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Sœurs d'Ys, la malédiction du royaume englouti

Publié le par Yv

Sœurs d'Ys, la malédiction du royaume englouti, M.T. Anderson, Jo Rioux, Rue de Sèvres, (traduit par Alice Delarbre) 2020

La reine Malgwen demande au roi Gradlon de Kerne de le débarrasser de son mari qui est un sorcier, en échange de quoi, elle l'épousera et accèdera à ses demandes. Le couple donne naissance à deux filles, Rozenn, l'aînée, l'héritière, proche de la nature, contemplative et Dahut, qui, comme sa mère, a recours à la magie et se complait dans la vie fastueuse de la cour. La cité d'Ys dirigée par Gradlon à la mort précoce de sa femme Malgwen est la proie de toutes les rumeurs concernant son train de vie.

La légende de la cité d'Ys en Bretagne, revisitée par Matthew Tobin Anderson, écrivain jeunesse étasunien et dessinée et mise en couleurs par Jo Rioux.

De la légende de la cité d'Ys, il existe plusieurs versions dont l'auteur s'est inspiré pour raconter la sienne. Si le scénario n'est, de fait, pas inédit, il a le mérite d'être clair et concis. L'histoire gagnant en clarté, elle risque d'être beaucoup plus aisément mémorisable. La simplicité, qui n'est pas synonyme de facilité ou d'infantilisme, est une qualité pas toujours facile à atteindre.

Le dessin de Jo Rioux est superbe et colle parfaitement aux mondes des légendes : les tons, les couleurs, les deux sœurs, très différenciées tant dans leurs représentations que dans leurs caractères. Tout concourt à ce que cet album soit lu et apprécié par le plus grand nombre de lecteurs.

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Petits cimetières sous la lune

Publié le par Yv

Petits cimetières sous la lune, Mauricio Electorat, Métailié (traduit par Mauricio Electorat), 2020

Emilio est chilien. Il vit à Paris, étudie la linguistique. Sa famille est restée au Chili, son père concessionnaire automobile s'accorde très bien avec la dictature de Pinochet, fréquente certains des durs du régime. C'est pour échapper à cela qu'Emilio est venu en France. Il vit à Montparnasse, est veilleur de nuit dans un hôtel et se lie avec d'autres veilleurs de nuit sud-américains qui lui apprennent le métier. Emilio fait la connaissance de Chloé, jeune femme qui apparaît et disparaît régulièrement. Lorsque la disparition d'icelle dure, Emilio décide de comprendre pourquoi. C'est aussi le temps où son frère lui apprend que ses parents ont divorcé, que son père vit avec une jeune femme et que Pinochet n'étant plus au pouvoir, certains Chiliens risquent gros.

A l'ouverture du livre, je remarque que ce roman écrit en 2018 par Mauricio Electorat, écrivain chilien, est traduit en français par lui-même. Pas banal. Je ne parle ni ne lis l'espagnol et ne doute point une seconde des qualités littéraires de l'auteur dans sa langue natale tant celles-ci sont évidentes en français. C'est un romancier habile et un raconteur d'histoire hors pair. Il sait alterner les lieux, les époques, les narrateurs sans que le lecteur n'en soit jamais gêné, au contraire il en est même ravi. Le récit est diablement bien écrit et construit. Il aborde un nombre de thèmes importants conséquents : les relations père-fils et comment celles-ci peuvent évoluer lorsque les deux ont des opinions et des vies diamétralement opposées, l'amour, le Chili sous la dictature et l'après et la dictature en général, la difficulté de vivre à Paris...

Il sait faire preuve d'humour et d'ironie : "En plus, il y avait ce machin, cette espèce de chimère qui nous a toujours aidés : le Chili, ou plutôt Allende, La Moneda sous les bombes, les militaires en  train de brûler des livres, toutes ces cartes postales qui parlaient d'un pays formidablement plongé dans la souffrance et la terreur. Maintenant c'est les Syriens, les Irakiens, les femmes afghanes, mais dans les années 80, en France, il n'y avait rien de mieux qu'être chilien." (p.20) et use de différents niveaux de langage. Son écriture est fluide, très agréable et prend parfois le lecteur comme témoin des errements ou erreurs d'Emilio en l'interpellant. Un roman qui n'est pas léger, certes, puisque la dictature de Pinochet en est en partie le contexte, mais qui n'est jamais plombant. La vie avant tout.

