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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

L'hôtel hanté

Wilkie-Collins.jpgL'hôtel hanté, Wilkie Collins, Éd. Sol Publishing 90 (Espagne), 2008 (écrit en 1878)

La comtesse Narona vient consulter un médecin anglais réputé pour la finesse de son diagnostic, car elle croit devenir folle. Future épouse de Lord Montbarry, elle vient d 'apprendre que celui-ci a annulé les fiançailles qu'il avait prévues avec une autre femme, Agnès, sa cousine. Celle-ci prend la chose assez philosophiquement, mais lorsque les deux femmes se rencontrent et malgré la bonté d'Agnès, la comtesse Narona ne se sent pas bien, sûre qu'Agnès est celle qui la mènera jusqu'à sa fin. Son ange de la mort en quelque sorte. Le mariage est prononcé et le couple part à Venise dans un palais dans lequel un drame se joue.

Il y a quelques années, en me baladant dans une librairie, j'ai vu les livres de cette collection proposée par Ouest-France, La crème de crime. Pour le prix, j'ai dû en prendre deux ou trois et seul celui-ci a survécu à diverses réorganisations de notre habitat. Ont été publiés également, Gaston Leroux, Edgar Allan Poe, Paul Féval, entre autres. Bouquin pas cher, format poche, présentation minimale, même pas le nom du traducteur. Au moins, le nom de l'auteur, Wilkie Collins (1824/1889), qui je l'apprends très récemment est connu -mais pas par moi- pour ses écrits appelés "romans à sensation" et précurseurs du roman policier ou à suspense (source Wikipédia).

Me voilà donc en présence de mon premier Wilkie Collins et j'avoue n'avoir point été déçu. Classique, efficace, flirtant avec le surnaturel, ce roman se déguste en douceur et est en plus d'un roman à suspense une peinture de la société anglaise des années 1860. Ces Lords qui vivaient aux Indes et revenaient dans leur pays au bout de quelques années fonder une famille, ces grandes familles qui voyageaient facilement et souvent, passaient du temps en France, chez "le peuple le plus gai du monde entier" (p.118) -comme quoi les temps changent, d'abord je ne suis pas sûr que de nos jours un Anglais aurait le même discours, et ensuite aurait-il tort puisque nous sommes, paraît-il, en tête de consommation d'anxiolytiques ?- et en Italie, notamment à Venise. Les tergiversations d'Agnès, ses hésitations ou ses pudeurs, ne voulant pas céder au frère de son ex futur-mari (vous me suivez), et les longues cour et attente de celui-ci sont  un rien désuètes et ajoutent un charme à ce livre.

Wilkie Collins est un malin, il nous prend par la main au début de son livre et ne nous lâche plus jusqu'à la fin : il nous mène là où il veut. Exactement. Son intrigue est très bien menée, les détails sont disséminés ça et là dans le texte qui seront utiles au dénouement. On le sait, on sait même quels sont ceux qui vont servir mais point encore comment et pour qui ou avec qui. Un vrai Cluedo.

Et puis l'écriture est belle, très 19ème avec des tournures dont on n'use plus guère, des paraphrases, des portraits simples et très visuels ; la comtesse Narona, par exemple :

"Ses vêtements étaient de couleur sombre et d'un goût parfait, elle semblait avoir trente ans. Ses traits : le nez, la bouche et le menton étaient d'une délicatesse de forme qu'on rencontre rarement chez les Anglaises. C'était, sans contredit, une belle personne, malgré la pâleur terrible de son teint et le défaut moins apparent d'un manque absolu de douceur dans les yeux." (p.7)

Ou encore celui d'une femme de chambre :

"C'était une grande femme osseuse, arrivée à l'automne de sa vie, avec des yeux enfoncés, des yeux gris fer. [...] On voyait du premier coup d'oeil que Mme Rolland devait avoir sa réputation intacte ; elle avait d'épais et larges sourcils, une voix profonde et pleine de solennité, des gestes raides et secs et, dans sa figure, pas la moindre ligne courbe caractéristique de son sexe : tout était anguleux ; en un mot la vertu, dans cette excellente personne, se montrait sous son aspect le moins engageant. Et quand on la voyait pour la première fois, on se demandait pourquoi elle n'était pas un homme." (p.101)

Daté ce roman, c'est évident, mais très plaisant et puis, c'est comme de revoir un vieux film d'Hitchcock -pas de comparaison dans les dates-, depuis on a fait plus nerveux, plus rapide, plus moderne, mais pas forcément plus tortueux et plus captivant, suggérer étant nettement plus fort que de tout dire ou montrer. Un bémol uniquement pour les coquilles, les approximations de ponctuation à ne point imputer à l'écrivain mais à une mise en page bas de gamme.

 

thrillers

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zazy 10/06/2013 17:59

Ouf, il est à la biblio, Je l'ai retenu... mon porte-monnaie sera content

Yv 11/06/2013 07:28



Vive les bibliothèques !!!



zazy 10/06/2013 17:57

Le vil tentateur est de retour. En fait, il n'est jamais parti !!

Yv 11/06/2013 07:27



Ben non, toujours présent, même si en ce moment, je "cale" un peu tant dans mes lectures que dans les visites des autres blogs...



Alex-Mot-à-Mots 03/06/2013 16:49

Ecouté en livre audio, j'en garde un bon souvenir. Malgré certaines tournures de phrases.

Yv 04/06/2013 13:05



Lu lentement j'imagine pour bien percevoir la qualité des tournures



keisha 03/06/2013 16:11

Tu n'a jamais lu La pierre de lune ? (mon préféré je pense)
Bienvenue chez Wilkie!

Yv 04/06/2013 13:04



Eh non, c'est mon premier de l'auteur



Aifelle 03/06/2013 13:18

Je n'en ai lu qu'un de lui "passion et repentir" et j'en ai un autre dans ma PAL. Désuet en effet, mais très bien écrit et bien vu côté psychologie féminine.

Yv 03/06/2013 16:11



Une belle découverte pour moi en tous cas