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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Fuir

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Fuir, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2005 (édition poche, 2009).....

 

Le narrateur est en Chine entre Shangaï et Pékin, pour un séjour de deux semaines, une mission pour la maison de couture de Marie, son amie. Ces jours en Chine se déroulent l'été d'avant la séparation de deux amants. Dès son arrivée à l'aéroport, le correspondant chinois lui offre un téléphone, lui qui déteste ces appareils se demande dans quel but, celui de le surveiller ?  C'est son seul moyen de communication avec l'extérieur, le moyen également pour Marie de le joindre. Et l'on peut sentir déjà dans leurs conversations, à la fois le manque et le délitement de l'amour.

 

Suite de Faire l'amour dans lequel Marie et le narrateur se séparaient, Fuir est un roman qui commence sans Marie. Il est en Chine, loin d'être indifférent aux charmes de Li Qi, une jeune artiste chinoise, se sent constamment surveillé par Zhang Xiangzhi, à la limite de la paranoïa. Il ne s'y passe pas grand chose dans les premières pages, beaucoup de superbes descriptions des villes, des gens, des paysages : "Des milliers de personnes se pressaient là sur l'esplanade, qui prenaient la direction des bouches de métro ou de la gare routière, entraient et sortaient de la structure de verre illuminée de la gare, tandis que, à l'extérieur, des centaines de voyageurs étaient massés par terre dans la pénombre le long des parois transparentes, assis et désœuvrés, quelque chose de borné et de noir dans le visage, paysans et saisonniers qui venaient d'arriver ou qui attendaient un train de nuit avec des quantités de valises et de sacs à leurs pieds, élimés, mal fermés, mal ficelés, caisses et cartons entrouverts, sacs en jute affaissés, baluchons, fourniments, parfois de simples bâches mal nouées desquelles dépassaient des réchauds et des casseroles." (p.22/23), des chambres d'hôtel, mais surtout beaucoup de descriptions des tourments de l'homme qui est loin de la femme qu'il aime et n'aime plus à la fois. La relation entre Marie et lui est compliquée, à la fois faite d'amour, de lassitude, de désir sexuel, de dégoût, d'agacement réciproque. Marie est loin, le rapprochement avec Li Qi semble être sérieux, mais Marie est toujours là, dans la tête de l'homme. Les premières pages sont lentes, toujours aussi belles que dans les romans précédents, pas d'humour, de la beauté, de la sensualité dans la rencontre avec Li Qi, du désir latent, notamment dans le train Shangaï-Pékin. Puis à Pékin, le rythme du roman s'accélère à la faveur d'une partie de bowling, visualisable comme si vous y étiez, l'art de l'écriture de JP Toussaint, mais surtout grâce à une course-poursuite à trois sur une moto (cf. photo de couverture, de l'auteur), assez longue qui nous fait emprunter tout un tas de ruelles, de placettes, de venelles ; on n'est bien sûr pas dans un polar états-unien avec force dérapages, bousculades, fumées des pneus sur l'asphalte, mais cette longue scène n'a rien à leur envier, grâce à l'écriture quasi-documentaire de l'auteur. Puis, à la suite d'un coup de téléphone de Marie qui lui apprend que son père (celui de Marie) est mort et qu'il est enterré sur l'île d'Elbe, là où il vivait, l'homme quitte la Chine, pour tenter d'arriver à temps à la sépulture, le récit reprenant un rythme plus lent, celui qui sied aux retrouvailles avec Marie. Dans la première partie, malgré la tension qui régnait lors de la poursuite à moto, le vocabulaire de JP Toussaint était resté assez neutre, alors qu'il devient violent voire grossier lorsque les deux amants se revoient, comme si le danger réel de l'accident, de la mort même était moins grand que celui de la perte de l'amour, moins essentiel. L'amour et la mort. L'amore, pourrais-je même dire puisque  le final du roman se passe à l'île d'Elbe, italienne comme chacun sait.

Encore un excellent roman de JP Toussaint, avec des phrases sublimes, aux mots simples, aux tournures tellement évidentes quand on les lit, de longues phrases, comme celle que j'ai citée et de nombreuses autres, de beaux personnages qui évoluent, qui se posent des questions sur leur vie, sur leur amour. La suite est déjà écrite avec La vérité sur Marie (en 2009) et Nue (en 2013). Livres que je lirai assurément ! J'attends les sorties en poche.

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Theoma 23/04/2014 17:46

un auteur qui dort dans la pal... Allez hop, en haut de la pile !

Yv 24/04/2014 07:50



Les avis sont très partagés, à toi de te faire ton idée



zazy 10/04/2014 21:07

Je l'ai ressorti de ma bibliothèque pour le relire. Je me souviens avoir aimé l'atmosphère

Yv 11/04/2014 08:07



Je viens d'acheter le troisième...



keisha 10/04/2014 15:09

Un jour peut être essaierai-je à nouveau ce JPT...

Yv 11/04/2014 08:06



L'avantage c'est que ses livres ne sont pas épais, on peut les relire...



Noukette 10/04/2014 11:01

Un auteur que je ne connais toujours pas. Du coup, il faut commencer par le premier titre, il est en poche j'imagine, je vais regarder ça !

Yv 10/04/2014 14:53



Oui c'est en poche, tu peux aussi commencer avec La salle de bains ou Monsieur, plus légers, plus drôles



Alex-Mot-à-Mots 10/04/2014 10:21

Te voilà captivé.

Yv 10/04/2014 14:52



Je le suis, à tel point que pas plus tard que ce matin, me promenant en librairie pour un petit cadeau à un ami, j'ai acheté le troisième tome, La vérité sur Marie (en poche aussi) et pour le
quatrième, j'attendrai la sortie poche.



Lystig 10/04/2014 06:33

je n'ai pas envie de découvrir cet auteur, bien que tu en parles de belle façon.

Yv 10/04/2014 07:25



Dommage.



clara 10/04/2014 06:14

Un auteur que je n'apprécie pas..

Yv 10/04/2014 07:25



clair, précis, claquant !