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Vie et mort de Ludovico Lauter

Publié le par Yv

Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma, Gallimard, 2011

"Ettore Fossoli est un écrivain raté, qui n’a jamais écrit que des livres mineurs désormais introuvables. Pour racheter cette misérable carrière, il a un dernier projet, qui l’obsède depuis des années : rédiger la biographie de Ludovico Lauter, un des derniers géants de la littérature en activité, à qui ont été consacrés de nombreux ouvrages, sans qu'aucun ne soit complet et satisfaisant. Fossoli, lui, entend aller plus loin et, pour ce faire, il bénéficie d’un atout majeur : il sait où se trouve Lauter, qui s’est retiré de toute vie publique depuis des années. [...]  le biographe retrace le parcours de Lauter, sa naissance à Cagliari, d’une mère sarde et d’un père allemand, ancien soldat de la Wehrmacht surnommé l’Allemand triste, son enfance à Rome et à Wiesbaden, ses études à Bologne, le rôle de son oncle Siegfried et ses débuts littéraires décevants, puis le succès, l’exil américain, la consécration, la chute et la disparition. Mais qui est vraiment Ludovico Lauter, et pourquoi fascine-t-il autant un vulgaire scribouillard ?" (4ème de couverture)

Qu'il m'a été difficile d'entrer dans ce livre et de le continuer ! Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi précisément. Peut-être le style de l'auteur, ou alors ses digressions très fréquentes, des réflexions en marge de l'histoire, sur la littérature, la liberté, sur la guerre, ... "La littérature, le langage, c'est la communauté, c'est la fraternité, c'est la noblesse même de l'âme humaine. Celui qui n'aime pas la littérature ne peut aimer aucun homme, parce que ce n'est pas du tout la vie en soi qu'il aime, mais seulement la sienne." (p.78/79)

Et pourtant, il y a un je-ne-sais-quoi qui attire et retient le lecteur : l'humour, les portraits des personnages, une certaine fascination pour les ascendants de Ludovico Lauter tous plus ou moins "barrés". Bien décrits, ayant droit quasiment chacun à leur chapitre, ils expliquent la personnalité du héros. Les hommes sont peu glorieux, traîtres et faibles. Les femmes sont folles, mystiques ou jalouses. Par exemple, Hermann "l'Allemand triste", le père de Ludovico :"Comme beaucoup de ses compatriotes -et comme beaucoup d'Italiens, d'ailleurs- Hermann s'était fait à l'uniforme de son armée par lâcheté et par peur. Il avait ensuite découvert avec dégoût que le pouvoir, le droit d'accomplir n'importe quelle mauvaise action, l'enivrait" (p39)

Ce roman dense retrace toute la vie des Italiens depuis le début du siècle dernier : une sorte de saga, le romantisme en moins, l'ironie en plus. Un roman linéaire, chronologique avec de brèves avancées dans le temps lorsque l'auteur revient à Ettore Fossoli, le narrateur, le biographe. Un roman qui fait naître un maître de la littérature italienne et mondiale, qui se plaît à en faire une vraie icône, qui malgré son aura se compromettra dans des livres moins bons, dans des émissions de télé annonçant le début de ce qu'on nomme désormais la télé-réalité. Alessandro de Roma prend un évident plaisir à faire et défaire ses personnages, à créer et détruire son intrigue à loisir. Il montre assez brillamment la force de la création artistique, romanesque, fictionnelle mais aussi ses faiblesses et notamment celles de dépendre de ses créateurs. Il prouve qu'un personnage de fiction, bien que de toutes pièces créé, peut influencer fortement et durablement la vie des lecteurs ou des spectateurs jusqu'à influer sur leurs comportements les plus intimes.

Pour résumer un peu mon propos, que je ne sens pas forcément clair : un roman foisonnant, bien écrit, avec des personnages hauts en couleur, des situations incroyables, qui malheureusement souffre de longueurs et de digressions pas indispensables. Un roman qui, cependant recèle un charme et une attirance tels qu'il est difficile de le refermer avant la fin, malgré des passages que l'on peut passer rapidement, lire en diagonale. La fin -les cent dernières pages- est formidable et contribue grandement  à ce que j'ai appelé plus haut une "certaine fascination". A découvrir. Ce que j'ai fait grâce à la librairie Dialogues.

 

dialogues croisés

Commenter cet article

keisha 28/06/2011 07:53


Haha, un billet attirant... j'aime bien les livres qui résistent un peu mais sont intéressants, quitte à savoir les abandonner aussi... Bon, à la bibli de jouer, finalement!


Yv 28/06/2011 15:04



Plutôt à la BM, effectivement au cas où...



Gwenaelle 27/06/2011 16:59


Si on peut lire les longueurs en diagonale, pourquoi pas? C'est toujours difficile de se décider pour ces livres qui n'emportent pas totalement l'adhésion mais possèdent malgré tout entre les pages
quelques pépites à côté desquelles il serait dommage de passer...


Yv 28/06/2011 15:04



Oui, on peut sans nuire à l'histoire, et même sans gacher le plaisir.



Aliénor 27/06/2011 13:02


Je ressens la même chose je dois dire...


Yv 27/06/2011 16:30



Tu es dedans en ce moment ?



zarlines 27/06/2011 12:20


Dur dur de se décider pour ce roman. Le sujet me tente bien et ton avis au final est plutôt positif mais les longueurs me retiennent. J'ai déjà tellement de peine à trouver le temps de lire en ce
moment que des digressions pourraient bien m'achever. A regarder peut-être en bibliothèque.


Yv 27/06/2011 16:28



Glogalement, je suis positif, mais c'est vrai que la lecture de ce roman nécessite un peu de temps et de la concentration