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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Les nouveaux contes de la cité perdue

les_nouveaux_contes_de_la_cite_perdue_01.j_1.jpgLes nouveaux contes de la cité perdue, Richard Bohringer, Flammarion, mai 2011

Paulo est le patron du bar Au Bout du Monde, le bar de la 300ème Rue. Viennent boire chez lui des utopistes, des hommes et des femmes qui croient encore que le monde peut changer, qui veulent encore rêver. John/Thierry est l'un de ceux-là, Solange/Betty aussi. Ils vivent tous les deux sous deux prénoms. Celui sous lequel ils sont nés et l'autre celui sous lequel ils voudraient qu'on les connaisse, celui qui peut leur redonner goût à la vie, à l'amour. Ce bar est le ministère de la culture des Nouveaux Territoires (dixit Paulo), par opposition aux Anciens Territoires dans lesquels dominent l'argent, l'apparence et la réussite sociale.

Du Bohringer pur sucre ! En colère, contre le système, contre le monde actuel, contre la France actuelle, les Rollex, les yachts, le fric qui gouverne et les malversations des politiques de tous poils. John (R. Bohringer ? ), avec Paulo et Solange, préfère partir pour les nouveaux territoires : "Dans les nouveaux territoires, il n'y avait pas d'injuste différence. Alors que les anciens territoires avaient choisi l'ambition. L'argent ! La corruption, une indifférence à l'art, à l'humain modeste. Le parti en place avait récompensé ses serviteurs, ses courtisans, ses laquais. Aucune opposition gracieuse, forte et spirituelle, n'apparaissait. La jeunesse s'enfonçait dans un désespoir qui la rendait imperméable à toute espérance." (p.10) On pourrait lui reprocher de la facilité, opposer la réalité à l'utopie, mais Richard Bohringer est fidèle à ce qu'il a toujours écrit : les copains, les amis, la fierté d'être plutôt que l'apparence et la fierté d'avoir, la fraternité et l'humanité. C'est un livre engagé, dans lequel l'auteur écrit son dégoût pour le monde dans lequel il vit et sa croyance en une autre vie possible : "Nous ne sauverons pas la démocratie. A voir le monde, le passé, le présent, rien ne brillait vraiment comme une étoile. Cultivons notre bout de terre. Cessons de creuser son ventre et de boire son lait noir. Cachons-nous dans les bois. Soyons de ceux qui retrouvent la sagesse et perdent l'envie du trop-plein" (p.122) C'est naïf probablement, utopique sûrement, mais j'adhère totalement. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement ? Comment penser que nous pourrons continuer à vivre dans une société du "toujours plus" ? Comment penser que l'individualisme triomphera alors que la seule manière d'avancer, c'est la solidarité ? Comment continuer à croire que ceux qui réussissent socialement et/ou professionnellement puissent être récompensés au détriment des autres ?

C'est aussi un livre intime, dans lequel Richard Bohringer se livre : il revient sur son désir d'acteur : "Voilà bien longtemps qu'il [John] n'avait fait l'acteur. Cela lui manquait. Il gardait ce sentiment secret. Il en avait honte. Il avait provoqué trop de désamour entre lui et l'acteur. [...] John était un acteur très populaire. Il avait flingué sa carrière. Il avait pété les plombs. Paranoïaque tragique. Sans en être conscient. Absolu dans le bon comme dans le méchant. Il avait été rongé par la maladie dont il avait guéri. Trop tard. Sa mauvaise réputation était faite." (p.44/45) Beaucoup de lucidité et de pudeur sur son parcours d'acteur et d'écrivain et lorsqu'il évoque son âge et son entrée dans la vieillesse ; mais malgré l'âge John ne s'assagit pas, il reste révolté.

