagnol qui s'est plutôt illustré dans l'humour et la poésie (cf. Wikipédia). Il s'attaque à un genre très particulier, le polar social. Et il y excelle. Son ouvrage est très bon sur le scénario notamment, cette intrigue qui tient jusqu'au bout les flics et nous les lecteurs. On ne sait pas trop où il nous emmène, vers quel coupable. Lorsque la fin se dessine, si l'on n'est pas surpris parce que finalement c'est celle que l'on s'attendait un peu à lire et voir, eh bien, malgré tout, on se dit qu'il a mené fort brillamment son sujet et qu'il nous a baladés au long des presque cent pages.

On est en plein cœur de la crise, les gens perdent leur argent confié aux banques qui ont investi de manière légère et qui ne remboursent pas les pertes. Beaucoup de gens se retrouvent dans des situations difficiles, tendues et notamment des personnes âgées qui ont perdu l'argent de toute une vie et qui ne peuvent plus vivre décemment ni aider leurs enfants et petits-enfants eux-mêmes en difficulté à cause du chômage, des emplois précaires...

C'est la même histoire partout sur la planète, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres s'appauvrissent et subissent la loi des quelques qui ont argent et pouvoir (cf. Trump et son gouvernement de milliardaires et millionnaires...). Miguelanxo Prado met tout cela en scène et c'est joliment fait. Dessin noir et blanc sur fond grisé centré sur les personnages, peu de décors extérieurs, mais lorsqu'ils sont présents, ils le sont d’une manière forte : traits droits des immeubles et des rues qui tranchent avec les courbes des humains. Dit comme cela, ça pourrait paraître sombre, mais ça ne l'est pas, le duo de flic fonctionne bien, plaisante et permet de comprendre l'escroquerie des banques. Les deux sont humains et n'entendent pas faire leur boulot salement, même s'ils sont là pour obéir aux ordres.

Une BD absolument formidable qui en plus de faire passer un bon moment, permet de se poser des questions, de réfléchir à la société que l'on veut. Et en cette année d'élections, il est indispensable de se poser la question et de la confronter aux programmes des différents candidats.

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Mon secret

Publié le par Yv

Mon secret, Niki de Saint Phalle, La Différence, 2017 (première parution, 1994).....

Niki de Saint Phalle (1930-2002), artiste reconnue pour ses superbes femmes voluptueuses et colorées, mais aussi pour ses œuvres à la carabine, fut aussi une petite fille abusée par son père. L'été de ses douze ans, dans une maison de vacances à quelques heures de New York. Ce livre est un cahier, celui dans lequel elle raconte sous forme de lettre à une certaine Laura, comment ce banquier digne et honorable la viola.

C’est un livre très court et d’un format bande dessinée (24x30), pages cartonnées, épaisses. Très aéré, l’écriture est enfantine et très franchement si comme moi, on n'a pas lu la quatrième de couverture et on ne sait pas de quoi il retourne, on se demande l’intérêt d’un tel ouvrage jusqu’à ces mots dès la cinquième page : "Ce même été, mon père –il avait 35 ans, glissa sa main dans ma culotte comme ces hommes infâmes dans les cinémas qui guettent les petites filles." Et puis, il n’en restera pas là. Cet été fut un calvaire pour Niki. Mais la suite ne fut pas plus facile. Dans ce monde il ne faut rien dire, son père est respectable et respecté. Même des années plus tard, "Les psychiatres ainsi, puisqu’ils ne reconnaissaient pas le crime dont j’avais été victime, prenaient inconsciemment le parti de mon père. Selon eux, aucun homme ne pouvait être blâmé de ne pas avoir pu résister à la séduction perverse d’une petite fille."

Et alors, l’on se dit que non seulement, contrairement aux premières impressions avant lecture, ce livre est nécessaire et utile, mais qu’en plus cette forme particulière, la reproduction d’une écriture enfantine, les lettres dessinées en forme de serpents, la brièveté du texte, tout cela donc en fait sa force. Tout cela renforce l’innocence de cette petite fille abusée et ses difficultés à en parler à des gens qui la comprennent et la conseillent et la soignent.

Voilà, comme quoi, une impression mitigée peut être totalement retournée par un livre, tant par sa forme –regardez cette belle couverture symbolique- que par le contenu, profondément émouvant, glaçant et révoltant.

Très belle réédition des éditions de la différence. 

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Ça coince ! (37)

Publié le par Yv

Les adolescents troglodytes, Emmanuelle Pagano, P.O.L, 2007.

