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Pas son genre

Publié le par Yv

Pas son genre, Philippe Vilain, Grasset, 2011

"Un jeune professeur de philosophie, d'origine parisienne, est affecté dans une ville du nord de la France. Déçu de cette affectation, nostalgique de sa vie dans la capitale, les premiers temps sont une épreuve. Il rencontre Jennifer, une coiffeuse, qui devient son amante. Tout les oppose : l'appartenance sociale et les ambitions, le langage et les goûts... Est-il possible pour un professeur d'aimer une coiffeuse ?

Ce roman propose une réflexion sur le choix amoureux, le racisme des sentiments, l'absurde de l'amour qui, parfois, nous fait choisir des partenaires qui ne sont pas notre genre" (4ème de couverture)

J'ai reçu ce livre, dans le cadre du Prix du livre de l'Express, sans cela, en ne lisant que les quelques phrases plus haut -mais, en fait je ne lis quasiment jamais les 4èmes de couvertures- je ne l'aurais jamais choisi. Des thèmes qui ne m'intéressent pas et peuvent au contraire m'agacer : l'élitisme (un prof de philosophie peut-il aimer une simple coiffeuse ?), le parisianisme (un parisien de bonne société peut-il vivre ou survivre dans une ville de Province ?). Curieux -et obligé de lire- j'ai ouvert tout de même ce livre d'un auteur que je n'avais jamais lu. Le premier chapitre m'a effrayé : en presque dix pages -une ou deux auraient pu suffire-, Philippe Vilain circonvolutionne (quoi ? Le verbe circonvolutionner n'existe pas ? Ah bon ! Tant pis !), tourne autour de la question du choix. Son narrateur ne peut s'y résoudre : son indécision chronique et maladive l'empêche de prendre une décision. Pourquoi tomber amoureux et aller vivre avec telle femme alors qu'une autre est tout aussi aimable, tentante et offre une vie différente ? Choisir c'est se priver. "En amour, il m'arrive de penser que je n'ai rien vécu, que j'ai peut-être manqué les choses essentielles, et que si j'ai connu des femmes, si j'ai déjà aimé, je ne me suis jamais résolu à m'engager, à me marier et à fonder une famille, par paresse sans doute, par volonté de ne pas bouleverser ma vie ou de préserver mon indépendance, que sais-je, par indécision aussi, parce que je sens que m'engager ne me satisferait pas plus que ne pas m'engager, et que rien ne me paraît plus absurde que de choisir entre une insatisfaction et une autre" (p.11) (C'est la première phrase du livre, qui donne le ton général du roman.)

Malgré mes remarques sur les thèmes et ce premier chapitre, il me faut bien admettre que ce roman à beaucoup de qualités.

D'abord, ce que je craignais n'est pas à l'intérieur. François, le narrateur est toujours respectueux des gens qu'il considère comme inférieurs à lui. Il ne profite pas d'eux cyniquement, il vit auprès d'eux sans vraiment faire partie de leur groupe. Il ne vit pas sa vie, il est partagé en deux comme si son corps agissait par réflexe et son esprit flottait au-dessus de lui, analysant, réfléchissant au bien-fondé de ses actes. Le parisianisme et l'élitisme sont bien sûr présents, mais François souffre plutôt de ne pouvoir s'en défaire.

Ensuite on sent que l'auteur aime bien ses personnages avec leurs forces et leurs faiblesses et qu'il les pousse dans leurs retranchements. Ils ne sont pas caricaturaux, Jennifer n'est probablement "que coiffeuse" pour la bonne société à laquelle François appartient, néanmoins, elle réfléchit, et si elle n'est pas prof de philo, elle est tout de même capable de faire toucher du doigt à François quelques vérités.

Enfin, il n'est qu'à lire la très belle écriture de Philippe Vilain pour vous convaincre de la qualité de ce roman. Des phrases souvent longues surtout dans la première partie, celle dans laquelle François se pose beaucoup de questions et n'ose pas s'engager. Plus loin, dans le roman, lorsqu'il sent son attachement possible à Jennifer, les phrases s'épurent, et des dialogues entre eux deux naissent ; elles rythment les actions de François : longues lorsqu'il théorise et allégées lorsqu'il bouge et agit. Mauvais esprit comme je le suis, je vous dirais qu' il y a bien ici et là quelques phrases excessivement longues et absconses, mais supposons que je les ai oubliées, eh bien alors, je me dois de vous dire que j'aime beaucoup cette écriture, et plus généralement, ce roman. 

Isa l'a lu aussi.

