Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Trois heures avant l'aube

vincent.jpgTrois heures avant l'aube, Gilles Vincent, Éd. Jigal, 2014.....
Vannes, Morbihan, Grégor, la cinquantaine, vient de perdre son boulot après trente ans de désossage de poulets ; l'usine délocalise au Brésil. Résigné, mais pas contre un coup d'éclat, Grégor est prêt à se mettre en danger en enlevant son ex-patron.
Valenciennes, Nord, Sabrina n'en pleut plus d'entendre qu'en Belgique, le pédophile Jean-Marc Ducroix demande sa libération. Elle est prête à tout pour lui faire renoncer à sa demande. Très vite, l'ex-femme-complice du pédophile est retrouvée égorgée non loin du couvent où elle s'était retirée.
Marseille, Bouches-du-Rhône, Kamel, jeune homme embrigadé par des fous furieux sans scrupules est prêt à verser le sang des infidèles, des impurs. Un jeune militaire est retrouvé mort dans les toilettes de la gare Saint-Charles.
Scotché. Littéralement scotché à mon bouquin je fus. Gilles Vincent ne m'a laissé aucun répit, de la première phrase "Il y aura les morts et les mutilés. Les blessures, le cartilage, le chaos." (p.11) à la dernière : "Et ça la chavire, donne à sa vie le rythme chancelant d'un ballet désarticulé. Une chorégraphie dénuée de sens. Une ligne de fuite à laquelle elle sait ne pouvoir échapper." (p.223)
A partir de trois histoires totalement opposées et loin les unes des autres, il bâtit un polar implacable très actuel, très inspiré de l'actualité : les délocalisations qui entraînent des débordements, les affaires Dutroux et Merah, tristement célèbres. On sent bien qu'elles se rejoindront à un moment ou un autre, mais le lien est si ténu qu'il est très difficile à deviner. Je préfère ne point trop en dire parce que le suspens du roman s'il tient à la résolution des trois enquêtes, tient aussi à  leur regroupement que personnellement, j'ai trouvé excellemment bien mené, à la fois très prosaïque et un rien irréel, lié au hasard.
Aïcha Sadia, la commissaire marseillaise de Gilles Vincent est sur l'enquête la plus grosse, celle qui traque Kamel, le djihadiste : je l'avais déjà rencontrée dans Beso de la muerte, je la retrouve avec plaisir, bon elle moins, parce que là, elle est sur un gros morceau qui la touche personnellement. Ce qui est bien dans les livres de G. Vincent (au moins les deux que j'ai lus, mais je ne compte pas en rester à ce chiffre ridicule), c'est que son héroïne ne prend pas toute la place : chaque personnage est primordial, autant les malfrats, quelles que soient leurs motivations, que les flics qui les traquent. Le capitaine Le Cam de Vannes (pour Grégor) ou le lieutenant Fred Pichon de Valenciennes (pour Sabrina) ont autant d'importance qu'Aïcha, de même pour les membres de son équipe qui sont très présents. Les polars de Gilles Vincent outre leur rapidité, leur rythme effréné (pour celui-ci au moins) sont avant tout des romans basés sur l'humain, les raisons qui les poussent à passer d'un côté ou de l'autre de la loi. Il ne juge pas ses personnages ni leurs choix, il a même un très beau paragraphe sur la manière dont Dounia la petite amie de Kamel s'est convertie à l'islam et s'est voilée : "Lui apprendre à lire sans la peur des mots, à quitter ses rangers qui lui meurtrissent l'arc du pied. Abandonner le cuir des blousons, guérir sa bouche du métal qui blesse. Accepter de nouer ses cheveux contre la nuque, de savourer la douceur du foulard, apprendre à maitriser la colère, lui trouver d'autres cibles." (p.47), il en aura aussi de plus durs à l'égard de la même religion : il ne juge pas, raconte les histoires de vies de ses personnages, des faits, des pensées, des questionnements sur soi sur les autres finalement des portraits très complets des uns et des autres.
L'écriture de Gilles Vincent donne le rythme rapide, des phrases courtes, parfois nominales, des dialogues assez fréquents mais pas trop longs, du vocabulaire simple et efficace, des passages violents, d'autres beaucoup plus lents, pour un bouquin que l'on ne lâche pas. Un polar français extrêmement maîtrisé et soigné, mené de bout en bout par un auteur de haut niveau qui m'a laissé un peu étourdi une fois la dernière page lue. Amateurs de polars efficaces, ne passez pas votre chemin ! Si vous n'aimez que les polars états-uniens (ce qui est déjà une pure hérésie), laissez-vous faire et vous verrez que les Français n'ont rien à leur envier !

Oncle Paul est au moins aussi enthousiaste que moi !

 

polars

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Emma 29/04/2014 12:15

Je suis obligée de le noter, il m'a l'air excellent.

Yv 29/04/2014 17:31



Il l'est, je le confirme



Alex-Mot-à-Mots 17/03/2014 14:47

Deux avis différents valent mieux qu'un. Je vais aller lire l'avis d'oncle Paul.

Yv 17/03/2014 17:37



Oui, enfin, nos deux avis convergent



zazy 16/03/2014 22:25

Je l'avais déjà noté suite aux commentaires de tonton paul

Yv 17/03/2014 07:29



Deux avis enthousiastes, tu ne peux plus résister...



Aliénor 16/03/2014 17:16

De prime abord, il paraît impossible que les trois affaires puissent se rejoindre !

Yv 17/03/2014 07:28



Et oui, et c'est là qu'il est fort l'auteur



Aifelle 16/03/2014 06:22

Noté ! c'est rare un polar réussi qui colle à l'actualité. Encore plus s'il est français.

Yv 17/03/2014 07:28



Ben oui, plein de bons points



Bernhard 15/03/2014 08:24

voilou un livre pour mes prochaines vacances....!Merci - ça donne la pêche de te lire le matin....!

Yv 15/03/2014 09:18



Alors, tu me vois heureux que tu envisages une bonne journée suite à mon billet. et si en plus tu lis ce livre et qu'il te plait, c'est le bonheur absolu