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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

L'homme qui frappait les femmes

l homme qui frappait les femmes 01L'homme qui frappait les femmes, Aymeric Patricot, Éd. Léo Scheer, 2013

Le narrateur est un homme important, président d'une association de lutte contre les violences faites aux femmes. Il tâte aussi de la politique et hante les couloirs de l'Assemblée Nationale. Son côté obscur et insoutenable est empli de ses accès de violence, de ses pulsions : il frappe les femmes. Il a commencé dès le collège et s'est enfin senti vivre. Dès lors, il tente de retrouver ce sentiment de puissance à travers ses passages à l'acte.

Ce roman n'est pas simple à aborder puisque l'auteur se met à la place d'un homme violent. Un homme dominé par ses pulsions qui ne peut y résister au point parfois de se mettre en danger, lui et sa réputation. Dans sa postface intitulée l'Insoutenable, Aymeric Patricot explique son angle de vue : "Ce qui m'a tenu, dans l'écriture de ce texte -et de quelques précédents-, c'était l'envie de saisir l'instant même du traumatisme, l'instant où le monde vous dépasse, vous écrase, outrepasse les capacités de votre esprit. Folie pure où les lignes de force sont bouleversées, où le monde quitte son visage habituel, ou vous perdez tout moyen d'appréhender ce qui vous arrive." (p.160) Il n'est d'ailleurs pas inintéressant de lire cette postface pour mieux comprendre les raisons qui poussent un écrivain à se mettre dans la tête d'un homme violent.

Dans le roman, A. Patricot démarre à l'adolescence du narrateur, lorsqu'il se sent invisible, ni beau ni laid et que la première gifle donnée à une fille lui donne confiance et pense-t-il une certaine aura, sans doute de lui seul visible. Puis, sa vie avance, ses coups augmentent auprès de femmes connues ou inconnues, rencontrées parfois au cours de soirées. Il se marie et vit une vie de couple paisible, sans encore frapper Clarisse sa femme, car aucun point de sa personnalité ne lui est encore insupportable : "J'éprouvais cependant de grandes lassitudes. Il y avait quelque chose de lisse et de monotone dans la succession des semaines, et même d'insupportable : ce n'était donc que ça, le bonheur ? Certains jours, l'excitation de mes dérapages me paraissait désirable. Je l'imaginais se répandre sur ma vie. Mais il fallait tenir, car il était impensable de me livrer en pleine lumière à mon penchant." (p.41)

La violence ira crescendo et cet homme se livre en toute sincérité. Une sorte de confession totalement incroyable lorsqu'il parle de sa souffrance et qu'il implique sa femme qui, le temps avançant, n'échappera pas aux coups, dans ses accès de colère : "Je me suis alors enfermé avec ma femme, et ma fureur a fini de s'en donner à coeur joie. J'espérais que mon fils oublie tout ce qu'il avait vu. Nous devions nous-mêmes être suffisamment forts pour surmonter ces cauchemars, et c'était un cri qui perçait en moi, sans auteur ni destinataire, un cri terriblement puissant que personne n'entendait mais qui me blessait, infiniment." (p.67) Il écrit aussi comment ses crises ont été pour lui l'espoir d'être enfin reconnu comme quelqu'un, par ses parents, les femmes mais il se rend compte qu'elles ne lui apportent rien quant au regard des autres : "[ses] accès de violence [lui] ont semblé plus désespérants qu'à l'ordinaire... Ils ne [lui] servaient donc à rien." (p.93)

Roman court et très bien écrit, maîtrisé, qui ne déborde jamais sur  des scènes insoutenables, dures, certes, mais elles servent l'angle de vue de l'auteur. Un roman pas du tout reposant sur un sujet oh combien délicat, important (pour rappel environ 120/130 femmes meurent chaque année sous les coups de leurs maris ou conjoints). Il est toujours insupportable d'entendre, tous les ans, que des femmes sont agressées physiquement ou psychiquement par leurs conjoints, il n'est pas forcément inutile de lire ce roman qui à sa juste place tente d'apporter un éclairage sur les raisons de cette violence. Ce n'est pas un rapport psychiatrique, juste des questions posées.

Merci Inès et Gilles Paris


PS : il peut être bon de préciser que ce n'est évidemment pas une thèse qui tendrait à défendre les hommes bourreaux. C'est juste tenter de dire pourquoi, avec la violence que chacun de nous a en lui, certains passent à l'acte et d'autres non.

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Sibylline 02/04/2013 10:09

C'était ironique ;-)

Yv 02/04/2013 16:29



Je l'ai évidemment pris comme tel...



zazy 01/04/2013 22:04

Un sacré coup de poing !

Yv 02/04/2013 07:50



Bien dit !



Sibylline 01/04/2013 11:45

Il est remarquable de voir combien des hommes qui ne peuvent ABSOLUMENT PAS se retenir quand il s'agit de violence sur leurs compagnes, y parviennent fort bien quand il s'agit de maîtriser un accès
de colère face à un adversaire mâle très baraqué. Encore un des mystères de la psychologie, sans doute...

Yv 02/04/2013 07:49



L'aueur explique assez bien cette lâcheté malheureusement ordinaire. Pas de psychologie, juste la peur d'être dominé : frapper un plus faible est plus facile et surtout frapper une femme qui,
sauf rarement, ne répondra pas, puisque rarement elle frappe



Gwenaelle 31/03/2013 14:30

Je pense que ça peut être intéressant, en effet.

Yv 01/04/2013 09:20



C'est une démarche intéressante pas nouvelle mais rarement explorée



Lystig 31/03/2013 10:28

étrange...

Yv 31/03/2013 10:38



Certes, mais pas inintéressant