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Little Tulip

Publié le par Yv

Little Tulip, François Boucq, Jerome Charyn, Le Lombard, 2014, (texte traduit par Jeanne Guyon)...,

Années quarante, Pavel, sept ans est enfermé dans un goulag avec ses parents. Séparé d'eux, il rejoint le bâtiment des orphelins. Doué pour le dessin, il parvient à se faire respecter grâce à ceux qu'il dessine sur les corps des détenus.

Des années plus tard, devenu Paul, il vit aux États-Unis, collabore avec les autorités pour dessiner des portraits robots de suspects. Cependant, il ne réussit pas à dessiner Bad Santa, le tueur en série qui sévit dans les rues, viole et égorge des jeunes femmes.

Une BD majoritairement dans les tons bruns, marron, aux dessins explicites et forts. Les différents contextes le sont aussi, le goulag et la promiscuité, la difficulté d'y survivre, de résister aux manques et à l'extrême violence. Mais aussi le salon de tatouage de Paul et surtout les rues de New York en 1970 et ce tueur qui fait des ravages. L'ensemble fonctionne très bien, tant l'intrigue que les descriptions des environnements et des personnages. Pavel devenu Paul est un taiseux, un mec qui ne se confie pas du tout. Il vit avec Yoko et sa fille Azami, ce sont ses deux seules attaches à ce monde, elles et son travail de tatoueur.

L'histoire est suffisamment dense et forte pour nous tenir en tension et haleine les quatre-vingt-cinq pages de cet album. Vous avez pu remarquer, pour ceux qui me suivent régulièrement (les autres, je me répète, mais ce n'est pas bien, vous devriez venir plus souvent) qu'en ce moment je fais une cure de BD : en fait je suis allé à la bibliothèque de ma commune et comme je n'y étais pas entré depuis longtemps, il y avait plein d'albums que je n'avais pas vus et empruntés. Je suis revenu avec les bras chargés, il y en a donc d'autres à venir...

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By the rivers of Babylon

Publié le par Yv

By the rivers of Babylon, Kei Miller, Zulma, août 2017 (traduit par Nathalie Carré).....

1982, Kingston, Jamaïque, quartier d'Augustown, Kaia un garçonnet de six ans rentre de l'école. Ma Taffy, sa grand-tante chez qui il habite l'attend. Aveugle, elle met un peu de temps à comprendre l'inpensable, l'instituteur de Kaia lui a coupé ses dreadlocks, sacrilège absolu chez les rastafari. Alors, Ma Taffy raconte à son Kaia l'histoire du Prêcheur volant, Alexander Bedward, créateur du bedwardisme. Pendant ce temps, une étrange atmosphère se répand à Augustown en ce jour d'autoclapse. La catastrophe annoncée grandit depuis plusieurs jours, mois ou années.

Foisonnant, puissant. Une bouffée d'air jamaïcain, pas toujours très sain, pas toujours empli de bonnes odeurs mais tellement revigorant.

C'est d'abord une plongée dans le rastafarisme, avec ses "créateurs", Marcus Garvey, Leonard Percival Howell, mais aussi avec les croyants. Kei Miller parle de la société jamaïcaine, les ghettos, les noirs, les plus pauvres et les plus clairs jusqu'aux blancs, les plus riches qui habitent les hauteurs de Kingston, Beverly Hills. En partant de ce que nous pourrions, nous Occidentaux, qualifier d'incident, la coupe des dreadlocks de Kaia, le romancier bâtit un roman sur son pays, ses pratiques religieuses, l'histoire d'icelles et la difficulté de vivre pauvre en Jamaïque en même temps qu'une certaine joie de vivre malgré les manques. C'est donc un roman hautement instructif sur un pays assez peu décrit dans les livres, si ce n'est pour parler de reggae et de Bob Marley ou maintenant des sprinteurs tels Usain Bolt, mais ce serait le résumer trop vite que de se cantonner à cela. Kei Miller n'écrit pas non plus un manuel de l'histoire de son pays, c'est par petites touches qu'il procède et par paraboles, par transmission orale de Ma Taffy à Kaia. D'où une vraie explosion de la langue, des néologismes, des onomatopées érigées en substantifs, quasiment à toutes les pages. L'une de ces inventions qui m'a le plus plu est la suivante : "Certains étaient allés à la rivière dans le but de prouver que Bedward était un menteur et que ses paroles n'étaient que des fadaises-ablabla mais lorsqu'ils ressortaient de l'eau, frais et dispos, guéris de douleurs dont ils n'étaient même plus conscients, ils se muaient en convertis des plus démonstratifs." (p.90). "Fadaises-ablabla", je l'ai notée, mais ouvrir le livre à n'importe quelle page, c'est avoir la chance de tomber sur tel ou tel dialogue aussi coloré. Non pas d'ailleurs que ce roman soit très dialogué, ce sont plus des histoires racontées, des monologues ; je mesure la difficulté en même temps que le plaisir que la traductrice (Nathalie Carré) à dû prendre à travailler sur ce texte.