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RIP. Ahmed

Publié le par Yv

RIP. Ahmed. Au bon endroit au mauvais moment, Gaet's, Monier, Petit à petit, 2020

Ahmed est policier scientifique, spécialiste des insectes qui aiment les cadavres. Grâce au eux, Ahmed peut dater une mort et découvrir pas mal d'autres choses. Mais le grand chef ne croit pas trop à ces trucs et prend Ahmed pour un rigolo. Aussi lorsque le jeune policier semble flairer le travail d'un tueur en série, se lance-t'il seul dans l'enquête, quitte à prendre beaucoup de risques. Surtout lorsqu'il file et intègre l'équipe des nettoyeurs des maisons des morts rencontrés dans les tomes 1 (Derrick) et 2 (Maurice).

Tome 3 de cette excellente série qui à chaque tome s'intéresse à l'un des personnages du groupe. Son histoire personnelle est alors détaillée et toujours imbriquée dans celle du groupe des nettoyeurs des maisons des morts. On y apprend les raisons qui l'ont mené à ce job particulier et le rôle qu'il joue dans cette histoire. Pour rappel, l'un des nettoyeurs vole une bague de grande valeur et les patrons cherchent à connaître le coupable semant le doute et la suspicion parmi le groupe. Ahmed, le nouveau, est considéré comme le suspect numéro 1 et pris à parti. Lui n'est entré dans ce groupe que parce qu'il a senti que parmi eux, il y avait un tueur en série.

Cette bande dessinée est originale, le scénario de Gaet's est tortueux et puzzlesque. J'aime ces histoires dans lesquelles on revient sur un événement mais d'un autre point de vue qui l'éclaire différemment et oblige le lecteur à douter de tout et de tous. Chaque point de vue apporte son lot de nouveautés et la grande histoire, celle qui sous-tend toute la série se dessine peu à peu.

Et le dessin de Julien Monier enfonce le clou tant il colle à l'histoire noire et glauque. Tous les protagonistes ont des sacrées gueules et les couleurs participent activement à l'ambiance.

Un très grande réussite pour ces trois premiers albums, tous des coups de cœur. Six tomes sont prévus, je me réjouis d'avance.

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Ange

Publié le par Yv

Ange, Philippe Hauret, Jigal polar, 2020

Elle s'appelle Ange. Elle joue de sa plastique pour attirer les hommes et de son habileté pour les plumer avant qu'ils n'atteignent leur seul but : coucher avec elle. Ange vit en colocation avec son ami d'enfance Elton, glandeur professionnel qui pratique la procrastination avec ardeur.

Lorsque Ange rencontre Thierry Tomasson, animateur télé connu, elle croit à sa promesse de l'embaucher comme chroniqueuse. Elle déchante vite et décide de se venger de ce mec qui a lâchement profité d'un de ses moments de faiblesse.

Lorsqu'on lit beaucoup, on sait à peu près dès les premières lignes si le roman qu'on débute sera bien ou non. Certes, on peut avoir de mauvaises ou de bonnes surprises dans les pages suivantes et c'est tant mieux, mais globalement, on sait. Et là, j'ai su dès le début. Un premier chapitre intitulé "La nuit, je mens", bon, Bashung, déjà, ça part bien (tous les chapitres ont des titres de chansons) : "J'adore regarder mes mains. Je les trouves fines, élégantes, racées, sensuelles. Les mecs, eux, ne les remarquent jamais, préférant plutôt s'attacher à mater mes jambes, mes seins ou mes fesses. Pauvres petites queues en pilotage automatique qui ne connaissent rien à rien. Je ne vais pas me plaindre, la nature m'a bien gâtée. Mon corps c'est mon outil de travail, mon gagne-pain, mon passe-partout. Grâce à lui, je suis libre, j'avance, je taille ma route." (p. 9) Et la suite confirme ma première impression. 

Le roman de Philippe Hauret avance vite. De coups qui paraissent faciles à complications et événements fâcheux. De vengeance pour ne pas perdre la face à course contre la mort. Ange qui contrôlait sa vie et les hommes qu'elle fréquente et arnaque ne maîtrise plus rien. On sent la descente inéluctable, on aimerait lui dire de stopper mais on ne peut qu'espérer une fin point trop tragique.

Philippe Hauret, avec des phrases courtes et une langue sèche et très oralisée est diablement efficace. Ses personnages qui ne veulent que vivre sont les victimes d'une société qui vend du rêve, de l'argent facile : réussir à la télé en flattant les plus bas instincts, en n'ayant rien à dire ou plutôt en ayant une opinion sur tout ni étayée ni construite comme les chroniqueurs d'émissions bas de gamme. Thierry Tomasson ressemble beaucoup à un quasi homonyme de la télé, cauteleux à souhait, de même Michel Diquaire ou Cyril Hanana plus brièvement évoqués. Le gros avantage du roman c'est qu'il ne reste pas dans le monde télévisuel, il part très vite sur d'autres routes puisque Ange enchaîne les tuiles. Là où l'on aurait pu craindre une critique un peu vaine et facile, Philippe Hauret, après avoir méchamment tapé sur la télé trash emmène ses héros dans d'autres aventures.

