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Le psychopompe

Publié le par Yv

Le psychopompe, Dominique Maisons, Ed. Les nouveaux auteurs, 2011

Alfortville, hiver 2011, Alice, jeune professeure rentre chez elle. Elle est agressée par un vagabond qui ressemble trait pour trait à son mari, mort deux mois plus tôt. Totalement effrayée, elle va porter plainte et là, Victor Bellanger, flic à la marge, qui file un mauvais coton écoute son histoire. Commence alors pour tous les deux une recherche de la vérité qui les mènera vers des domaines qu'ils n'imaginent même pas.

Thriller absolument haletant, qui tient quasiment son lecteur de bout en bout. Mais avant de développer ce thème, j'aimerais faire ici état de mes quelques réserves sur le contenant :

- d'abord, le bandeau "gagnant prix VSD du polar 2011" qui peut faire vendre -qui moi personnellement aurait tendance à m'agacer surtout lorsqu'on sait que les éditions Les Nouveaux auteurs sont liées aux éditions Prisma qui éditent ... VSD. J'imagine qu'il a eu droit à un bel article dans le magazine !

- ensuite, le nombre incalculable de coquilles et de fautes " il s'en rappelle" (p.256), "je [...] me débattus" (p.393), "si cette deuxième hypothèse s'avère exacte" (p.404) et il y en a d'autres, et le nombre impressionnant de tirets de fin de ligne pour couper un mot, placés n'importe comment sans tenir compte de la règle (j'en ai compté une quinzaine mais j'en ai sans doute oublié !).

Pas rédhibitoire, mais le travail de correction et de mise en pages est très perfectible chez Prisma !

Venons-en maintenant au contenu. Heureusement, lui est de qualité : 562 pages qui passionnent -bon, j'ai bien eu un petit moment de vide vers le milieu, comme souvent lorsque je m’attelle à des pavés, mais rien qui empêche d'aller au bout. Néanmoins, pour moi, on pourrait faire une petite coupe, supprimer quelques détails pour alléger le volumineux bouquin.

Maintenant, une petite explication sur le titre, ce mot qui est très très laid existe vraiment : le psychopompe, en grec ancien -ça le fait, non ? Citer du grec ancien pour une simple blogueur, c'est quand même assez classe !- le psychopompe, disais-je, est le conducteur des âmes des morts.

C'est pourquoi, Dominique Maisons base son thriller sur le vaudou, ou plutôt sur l'ancêtre du vaudou "connu", le vodun. Né au Dahomey (le Bénin actuel), le vodun vénère un seul dieu, le dieu serpent. Évidemment, il est l'objet de beaucoup de fantasmes de notre part à nous Occidentaux prosaïques. Dominique Maisons est soit un spécialiste, soit il s'est documenté parce qu'il explique en long en large et en travers cette religion -on peut même parfois avoir l'impression d'être à un cours magistral. Pour donner un peu plus de fantastique, de surnaturel à son roman, et pour coller parfaitement au titre du livre, le vodun est là mâtiné d'Expérience de Mort Imminente (EMI). Si vous êtes totalement allergique à tout ce qui n'est pas scientifique, prouvé et absolument imparable, passez votre chemin, ce livre n'est pas pour vous ! Mais si vous aimez les ambiances ésotériques, surnaturelles, extra-ordinaires et sidérantes, restez-là et prenez le temps -il en faut, le livre est gros- d'ouvrir Le psychopompe.

"Le culte vaudou répandu de par le globe, avec ses oripeaux et ses diableries empruntées au catholicisme spectaculaire des missionnaires, était à l'origine un culte rendu au principe essentiel de la vie, à l'étincelle de conscience qui anime la chair et la rend humaine, et dont la présence différencie l'homme de la matière. En traversant les plaines et les océans, ce culte s'était travesti, édulcoré, oublié, perdu pour n'en garder que le nom et une partie des rituels. Cette dégénérescence s'était produite d'autant plus inéluctablement que ses sectateurs originels gardaient leur culte secret et que son expansion s'est faite contre leur gré, sous le joug des luttes ethniques et de l'esclavage transatlantique qui ont bouleversé la région d'Allada." (p.347/348)

Très efficace donc ce premier roman, en plus d'être instructif et dépaysant. Bien construit également, pas linéaire il tient en haleine le lecteur avec de courts chapitres qui alternent les actions des uns et des autres et la lettre testament de la maman d'Alice qui explique ses recherches concernant le passage des âmes. Ces chapitres, en italique sont très forts : ils expliquent la totalité de l'intrigue, bribes par bribes. Ce sont eux qui donnent l'armature du roman, qui nous plongent dans des mondes parallèles excitants et totalement irrationnels. Bien écrit, la lecture est plaisante, sauf pour mes remarques de début de billet. Son efficacité dramatique empêche par contre un développement plus large des personnages. Ils pâtissent d'une action constante et d'une description quasi exhaustive du vodun. Je me dois de dire cependant que les méchants eux, sont très glauques -quelques scènes sont dures et violentes !

Franchement, je me suis laissé embarquer dans l'histoire dont je n'ai pas beaucoup parlé parce qu'elle est très difficile à résumer sans trop en dire, je vous laisse les surprises et notamment la plus grosse, celle de la fin, totalement imprévisible. Très bon moment de lecture, avec un auteur qui signe là une entrée fracassante dans le thriller ; pour les amateurs du genre, écrivain à suivre !

Merci à l'éditeur et à Les agents littéraires

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 23/05/2011 16:01


Dans ce cas-là, je suis obligée de le noter.


Yv 25/05/2011 08:04



Ce bouquin a le mérite de tenir en haleine, c'est ce qu'on demande à un thriller. Plutôt bien fait !



Asphodèle 23/05/2011 10:47


Pour une fois que tu es enthousiaste (enfin c'est pas tout le temps) Monsieur "la simple blogueur" (;) je le note pour...on verra !! Maintenant les bandeaux + les blurb (ici je vois
Caulewaert)auraient tendance à me faire passer mon chemin...


Yv 23/05/2011 11:32



Les blurbs et autres jaquettes auraient tendance moi aussi à me faire fuir.



keisha 21/05/2011 18:15


J'ai lu ton billet, mais pas pour moi, j'aime les trucs bien carrés. Quant au vaudou et ambiances du genre, j'ai vécu au Bénin, j'ai même rencontré un grand prêtre vaudou à Ouidah...Impressionnant
quand même, je gars! On m'a raconté plein de trucs incroyables, aussi, mais le blanc reste à l'écart en général...


Yv 21/05/2011 19:57



Respect !


Dans le livre, l'auteur dit bien que le blanc reste à l'écart, c'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle une des femmes s'entête à découvrir cette religion.



Cécile 21/05/2011 12:21


Tiens, tu confirmes l'avis de mon libraire chez qui je l'ai vu hier en bonne place. A tous les 2, vous attisez ma curiosité, même l'ésotérisme, le culte du vaudou, itou itou, ce n'est a priori pas
mon truc.


Yv 21/05/2011 13:46



J'aime assez tout ce qui tourne autour du mystère du vaudou donc j'ai bien aimé. Là, il y en a beaucoup. Intéressant, mais si tu n'aimes pas tu peux frôler l'overdose. Néanmoins pour le contexte
et l'information, le livre vaut le coup



Mélusine 21/05/2011 07:19


Le sujet me semble très intéressant ! bon comme tu dis la qualité du contenu devrait faire oublier les fautes et autres coquilles. En tout cas je me le note car tu parles très bien de ce polar.


Yv 21/05/2011 13:44



Il est gros, dense, mais vraiment pas mal du tout !