Kei Miller a un talent fou pour raconter des histoires, pour nous transporter loin et décrire des personnages forts et attachants, même les moins recommandables ont une part d'humanité sous-jacente ou clairement exprimée. Il sait les mettre dans des situations qui les rendent faibles ou forts, dans des moments où leur destin bascule parfois pour un simple geste malheureux. Il ne juge pas et le lecteur ne se sent donc pas pris en otage par le romancier qui lui dirait comment percevoir untel ou untel. Un excellent roman, le deuxième de l'auteur, après L'authentique Pearline Portious, paru en 2016, déjà chez cette très belle maison qu'est Zulma, que je n'ai pas lu, mais d'ores et déjà, je l'ai noté.

PS : et ce titre, qui, invariablement fait venir en tête la chanson...

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Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?

Publié le par Yv

Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?, Zidrou et Roger, Dargaud, 2013.....

"Catherine a 72 ans. Elle est veuve. Son fils de 43 ans, Michel, vit encore avec elle. Il faut vous dire que Michel est handicapé suite à un accident de voiture." (4ème de couverture)

C'est donc l'histoire de ce duo que Zidrou et Roger racontent. Pas une histoire linéaire avec un début, un développement et une fin, non, des petits moments, des anecdotes, des tranches de vie plus ou moins comiques, plus ou moins tragiques. Et à travers ces petites touches, on sent à la fois ce qui lie Michel et Catherine, lui étant totalement dépendant d'elle et elle lui consacrant sa vie au détriment de la sienne. Avec beaucoup de pudeur et de tendresse, les auteur et dessinateur parlent du découragement parfois de Catherine, de son envie de voyager, de rencontrer d'autres personnes, de vivre pour elle enfin quelques moments. Ils parlent aussi des grands moments de joie qu'elle vit avec Michel.

Il est aussi question de l'après : que faire d'un adulte handicapé lorsqu'on ne peut plus s'en occuper seule ? La solution d'un placement dans une institution est la plus facile -lorsqu'il y a suffisamment de places-, mais il est parfois difficile de s'y résoudre.

Aujourd'hui, je vous parle d'un très bel album, tendre, drôle, tragique, avec des héros attachants, gentils et parfois très encombrants. De ceux qui restent un moment en tête. Scenario impeccable et dessins et couleurs magnifiques. Rien à ajouter, parfois un peu de sobriété ne nuit pas, au contraire.

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Les particules et les menteurs

Publié le par Yv

Les particules et les menteurs (Tonton, l'art et la manière), Samuel Sutra, Flamant Noir, 2017 (première parution, 2012).....

Ruffy, vous connaissez ? Ruffy, peintre obscur du début du siècle dernier a peint deux toiles presque identiques, sauf une. Celle-ci est très recherchée, notamment par David Chicaude prêt à payer une fortune pour se la procurer. Tonton sait où est la toile. Le problème, c'est que pour en devenir très momentanément l'heureux propriétaire, il doit la subtiliser à une famille d'aristocrates, et c'est Gérard qui devra se faire passer pour un particulé pour préparer le terrain au reste de l'équipe. Autant dire mission impossible, Gérard chez les aristos c'est comme... non franchement, je ne vois pas d'image c'est simplement inimaginable.