Ce n'est pas toujours facile d'entrer dans le monde littéraire de Richard Bohringer : beaucoup de métaphores, d'images ; son écriture évoque plus qu'elle ne décrit. Par contre, une fois entré, on ne quitte plus et même si parfois, quelques phrases m'ont échappé, j'ai toujours réussi à me retrouver dans ses nouveaux territoires quelques lignes plus loin. En écrivant cela, je me rappelle avoir fait exactement la même remarque après avoir lu Cher amour de Bernard Giraudeau. Cette comparaison ne devrait d'ailleurs pas déplaire à Richard Bohringer qui, dans ce livre pleure la mort de son ami l'un des "comédiens poètes magnifiques" (p.32)

Pour conclure : "John avait été très populaire dans les anciens territoires. Jamais le public ne l'avait abandonné. Surtout chez les gens simples. Les gens de pouvoir l'avaient brisé." (p.164) M'est avis que ce n'est pas cette fois-ci que les gens des anciens territoires abandonneront John Bohringer : trop sincère et trop vrai et trop révolté pour cela. Personnellement, j'irais bien boire un verre Au Bout du Monde et faire la Révolution avec Paulo, John, Auguste et tous les habitués du bar.

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Géraldine 22/05/2011 22:53


Partante pour la révolution. J'adore l'homme, l'acteur et l'auteur qui nous a conseillé récemment de ne pas trop trainer sous la pluie. je l'avais interviewé à l'automne. Je lirais ce livre avec
plaisir. merci pour ton beau billet, très fidèle à Bohringer.


Yv 23/05/2011 09:11



Je crois qu'on va s'y retrouver nombreux au bar Au bout du monde. je me souviens très bien de ton interview de Richard Bohringer suite à son bouquin précédent.



Alex-Mot-à-Mots 12/05/2011 15:44


Les acteurs ont donc leur façon d'écrire bien à eux.


Yv 12/05/2011 18:40



Lui oui, Giraudeau aussi. Les autres, je ne suis pas vraiment connaisseur.



Fransoaz 11/05/2011 23:00


J'étais aussi à l'écoute de Stéphane Bern à l'heure de midi.Bohringer voulait que l'on parle de son livre... à raison alors.


Yv 12/05/2011 18:39



A raison, parce qu'il mérite qu'on le lise. Mais dans ce genre d'émission, la place la plus belles n'est pas toujours faite aux invités.



Aifelle 11/05/2011 18:25


Je l'ai écouté ce matin sur France-Inter et il ne peut qu'attirer la sympathie et plus .. Il a fait des conneries comme il dit, mais au plus profond c'est quelqu'un qui ne se renie pas et çà fait
vraiment du bien. Il en reste au moins un.


Yv 11/05/2011 19:12



Je l'ai raté ce matin, enfin, je l'ai entendu à partir de midi. dans son bouquin, c'est pareil, il fait un bilan mais n'omet pas ses conneries : il est vrai !



Asphodèle 11/05/2011 18:08


Je réserve ma place !! J'avais adoré "C'est beau une ville la nuit" dans les années 90 et j'avais même été surprise par sa plume ! C'est ça l'authenticité, ça transpire... Je l'adore, donc je ne
suis pas objective !^^ Et j'aime son utopie ! Quand n'ous n'aurons plus de pétrole, faudra bien ressortir nos chevaux et nos charriottes hein !!^^


Yv 11/05/2011 19:11



Il faudrait peut-être que je songe à adopter un cheval...



Hélène 11/05/2011 09:09


oh oui, je peux venir avec toi ???


Yv 11/05/2011 11:53



Volontiers Hélène, dès que j'ai l'invitation, l'adresse précise j'embarque tous les volontaires ! Je n'attends plus que l'appel de Richard/John



Bernhard 11/05/2011 08:25


...je te joindrai volontiers pour y boire un coup....Bientôt je serai "libre" (encore un livre à finir pour notre jury parallèle - et je commence avec Don Winslow et mettrai ensuite ce livre du
poète des belles villes nuitées, des rivages intimes et des pluies de désir sur ma liste. Merci


Yv 11/05/2011 11:52



Deux livres très différents dans l'écritur, mais des personnages à la ramsse dans les deux, en marge et révoltés. Bonnes lectures



Mélusine 11/05/2011 07:34


J'aime beaucoup ce que fait cet artiste, et personnellement il m'émeut. Sa vie est écorchée comme l'est le personnage et l'homme. Ce livre je me le note parce qu'il doit être intense.


Yv 11/05/2011 11:50



Ce livre est à l'image de l'auteur, révolté, écorché, vrai et intense.