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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

La piste des sortilèges

La-Piste.jpgLa piste des sortilèges, Gary Victor, Vents d'ailleurs, 2013 (édition grand format, 2002)....,

Sonson Pipirit part à la recherche de son ami Persée Persifal qui erre sur la Piste, dans un monde entre le visible et l'invisible, entre la terre et le paradis, ce que nous appellerions le purgatoire. Persée est-il mort ? Sonson Pipirit ne le croit pas et il veut le ramener coûte que coûte sur terre en convaincant ou défiant dieux, morts-vivants ou tentatrices.

Il est difficile de résumer ce roman dense. C'est une épopée formidable, une quête initiatique dans laquelle Gary Victor se fait un plaisir de mêler la religion, la philosophie, la vie, la mort, la fidélité en amitié, la politique, l'amour, l'état de son pays Haïti de ses débuts à nos jours, ... Il y a une foultitude de personnages, des vivants, des morts, des divinités vodou qui fort heureusement apparaissent les uns après les autres si bien qu'on ne s'y perd pas. Récit extrêmement maîtrisé qui se laisse suivre très aisément même lorsque comme moi, on n'est pas féru du genre fantastique. Certes, on peut se perdre facilement dans les traditions et la religion vodou, mais G. Victor a eu l'intelligence de mettre en fin de volume d'une part un glossaire et d'autre part une liste des personnages intervenants, tous les deux bienvenus. 

Ce roman est long (581 pages dans sa version poche) mais jamais ennuyeux. La meilleure preuve est que parfois, je voulais passer vite tel ou tel passage mais qu'à chaque fois j'en étais empêché, attiré par le texte, les aventures de Sonson et les histoires annexes. Car si Sonson avance sur la Piste : "La Piste, c'est le purgatoire, la longue route où les mécréants doivent se dépouiller de leur peau d'homme pêcheur. La Piste, c'est le purgatoire avec une porte de sortie, une porte qui ne s'ouvre que sur l'enfer. La Piste, c'est la gomme qui efface tout, qui réduit l'âme à sa plus simple expression. La Piste, mon fils, c'est la punition suprême." (p.543), comme la définit Bawon Samedi (esprit gardien des cimetières dans le vodou), il doit passer des épreuves, raconter des histoires et en écouter. Lui raconte des bribes de la vie de Persée, tentant de justifier qu'il est un Juste et qu'il doit donc revenir sur terre, et il doit écouter les vies de ceux qui sont bloqués sur la Piste, certains avec des peines lourdes. C'est dans ces apartés que Gary Victor raconte son pays, depuis le temps des colonies lorsque les blancs contrôlaient tout jusqu'à la période plus proche de nous avec son Président Éternel et ses tristement célèbres tontons macoutes. Il y est aussi beaucoup question de religion, comment lentement, mais sûrement la religion catholique a supplanté le culte vodou. Gary n'épargne ni les tenants de l'une ni ceux de l'autre ni même les dieux de la religion vodou, les Iwa, mécontents des conversions des Haïtiens à une religion monothéiste auxquels ils cherchent à nuire et dont ils veulent récupérer les âmes. Beaucoup de questionnements sur la vie et la mort, sur l'amour, sur ce que l'on appelle maintenant la résilience. L'amour physique est abordé aussi de manière parfois brutale (il me faut préciser ici que Sonson Pipirit est muni d'un "énorme sexe que se disputent les filles des hommes et des dieux" (4ème de couverture), mais surtout de manière assez romantique, car Sonson est certes un homme qui aime le plaisir charnel, mais il respecte avant tout la femme avec laquelle il copule.

Un roman d'aventure moderne, haïtien, truculent, empreint des rites et traditions haïtiens, qui lorgne également vers la mythologie, les contes, les récits d'aventures de tout ordre, les romans initiatiques, la critique sociale et/ou politique. Un très joyeux mélange, formidablement mené, totalement maîtrisé, qui ne m'a pas laissé une seule seconde de répit qui m'a envoûté moi aussi au point de ne pouvoir aller plus vite que le rythme imposé par l'auteur, "le tout servi par une langue drue, baroque et inouïe." (4ème de couverture).

Grand merci à Clotilde.

 

rentrée 2013

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Stephie 26/09/2013 07:19

Il est dans ma PAL, j'ai hâte de retrouver sa plume

Yv 26/09/2013 21:22



Une très belle plume haïtienne



zazy 20/09/2013 14:19

Tentant, mais il n'est pas à la bibliothèque

Yv 21/09/2013 14:14



je peux te l'envoyer



Alex-Mot-à-Mots 20/09/2013 13:12

Le héros ne fait donc pas l'amour, il copule.

Yv 21/09/2013 14:13



Dans certains cas, oui, c'est aussi la langue (si je puis me permettre) de Gary Victor



clara 19/09/2013 17:49

Vu ce que tu en dis, je préfère m'abstenir (en plus, j e n'avais pas aimé son précédent livre). Pourtant, j'aime ces plumes haïtiennes qui ont un phrasé riche et musical!

Yv 19/09/2013 22:21



Très différent de Maudite éducation, rien à voir du tout 



Emma 19/09/2013 11:36

A priori ce livre n'a rien pour me plaire, Haiti, religion, fantastique, vaudou etc.... Et pourtant tu en parles tellement bien, une pointe de curiosité apparait, par contre pas trop envie pour
l'instant de me plonger dans un pavé...

Yv 19/09/2013 17:31



A part la religion tout pouvait me plaire et ça a marché



Fransoaz 19/09/2013 10:06

Je reconnais là le talent de Gary Victor qui empêche le lecteur de tourner trop vite les pages! La densité de ce bouquin m'effraie un peu cependant.

Yv 19/09/2013 17:31



Il se lit assez vite malgré le nombre de pages et surtout le contexte est vraiment intéressant et sort de l'habituel