Tome 2 des -excellentes- aventures de Tonton et sa bande ; vous reporter à mon précédent billet pour comprendre pourquoi je lis le 2 maintenant alors que j'ai déjà lu le 6 et tous les autres. C'est dans ce volume que l'on fait connaissance avec Donatienne de Gayrlasse qui deviendra la bonne de Tonton, et hop, l'équipe est complète. Plonger Tonton et sa bande dans le monde délicat et feutré de l'aristocratie, mais quelle mouche a piqué Samuel Sutra ? Bon, pour la mouche, je ne sais pas mais elle devait avoir de lourds antécédents. Par contre, le monde délicat et feutré vole en éclat et s'il n'adopte pas les mêmes codes que celui de la truande on ne peut pas dire qu'il soit plus glorieux, par exemple, la description de Donatienne : "La dame, d'une cinquantaine bien secouée, mais à la mise impeccable, aux souvenirs de Tonton, était la riche descendante d'une longue lignée de militaires qui s'étaient transmis le sang bleu de génération en génération, à grands coups de consanguinité. L'arbre généalogique devait compter certaines branches ayant donné plus de fruits que de noyaux. Lignée remontant, à ce que l'on disait, à des temps forts reculés, où l'on se battait à mains nues et à pied, le cheval n'ayant pas encore été inventé." (p.9)

Que dire que je n'aurais pas dit sur un roman avec Tonton ? C'est difficile tant à chaque fois, je me régale, je me marre, j'apprends de nouvelles tournures d'argot que je suis bien incapable de retenir, non pas que je soye coincé et que je répugne à user de vocables un rien familier voire pire, mais tout simplement parce que je ne les retiens pas. Il m'a fallu des visionnages et des visionnages des Tontons flingueurs (pas cités innocemment, bien entendu) pour en retenir quelques mots et pareil pour les excellents OSS 117 (mais là, il n'y a pas trop de rapport sinon que j'aime). L'autre référence, hors Audiard, Dard et Lautner, et qui est notée dans la très courte biographie de l'auteur en fin de volume est Alexandre Astier et son Kaamelott, et c'est vrai que le langage pratiqué par l'un et par l'autre se ressemblent ou du moins procurent le même plaisir. Visualisez cette scène : Gérard qu'on pourrait aisément qualifier d'abutyrotomofilogène -mot trouvé sur divers sites et qui signifie "qui n'a pas inventé le fil à couper le beurre", il y en a tout plein de mots comme ça rares, inventés, oubliés, désuets, c'est marrant à replacer dans un papier-, donc Gérard entre dans un bar gay -déjà c'est dur à imaginer- à la recherche de sa cible et demande :

"- Je cherche un mec, avoua-t-il.

Le serveur le dévisagea, parcourant la piste des yeux comme pour vérifier la nature de l'endroit.

- Tu déconnes ? Tu rentres dans un bar gay et tu cherches un mec ? T'es du genre à bouffer quand t'as faim, ma grande. Ça me chavire, les gars comme toi. Le mystère... L'imprévu..." (p.102)

Moi aussi, ça me chavire, si vous ça ne vous fait rien, je ne peux rien pour vous si ce n'est vous prescrire une dose maximale de Tonton pour vous dérider, maintenant qu'ils sont tous parus chez Flamant noir, commencez par le numéro 1, puis le 2, etc etc... Si au contraire vous aussi ça vous chavire, eh bien, commencez par le 1, le 2 etc etc...

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Philocomix

Publié le par Yv

Philocomix. 10 philosophes. 10 approches du bonheur, Jean-Philippe Thivet, Jérôme Vermer, Anne-Lise Combeaud, Rue de Sèvres, 2017.....

Dix philosophes sont passés au grill sur leurs approches du bonheur, avec dans l'ordre d'apparition : Platon, Épicure, Sénèque, Montaigne, Descartes, Pascal, Kant, Bentham, Schopenhauer, Nietzsche. Les deux garçons, JP Thivet et J Vermer sont au départ de l'album, au scénario et sont les garants de la précision des propos, le second est agrégé de philosophie, et AL Combeaud dessine et colorise et participe au scénario.

