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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Sombre dimanche

ZENITER-Alice--sombre-dimanche.JPGSombre dimanche, Alice Zeniter, Albin Michel, 2013

Je viens d'apprendre qu'Alice Zeniter est la nouvelle lauréate du prix Inter, je recycle donc mon article de début janvier, pour coller à l'actualité. Voyez ce que j'en disais :

Une maison en bois, cernée par les rails, tout près de la gare de Nyugati à Budapest. Là vit la famille Mandy : Imre le grand-père, Pàl le fils et Ildiko sa femme et leur deux enfants Agnès et le jeune Imre. C'est une famille qui vit en dehors des autres, dans les non-dits et les secrets. Du début des années 70 à notre époque, elle subit ou vit les changements du pays, la chute du mur de Berlin, puis l'effondrement de l'URSS et l'ouverture à l'ouest. 

Alice Zeniter place son roman en Hongrie, pays qu'elle connaît pour y avoir vécu. Un pays sans attrait touristique majeur, sans lien à la mer (c'est elle qui le dit), un pays brimé pendant de nombreuses années. Elle fait du jeune Imre son personnage principal. Grâce à lui, elle peut raconter l'histoire de cette famille qui a traversé la seconde partie du siècle dernier. Le grand-père a vécu la guerre, "La Seconde Guerre mondiale [qui] avait été un chaos total durant lequel le pays avait servi de parc à thèmes aux Hongrois, aux Allemands et aux Russes qui l'avaient tour à tour contrôlé. Chacun avait eu son temps de barbarie et chacun en avait usé." (p.31) Puis, la révolte des Hongrois contre les Russes en 1956 qui aboutira à l'invasion de Budapest par l'armée rouge. Suivront des exécutions des opposants ; la répression est terrible et les Hongrois ont peur jusqu'en 1961 où Janos Kadar prononce : "Tous ceux qui ne sont pas contre nous sont avec nous". Alors "Si Kadar acceptait les coeurs tièdes, les coeurs froids à la condition qu'ils conservent un silence poli, alors la maison au bord des rails acceptait Kadar. La peur se fit moins forte, les ventres se dénouèrent. Et Pàl comprit que si l'année 1956 avait été si longue et si terrible, c'était parce qu'elle avait duré jusqu'en 1961." (p102) Et puis la vie reprend son cours quasi-paisible dans la maison en bois et partout ailleurs dans le pays, jusqu'en 1989 et la chute du mur de Berlin.

Imre grandit dans ce pays en solitaire. D'une unique relation amicale dans l'enfance, il passe à une unique relation amoureuse. A travers lui, l'auteure parle de la difficulté de vivre dans un petit pays brimé dans lequel on ne peut être que "coeurs froids" ou "coeurs tièdes". Ne pas faire de vagues pour (sur)vivre. Imre découvre la vie sans passion -à part peut-être son travail dans le sex-shop qu'il a dû quitter pour une femme- sauf la naissance de sa fille. A part ça, il vit comme avant lui son père dénué de passion lui aussi. Il faut dire qu'il n'est pas très aidé, les non-dits et les secrets sont nombreux dans cette famille et il ne les apprend que très tard, certains par hasard et quasiment tous de la bouche d'une tante qui depuis longtemps a quitté la maison en bois pour vivre. Ne pas savoir ou se taire peut empêcher de vivre pleinement.

Très agréable lecture d'une part pour tout ce que j'ai écrit plus haut, les personnages, bien campés, bien décrits, les relations entre eux ou l'absence de relation, le contexte géographique et historique -personnellement, je ne connaissais pas du tout ce pays, à part quelques vagues souvenirs de livres scolaires- et d'autre part une belle écriture de l'auteure. Simple, directe Alice Zeniter fait mouche à chaque phrase. Elle allie la légèreté, l'humour à la profondeur de très jolie manière. Son livre, qui pourrait paraître un rien plombant si l'on se fie à mes deux premiers paragraphes ou au dossier de presse ne l'est absolument pas. Certes, ce n'est pas non plus un ana ou un recueil de bonnes blagues, néanmoins, A. Zeniter réussit à nous faire sourire par des formules inattendues, des dialogues francs et crus entre Imre et Zsolt. 

