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Le royaume des voleurs

Publié le par Yv

Le royaume des voleurs, William Ryan, Ed. Les deux terres, avril 2011

"1936, début de la terreur stalinienne. Le cadavre mutilé d'une jeune femme est retrouvé sur l'autel d'une église désaffectée. L'inspecteur Korolev, chef de la section criminelle de la Milice de Moscou, est chargé d'enquêter. Comme la victime est citoyenne américaine, l'organisation la plus redoutée de toute la Russie, appelée NKVD, s'en mêle. Les moindres faits et gestes de korolev sont observés." (4ème de couverture)

Ce livre est présenté par l'éditeur comme la première enquête de l'inspecteur Korolev. Il est toujours intéressant d'assister à la "naissance" d'un héros récurrent. Enfin, moi, j'aime bien. Et puis, il est assez sympathique ce flic russe. Une quarantaine d'années, vétéran de la guerre 14/18, ancien joueur de football, divorcé et père d'un petit Youri qu'il ne voit plus guère, voilà pour le profil. Il est empêtré dans une histoire difficile et gêné aux entournures par le NKVD et l'angoisse qui règne à Moscou en cette année 1936. En effet, à cette époque, tout le monde espionne tout le monde. Les dénonciations d'un voisin pour récupérer un appartement plus grand, par exemple, ou simplement parce que ce voisin n'a pas une tête très communiste sont légion. Ci-après, une blague de l'époque qui a valu à son auteur, flic, ex-collègue de Korolev, d'être dénoncé et déporté : "C'est un mouton qui tente de franchir la frontière avec la Finlande. "Pourquoi tu veux fuir en Finlande ? lui demande le douanier. - A cause du NKVD, répond le mouton. Le camarade Staline a ordonné que tous les éléphants soient arrêtés. - Mais tu n'es pas un éléphant, dit le douanier. - Oui, je sais, répond le mouton, mais essayez d'expliquer ça aux tchékistes [les hommes du NKVD.]" (p89)

Cette fois encore, le contexte de ce roman policier est suffisamment dense pour attirer le lecteur et le garder. La peur est omniprésente, l'effroi d'être dénoncé pour rien ajoute du suspense au récit. Même au plus haut du sommet, la lutte existe pour le pouvoir, mais personne n'est sûr de rester au poste qu'il occupe très longtemps. Staline décide, Staline fait et/ou défait les carrières et mêmes les vies. Dès lors, il est donc à peine utile de vous préciser que Korolev se doit d'avancer à pas feutrés, sans faire de bruit ni de vagues. L'enquête prend donc du temps et pour tenter d'en perdre le moins possible, il doit s'allier à la fois à un colonel du NKVD et au chef des Voleurs.

Contrairement à beaucoup d'autres polars, le récit est assez linéaire : il n'y a que trois chapitres disséminés dans le livre dans lesquels le tueur s'exprime, en aparté, tout le reste est consacré à l'enquête proprement dite et à Korolev quasiment présent de bout en bout. C'est plutôt pas mal de quitter un peu le modèle dominant du moment dans lequel le tueur intervient très souvent, en parallèle de l'enquêteur.

Pour conclure, pas mal du tout cet inspecteur Korolev. Convaincant, évoluant dans un cadre fort et peut-être une petite histoire d'amour qui s'annonce ?

Lu dans le cadre de  masse_critique.jpg de Babelio. 

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Le Papou 29/03/2014 10:51

Bonjour Yv
C'est tentant. Je suis resté, pour les polars slaves, à Akounine. Je note le premier.
Le Papou

Yv 30/03/2014 09:57



Bonjour Le Papou, oui, j'avoue que Korolev me plaît bien, ses aventures dans une Russie dans laquelle on neput pas dire ni être vraiment ce qu'on est (toute ressemblance avec une période actuelle
serait évidemment uen exagération), Staline fut un fou total et la moindre sortie du cadre se payait au prix fort, alors mener des enquêtes "chaudes" relève de l'exploit


Amicalement



Nanne 30/04/2011 19:51


Je viens juste de commencer ce roman dans le cadre de l'opération Masse Critique spéciale, et je dois reconnaître que - pour l'instant - je suis assez enthousiaste quant à cette lecture. Et puis,
il y a en toile de fond toute l'histoire de la Russie des années 1930. De quoi me réjouir un peu au cas où ... Mon billet bientôt ;-D


Yv 02/05/2011 11:55



Le contexte est ce qui m'a retenu dans ce roman, le flic n'est pas mal, mais l'Histoire est bien rendue, l'atmosphère de suspicion partout. reviens me dire ce que tu en a pensé, à la fin.



Mélusine 08/04/2011 17:11


J'aime bien quand les personnages reviennent comme avec Fred Vargas, mais j'ai énormément de mal avec les livres qui évoquent cette période douloureuse.


Yv 08/04/2011 17:51



C'est vrai que la période n'est pas réjouissante, mais elle est formidable pour y placer des intrigues. Moi, personnellement, j'aime beaucoup.



zarline 07/04/2011 14:34


Ca me fait beaucoup penser à Enfant 44 que j'avais adoré alors malgré la ressemblance, je pourrais bien me laisser tenter. J'ai aussi récemment acheté The Betrayal d'Helen Dunmore qui je crois
devrait être bientôt traduit. L'URSS revient en force en littérature.


Yv 07/04/2011 15:05



Elle revient en toile de fond, parce que je crois comprendre que les écrivains qui placent leurs histoires là-bas ne sont pas russes



pyrausta 05/04/2011 10:51


vi...par Babelio..
en ce qui me concerne la Russie Stalinienne est un veritable embrouillamini.des noms et des impressions pour donner un peu de profondeur au livre.pas vraiment de l'Histoire.


Yv 05/04/2011 12:00



Oui, j'ai vu sur ton article, pour moi, c'est l'inverse, c'est ce qui m'a plu.



pyrausta 05/04/2011 09:42


je viens de le terminer et j'avoue etre un peu plus déçue que toi.Pas au point de ne pas lire les prochaines enquêtes,espérant que toutes les lourdeurs auront disparu.


Yv 05/04/2011 10:36



Heureusement que la Russie stalinienne est en toile de fond, sinon je n'aurais pas vraiment accroché, mais malgré toutes les faiblesses du bouquin, j'ai plutôt aimé. Et puis, je sortais de deux
bouquins bien ch..... alors, peut-être que cela a contribué à ma le rendre meilleur qu'il n'est en réalité.


PS : comment as-tu eu mon billet, il ne parait que le 07/04 ? Par Babelio ?