"Adèle est conductrice de navette scolaire sur un plateau très isolé, en altitude. Elle transporte une dizaine d'enfants et d'adolescents, essentiellement des fratries, dont les histoires se mêlent à la sienne. Pendant les trajets, dans les intempéries, ses souvenirs, ses pensées, glissent sur les routes écartées, pendant que grands et petits parlent, se disputent, se taisent. Elle se souvient de son corps mal ajusté, de sa propre adolescence douloureuse. Adèle est une fille née dans un corps de garçon." (site éditeur)

A peine commencé ce roman, je suis perdu et plus j'avance plus je recule comme disait l'autre... Je n'y comprends rien et suis même obligé d'aller voir sur le site de l'éditeur un résumé, un indice qui m'aiguillera me permettra de me raccrocher à cette histoire à laquelle je n'entrave que dalle. Eh bien, même avec un résumé très détaillé, je n'y parviens pas. Déjà, être obligé d'aller voir de quoi il retourne sur d'autres supports ne me plaît pas, il est vrai que je ne lis quasiment jamais les quatrièmes de couvertures -celle-ci est vierge- et que je choisis mes lectures au titre, au nom de l'auteur et/ou de l'éditeur, et que parfois il faut un temps d'adaptation pour bien comprendre dans quelle histoire je suis, mais là, je suis totalement dans le flou.

Je voulais lire Emmanuelle Pagano dont j'ai entendu parler pas mal, bon, tant pis...

 

 

Buvard, Julia Kerninon, Le Rouergue, 2014..

Lou, jeune homme et lecteur averti a osé demander un interviouve à Caroline N. Spacek, la grande écrivaine depuis une vingtaine d'années, depuis son entrée fracassante en littérature à 19 ans. Elle le reçoit dans sa propriété d'Exeter dans la campagne anglaise. Lou y restera tout l'été, entre conversations, confidences. La vie de Caroline N. Spacek commence très loin des livres et du monde littéraire.

Rien à dire sur le style de Julia Kerninon, c'est bien écrit. Vif, fluide, moderne et classique à la fois. Tout va bien de ce côté-ci. Ce qui coince, c'est que je ne réussis pas à m'intéresser à ses personnages et à Caroline N. Spacek en particulier. Je ne trouve pas intéressant son parcours qui l'a menée jusqu'à l'écriture ni la suite dans laquelle elle écrit jusqu'à occulter totalement sa vie et celle de ceux qui l'entourent. Je trouve l'ensemble froid et fade, mais je redis bien que ce n'est que mon impression, puisque ce livre fut couronné de succès et notamment de prix littéraires. En fait, je m'ennuie, c'est peut-être le découpage voire la mise en pages -les dialogues insérés dans le texte, juste en italique-, je cherche, je cherche... Me reste une sensation, une impression d'un livre qui ne me touche pas et ne restera donc pas dans ma mémoire.

Bon voilà, j'ai voulu essayer deux auteures que je ne connaissais que de nom, manifestement, mon essai n'est pas transformé, mais pas grave, je retenterai.

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L'Ange gardien

Publié le par Yv

L'Ange gardien, Raymond Penblanc, Lunatique, 2017....

Rien ne va plus à l'institution de la Mère-Dieu. Une jeune fille, pensionnaire, est retrouvée étranglée. L'émotion est à son acmé et beaucoup de parents menacent de retirer leurs filles de cet endroit. L'ange gardien, homme à tout faire de l'institution, veille. Il voit tout, comprend tout et relate à nous lecteurs tout ce qui se passe au sein de l'établissement.

Vous dire que j'ai tout compris à ce roman qui commence formidablement bien, serait exagéré :

"Lorsqu'il a étranglé la fille, elle se trouvait juchée sur sa table, jupe retroussée, cuisses écartées. A-t-on idée de grimper sur sa table quand on est élève à l'institution de la Mère-Dieu ? Ici, c'est genoux serrés et bouche cousue (ça devrait l'être, c'était comme ça avant. Avant, c'est-à-dire avant l'arrivée de monsieur Rouste, le nouveau directeur)." (p.9)