Un roman à découvrir d'une jeune auteure que je ne connaissais pas (honte à moi puisqu'elle en est au moins à son troisième) mais que je compte bien continuer à lire.

Merci Aliénor.

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Métaphore 29/06/2013 23:32

De mon coté ce n'est pas resté à "un rien plombant" mais vraiment terriblement plombant! Je me suis beaucoup ennuyée lors de cette lecture !

Yv 30/06/2013 14:17



Pas moi, mais de là à en faire un Prix, je ne pensais pas. Mais souvent dans les jurys, le livre qui sort est celui qui fait le moins polémique, celui qui arrive chez quasiment tout le monde en
seconde voire troisième position. Ceci étant, je trouve à ce roman plein de qualités et contrairement à toi je ne m'y suis pas ennuyé



krol 05/06/2013 21:39

Ca vaut donc le coup de le lire... Est-il mieux que le Tanguy Viel qui concourait pour le prix ?

Yv 06/06/2013 07:44



Ce sont deux livres très différents donc pas comparables. Sombre Dimanche est un roman fin sur fond d'histoire de la hongrie et La disparition de Jim Sullivan est un roman-exercice de style. J'ai
un gros faible pour le Tanguy Viel qui est sans doute le livre que j'ai préféré de ce début d'année, mais le Alice Zeniter est très bien aussi, une auteure à suivre assurément



Métaphore 14/02/2013 12:24

Merci d’être passé voir ma critique, effectivement nous n'avons pas eu le même ressenti. J'ai pourtant l'habitude de lire des textes sur des sujets qui ne sont pas forcement positifs, et je peux y
prendre plaisir. Mais ici le coté plombant comme tu l'indiques ne m'a pas quitté.
A bientôt

Yv 14/02/2013 18:38



Je comprends, parfois, ça ne fonctionne pas. tant pis



Bernhard 11/01/2013 09:33

T'es incorrigible.....Bon week-end!

Yv 11/01/2013 12:57



Il paraît... A bientôt



Bernhard 11/01/2013 08:18

Y'a une grande page dans Le Monde, daté du 11.1. (Monde des Livres - p.6)...qui rend encore + pertinent ton commentaire.

Yv 11/01/2013 09:05



Ou peut-être est-ce mon commentaire qui rend plus pertinent cette pleine page ??? 



Aifelle 06/01/2013 09:33

J'ai fait trois séjours dans ce pays, la toile de fond de ce roman m'intéresse, je note.

Yv 06/01/2013 13:37



Bon retour en Hongire alors...



DENIS 05/01/2013 22:43

j'ai visité la Hongrie à l'époque du rideau de fer et j'aimerais bien lire ce livre je pense où le tourisme aujourd'hui pourrait y être agréable

Yv 06/01/2013 13:37



Je n'ai pas beaucoup voyagé, mais pourquoi pas la Hongrie, effectivement ?



zazy 03/01/2013 22:54

je note pour une lecture lorsqu'il sera à la bibliothèque

Yv 05/01/2013 11:46



Une future lecture intéressante



Jeux gratuits 03/01/2013 18:46

Intéressante chronique

Yv 05/01/2013 11:45



Merci



kathel 03/01/2013 09:30

Le sujet ne me tente pas trop pour le moment, des histoires de famille comme ça, j'ai l'impression d'en avoir lu des quantités !

Yv 03/01/2013 09:36



Pas faux c'est un ressort très utilisé par les écrivains



Bernhard 03/01/2013 08:14

Merci - et bonne année pleine de lecture et d'une bonne santé.

Un autre Imre (Kertesz) - prix Nobel celui-là - mériterait certainement ton regard affuté sur ce pays et son histoire.

Yv 03/01/2013 09:26



Merci, bonne année toi aussi et merci du tuyau, je vais me renseigner sur cet Imre



clara 03/01/2013 07:58

Je reviendrai plus tard, il est sur ma table de chevet !

Yv 03/01/2013 09:25



A bientôt