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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Le héron de Guernica

heron.jpgLe héron de Guernica, Antoine Choplin, Ed. Le Rouergue, 2011

Au tout début du roman, Basilio est à Paris pour voir le tableau de Picasso, Guernica, exposé à l'Exposition internationale des arts et techniques. Ensuite, en flash back, on apprend que Basilio est un jeune habitant de Guernica. Qu'il peint des hérons. Que pour cela il s'isole dans les marais proches de la ville et approche les oiseaux au plus près pour tenter d'en restituer l'authenticité dans sa peinture. Mais un jour, en pleine inspiration, des bombardiers nazis survolent et bombardent la petite ville espagnole.

C'est un petit roman qui met en exergue l'amour de Basilio pour la peinture et des hérons. Tout est construit là-dessus et sur l'opposition à la barbarie qui va faire s'abattre sur Guernica les bombes nazies. "T'as l'aviation allemande qui nous passe à ras la casquette et qui balance des bombes sur nos maisons et tu voudrais qu'on s'émerveille devant un héron qui s'envole." (p.81) Mais il est aussi une représentation de ce qui a été vécu là-bas pendant le bombardement. Comment cette petite ville vivait paisiblement entre ses marchés, ses habitants qui allaient au bal, qui draguaient, qui peignaient, qui encadraient... Comment elle fut totalement détruite.

Ce qui me frappe c'est que Antoine Choplin nous décrit un jeune peintre qui ne fait que des hérons, des toiles représentatives, figuratives alors que le tableau de Picasso qui représente ce drame est une toile cubiste, déstructurée. Je ne suis pas capable de dire ce qu'il faut en tirer comme conclusion -peut-être aucune d'ailleurs-, mais ce détail m'a sauté aux yeux.

Ceci étant dit, ce livre alterne les bons passages et des moins intéressants. Antoine Choplin, par une écriture simple, directe, parfois orale décrit le quotidien de Basilio et s'attarde sur ses moments d'isolement, lorsqu'il peint. Descriptions des paysages, du héron et des questionnement du peintre :

"Basilio se dit qu'il conviendrait peut-être un jour ou l'autre de se résoudre à oublier le héron lui-même pour ne s'intéresser qu'à l'âbime qui s'ouvre à l'interstice de son regard. Plonger un peu là-dedans, et seulement ça.

D'ailleurs, de cette façon, on pourrait au passage abandonner tout le reste. Le héron lui-même donc, son plumage, ses allures fières, la flêche de son bec, mais aussi tout ce qui façonne son environnement. [...] On se dirait que oui, sans doute, la réalité profonde du héron peut être détachée de celle de la matière et des paysages qui l'entourent." (p.55/56)

C'est dans ces réflexions-là qu'on se dit que Basilio s'approche au moins mentalement du Maître, Picasso. Et c'est là sans doute la relation entre leurs peintures : Basilio, sans connaître celle de Picasso s'en approche au moins par la pensée (pour apporter une tentative d'explication à mon interrogation précédente sur le choix de l'auteur de prendre deux peintres totalement différents), mais n'ose pas encore franchir le pas : "Il conviendra seulement, comme les autres fois, mieux que les autres fois, mieux qu'il ne l'a jamais fait jusqu'à présent, d'ausculter ce héron du regard, avec un application parfaite, d'en cueillir quelques traits cachés, et surtout une petite lueur de vie. Et c'est tout." (p.56/57)

J'ai beaucoup aimé ces passages sur la peinture, sur les paysages, mais ils sont parfois un peu longs et manquent de couleurs, de lumière. C'est un peu terne. Ainsi en est-il aussi du bombardement de Guernica qui dure, qui dure sans que jamais vraiment l'émotion ne gagne le lecteur. Je ne saurais dire à quoi c'est dû, d'autant plus que l'écriture d'Antoine Choplin m'a plu. Beaucoup même, parce qu'avec une économie de moyens, il sait raconter une histoire, des personnage et décrire des lieux. Point d'envolées lyriques, qui peuvent être utiles ou réjouissantes parfois, mais qui ici, auraient été probablement déplacées.

Pour résumer, je dirais que j'ai une toute petite déception dans un roman qui mérite très largement d'être ouvert -et lu, bien sûr !- ne serait-ce que pour se retrouver en compagnie de Basilio lorsqu'il peint dans les marais de Guernica, dans un silence seulement perturbé par les cris des oiseaux aux alentours. Et puis, cette opposition entre ce calme complet, cette quiétude gâchée, assassinée par le bombardement meurtrier est une idée de livre qui marche formidablement bien.

Un merci particulier à Caroline de la Librairie Dialogues

 

dialogues croisés

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Hélène 14/01/2013 13:02

Un vrai coup de coeur pour moi :)

Yv 14/01/2013 17:38



Pas mal mais sans plus pour moi, comme quoi...



Isa 09/10/2011 20:22


Je suis plus tentée par "Cour nord" que par celui-ci.


Yv 10/10/2011 09:12



Il a l'air effectivement plus tentant



Géraldine 29/09/2011 22:04


Et bien pourquoi pas, pour la peinture et mettre une autre image sur Guernica que ce fameux tableaux peut-être réducteur. On le connait tous, mais on ignore beaucoup, voire tout de l'histoire de
cette ville.


Yv 30/09/2011 20:57



C'est vrai que le tableau occulte un peu la ville elle-même.



cathe 28/09/2011 14:32


Je suis une inconditionnelle de cet auteur et pourtant celui-ci ne me tente pas....Je vais peut-être rester sur mes excellentes impressions de ses précédents romans :-)


Yv 28/09/2011 17:27



Moi, c'était mon premier, donc je ne peux pas comparer.



attila 28/09/2011 13:16


en relisant mon commentaire, je suis attérée par les fautes d'accord .... je vous prie donc de lire " les gardes qui protégent et empêchent ...." et si Yv peut corriger directement le commentaire
ça me ferait moins mal aux yeux ..... merci


Yv 28/09/2011 14:28



Je suis désolé, mais je ne peux corriger les commentaires : je n'y ai pas accès. Heureusement d'ailleurs... sauf pour les corrections orthographiques.



attila 28/09/2011 13:13


j'ai vu Guernica au Prado il y a 20 ans ( lorsque j'étais jeune ..... soupir de regret ....)ou plutôt j'ai vu les uniformes des très très très nombreux membres de la guardia civil qui le protége et
empêche tout personne de vraiment voir le tableau, même s'il est immense ...... et franchement, j'en garde un souvenir déçu .... alors je ne tenterai pas le diable avec ce livre puisque, en plus du
reste, ton commentaire fait également état d'une certaine déception et que ...... phrase trés trés trés, voire trop longue ...... ma pal atteint des proportions dangereuses .....


Yv 28/09/2011 14:27



J'ai effectivement des réserves, mais le livre n'est pas long. Pour Guernica, j'avoue n'avoir que des souvenirs photographiques, n'ayant pas eu ta chance de le voir en vrai.



Kathel 28/09/2011 08:53


Il est dans ma PAL, (j'ai vraiment beaucoup craqué pour cette rentrée, que je trouve d'un très bon niveau) j'espère que je vais aimer !


Yv 28/09/2011 14:25



Pour moi, c'est vraiment la première année que je suis la rentrée littéraire et je suis plutôt agréablement surpris par la qualité.