Prenez un ignare comme moi en philosophie, qui tente pourtant de faire entrer dans sa tête des théories et des noms de philosophes, qui y réussit parfois et péniblement, mais qui ne parvient pas à lier les deux, à mettre un nom sur une approche ; mettez-lui en main ce formidable album de bande dessinée qui résume les propos de quelques grands penseurs, et vous faites un heureux. Ça tombe bien, puisque le thème c'est le bonheur, et à travers ce thème, les auteurs expliquent les méthodes et pensées générales des philosophes dont il est ici question. Platon et son "Connais-toi toi même" ouvre le livre et ne me laisse pas insensible, j'aime bien Épicure aussi, Montaigne, Descartes et Nietzsche. Schopenhauer avec son "Le bonheur ? simple question de volonté !" semblent inaccessibles mais tendre vers est un bel objectif. J'ai un peu moins adhéré aux autres, Pascal est trop religieux pour moi, tant pis, j'irai en enfer -mais comme je n'y crois pas plus qu'au paradis...-, Sénèque fait peur, Kant est quand même un peu coincé, quant à Bentham, il ne m'a pas convaincu avec son bonheur pour tous, son utilitarisme. Si un philosophe passe par ici qu'il veuille bien me pardonner tous ces raccourcis.

Pour ce qui est de l'album, ce qui est bien, c'est que l'humour est omniprésent et apprendre en s'amusant c'est quand même un plus indéniable, n'en déplaise à Kant. Anne-Lise Combeaud dessine merveilleusement les détails qui font sourire et même les plus renfrognés des philosophes, Kant, Sénèque, Schopenhauer ou Nietzsche me font rire. Il faut dire qu'ils se retrouvent parfois dans des situations difficiles pour ne pas dire ridicules. Les fiches récapitulatives, sous forme de révisions ou de jeux sont également très bien faites et drôles. Extrêmement pédagogique, cet album sera à mettre entre toutes les mains -attendre l'âge de raison- au moins dans celles de nos lycéens qui réviseront ainsi les grands raisonnements des philosophes célèbres, néanmoins, ne pas oublier de leur dire qu'en citant leurs sources, il citent plutôt le philosophe que la BD, ça risque de faire tâche sur un devoir de baccalauréat. Peut-être y aura-t-il d'autres titres de Philocomix, avec d'autres penseurs ou d'autres thèmes ? Je suis preneur; après, quand je replace tout ça dans mes discussions, j'ai l'impression d'être hyper balèze.

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Petits hommes

Publié le par Yv

Petits hommes, Konrad Laghos, Intervalles, 2017...,

André, dix ans et son ami Jean sont comme tous les enfants de cet âge en 1996. Ils jouent aux cow-boys, lisent des BD, vont à l'école ; André aime bien Léonore qui n'a d'yeux que pour Bastien.

André a une passion pour le piano, transmise par son père qu'il ne voit pas beaucoup puisqu'il vit seul avec sa mère Marguerite dans cette petite ville de province du bord de Loire. Pourtant, un soir c'est William, son père, qui vient le chercher à l'école, et là, sa vie change.

Il y a deux parties dans ce roman. La première est la vie insouciante et joyeuse d'André. Je la commence avec envie avant de déchanter un peu me demandant bien où l'auteur veut m'emmener et en quoi ces péripéties enfantines peuvent bien intéresser qui que ce soit, sauf éventuellement un enfant. Je suis même un peu surpris que ce genre de livre soit publié chez Intervalles. Néanmoins, je persiste et d'un coup, l'événement qui change toute la face du livre survient. Et le livre un peu naïf devient la confrontation des enfants au monde des adultes et à sa violence. Pour autant, Konrad Laghos maintient une certaine légèreté qui permet de passer d'une partie à l'autre sans faire le grand écart fatal -à mon âge, on ne s'amuse plus à ce genre de défi, déjà que plus jeune, je ne le faisais pas...- et la seconde partie récompense le lecteur opiniâtre que je fus sur ce coup.

C'est le style du romancier qui rend tour à tour son roman un peu long mais aussi et surtout très bien. Une écriture très réaliste, très descriptive des moindres faits et gestes, qui rend bien le point de vue enfantin, mais qui peut lasser lorsque le fond n'y est pas, alors qu'elle permet de faire passer plus d'émotions et de légèreté voire d'humour par un certain décalage lorsque les situations s'aggravent. Phrases courtes, vocabulaire volontairement simple, pas mal de dialogues, ce court roman se lit vite, il est très agréable, plaisant sur des thèmes souvent traités et pourtant pas évidents comme l'absence du père, le passage de l'enfance à l'adolescence, l'amitié, la prise de conscience de la violence du monde adulte, entre trahisons, tromperies, cachotteries, ...