La suite, eh bien j'ai commencé en me perdant un peu entre les noms des différents personnages, leurs fonctions, leurs rôles dans cette histoire, leur folie, leur décalage total avec la réalité, jusqu'à ce que je me dise : "Mon petit gars, laisse-toi porter par les mots plus que par leur sens !" Et oui, lorsque je me parle, je m'appelle mon petit gars, parce que comme disait le regretté Pierre Desproges, si je m'appelle ma petite fille, ça m'excite et après je réponds plus de rien... Et c'est ce que j'ai fait. Et ça fonctionne. En fait, pour tout vous expliquer, je suis du genre à vouloir comprendre phrase par phrase voire mot par mot. Ce qui explique mon incapacité à lire et comprendre de la philosophie par exemple pour laquelle, il faut globaliser la compréhension par paragraphe voire par chapitre... Or, ce roman, comme d'autres nécessite un recul et un mode de lecture différent du mien, un lâcher prise sur le sens. Je l'ai donc lu de la même façon que lorsque j'ai lu des livres des surréalistes ou que je peux lire des livres absurdes. L'histoire est là avec beaucoup de digressions, d'apartés que je ne comprends pas forcément, mais dont j'apprécie le son, la couleur. Parce que ce qui est indéniable, c'est que Raymond Penblanc a une belle écriture, beaucoup de finesse, des jeux de mots, de l'humour, de la tendresse et de la vacherie aussi. Il n'est pas tendre avec ses personnages, même si certains bénéficient d'une description plus clémente, ceux en qui on peut encore avoir de l'espoir. Absurde, décalé, fou, que de beaux qualificatifs pour un roman.

Attention, ce n'est pas parce qu'il y a un meurtre que c'est un polar. Lire ce roman c'est accepter d'entrer dans une institution un peu particulière et de se laisser porter par les mots de l'auteur. Évidemment, cette chronique n'est qu'un ressenti très personnel et peut-être d'autres lecteurs y trouveront d'autres choses, ce qui ne m'étonnerait pas, c'est un livre à plusieurs lectures.

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La malédiction de Gustave Babel

Publié le par Yv

La malédiction de Gustave Babel. Un récit des contes de la Pieuvre, Gess, Delcourt, 2017.....

1925, Gustave Babel, ex-tueur de la Pieuvre, la mafia parisienne, vient de se faire tirer dessus, en Argentine où il vit depuis plusieurs années. Alors qu'il agonise et qu'il sent la vie quitter son corps, Gustave se souvient de ce qui l'a mené là. Gustave souffre d'amnésie sur son enfance et son adolescence, c'est après son premier contrat qu'il fait des rêves étranges, violents et bizarres, des rêves qui pourraient bien le diriger vers son enfance et ses souvenirs enfouis.

Alors, alors, alors,... comment parler de ce roman graphique qui est étonnant, totalement barré, bizarre, beau, fort, loin de tout ce que j'ai pu lire en BD, qui part dans des délires oniriques et revient sur des contingences très terre à terre ? Tout d'abord, en ouvrant l'ouvrage, j'ai été surpris par le dessin qui n'est pas celui a priori que je préfère, mais au fil des pages, je change d'avis et deviens très amateur de ce trait. Ce qui joue en faveur de cette BD, c'est que son auteur use de différents styles, la classique avec phylactères, des cases avec un texte à côté, des grandes cases, des petites voire des toutes petites, rien n'est prévisible et j'adore ça. Les couleurs également changent en fonction des lieux, des périodes, du rêve ou de la réalité. Un coup colorées, un autre monochromes (sépia, jaunes, noires, bleues, marron, ...). Des références à foison, à la peinture, la littérature, le cinéma (il m'a semblé rencontrer un sosie de Depardieu). Et puis surtout de la poésie. Baudelaire traverse l'œuvre de Gess du début à la fin. Des poèmes, notamment  Une charogne, sont cités qui guident Gustave dans sa vie, l'aident à supporter ses absences de souvenirs.

Venons-en justement à Gustave Babel, tueur à gages de la Pieuvre, parlant toutes les langues du monde, c'est un don. Coup de cheveux improbable, faciès pas des plus attirants. Ce qui le tracasse c'est que ses premiers contrats sont morts avant qu'il n'arrive et qu'ils viennent le troubler dans ses rêves menés par un étrange Hypnotiseur. Le début de la BD est déroutant et je me suis demandé ce qui m'avait pris de l'ouvrir. Mais la suite est excellente et si l'on se laisse porter, on va sans encombre jusqu'à la fin où tout s'explique. En revenant au début, après ma lecture, je me suis même demandé pourquoi j'avais eu ces hésitations.

J'ai passé un moment -assez long quand même (mais pas trop, au contraire), presque 200 pages- formidable et si je classe cette BD dans mes coups de cœur, c'est qu'elle m'a cueilli, m'a surpris ; j'adore qu'un auteur se joue de moi et parvienne à me surprendre. Tout est bath dans l'ouvrage, inattendu les dessins, le scénario. Sortez de l'ordinaire, lisez La malédiction de Gustave Babel.

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