Ce roman noir est très ancré dans une époque difficile : chômage, boulots mal payés, employés exploités, un toujours plus grand écart entre les plus pauvres et les plus riches... Ça se lit vite et ça laissera des traces. Dans la pure lignée des grands auteurs de romans noirs dans lesquels la frontière entre le bien et le mal n'existe plus, dans lesquels tous les moyens sont bons pour se sortir de la panade.

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L'amant de Janis Joplin

Publié le par Yv

L'amant de Janis Joplin, Élmer Mendoza, Métailié (traduit par François Gaudry), 2020

David, un jeune homme un peu naïf vit dans le Sinaloa, au Mexique, une région connue pour sa production de marijuana. A la fête du village, contre tous les usages, il danse avec Carlotta une jeune fille réservée au fils d'un gros trafiquant du coin. Celui-ci, en colère veut donner une leçon à David qui le tue d'un jet de pierre. Obligé de fuir, il se retrouve aux États-Unis, en joueur de base-ball très doué, cède aux avances d'une femme à Los Angeles qui lui dit être Janis Joplin. Revenu au Mexique, après s'être fait virer de son équipe de base-ball, David a l'interdiction de retourner dans sa région natale. Il s'installe pas très loin, pêcheur et parvient à grand peine à résister à sa voix intérieure, son démon, née après le lancer de pierre fatal.

Un peu long et répétitif bien que pas très épais, ce roman nous plonge dans le monde des narcos-trafiquants mexicains de la toute fin des années 60. David est un jeune homme influençable -en France on l'appellerait l'idiot du village- qui va de mésaventures en catastrophe. Plus il avance dans sa vie, plus les obstacles sont nombreux et durs à éviter ou affronter. Il subit brimades, violences, haines, assauts d'une femme très libérée -mais il veut être fidèle à Janis Joplin. Tout le monde se sert de lui et lui est content d'aider ses amis. Parmi eux, un révolutionnaire recherché par les forces spéciales, très spéciales, violentes et corrompues, prêtes à tout pour trouver un coupable fut-il inventé, et un narco-trafiquant.

Malgré mes réserves, c'est un roman noir qui réserve de belles surprises et est admirablement écrit. Beaucoup de tendresse pour David et les Mexicains en général, les gens simples qui ont subi la violence des pouvoirs et du trafic sans profiter de l'un ou de l'autre, vivant perpétuellement dans la crante d'une dénonciation, d'une vengeance. Parfois drôle, souvent tragique, il met en scène des personnages tendres et n'aspirant qu'à vivre tranquillement et d'autres avides d'argent et de pouvoir qu'il soit sexuel des hommes sur les femmes ou politique. Très ancré dans le Mexique des années 60/70, ce roman est écrit en 2001 par Élmer Mendoza, qui fut l'un des premiers auteurs mexicains à situer ses histoires dans le monde des narco-trafiquants. En prime, la musique et la voix de Janis Joplin sont présentes tout au long des pages.

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Stavros contre Goliath

Publié le par Yv

Stavros contre Goliath, Sophia Mavroudis, Jigal polar, 2020

Janvier 2019, le commissaire Stavros se retrouve en mer Égée, pour appréhender un terroriste dans un convoi de migrants. L'affaire est un fiasco, notamment parce que la Turquie s'en mêle et prétend entrer dans les eaux grecques que depuis quelques temps, elle refuse de reconnaître comme telles.

Un cadavre est retrouvé et la police grecque est sommée de collaborer avec son homologue turque. Cengiz, flic turc est désigné, qui semble être un ennemi personnel de Dora la proche collaboratrice de Stavros. Puis, la collaboration continue lorsqu'il faut fouiller un camp de réfugiés à Athènes. Là encore, rien ne se passe comme prévu.

