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Ça coince ! (28)

Publié le par Yv

Le cercle des plumes assassines, J.J. Murphy, Éd. Baker Street, (traduit par Hélène Collon)..,

Dorothy Parker, critique, scénariste, poétesse fut un des membres actifs de la Table Ronde de l'Algonquin, un hôtel du New York des années vingt. Lorsqu'un critique est découvert mort sous cette table, elle se mêle de l'enquête au risque de se mettre en danger, elle et son nouvel ami, un jeune homme du sud venu dans cette grande vile pour tenter de se faire un nom dans l'écriture, William Faulkner.

Pas inintéressant ce roman, mais il y a un je-ne-sais-quoi qui ne m'y retient pas. Et pourtant, au départ, j'étais motivé : l'époque, la prohibition, l'ironie et le décalage de ces intellectuels new yorkais, ce détachement dont fait preuve Dorothy Parker, qui n'a pas le sou mais vit comme si elle en avait, à crédit et grâce à son bagou. C'est léger, drôle... et un peu vide. Je m'y suis ennuyé assez vite et malgré les beaux personnages le plaisir n'y est pas totalement. Peut-être aurait-il fallu en faire plus sur eux, sur l'époque, planter un contexte plus fort, plus présent, parce que l'intrigue en elle-même est fine ?

Néanmoins, ce roman peut plaire par son ton léger et optimiste, son écriture pour tous même si l'on ne connaît rien de ces années folles.

Sous les ponts, Michel Bouvier, Ravet-Anceau, 2015..,

Jean Clément vient d'être assassiné. Son ex-femme, Catherine est arrêtée par le capitaine Maugrart de la police de Lille qui ne sait pas trop quoi penser d'elle, sauf qu'il ne la croit pas coupable mais qu'il est certain qu'elle lui cache des choses importantes pour son enquête. Sophie, la fille de Catherine est choquée par cette arrestation, elle ne peut se l'expliquer.

J'ai lu et bien aimé les deux romans précédents de Michel Bouvier qui sait allier sens du rythme, personnages bien croqués et surtout une belle plume. Du polar littéraire (cf. le très beau Lambersart-sur-Deuil et Le silencieux). Pour ce troisième polar, tout partait très bien. J'y retrouvais cette belle langue qui me plaît et les deux narrateurs aux formes de discours très différentes, ça me plaisait aussi. Quelques descriptions rapides et excellentes "... Mme Chausson, une espèce de grande dinde toujours parée pour Noël, a fait les yeux ronds de celle qui débarque d'un voyage en Chine et n'a répondu que des sottises de mère poule offusquée." (p.21). Le rythme, lent, collait parfaitement aux méthodes du capitaine Maugrart. Et puis au bout d'un moment j'ai décroché, même les belles longues phrases ne m'ont pas retenu. 

Je suis désolé M. Bouvier, j'aurais tant aimé retrouvé en ce roman ce que j'avais trouvé dans les autres. Je note de manière positive votre changement de style, dans la continuité, avec un langage plus oral et plus familier pour Sophie, des anglicismes francisés -j'aime beaucoup, ça fait très Queneau- "ticheurte", "djinne", mais cela n'a pas suffit. Néanmoins, malgré cet échec de lecture, je vous relirai avec grand plaisir, du polar littéraire ce n'est pas tous les jours qu'on en a sous la main.

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Les vrais durs meurent aussi

Publié le par Yv

Les vrais durs meurent aussi, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2015...., (grand format, 2008)

Les légionnaires à la retraite tombent comme des mouches en cet été caniculaire. Non point à cause de la chaleur, car ils sont simplement occis, égorgés, façon sourire kabyle, leurs attributs virils enfoncés dans la gorge. Quatre déjà viennent de mourir à Marseille. Clovis Narigou, journaliste qui n'aime rien autant que sa maison dans les montagnes loin des tumultes de la grande ville, en descend néanmoins pour aider son vieil ami Biscottin qui se sent menacé parce qu'il a recueilli les affaires du Polack, un ex-légionnaire qui se cache pour échapper à l'épidémie de meurtres.