Commenter cet article

Isa 26/05/2011 17:40


L'écriture m'a dérouté au début mais plus j'avançais plus je l'appréciais. Ce que j'ai particulièrement aimé c'est l'oeil de l'auteur sur ses personnages.


Yv 27/05/2011 11:10



Tout à fait d'accord, je trouve qu'il évolue au long du livre et qu'il n'est pas si figé que je l'aurais craint.



Alex-Mot-à-Mots 18/05/2011 17:12


Conquis, finalement.


Yv 18/05/2011 17:19



Plutôt, oui



pyrausta 15/05/2011 21:31


@ Asphodele ..itou.....


Yv 16/05/2011 09:02



Sans commentaire pour moi



Asphodèle 15/05/2011 14:48


@ Pyraustha et Yves : oui, ça encore, on peut les faire se rejoindre mais je parle du niveau "intellectuel" avec deux personnes de même culture "régionale" ou "nationale", au bout d'un moment ce
n'est pas jouable !! (c'est du vécu les amis !!^^). C'est pas faute d'avoir essayé !!


Yv 16/05/2011 09:02



Ah, si c'est du vécu...



pyrausta 15/05/2011 13:25


reponse à Asphodele:Malheureusement 2 personnes qui ne partagent pas la meme culture (je ne parle pas du niveau social)voient un fossé se creuser..je suis bien d'accord avec toi......


Yv 15/05/2011 14:00



Le niveau social joue aussi beaucoup.



Asphodèle 15/05/2011 09:38


Pour avoir endossé pas mal de "statuts sociaux" et n'avoir jamais eu d'a priori sur aucun, force est de constater que parfois, une grande différence de "culture" au sens inné du terme peut opposer
deux personnes et creuser un fossé...malgré elles !! Je note ce livre, qui plus est bien écrit dis-tu ? ;)


Yv 15/05/2011 13:58



Très bien écrit, enfin, moi, j'aime beaucoup cette écriture travaillée et fort belle.



pyrausta 14/05/2011 18:10


bizarre en effet..


Yv 14/05/2011 18:59



Finalement, peu m'importe.



pyrausta 14/05/2011 09:24


par experience personnelle (je precise que je ne qu'assistante maternelle) je peux t'affirmer que les prejuges existent encore bel et bien...Les sourires qui s'effacent quand tu dis le metier que
tu fais ,les regards qui t'evitent,les conversations qui devient et les dos qui se tournent....je ne connais que trop bien!! Alors je crois que ce livre va arriver dans ma PAL et quand je l'aurai
lu j'en ferai profiter certains et certaines....
et puis le style qui s'adapte en fonction de l'etat d'esprit du personnage,je trouve cela interessant.


Yv 14/05/2011 11:45



Je connais très bien ce que tu décris, mais paradoxalement -ou pas- je l'avais lorsque que j'étais moniteur d'auto-école et je l'ai moins maintenant que je suis assistant familial !



SAINT-LUC 13/05/2011 16:49


Yv peut-il nous donner la ou les raisons pour lesquelles il ne lit jamais les 4ème de couv ?


Yv 13/05/2011 17:52



Oui, il le peut !



Mathilde 13/05/2011 13:27


Plutôt pas mal, j'ai l'impression, la sélection de l'Express jusqu'à présent !


Yv 13/05/2011 14:06



Assez mitigée en fait : 1 très bon, 2 ou 3 bons, quelques moyens et des franchement indigestes, en toute subjectivité bien entendu !



zarline 13/05/2011 12:51


Malgré ton avis positif, je ne crois pas pouvoir vaincre mes a priori (qui sont les mêmes que ceux énoncés en début de ton article). A moins que ce livre me tombe dans les mains, je ne pense pas
faire le pas. Comme quoi, les préjugés de lectrices sont tenaces, comme ceux liés aux professions ;-)


Yv 13/05/2011 14:04



Pourtant mes préjugés tombent assez vite dans ce livre, comme quoi, parfois, il ne faut pas trop hésiter.



Gwenaelle 13/05/2011 11:36


c'est toujours une expérience enrichissante de voir ses a priori détrompés... Mais aujourd'hui, en 2011, se demander si on peut aimer "une coiffeuse" ou "un postier", je trouve ça terriblement
dépassé... Comme si l'on n'avait pas encore compris que l'humain ne se réduit pas à ce que font ses mains...


Yv 13/05/2011 14:01



C'est pour cela que je trouve la 4ème de couverture particulièrement repoussante emais l'intérieur deu livre très attractif. Je préfère dans ce sens là...



clara 13/05/2011 10:34


Malgré les points positifs que tu soulignes, je crois que ce livre n'est pas pour moi...


Yv 13/05/2011 14:00



Pas mal du tout pourtant