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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

La malédiction

yared.jpgLa malédiction, Hyam Yared, Éd. des Équateurs, 2012

Hala est née au Liban dans les années 70, dans une famille chrétienne. Elle vit sous l'autorité de sa mère, peine à trouver sa place, écrasée par celle-ci qui ne voit que les formes de sa fille, l'empêche de manger toute sucrerie. Elle l'épie, la flique, découvre les attouchements que son frère marchande à l'aide de bonbons. Hala grandit dans un pays en guerre, découvre les rivalités et les haines des adultes. Puis, elle, la boulimique, rencontre Fadia l'anorexique, celle qui l'éveillera, qui lui permettra de se construire.

Très difficile à résumer ce bouquin, je ne suis pas sûr d'y être réellement parvenu. Il manque des éléments, j'ai peur d'en avoir interprété d'autres. Écrit par une femme, c'est un roman sur les femmes. Sur leurs vies dans ces années-là au Liban. Hala, comme beaucoup se soumet à l'autorité plus qu'elle n'obéit. L'autorité des hommes mais aussi et surtout celles des mères, fortes, qui elles-mêmes ont eu une vie difficile. Dans le milieu dans lequel elle évolue, aucune déviance n'est tolérée : boulimie, homosexualité, sexualité avant mariage, même en parler est péché ! La religion culpabilisante ! "Le plaisir est une porte ouverte sur la dégradation de l'autorité. Il faut annuler le plaisir par la culpabilité. L'énergie calorique sans la culpabilité, c'est la révolution assurée." (p.26)

Hala grandit dans l'espoir de récolter de l'amour de sa mère, or celle-ci ne s'intéresse qu'à son dernier-né, Hicham :

"J'attendais que la colère la quitte pour me blottir en rêve dans ses bras. Chaque fois qu'elle les ouvrait, je me précipitais la première et arrivais quand elle les avait déjà refermés sur Hicham. La nuit, je rêvais de son parfum. Le matin, à l'affût du moindre signe, j'étais heureuse lorsqu'elle était détendue. Son sourire ressemblait à un arc-en-ciel retourné. Avec le temps, je me fis une raison. La tendresse, comme la colère, devait être une possession dont la mère était victime. Elle passait de l'une à l'autre sans raison." (p.19)

Ce roman est toute la vie de Hala, de son enfance à sa vie de femme. Les hommes y sont peu présents, mais importants par les actes qu'ils commettent ou au contraire par leur indifférence au sort des filles et par leur souhait de ne pas s'immiscer dans l'autorité maternelle (pour avoir la paix et vivre tranquillement), sous prétexte d'aller travailler pour faire vivre la famille. Plus tard elle les découvrira transparents, se désagrégeant petit à petit. Ce sont donc les mères qui éduquent les enfants, durement comme elles l'ont été ; celle de Hala est changeante  : "Ma mère souffrait d'automutilation retournée sur autrui. A travers moi, elle punissait son propre sexe." (p.31/32)

C'est un livre qui se mérite : sa lecture n'est pas évidente, demande de l'attention, mais on n'en décroche pas. Hyam Yared est poétesse et romancière et son écriture s'en ressent. Des passages très beaux alternent avec d'autres plus crus, directs. La lecture est déconseillée aux pudibonds, mais fortement recommandée aux autres. Si certaines phrases sont un peu plus ardues à saisir, et certains passages un peu plus longs, je ne me suis jamais ennuyé dans ce livre. Hyam Yared développe un style qui accroche et garde le lecteur. Une sorte de fascination ou d'ensorcellement qui vous mènera au bout de cette histoire de femme libanaise, qui pourrait bien représenter une femme universelle. 


challenge 1%

dialogues croisés

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DENIS 13/12/2012 16:06

oui elle iontervient aussi sur France Culture si j'ai bien compris
pourras tu pour les autres articles mettre mon logo et un lien vers mon article?

Yv 13/12/2012 17:06



Je veux bien, mais je n'arrive pas à télécharger le logo



DENIS 13/12/2012 09:52

je pense que ce livre a été écrit en français
si oui, il m'intéresserait pour être inscrit dans ma thématique "littérature francophone d'ailleurs"

http://bonheurdelire.over-blog.com/article-3e-recapitulatif-des-articles-litterature-francophone-d-ailleurs-113285736-comments.html

Yv 13/12/2012 10:22



Je confirme qu'il a été écrit en fançais, point de trace de traduction n'est faite sur le livre et dans un interviouve, l'auteure s'exprime dans un français excellent.



Alex-Mot-à-Mots 09/12/2012 20:53

Etonnant qu'il est plus à un homme. Il a l'air très intime, comme roman.

Yv 10/12/2012 14:48



C'est vrai qu'on est loin d'un univers typiquement masculin, mais le droit des femmes doit intéresser les hommes aussi, n'est-il pas ?



Aifelle 09/12/2012 06:23

Je note déjà l'auteur et je vais voir ce que je trouve en bibliothèque. La couleur de la couverture me paraît violente.

Yv 09/12/2012 17:17



Certes, mais le propos n'est pas tendre non plus



zazy 08/12/2012 12:14

J'ai commandé "sous la tonnelle" à la bibliothèque, ils n'ont pas "la malédiction"

Yv 08/12/2012 14:27



Il est très récent, peut-être dans quelques semaines



Gwenaëlle 08/12/2012 11:26

De cette auteure, j'ai lu Sous la tonnelle, que j'ai beaucoup aimé. Je ne demande qu'à récidiver...

Yv 08/12/2012 14:27



C'est le premier d'elle que je lis



zazy 08/12/2012 10:34

Joli livre, je le note pour une lecture future

Yv 08/12/2012 11:16



Bonne future lecture alors...