Stavros et son équipe sont des flics hors contrôle. Lui, électron libre désabusé, aimant la bonne chère, les bons vins -la liste de ceux qu'il boit est en fin de volume, très tentante, je ne connais pas les vins grecs- et les alcools en général. Eugène, ex-hacker reconverti en adjoint qui n'hésite pas à renouer avec ses démons pour le bien de ses collègues. Dora, ex des forces spéciales au parcours douloureux, totalement incontrôlable sauf par Stavros. Glykas, partisan de l'aube dorée, part d'extrême droite, déteste les migrants. Zervenis, flic  discret, silencieux et taciturne. Ils vont devoir trouver le terroriste qui fait le vide sur son passage et menace la Grèce d'un attentat. Dans un contexte particulier : le pays sort à peine d'une crise sans précédent qui l'a laissé affaibli et doit faire face à des arrivées nombreuses de migrants, étant aux portes et aux frontières de l'Union Européenne. Union qui laisse la Grèce se débrouiller seule, la sommant même de régler le problème. Des fois que des migrants viendraient jusque chez nous en nombre... La Grèce entre ses difficultés économiques, sa dette à payer et les conflits qui naissent fatalement d'une arrivée massive de réfugiés est une véritable pétaudière. Et la Turquie, en face, qui joue avec l'Europe, qui menace et marchande et c'est encore son plus proche voisin européen qui trinque.

Sophia Mavroudis écrit un roman dur, noir, très noir. Un polar qui va vite, totalement ancré dans une situation géopolitique tendue et explosive. Ses personnages sont eux-mêmes abimés et sentent que l'ambiance n'est pas au beau fixe. Ils doivent faire avec leurs petites ressources et avec le chapeautage de l'Europe très bureaucratique, qui juge sans apporter de moyens supplémentaires. Ça part parfois vite, c'est violent. Même entre les flics : Stavros a de plus en plus de mal à bosser avec Glykas, le facho qui ne se contente pas de proférer des propos haineux -ce qui est déjà insupportable. Aucun d'eux n'a de vie personnelle ressourçante. Chacun est nostalgique à sa manière de la Grèce antique ou ancienne, des traditions, des us et coutumes. C'est sans doute la raison pour laquelle, Stavros s'arrête souvent au restaurant et que l'autrice nous détaille les vins et mets qu'il déguste, une manière pour lui de garder racines (il m'invite quand il veut 

Sophia Mavroudis n'omet ni n'amoindrit les défauts et côtés obscurs de ses personnages et du pays dans lequel ils vivent, elle n'en trace pas des portraits angéliques, loin s'en faut, et c'est cela qui donne à son roman une force et une crédibilité incroyables. J'avais aimé le tome 1, sobrement intitulé Stavros, j'ai davantage apprécié Stavros contre Goliath et trois autres sont promis.

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Le septième cercle

Publié le par Yv

Le septième cercle, André-Joseph Dubois, Weyrich (collection Plumes du coq), 2020

Léon Bourdouxhe naît en 1935, de parents bouchers à Herstal en Belgique wallonne, près de Liège. Le marché noir profite aux Bourdouxhe, mais la libération beaucoup moins, puisque le père est emprisonné et Léon et sa maman obligés de vivre beaucoup plus chichement, mal vus des autres. Catherine Boudouxhe, la mère, est même contrainte de travailler à l'usine d'armement de la ville, la FN. Léon est amoureux d'Hanna, la fille de Parrain, un ami de la famille. Devenus plus grands, Hanna choisit un autre garçon et Léon doit fuir le coin pour un mauvais coup. Ce sera la Légion en Algérie, puis d'autres pays africains. La vie de Léon prend alors une direction pas commune.

Ce roman est une brique dont il a le format et le poids : 500 pages (relativement aérées), pratique pour se défendre s'il est dans un sac. Outre la plaisanterie éculée, s'il a l'aspect d'une brique, l'usage ne sera pas le même, car vous ne penserez ni à le mettre dans un mur ni à caler un meuble tant vous ne pourrez pas le lâcher. Long, certes mais passionnant. André-Joseph Dubois crée un personnage fictif qui va côtoyer du beau et moins beau monde : Patrice Lumumba, Che Guevarra, Klaus Altman (Barbie), Pinochet, et des gens moins connus qui ont fait beaucoup pour l'art de la guerre, la justification de la torture. Des dictateurs, des mercenaires, des têtes brûlées,... des personnes ayant existé et d'autres fictives. Léon raconte sa vie en seize journées à une mystérieuse interlocutrice et s'y dévoile totalement. L'homme a traversé la seconde moitié du siècle dernier et toutes ses turpitudes, ses violences. Un homme homophobe, raciste, sexiste, réactionnaire pour ne pas aller jusqu'à facho qui ne jure que par la tradition et dont le principal mot d'ordre est tout sauf le communisme. Et malgré tout cela, loin d'être sympathique, il n'est pas totalement antipathique.