Clovis Narigou, le héros récurrent de Maurice Gouiran est à l'oeuvre dans ce roman sorti en grand format en 2008 et édité en poche cette année, toujours par Jigal. Le principe de Maurice Gouiran est de plonger Clovis dans des histoires liées à la grande Histoire, celle du vingtième siècle. Ici, on parle beaucoup des guerres d'indépendance perdues par la France, Indochine et Algérie, dans lesquelles les légionnaires ont été particulièrement actifs. Pour les légionnaires, le corps auquel ils appartiennent passe avant tout ; ils viennent de divers horizons, ont des histoires dures et tout est oublié en entrant dans la Légion. Dès lors, on y retrouve des gens au passé trouble, surtout lorsqu'ils l'intègrent vers 1945. L'Indochine et particulièrement Dien Bien Phu furent mal vécus par les Français qui ont très rapidement été appelés en Algérie pour une guerre qui ne disait pas son nom et qui allait se révéler un même traumatisme pour eux et pour les Algériens. Maurice Gouiran parle de la torture que l'armée française a utilisée pour faire parler des indépendantistes algériens, du viol des femmes algériennes, tout cela pour garder un territoire qui devait rapporter, au moins aux colons ; ainsi parle Zouba, un ancien de l'Armée de Libération Nationale : "Mes grands-parents étaient autrefois agriculteurs dans la plaine. Ils vivaient modestement mais correctement de leur labeur, et puis les domaines de Européens se sont étalés peu à peu aux dépens des nôtres. Les colons nous ont chassés et sont devenus propriétaires de toute la plaine fertile. Alors nous avons dû quitter nos terres pour la montagne où nous avons créé des villages. Là-bas, c'était une autre vie, beaucoup plus difficile au milieu des terres arides." (p.59/60)

L'enquête de Clovis le mènera à Sainte-Livrade, dans le camp aménagé à la hâte pour accueillir en 1956 les Français d'Indochine. Plus de cinquante ans après, certains y vivent encore, totalement oubliés, qui ne rêvent selon Clovis que d'être traités comme les Harkis, ce qui en dit long sur leur misère puisqu'on sait que les Harkis ne sont pas particulièrement bien considérés par la France.

Ce que j'aime dans les romans de Maurice Gouiran, c'est qu'à chaque fois, j'apprends quelque chose, un pan oublié de l'histoire de notre pays ou d'autres nations (ce fut l'Espagne par exemple pour L'hiver des enfants volés). Et il fait cela très bien, en alliant enquête, Histoire, personnages marseillais typiques -avec leur parler qu'un mec du nord comme moi ne capte pas toujours, mais qui ne nuit pas à la bonne compréhension générale des dialogues- , un peu d'humour, de légèreté avec Alexandra, l'ex de Clovis qui revient le voir pour une quinzaine torride -je rassure les lecteurs chastes, tout est suggéré, rien n'est décrit, du tourisme à Marseille -d'ailleurs la pâtisserie tunisienne dans laquelle Clovis rencontre Zouba ressemble fort à l'une que nous avons fréquentée assidûment lorsque nous étions dans cette ville en vacances il y a deux ou trois ans- et dans les environs, ... Avec tout cela on dans les mains un très bon polar, instructif et humaniste car, comme le dit Alexandra à Clovis -et je finirai là-dessus, car je partage son avis- : "Ce qui t'intéresse, bien plus que les faits, ce sont les hommes. Ça transpirait dans tous tes reportages et aujourd'hui tu prends à bras-le-corps des enquêtes et tu t'y investis jour et nuit alors qu'on ne te le demande pas forcément. Si encore c'était pour gagner quatre sous, mais même pas..." (p.236)

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Wulf

Publié le par Yv

Wulf, Hamish Clayton, La Différence, 2015 (traduit par Marc Sigala)...,

Début XIX°, le navire marchand anglais l'Elizabeth fait route vers la Nouvelle-Zélande. A son bord, les marins sont fascinés à la fois par les paysages très différents de ceux qu'ils connaissent et par un jeune membre d'équipage nommé Cowell qui leur raconte les histoires de Te Rop'raha, le grand chef violent et sanguinaire qui règne sur ces îles, surnommé le Loup. Il connaît l'histoire du pays et parle la langue des hommes qui l'habitent. Le capitaine de l'Elizabeth veut commercer avec Te Rop'raha.

