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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Les heures pâles

heures-pales.jpgLes heures pâles, Gabriel Robinson, Éd. Intervalles, 2013....

Le narrateur est un jeune homme qui vient de quitter Lyon pour Paris, il est journaliste. Un jour, une nouvelle, son père, un flic réputé, exemplaire, "professionnel de la vérité" (4ème de couverture) a une autre vie à côté de sa vie officielle de sa femme et ses deux garçons. Une autre femme et une fille de 18 ans. La famille implose. Entre ceux qui ne veulent pas comprendre, qui frôlent la folie, telle la femme-mère trompée et le narrateur qui préfère s'expliquer avec son père, avoir enfin de vraies discussions, des confidences, eux qui évitent de se parler. C'est aussi pour lui, une vraie enquête sur les traces de ses parents pour tenter de comprendre.

Mis à part un petit passage à vide aux trois quarts du bouquin, léger, quelques pages qui m'ont semblé moins intéressantes avant que la fin ne reprenne le dessus, ce livre est passionnant. Je ne suis pourtant pas un grand fan des épanchements, des "romans" ou récits dans lesquels l'auteur ou son double se raconte -je ne sais d'ailleurs pas ce qui, ici relève de la fiction ou du roman- ou alors, il faut que ça soit excellent : une écriture exigeante qui laisse passer les émotions (dans le genre, j'aime beaucoup Annie Ernaux, Charles Juliet qui ont basé toute leur œuvre littéraire sur l'autofiction, mais beaucoup d'autres également l'ont fait sur des livres très personnels tels Jacques A. Bertrand dans le très beau Le pas du loup). Eh bien, sans vouloir comparer Gabriel Robinson à ces grands noms de la littérature française contemporaine, il réussit à écrire un texte bourré d'émotions, de sentiments, de tendresse, d'admiration mais aussi de frustration envers ce père avec qui il n'a jamais pu parler, ce qui semble être un thème universel il va falloir que je voie cela de près avec mon grand garçon. La colère est présente, ainsi que la compassion envers la mère, touchée, coulée même par la découverte de la double vie de son mari. Le fils devient père pour ses parents et reste grand frère pour son cadet en même temps qu'il découvre sa sœur. Ce qui semble faire mentir un guide dogon que les parents ont consulté au début de leur vie commune et que leur fils, menant son enquête sur la vie de ses parents, a retrouvé : "Les fils sont le désordre, les fils sembleront toujours désordonnés aux yeux de leurs pères. Les pères construisent et nous, nous détruisons. C'est l'idée fixe, l'image courante." (p.8)

Écriture à la fois travaillée et limpide, exigeante comme je l'écrivais plus haut, qui fait la place belle aux émotions, alternant phrases courtes, un peu de dialogues et longues phrases, questions, jeux sur les mots, assonances :

- "Hélas, parallèlement à ma peur exagérée des guêpes attirées par nos melons, j'avais le bourdon. Farceur sans complice, intégralement niais, les cheveux blanchis par le soleil provençal, juché sur BMX et vêtu de bermudas fleuris, je m'ennuyais gentil, régulièrement confondu en train de parler tout seul faute de gamins de mon âge familiers de ma langue ; il n'y avait que des Allemands, des Anglais et des Hollandais. Parler avec les mains ? Recréer le babil de Babel propre aux enfants qui se captent pour un jeu de balle, ferme les yeux jusqu'à cinq, un bisou." (p.37) 

- "Le cœur épuisé, prêt à exploser, irrigué par le stress jusqu'à l'insomnie, la nausée, mon père a traversé des déserts, survécu tête baissée sans parler trop, ce chameau." (p.40)

J'aurais pu citer nombre d'autres extraits, personnellement, j'ai une faiblesse pour iceux : "Le babil de Babel" me ravit particulièrement. Aimer un texte peut tenir parfois à ce qui pourrait paraître des détails mais qui selon moi est le petit plus nécessaire, le je-ne-sais-quoi qui fait la différence entre deux textes : celui qu'il l'a et qui plaît et celui qui ne l'a pas et qui ne fait pas mouche. G. Robinson a manifestement ce petit plus , ce je-ne-sais quoi, sans doute le plaisir et le talent de faire jouer les mots entre eux.

Tout pour plaire ce livre qui explore les profondeurs des tourments humains, les relations familiales, les dits et les non-dits qui peuvent faire exploser un groupe, des individus ou une seule personne. Finement observé et magistralement narré. Pas larmoyant, même s'il n'est pas toujours gai, il ne tombe jamais dans le sordide, le vulgaire ou le pathos. Un premier roman très maîtrisé qui en laisse augurer d'autres de très bonne facture. Une très belle découverte, très convaincante pour cette rentrée littéraire de 2013.

rentrée 2013

région-copie-1 

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Eulimene 24/09/2013 21:06

Je ne connais pas du tout, mais pourquoi pas !

Yv 25/09/2013 08:42



comme tu dis, pourquoi pas, ça permet de découvrir



dasola 24/09/2013 11:16

Bonjour Yv, après Daniel Fattore, tu es la deuxième personne à conseiller ce roman: je note. C'est bien de découvrir un nouvel écrivain. Bonne journée.

Yv 24/09/2013 12:18



Oui, nous sommes en accord tous les deux comme nous l'étions déjà sur un autre livre des éditions Intervalles : Avec les hommes de Mikael Hirsch !



Gwenaelle 23/09/2013 21:09

Je dois avouer que tu as l'art de faire des billets qui en disent suffisamment long pour me donner envie et pas assez pour me frustrer... Double tentation donc!

Yv 24/09/2013 08:09



Super, c'est tout pile ce que j'essaaye de faire depuis que je fais le blog... lorsque j'aime un bouquin



Lystig 23/09/2013 20:29

Rhône-Alpes, j'ai noté... espérant que l'action se passe plus là qu'à Paris !

Yv 24/09/2013 08:09



Oui, c'est plus Lyon que Paris



zazy 23/09/2013 18:40

Comme toi, je n'aime pas trop les épanchements familiaux et autres nombrilismes, mais, en lisant ton commentaires, je suis prête à lire ce livre

Yv 23/09/2013 20:25



oui, c'est plus fin que de simples épanchements, très fréquentable



Lystig 23/09/2013 10:59

je le note pour quelle région ?

Yv 23/09/2013 20:24



Lyon et Paris



Alex-Mot-à-Mots 23/09/2013 10:54

Il a tout pour plaire, donc.

Yv 23/09/2013 20:24



Exact



Hélène 23/09/2013 08:23

Comme toi je ne suis pas fan des épanchements, mais je me laisserais bien tentée...

Yv 23/09/2013 20:23



tu peux, c'est vraiment bien fait