André-Joseph Dubois écrit un roman d'aventure auquel il donne des accents céliniens, toute comparaison gardée, son Léon Bourdouxhe m'a fait souvent penser à Ferdinand Bardamu. Entre des tranches aventureuses, Léon se livre plus intimement, car histoire d'amour il y a. Il est parfois un peu lourd lorsqu'il raisonne et tente de justifier ses actes au regard du monde actuel, mais c'est intéressant et grâce à lui, on comprend -sans être en accord- le raisonnement de tous ces gens qui craignent la différence, la rencontre avec l'autre, qui votent extrême droite par peur préférant rejeter la faute sur l'autre et ne pas se remettre en cause.

Je ne peux que conseiller sincèrement la lecture de ce gros roman, absolument inlâchable, d'une qualité d'écriture irréprochable -j'ai même noté quelques mots rares dont j'ai scrupuleusement recueilli la définition pour des emplois futurs. Lorsque le roman d'aventure -qui a dû nécessiter un travail de documentation considérable- raconte les pires intrigues politiques du siècle dernier avec cette qualité, ce serait un tort de passer à côté.

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L'affaire Brillancourt

Publié le par Yv

L'affaire Brillancourt, Hugo Buan, Palémon, 2020

Barthélémy Brillancourt, brillant chirurgien rennais est assassiné dans sa résidence secondaire de Saint-Malo. C'est le commissaire Lucien Workan et son équipe qui enquêtent. Tout semble accuser Paul, le fils, DJ et drogué. Seul indice : un gland de mocassin retrouvé sous le canapé. Dès que les flics posent des questions, les réponses des Malouins se réfèrent à l'affaire Brillancourt. Pas celle-ci, mais l'autre, celle d'il y a dix ans, la mort de la femme du chirurgien. Tout le monde semble au courant, sauf les flics, ce qui est bien embêtant lorsqu'il faut mener des interrogatoires...Workan et son équipe passent un peu pour des brêles, mais bon, ils ont l'habitude.

Douzième enquête pour le commissaire Workan, le capitaine Lerouyer et les lieutenants Laurent Roberto et Leïla Mahir. Et douzième occasion de passer un excellent moment entre sourires et rires. Équipe hétéroclite sur laquelle il semble difficile de parier et qui pourtant parvient à résoudre les enquêtes les plus retorses, grâce à des fulgurances de l'un ou l'autre et après avoir éliminé ce qui n'est pas possible. Comme toujours dans les romans policiers de Hugo Buan, les dialogues sont savoureux, les répliques bien senties. Workan est un poil macho et réac, mais il sait s'adapter. Sa compagne Leïla est jalouse et dès qu'une femme plaît au commissaire elle sort les griffes et Workan n'est pas insensible aux femmes qui lui font de l’œil ou des avances -mais il ne franchit pas vraiment le pas, trop craintif des réactions de Leïla.

L'enquête avance à grands pas et la fine équipe fait vite le lien entre les deux affaires Brillancourt. Workan a des méthodes d'interrogatoires particulières pas très académiques mais elles donnent des résultats. Rondement et joyeusement menée, cette douzième enquête du commissaire Workan ravira les habitués qui,comme moi, en redemandent et saura séduire les nouveaux venus.

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Sur la route de Whiskyville

Publié le par Yv

Sur la route de Whiskyville, Macon Blair, Joe Flood, Rue de Sèvres (traduit par Matz), 2020

Au temps du Far West, deux vagabonds Jed et Thanny sont en possession d'une carte censée les mener vers un Eldorado nommé Whiskyville. Mais avant d'y arriver, il faut bien se nourrir, et repérant une tourte à la viande qui refroidit sur le rebord d'une fenêtre, les deux compères s'en empare. Mais la cuisinière ne compte pas se laisser dépouiller et en tentant de leur tirer dessus, elle se blesse grièvement. Son mari, flic irlandais, colosse et irascible se met à leur poursuite inlassablement.

"Une aventure déjantée à la poursuite du bonheur et de la liberté, menée tambour battant au son des banjos et des guimbardes." est-il fort justement écrit en quatrième de couverture. Et c'est vrai que cet album va très vite et assez joyeusement sur les routes et les pistes à la rencontre de personnages barrés, décalés. Des bandits qui vivent dans une sorte de cour des miracles, des monstres, des flics pas toujours très futés, un coq de combat, tous ces gens se croisent, se poursuivent, s'évitent dans des cases colorées parfois drôles, d'autres fois plus graves. L'album n'est ni mélo ni humoristique, il puise dans tous les genres et c'est cela qui le rend attachant.

Les personnages ont des tronches et des personnalités tranchées, c'est une belle découverte, scénarisée par Macon Blair et dessinée par Joe Flood, traduite par Matz excellent bédéiste plusieurs fois chroniqué sur Lyvres.

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