Hamish Clayton est néo-zélandais, il écrit là son premier roman. Un roman tout en images, en sensations. La langue est magnifique, entre prose, poésie ; roman d'aventures, d'initiation et surtout de découverte des autres, de leur culture et de leurs us et coutume. C'est la rencontre entre les Européens et les habitants de l'île avant sa colonisation. Le texte n'est pas exempt de quelques longueurs, de passages moins intéressants, mais qu'est-ce qu'il est beau. Il est toujours difficile de dire ce qui est la part de l'auteur et celle du traducteur pour la question du style littéraire, mais sans bon texte original point de bon texte traduit. Saluons alors la très belle traduction de Marc Sigala et la magnifique écriture de Hamish Clayton. Un exemple ? Et bien, il n'y a qu'à demander :

"La rivière est une tapisserie, une nappe miroitante peinte de vert, mouvante. Des feuilles sont tombées à sa surface et deviennent des radeaux, elles glissent sur le corps frais et lent de l'eau. Marchant aux côtés d'une telle rivière, il [Cowell] a l'impression d'être tiré par un chien en laisse. Un peu plus loin, la rivière se rétrécit et force l'eau à accélérer. Le chien d'eau bondit en avant de lui et éclabousse la laisse. Des deux côtés, les rives rocailleuses deviennent abruptes, maintenant faites de roches et d'arbres denses. Il ne reste plus de place pour poursuivre la marche, alors riant il entre dans la rivière, s'habille d'eau, barbote dans le courant. Il devient la rivière et le chien qui nage en elle." (p.24/25)

J'aurais pu le citer dans toute sa longueur ou même prendre à peu près n'importe quelle page et y trouver un extrait aussi beau tant ils pullulent. Je dois avouer avoir moi-même été nettement plus intéressé par l'histoire de Te Rop'raha que par celles des marins, même si elles deviennent indissociables, ce sont elles qui donnent le rythme au roman.

Hamish Clayton sait faire naître des images dans les esprits des lecteurs, il décrit les superbes paysages, la mer, les côtes, les terres très vertes, tout cela avec poésie et élégance, en douceur malgré la cruauté du Loup. Un roman très beau, très poétique à découvrir.

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Les aliénés

Publié le par Yv

Les aliénés, Espedite, Christophe Lucquin, 2015.....

Kenza, à peine vingt ans, rate son suicide avec l'arme de son père et s'en tire avec une greffe et un œil articulé. Loin d'être abattue par cette tentative ratée et la défiguration qui s'ensuit, elle continue au contraire à se détruire, petit à petit : alcool, drogue, sexe. Elle est aide-soignante en maison de retraite auprès de vieux déments.

Dalton est pompier, chargé de nettoyer les lieux après les tragédies, c'est lui qui sauve Kenza, il tombe amoureux de ce corps mort-vivant. Dalton fabrique aussi une nouvelle drogue, la schizoïne qu'il vend notamment à la jeune femme.

Le moins qu'on puisse dire c'est que ce roman n'est point amusant. Si vous recherchez de la détente pure, euh.., passez votre chemin. Mais si vous recherchez un beau texte, un roman original tant dans le fond que dans sa forme, restez ici, ou plutôt courez voir votre libraire pour acheter Les aliénés. Les personnages d'Espedite sont hors normes, même ceux qui n'interviennent que très peu sont quand même assez barrés, par exemple Jenny, cette femme âgée démente : "Jenny s'est fait refaire les seins et le visage à soixante-neuf ans, avant d'être frappée par une démence sénile. Le haut de son corps ressemble à la statue de cire d'une bourgeoise de quarante ans, le sourire figé par une peau hyper-tendue dont les rides sont absentes, mais sur laquelle se remarquent de nombreuses tâches de vieillesse. Le décolleté, opulent, tombe sur deux protubérances mammaires en plastique bien rondes qui lui compriment les poumons et l'empêchent visiblement de respirer correctement." (p.59). Imaginez maintenant le bas du corps, comme celui de la femme de presque 70 ans qu'elle est et vous avez une image assez nette. Les portraits des autres personnages ne sont pas mal non plus, Espedite a le sens de la formule et de l'image. Ils sont vraiment barrés, aliénés, doublement à la fois à la drogue, la schizoïne dont ils ne peuvent plus se passer et parce qu'ils sont totalement fous. Kenza se détruit, essaie toute sorte de moyen de s'enlaidir, de disparaître. Dalton et elle recherchent des sensations fortes qu'ils ne trouvent que dans la drogue qui les désinhibe ; ils ne se souviennent que rarement de ce qu'ils ont fait sous l'effet de la schizoïne.

