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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Le bar du caïman noir

caiman.jpgLe bar du caïman noir, Denis Humbert, Presses de la cité, 2013

Guyanne, pas loin de Kourou, dans un coin perdu, à Regina, des hommes et des femmes se retrouvent, tous venus ici pour se perdre ou se retrouver, pour oublier, pour se faire oublier, pour un sursaut... Thomas tient le bar du coin, le caïman noir. Alia la jeune chercheuse, Simon le golden boy, Frantz l'autochtone, Sofia la serveuse, Caporal Bob le physionomiste et le docteur Charpentier, tous ont une bonne raison d'être présents.

Denis Humbert a plein de très bonnes idées dans ce roman. D'abord le titre de ses chapitres : "Un an avant le jour où c'est arrivé", puis, "Huit mois avant le jour où c'est arrivé" jusqu'au dernier intitulé logiquement : "Le jour où c'est arrivé". En tout, dix chapitres en comptant le petit prologue : "Le lendemain du jour où c'est arrivé". Et voilà le lecteur ferré, conscient qu'il va se passer quelque chose. Le suspense, même s'il n'est pas le ressort principal du livre monte progressivement.

Ensuite, le paysage, la moiteur du climat, la forêt amazonienne, le coin perdu au bout de nulle part, un bar improbable comme on peut en voir dans de vieux films états-uniens, en bois dans lequel viennent se réfugier des hommes et des femmes en attente de changement ou bien au contraire des gens qui n'attendent plus rien de leur vie : "... cet endroit n'était rien d'autre qu'un cloaque putride, un mouroir marécageux infesté de moustiques. [...) Il faudrait s'en accommoder. Serrer les dents et faire bonne figure, supporter cette moiteur perpétuelle et ce sentiment d'être en train de glisser dans le conduit d'un vide-ordures." (p.78) Le livre est très imprégné de cette atmosphère humide, poisseuse qui colle aux vêtements et aux corps.

Enfin, le romancier s'intéresse à ses personnages et leur donne de l'épaisseur. Dans chaque chapitre, des paragraphes ont pour titre et pour sujet principal un ou plusieurs protagonistes du roman. On connaîtra ainsi les raisons qui les ont poussés à venir s'enterrer ici, les relations qu'ils ont entre eux, leurs envies, leurs désirs. Il y a aussi les orpailleurs : "... En Europe, lorsqu'on parle d'or, on pense au luxe, aux bijoux ou même aux cours de la bourse. Huit mille kilomètres plus à l'ouest, en Guyane, on voit les choses différemment. On pense orpaillage clandestin, pollution des fleuves et délinquance..." (p.227). La défiguration du paysage, de l'écosystème et des relations humaines vient également de cette soif de l'or. 

Le texte de Denis Humbert fait la part belle aux paysages et aux relations entre les personnages. On se projette aisément si ce n'est dans le bar, au moins dans des représentations cinématographiques qui lui collent. Un style alerte, vif qui sied aux situations et à l'histoire. Une écriture visuelle, une région parfaite en tant que contexte géographique, des personnages forts et attachants qui ont tous leurs deux faces la vitrine et le côté sombre, caché. 

Une belle réussite que ce roman qui vous dépaysera (sauf si vous êtes guyanais) et qui vous tiendra du début à la fin sans que jamais vous n'ayez vraiment envie de quitter le bar du caïman noir.

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yuko 08/07/2013 20:24

Une belle lecture que l'on a très envie de découvrir !

Yv 09/07/2013 09:06



Qui mérite d'être découverte



Alex-Mot-à-Mots 05/07/2013 11:44

Il est vrai que l'on connait très peu la Guyane. Département ou Territoire français ?!

Yv 05/07/2013 15:27



Un DOM, bien sûr (merci Internet)