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La dernière bagnarde

Publié le par Yv

La dernière bagnarde, Bernadette Pécassou-Camebrac, Flammarion, 2011

En mai 1888, Marie Bartête est envoyée au bagne, en Guyane. Après une traversée éprouvante, elle débarque à Saint Laurent du Maroni où rien n'est prévu pour accueillir les femmes censées arriver et se marier aux bagnards. Ces femmes sont de pauvres filles, qui pour quelques rapines sont allées en prison  ou qui se sont rendues coupables de plus de quatre délits en moins de dix ans. Des filles de la campagne, pauvres, qui pour survivre ont volé et qui, selon la loi du 27 mai 1885 sont considérées comme récidivistes et donc envoyées au bagne.

Bernadette Pécassou-Camebrac raconte donc l'histoire de la dernière bagnarde, celle qui a rencontré Albert Londres, en 1923, le fameux journaliste qui dans ses articles mettra la lumière sur le scandale du bagne et concourra à le faire fermer officiellement en 1938, mais plus réellement en 1946 !

Marie, Louise, Jeanne, Anne, toutes embarquent contraintes et forcées. Certaines pensent avoir une vraie chance en Guyanne : on leur a dit qu'elles se marieraient et qu'elles auraient un lopin de terre. Elles déchanteront très vite. L'auteure décrit les conditions de vie lamentables, honteuses et scandaleuses, quand bien même elles auraient été des meurtrières, mais encore plus difficilement soutenables lorsqu'on sait que ce ne sont que de pauvres filles perdues.

Un jeune médecin, idéaliste, plein d'espoir arrive à Saint Laurent du Maroni et le compare très vite à l'enfer, souvenir de ses lectures de Dante. L'image est inévitable, présente dès l'arrivée des femmes.

Il y a beaucoup de littérature sur le bagne des hommes, très peu sur celui des femmes. Bernadette Pécassou-Camebrac lève le voile sur ce qu'elles ont vécu. Néanmoins, j'ai une petite réserve : je ne m'attendais pas à ce genre de littérature, je pensais que l'auteure irait beaucoup plus loin dans les descriptions de la vie quotidienne, dans les relations qu'ont ou que n'ont pas tous les intervenants entre eux : les bagnards, les médecins, les bagnardes, les soeurs, ... Mais, après une discussion fort intéressante avec l'auteure, je me rends compte que son travail de recherche a été colossal : il n'existe quasiment rien sur les femmes du bagne, juste des informations factuelles (sur les raisons de leur envoi au bagne, les dates, ...), rien réellement sur leur vie à Saint Laurent du Maroni.

Je me dois également de vous faire part de deux autres réserves : d'abord sur le côté romanesque du livre, sur les différents personnages parfois un peu caricaturaux, mais là-bas, dans ces conditions extrêmes, les caractères sont forcément exacerbés et ce que je peux prendre pour des stéréotypes est probablement un aspect de la personnalité de chaque personnage qu'il développe pour survivre.

Ensuite, je pense que B. Pécassou-Camebrac aurait pu aller plus loin dans certains thèmes qu'elle aborde trop légèrement à mon goût, comme la prostitution et l'homosexualité mais lors de notre discussion, nous sommes tombés d'accord pour dire que j'avais probablement des attentes plus journalistiques que romancées, et qu'elle-même ne voulait pas tomber dans un misérabilisme de mauvais aloi.

Voyez donc, à chacune de mes réserves, je trouve -grâce aux arguments de l'auteure, comme quoi la discussion a du bon- un contre-argument pour dire du bien de ce livre. Il faut lire ce livre comme un témoignage. Un témoignage en faveur de ces femmes sacrifiées par la France et sa troisième République et très largement oubliées. En ce sens, Bernadette Pécassou-Camebrac leur rend un bel hommage. Un beau travail de documentation et d'écriture qui réhabilite des femmes qui n'avait rien fait pour mériter un tel sort. Marie Bartête avait juste voler pour manger !

Merci à Gilles Paris.

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Nanne 14/05/2011 18:06


J'ai entendu des messages publicitaires sur ce livre, considéré comme un roman sur ces pauvres femmes que l'on envoyait au bagne pour s'en débarrasser à bon compte, au final ! Mais, comme tu le dis
très bien dans ton billet, sa lecture doit plus valoir pour l'aspect sociologique et historique du sujet, que pour le côté romanesque. A tenter, donc, pour en apprendre plus sur le quotidien dans
ce bagne dont Albert Londres a écrit un très beau documentaire ...


Yv 14/05/2011 18:53



A mon avis, le doc d'Albert Londres est plus fort, plus détaillé. Le mérite de ce livre est de parler du bagne des femmes dont il est peu question de manière générale.



Alex-Mot-à-Mots 09/05/2011 15:25


Juste volé pour maner, comme tant d'autres, ce qui rend leur destin d'autant plus cruel, surtout après avoir visité les bagnes, brrr.....


Yv 09/05/2011 15:57



Eh oui, je me faisais la réflexion qu'à quelques années près (40/50 ans) Jean Valjean serait aussi allé au bagne pour les mêmes raisons. Les Misérables n'auraient pas eu le même visage.



Mélusine 08/05/2011 19:14


Merci YV mais ma PAL est assez conséquente, donc tu peux en faire profiter Gwenaelle; je me le suis notée pour plus tard.
Bonne soirée et merci encore


Yv 08/05/2011 19:41



Comme tu veux, bonnes lectures



Gwenaelle 08/05/2011 17:26


Un sujet qui sort de l'ordinaire et qui me tente bien...


Yv 08/05/2011 18:00



Laisse-toi faire. J'ai proposé le livre à Mélusine, mais il peut voyager jusque chez toi.



Hélène 08/05/2011 12:48


J'ai lu "la belle chocolatière" d'elle, j'ai été enthousiasmée même s'il est clair qu'elle tire effectivement sur les fils du romanesque à outrance. par contre j'ai enchainé avec "le bel italien",
affligeant, si bien que je me suis arrêtée là...
Je ne sais pas si je retenterai l'aventure...


Yv 08/05/2011 17:22



je ne crois pas que je creuserai le filon pour ma part.



Mélusine 08/05/2011 07:19


Je me le note parce que le sujet m'intéresse.


Yv 08/05/2011 17:22



Veux-tu que je te l'envoie ?



keisha 07/05/2011 08:55


Comme quoi quand on a des réserves sur un livre, il peut être intéressant de contacter d'abord l'auteur (si contactable, évidemment) et souvent des éclaircissements s'ensuivent, pour le plaisir de
tous.


Yv 07/05/2011 11:33



En l'occurence, c'est elle qui m'a contacté par l'intermédiaire de Gilles Paris, l'attaché de presse.