Un roman dur et violent qu'on ne ressent pas comme tel, sûrement grâce à l'écriture de l'auteur, qui prend des distances, qui use d'humour, de poésie, de détachement et de mélancolie. On peut le lire comme un polar puisqu'il y a des morts, mais sa construction ne permet sans doute pas de le classer comme tel, de ne pas le limiter à ce genre. Espedite révèle des pans de son histoire grâce à des personnages annexes, qui ne restent pas longtemps en scène, une jolie manière de surprendre le lecteur et de le tenir jusqu'aux révélations finales. Les vies de tous les intervenants croiseront à un moment ou un autre celles des deux "héros" Kenza et Dalton, c'est un puzzle qu'il est aisé de construire et surtout particulièrement agréable à suivre.

Encore un titre fort original et fort bien chez Christophe Lucquin chez qui je trouve toujours des textes forts et qui peut compter sur mon soutien dans des moments difficiles pour sa jeune et fragile maison : une contribution est ouverte sur Ulule.

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Les morts renaîtront un jour

Publié le par Yv

Les morts renaîtront un jour, Christoph Ernst, Black Piranha, 2015 (traduit par Brice Germain)...,

Käthe a fui l'Allemagne nazie pendant la guerre. Au début des années 1990, elle est invitée comme beaucoup d'autres juifs exilés à un séjour à Berlin. Käthe accepte et en profite pour tenter de récupérer un immeuble qui appartenait à sa famille et dont elle a été spoliée par les nazis. Mais Käthe meurt subitement. Suicide ? Meurtre ? Sa petite-nièce, Maja, désormais sa plus proche parente ne croit pas au suicide et elle décide de prendre les choses en mains, l'enquête et la demande de rétribution de l'immeuble, qui est depuis longtemps la propriété d'un homme d'affaires également homme politique.

Récemment, je suis allé voir au cinéma Le labyrinthe du silence, un film qui raconte comment l'Allemagne post -guerre avait totalement enterré les années du conflit, à tel point qu'à la fin des années 50, les jeunes de l'époque ignoraient l'existence des camps de concentration. Il a fallu l'obstination de plusieurs personnes pour qu'enfin elle regarde l'histoire en face. C'est d'ailleurs un film, certes un peu académique, que je vous recommande.

Dans ce roman Christoph Ernst aborde beaucoup plus de points : la spoliation des biens juifs, l'enrichissement de certains Allemands qui répugnent à rendre des années plus tard ce qu'ils ont mal acquis ; l'aryanisation a enrichi quelques personnes facilement, sans scrupules. Dans les années 90, il est toujours difficile de parler de cette spoliation, de l'élimination des juifs, du nazisme. Une phrase du fil suscité me revient : un des juges demande à celui qui fait tout pour faire connaître l'existence des camps (je cite de mémoire, donc les termes exacts sont peut-être légèrement différents) : "Mais vous voudriez que chaque Allemand se demande si son père était un nazi ? Oui, lui répond le juge." Là réside sans doute la difficulté d'aborder ces questions, à chaque fois, il est légitime de se demander ce que faisaient les Allemands des générations précédentes.

