Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Tous nos petits morceaux

tous nos petits morceauxTous nos petits morceaux, Emmanuelle Urien, Ed. D'un noir si bleu, 2011

Le principe est simple et inventif : nos miroirs voient tous nos petits défauts, nos travers, mais aussi nos qualités et beautés. Emmanuelle Urien a donc décidé de les faire parler dans ce recueil de nouvelles.

Ce qui lie dans l'ensemble de ces nouvelles c'est que les narrateurs sont des miroirs ; la première nouvelle intitulée Eclats de miroir recense ce qui se fait en terme de miroirs, ceux que l'on retrouvera ensuite dans les différentes histoires.

Les deux nouvelles suivantes sont un peu fades, voire anecdotiques : le vie d'un miroir de médecin, celui qui recueille le dernier souffle et celle d'un miroir d'une belle femme qui se convertit à la vie monastique. Si l'idée de départ est plaisante, le propos est une peu convenu, attendu et superficiel. Par contre, les autres remontent très nettement le niveau. Emmanuelle Urien alterne les nouvelles fortes, violentes, crues parfois, plus légères voire même poétique pour l'une d'entre elle. Toujours le miroir raconte, mais il y met parfois de l'émotion, il ne reste pas froid et terne : il vit ce qui se déroule sous ses yeux, si je puis utiliser ce terme pour une glace.

La nouvelle est parfois à chute, mais parfois non. Ce qui est bien dans ce livre c'est qu'à chaque fois, on est surpris par l'angle de l'auteure, par son langage, par les personnages vus à l'envers. Et puis l'écriture change d'une nouvelle à l'autre. Parmi mes préférées, je note trois histoires dures et violentes dont je vous donne les premières phrases :

Témoin spéculaire : "Il l'embrasse. D'accord, elle le laisse, elle répond comme il faut, elle met la langue elle aussi, la baudruche de l'orgueil, elle s'applique, elle se demande sans doute si elle embrasse assez bien pour lui, un beau mec comme ça, plus âgé qu'elle, c'est sûrement un honneur." (p.83)

Gentille alouette : "Nous avons peur du noir, tous nos petits morceaux. Il est l'heure : Maman va fermer les volets. le bébé crie, nous frémissons." (p.91)

Le signe du miroir : "Planté devant la glace, il crache. Sur qui ? Sur lui qui me regarde, ou sur moi qui le dévisage ? Lequel de nous deux vient de cracher, d'un grand jet jaune, sur l'image de l'autre ?" (p.105)

Mais il y en a aussi de plus douces, plus légères :

Le jour où la neige a recouvert la plage : "Je me souviens de vous, mademoiselle. Cette large tache bleue que vous aviez sur le menton. Couleur myrtille, indélébile. Je n'avais jamais de bleu si noir, de noir si bleu, une teinte contradictoire et mal placée." (p127) Dans ce début, l'auteure réussit à placer le nom de la maison d'édition, pas mal !

Tentative réussie d'approche de l'infini : "- Tiens, regarde : les revoilà. C'est la troisième fois, ce mois-ci. Ces deux-là, ils ne se rendent pas compte : la foule du Café des Sports un dimanche matin avant les résultats du PMU, ça n'a jamais étouffé l'amour." (p.143)

Tous ces petits extraits pour vous donner envie d'aller au-delà du miroir -oui, je sais, elle est un peu facile, mais de temps en temps, les références ou allusions évidentes méritent d'être dites sous peine qu'elles manquent aux lecteurs. Après votre lecture, peut-être vous surprendrez-vous à entamer la conversation avec vos miroirs, glaces, psychés. En tous les cas, vous ne vous regarderez plus dedans de la même manière, sachant qu'ils vous observent. Quant à moi, je ne vous remercie pas Emmanuelle Urien, parce que déjà, j'avais l'habitude de parler aux différents automates (pompes essence -encore hier, j'ai répondu à l'une d'elle qui me brusquait, que j'avais mon temps et qu'elle se répétait en vain-, distributeurs de billets et autres appareils parlants), maintenant, je vais en plus m'entretenir avec mes miroirs : je crains la camisole, l'internement ou au minimum, l'interrogation de mes proches... Encore que, je crois qu'ils sont habitués à mes bizarreries. Finalement c'est peut-être leur non-étonnement qui m'effraiera le plus...

Merci Gilles Paris.

Clara a lu et aimé elle aussi.

Livre qui entre dans le Challenge Les Agents Littéraires.

 

  challenge-rentrée-littéraire-2011

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

keisha 01/10/2011 08:56


Elles ne répondent pas, mais parfois ça nous fait du bien à nous, alors on s'en fiche!


Yv 02/10/2011 13:53



Il vaut mieux d'ailleurs qu'elles n'entendent pas ni ne répondent.



Aifelle 30/09/2011 17:18


Je viens tout juste de commencer "court, noir, sans sucre", et j'aime.


Yv 30/09/2011 20:58



J'avais lu de bonnes critiques dessus.



keisha 30/09/2011 14:34


Clara m'a convaincue...
Oui, moi aussi je parle aux objets, à l'ordi lent , etc...


Yv 30/09/2011 20:58



Pauvres de nous qui causons aux machines...



Mélusine 30/09/2011 07:55


Oh j'aime bien cette thématique de "l’introspection" ; je note donc ce livre dans ma LAL.


Yv 30/09/2011 20:57



Plutôt bien fait et original.