Konrad Laghos est un jeune auteur qui signe là son premier roman qui débute par ces phrases vous permettant de deviner dans quelle ville il a situé son histoire, qui n'est jamais nommée :

"C'était dans une ville ni petite ni grande, un temps plus royale que Paris, au cœur de laquelle se trouvait un château qui aurait pu figurer dans un conte pour enfants si un duc n'y avait été assassiné. Il y faisait bon vivre. Le fleuve coulait le long des berges sauvages. L'été, des îlots se formaient et on pouvait pique-niquer sur les pierres en traversant à gué. L'hiver, quand il faisait très froid, le fleuve était huileux et les eaux tourbillonnaient sous les arches du pont." (p.7)

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Là où naît la brume

Publié le par Yv

Là où naît la brume, Christian Perrissin (scénario), Marie Galopin (couleurs), Christophe Gaultier (dessin), Rue de Sèvres, 2017.....

Josh, ancien de la marine, se retrouve au Canada, aborde Terre-Neuve pour chercher son père qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Il trouve son bungalow, très isolé mais point de père, même le chien est mort depuis plusieurs jours. Josh cherche, rencontre Ruthie-Jane, aide-soignante à l'hôpital de Corner Brook, la petite ville la plus proche.

Ce qui surprend fort agréablement dès la première page, comme souvent dans une bande dessinée, ce sont les dessins. Je n'y connais pas grand chose en là matière, mais j'aime beaucoup. On dirait des aquarelles -mais sans doute me trompé-je-, les paysages qu'ils soient marins ou terrestres sont superbes et les couleurs particulièrement soignées. Alors, on n'est pas à Terre-Neuve avec Josh, mais on peut ressentir les grands espaces, la mer et l'isolement.

Ensuite, l'histoire assez classique d'un fils recherchant son père et donc son histoire prend un ton très particulier dès que Josh creuse et fait des rencontres. Ce n'est pas hyper révolutionnaire, mais dans le genre c'est extrêmement bien fait et l'on tourne les pages de cet album avec grand plaisir et envie de connaître le dénouement que je vous tais bien évidemment, ce n'est pas mon genre de divulguer -de spoiler comme on dit en bon français maintenant, alors que divulguer est un plus joli mot dont les Québecois qui vivent pourtant en Amérique du nord n'usent pas, puisqu'ils francisent tout, et qu'ils ont tout à fait raison.

Le père de Josh est une sorte d'anachorète du nord de l'Amérique, le retrouver est un travail de longue haleine surtout lorsqu'on a des choses à lui reprocher. Ce voyage à Corner Brook à la recherche d'une histoire familiale est un voyage que je vous conseille très fortement.

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Espace lointain

Publié le par Yv

Espace lointain, Jaroslav Melnik, Agullo, août 2017 (traduit par Margarita Barakauskaité-Le Borgne).....

Gabr vit à Mégapolis, dirigée par un gouvernement autoritaire, l'Union gouvernementale. Tous les habitants sont aveugles qui dépendent de capteurs pour se diriger et pour vivre. Un jour, Gabr va consulter au ministère du Contrôle pour des hallucinations. Il découvre bientôt qu'il "voit", mot totalement oublié dans ce monde voué aux ténèbres. Juste avant de se faire soigner et de redevenir aveugle, il rencontre Oks, révolutionnaire qui le recrute et lui propose de saborder Mégapolis et son système de capteurs. Gabr hésite, tiraillé entre son souhait de continuer à voir et la peur que le monde qu'il a toujours connu disparaisse.

L'éditrice présente ce roman comme une dystopie = "une société imaginaire régie par un pouvoir totalitaire ou idéologie néfaste, telle que la conçoit un auteur donné" (merci Larousse). C'est un récit de science fiction. Primo, la SF, ce n'est pas mon truc. Deuxio, euh, eh bien, il n'y a pas de deuxio, ni de tertio, parce que malgré mon primo, j'ai adoré ce bouquin. Ce roman qui associe aventures, destinée, personnages divers on ne peut plus tourmentés, questions philosophiques d'actualité, le tout mené sous une forme originale qui alterne les points de vue, et ajoute des extraits de livres (fictifs), des poésies subversives interdites, des articles de presse, des interviews, des extraits des divers règlements, m'a emballé dès le début jusqu'aux ultimes lignes.