Mais le livre, qui se déroule juste après la chute du Mur parle aussi de la difficile réunification des deux Allemagne, les haines, les rancœurs sont fortes et ont été entretenues des deux côtés. De la question d'Israël et de la Palestine pour laquelle l'auteur ne mâche pas ses mots. De celle qui peut se poser aux descendants des juifs persécutés qui ne s'expliquent pas le lien que leurs aïeux on avec l'Allemagne. Des juifs qui sont restés en Allemagne pendant toute la guerre et de leurs conditions de vie, des comportements qu'ils ont dû adopter pour survivre.

Un roman dense et parfois un peu long qui cependant vaut qu'on s'accroche pendant les premières pages, car il se bonifie au fil d'icelles. Ce n'est pas vraiment un polar -je dis ça pour ceux et celles que le terme rebute-, mais plutôt un roman avec un fil conducteur qui est la recherche des origines, de l'identité. Bien construit, avec des personnages qui évoluent, qui ne font pas forcément ce que l'on attend d'eux au départ. J'ai sûrement oublié pas mal de choses tant ce roman est dense et intéressant. Mais ça laisse aussi de la surprise pour les futurs lecteurs qui seront passés avant sur le blog.

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De mort naturelle

Publié le par Yv

De mort naturelle, James Oswald, Éd. Bragelonne, 2015, (traduit par Jean Claude Mallé)...,

L'inspecteur Tony McLean est un emmerdeur. Son chef, l'inspecteur en chef Duiguid ne l'aime pas surtout lorsqu'il vient marcher sur ses plates-bandes. L'inimitié est réciproque. Duguid est un ambitieux qui délègue beaucoup et récolte rapidement les fruits du travail des autres. McLean travaille dur et emmagasine les moindres détails, suit toutes les pistes, ce qui lui sert toujours en fin d'enquête. Duguid hait McLean pour sa personne et par jalousie. Mc Lean n'aime pas Duguid pour son incompétence. Lorsqu'une série de meurtres s'abat sur Édimbourg, la superintendante McIntyre préfère confier l'enquête à Duguid, laissant à McLean et sa petite équipe, le sergent Bob la Grogne, flic expérimenté et Stuart McBride, jeune recrue, un vieux dossier, le corps d'une jeune fille retrouvée dans une maison en rénovation et qui doit reposer ici depuis très longtemps. McLean qui vient d'enterrer sa grand-mère qui l'a élevé à la mort de ses parents, hérite d'une belle fortune, ce qui ne l'empêche pas de se jeter dans le travail et bien sûr d'aller fureter en plus de son enquête du côté des meurtres en série pourtant réservé à Duguid.

Précision liminaire : James Oswald est fermier en Écosse. Il élève des moutons et à ses heures perdues, il écrit. D'abord de la fantasy, puis du thriller, sur les conseils d'un collègue romancier dont il use du nom dans ce roman, Stuart McBride. Ce roman est la première enquête de Tony McLean, et pour être franc, j'espère que ce ne sera pas la dernière...

Vous voulez un thriller pour les vacances ? Eh bien en voici un. Tout ce qui fait le charme du genre est dedans : une rivalité entre flics, l'un des deux étant meurtri par un passé qu'on devine et dont on aura d'autres bribes dans les numéros suivants, un vieux sergent bougon et une jeune recrue très compétents et travailleurs -enfin, surtout le jeune-, une idylle naissante, des coupables vraiment méchants et un rien de fantastique, juste une larmichette. Secouez le tout et vous pouvez obtenir le pire des bouquins à vous tomber des mains ou alors un bon roman qui ne vous lâchera plus et vice-versa. James Oswald a choisi la seconde option, tant mieux pour nous.

Il est sympa Tony McLean. Il cherche. Il engrange. Fouille toutes les pistes. Part de très loin. Abat avec McBride et Bob la Grogne un boulot de titan. Méticuleux. Travailleur. Opiniâtre. N'hésite pas à prendre des risques pour sa carrière s'ils peuvent faire avancer son enquête ou sauver une vie. Il n'est pas dupe de l'estime en laquelle on le tient en haut lieu et sait pourquoi, lorsque la victime est un VIP on lui demande de collaborer : "McIntyre l'affectait à cette enquête parce qu'il y avait un risque très élevé d'échec. D'autres meurtres de citoyens importants par exemple. Ou la disparition pure et simple du coupable, dont on n'entendrait plus jamais parler. Si ça tournait mal, il ne fallait pas que ce soit la faute de la superintendante en chef McIntyre. Ni de l'inspecteur en chef Duguid. Si McLean était "invité" à participer, c'était pour que la police de la région du Lothian et des Marches Écossaises ait une victime expiatoire à jeter en pâture aux fauves, si ça devenait nécessaire." (p.64/65) Rien n'entame sa détermination. Dans le même temps, sa vie n'est pas folichonne, sa grand-mère meurt et sa vie sentimentale est plate pour ne pas dire creuse. Il fonctionne beaucoup à l'intuition, il comprend vite, avant tout le monde parce qu'il observe finement et se sert de chaque détail.

Thriller parfois un peu crade sur certaines descriptions de cadavres -mais on peut passer vite- qui tient en haleine jusqu'au bout et qui se lit très agréablement, notamment parce qu'il est construit en courts chapitres rapides qui permettent de lire un petit peu, de poser l'ouvrage pour préparer le repas -ce sera sans doute un peu dur- avant de le reprendre en pleine digestion pour le reposer, le temps de coucher les petits et de s'y replonger goulûment.

Une belle découverte, je suivrai très volontiers Tony McLean dans ses prochaines aventures qui ne manqueront pas de paraître, qui me permet au passage de découvrir également les éditions Bragelonne qui s'enrichissent donc d'une belle série à venir.

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Padre cocaïne

Publié le par Yv

Padre cocaïne, Luc Venot, La Bourdonnaye, 2015...,

Corto et Alban, hommes de main de Francis Dibramar, enlèvent au Portugal un nommé Pepe, coupable d'avoir voulu arnaquer le boss et le ramènent à Paris. Figo et Cortesao, deux flics portugais sont sur l'affaire, ils veulent remonter la filière jusqu'à Dibramar. Gilles et Melody sont amoureux. Elle aussi a arnaqué Dibramar, elle doit se sauver. C'est Gilles que Dibramar charge de la retrouver. Aux mêmes moments, au Portugal sévit un tueur en série, surnommé l’Évêque, qui torture, viole et tue ses victimes.

Quel rapport entre toutes ces histoires ? Dibramar, le roi de la drogue, encore plus qu'un mafieux, c'est le diable en personne.

Au départ, je dois dire que je fus un brin décontenancé voire perdu dans les quatre histoires qui alternent, se croisent dont on sent bien qu'elles vont se rejoindre totalement, mais le mystère -ou l'opacité- reste entier. Puis je me suis attaché à Alban, totalement barré, Chinois adopté à 2 ans et abandonné à 4 et à Corto aux manières élégantes, plein d'attentions pour les gens qu'il aime. Et l'écriture vive, rapide et souvent drôle de Luc Venot m'a permis d'avancer sans difficulté et de prendre vraiment goût à ma lecture, car dès lors que tout se met en place, c'est un bouquin qu'on ne lâche plus. Certains passages sont excellents comme cette description d'un des deux flics portugais, qui reprend pas mal de stéréotypes des flics de fiction et annonce clairement la couleur : "A même pas 26 ans, il est totalement désabusé par la nature humaine, complètement blasé, vicieux, teigneux. Presque le flic parfait. Il manque encore de méchanceté, mais Figo se dit que ça viendra avec l'expérience et le dégoût." (p.24) Un autre m'a marqué parce qu'il m'a fait beaucoup rire : la visite par Alban et Momo sous acide, de la ménagerie d'un zoo, (p. 129 à 135) avec en point d'orgue la découverte des éléphants... Je vous laisse le plaisir de la surprise lorsque vous lirez le roman.