La société que décrit Jaroslav Melnik semble lointaine et elle l'est, mais sous certains aspects, nous nous en approchons : "Notre espace proche nous a serrés dans son étau et nous a étouffés. Nous trouvons cette asphyxie délicieuse, telles les vapeurs de vins qui nous tournent la tête et nous plongent dans une détente désirable.  [...] Nous vivons en parfaite symbiose avec nos radiophones, avec nos capteurs sur lesquels nous sommes complètement concentrés. Nous ne concevons notre vie que sous le joug de cette interférence. Mais qui sommes-nous en tant qu'individu ? Si nous avons perdu notre moi profond, comment pouvons-nous éprouver des sentiments pour une autre personne ?" (p.91/92) Les questions du sectarisme, du nationalisme, de l'exploitation de l'homme par l'homme, de la révolution, des plus riches -pas forcément pécuniairement- qui ne veulent pas partager la source de leur richesse, du pouvoir, du bonheur sont abordées sous l'angle philosophique, mais aussi sous l'aspect romanesque. D'autres questions se font jour également, concernant la technologie et son apport mais aussi sa part de déshumanisation de la société, la sécurité à tous prix et bien sûr la liberté et ce que l'homme est prêt à sacrifier pour l'obtenir.

Chacun pourra y trouver son compte, l'amateur de roman SF -ou pas-, l'amateur de roman philosophique, l'amateur de roman d'aventures (pour tous mes "amateurs" lisez aussi "amatrices", puisque ce roman n'est pas réservé aux garçons, son public serait trop restreint). Un -nouveau- très bon choix de la maison Agullo, formidablement traduit -autant que je puisse en juger, je ne parle pas le lituanien, car bien qu'Ukrainien, Jaroslav Melnik écrit en lituanien et en ukrainien- par Margarita Barakauskaité-Le Borgne. Mise en page et couvertures toujours très réussies, une sensation à coup sûr de cette rentrée littéraire.

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Groenland vertigo

Publié le par Yv

Groenland vertigo, Tanquerelle, couleurs : Isabelle Merlet, Casterman, 2017...,

Invité à participer à une expédition financée par un artiste allemand qui veut réaliser une performance sur un iceberg au Groenland, Georges Benoît-Jean, dessinateur maladroit est confronté à la vie sur un bateau et ses aléas. Entre un artiste paranoïaque, son aide angoissé, les maladresses de Georges et les extravagances de Jørn Freuchen un écrivain, le voyage ne sera pas de tout repos.

En 2011, Tanquerelle est invité à participer à un voyage au Groenland en compagnie de Jørn Riel dont il a mis en bande dessinée plusieurs ouvrages, c'est ce voyage qui est à la base de son album.

Voilà une bande dessinée bien plaisante, qui joue pas mal avec les références du genre. De l'aventure, de l'humour, on pourrait se croire dans Tintin, surtout si je vous parle d'un vieil écrivain baroudeur et barbu prêt à tout pour une bonne bouteille de whisky, d'un dessinateur maladroit -il est seul et n'a pas de grosse moustache, sinon on aurait pu croire à un Dupond ou un autre Dupont. Les paysages blancs et encore peu abimés par l'homme sont bien présents, le message sur la préservation de la planète est léger mais néanmoins bien là lui aussi. S'il met sans doute pas mal de lui dans Georges, il ne nous cache pas ses angoisses avant de prendre la décision de partir, jusqu'au dernier moment et même pendant le voyage.

Tanquerelle est né à Nantes, quelle bonne idée, mais ce n'est pas pour cette raison que je trouve son album très bien. Non, même si un peu de chauvinisme ne nuit pas, son ouvrage est bien tout simplement parce que j'ai passé une heure très agréable au Groenland, j'ai ri, souri et apprécié les aventures de ses personnages bien sympathiques -enfin, pas tous mais je laisse un peu de suspense.

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