Le réseau monté par Francis Dibramar est une énorme pieuvre et lorsqu'on y est entré -pas toujours volontairement- il est impossible d'en sortir. Le réseau, c'est une variation moderne du mythe de Faust dans le monde peu reluisant des gangsters. Dibramar est le diable qui achète les âmes de ses futurs collaborateurs. Lorsqu'iceux ont signé, ils sont protégés, soignés, vivent très bien, souvent assez paisiblement jusqu'au moment où il leur faudra rendre service, n'importe lequel à n'importe quel prix : "Dibramar est plus grand que toutes les mafias, les triades, les Yakusas. Supérieur aux États, aux armées... C'est un grand sorcier." (p.168). Il ne peut pas perdre, vacille à peine, il faut dire qu'il a su et sait toujours s'entourer ; il a de multiples contacts politiques, tant en France que dans le monde.

Luc Venot écrit là un polar original, drôle et violent, un peu comme les films de Quentin Tarantino -c'est la première image qui me vienne, je dois confesser ici un manque évident de culture cinématographique, sûrement d'autres noms viendront aux esprits de lecteurs plus avisés que moi en la matière-, là où la violence survient juste après ou avant une scène de franche rigolade, où elle peut être atténuée par un dialogue drôle et décalé (je pense à la scène de la balle perdue dans la voiture dans Pulp Fiction). En plus de toutes les belles choses que j'ai dites sur ce roman, je trouve la couverture très réussie (et très Tarantino-cinématographique), et chez La Bourdonnaye, les livres existent aussi en versions numériques à des prix très abordables.

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Hello monsieur Hulot

Publié le par Yv

Hello monsieur Hulot, David Merveille, Le Rouergue, 2010.....

Monsieur Hulot, le personnage interprété par Jacques Tati est mis en saynètes par David Merveille. Après avoir regardé -je ne peux pas dire "lu" puisque les albums sont muets- Monsieur Hulot à la plage, paru cette année, je fais un retour en arrière dans l'œuvre du dessinateur.

De courtes histoires, en deux pages, la première plante le décor avec des petites images et la dernière, au verso est une seule grande image, la chute, drôle, décalée, poétique, originale, ... Tout Monsieur Hulot quoi ! On ne peut pas se lasser de feuilleter l'album, à chaque fois, la magie du personnage fonctionne, je rigole, je souris, et j'envie un peu l'insouciance de Monsieur Hulot. Le dessin est simple, classique, pas de fioritures, même si certains détails sont intéressants à voir : on reconnaît les personnages et même l'appartement de Monsieur Hulot, tout en haut d'un petit immeuble (pour qui a vu les films, il est facilement identifiable).

Mon seul regret : que le livre ne soit pas plus long...

A mettre entre absolument toutes les mains et devant tous les yeux, même et surtout ceux des enfants, mais parents, faites les curieux, lisez par-dessus l'épaule de vos bambins, vous risquez d'être repérés par vos rires étouffés ou non.

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Intranqu'îllités

Publié le par Yv

Intranqu'îllités, maître d'œuvre James Noël, direction artistique Pascale Monnin et Barbara Cardone, Passagers des vents, 2015, accueilli par Zulma

Intranqu'îllités, revue littéraire et artistique est parue il y a plusieurs années, et ce hors série reprend des textes et iconographies des deux premiers numéros épuisés et des inédits. Textes d'auteurs connus et reconnus je ne pourrais pas les nommer tous, la liste est longue et pleine de noms d'auteurs que j'aime beaucoup et d'autres dont je ne connaissais que le nom sans les avoir jamais lus avant cette revue, mais en fin d'article, je mets la quatrième de couverture qui cite les noms des présents) haïtiens et non haïtiens. Prose, poésie, entretien (avec Borges notamment). Dessins, peinture, photos pour les superbes illustrations. Cette revue est riche. Elle se lit par petites touches. Il faut donc la laisser à portée de mains, de toutes les mains qui furètent dans nos maisons.

Intranqu'îllités pour les îles et notamment Haïti mais aussi pour la manière dont ces lectures et ces œuvres vont heurter, émouvoir, plaire, dégoûter, enchanter le lecteur. C'est beau, ça ne ressemble à rien d'autre, c'est donc une revue à découvrir inévitablement.

Zulma qui accueille cette revue en détaille le contenu sur son site.

Intranqu'îllités

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