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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Faire l'amour

toussaint1-copie-1.jpgFaire l'amour, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2002 (Edition poche, 2009).....

Faire l'amour c'est l'histoire d'une rupture amoureuse entre le narrateur et sa compagne Marie. Marie est styliste et part au Japon pour exposer ses modèles. Lui l'accompagne. Le décalage horaire, la fatigue suffisent pour qu'une dispute plus importante que les autres les oblige à se séparer.

Je fais un grand pas dans l'œuvre littéraire de JP Toussaint, puisque je passe de L'appareil photo, édité en 1988 à celui-ci paru quatorze années plus tard. Et force m'est de constater qu'on n'est plus dans le même registre ; de l'histoire gentille, décalée, drôle, un rien absurde dans laquelle il ne se passe pas grand chose, on passe à une histoire d'amour qui périclite qui se dissout sous nos yeux : les personnages qui dans les premiers romans de l'auteur avaient peu de personnalité ont là de vraies questions, des angoisses, des peurs, des désirs, des fantasmes qui les rendent malheureux. Plus vraiment d'humour non plus, mais heureusement, JP Toussaint a gardé son talent pour écrire de belles phrases, assez différentes néanmoinsde celles que je connais, parfois crues, plus directes, laissant plus de place à l'émotion, aux sentiments, alignant parfois plusieurs adjectifs quasi-synonymes, comme si une seul ne pouvait suffire à dire la détresse.

Les deux amoureux décident de se séparer, mais font l'amour pour la dernière fois dans leur chambre d'hôtel de Tokyo : "D'instinct, ma bouche s'était sentie aimantée par sa bouche et l'appel des baisers, mais, au moment même où j'allais poser mes lèvres sur les siennes, je vis que sa bouche était fermée, close et butée dans une détresse muette, ses lèvres pincées qui n'attendaient nullement ma bouche, crispées dans la recherche d'un plaisir exclusivement sexuel. Et c'est alors, que, m'immobilisant et redressant la tête au-dessus de son visage dont les yeux bandés me voilaient l'expression, je vis apparaître très lentement une larme sous le mince rebord noir des lunettes de soie lilas de la Japan Airlines, une larme immobile, à peine formée, qui tremblait tragiquement sur place, indécise, incapable de glisser davantage le long de sa joue, une larme qui, à force de trembler à la frontière du tissu, finit par éclater sur la peau de sa joue dans un silence qui résonna dans mon esprit comme une déflagration." (p.26/27). Magnifique passage qui résume à lui seul la douleur et la difficulté à laquelle ils sont confrontés, les hésitations, les pleurs, la tristesse de quitter quelqu'un qu'on aime encore mais avec qui la vie est devenue trop dure. 

JP Toussaint situe son livre au Japon, à Tokyo (et un peu à Kyoto) ; comme pour plonger ses héros et ses lecteurs dans un monde opposé au leur, loin de leurs repères européens, le décalage horaire en plus et l'absence de sommeil pour Marie et le narrateur exacerberont leurs ressentiments et leur colère réciproque, accélérant sans doute la séparation. Mais plutôt que de décrire un Japon et des Japonais attendus, il se détourne des clichés en parlant des petites choses, des habitudes quotidiennes des Japonais, de leurs rues étroites et sales, comme un touriste qui, pour sortir des sentiers battus se perdrait volontairement : "Je marchais au hasard, sans but, je me perdais dans des embouteillages de piétons au grand carrefour de Kawaramachi, je flânais dans des galeries marchandes, je passais le seuil de boutiques de calligraphie et m'attardais un instant devant les encres en bâtonnets solides, noirs avec quelque inscription verticale dorée, regardais les pinceaux précieux, en poils de je ne sais quoi, qui coûtaient la peau de cul. Je musardais dans les marchés, je m'arrêtais ici et là devant les gros tonneaux de salaisons de la devanture d'une échoppe et concevais mollement le désir d'acheter des tranches de thon géantes, du shiso, des légumes marinés dans du vinaigre aux couleurs acidulées, rose vif du gingembre, jaune du daikon, violacé de l'aubergine." (p.127/128) Bref, un Japon comme j'aimerais le découvrir, je procède ainsi lorsque je suis en mode touriste, je déconnecte, je flâne, les yeux en l'air pour humer l'air ambiant (avec le nez bien sûr, en l'air lui aussi). 

Faire l'amour est le premier roman d'une série de quatre (Fuir, paru en 2005 -que j'ai acheté aussi-, La vérité sur Marie, en 2009 et Nue, en 2013). Série qui débute sous les meilleurs auspices car même lorsque JP Tousaint change de style, il reste absolument excellent.

 

litterature-francophone-d-ailleurs-1 WOTCKMJU

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Theoma 10/03/2014 15:34

Je l'ai noté mais j'en ai tant entendu parler et de tant de façons que je n'ai toujours pas fait le pas.

Yv 11/03/2014 20:27



Le pas n'est pas très large, le roman est court et en poche, je te le conseille, mais je conviens que ça peut ne pas plaire



zazy 11/02/2014 23:13

Je viens de rédiger un commentaire à Lili comme quoi ma PAL n'augmenterait pas et tu me tentes, tu me tentes.....
Je le note sur une liste et je verrai

Yv 12/02/2014 10:55



Oui, mais là, c'est un petit livre en poche en plus...



dasola 09/02/2014 09:20

Bonjour Yv, j'ai lu La vérité sur Marie : quel style! http://dasola.canalblog.com/archives/2009/11/05/15431847.html J'ai Nue dans ma LAL. Bonne journée.

Yv 09/02/2014 20:02



D'accord avec toi 



Alex-Mot-à-Mots 07/02/2014 13:26

Tu as prévu de lire la série ?

Yv 07/02/2014 18:19



j'ai le deuxième qui m'attend et on verra la suite... mais je pense que oui.



cathe 07/02/2014 09:41

Je te mets le lien vers une &mission où Podalydès lit des passages de ce livre et où Toussaint est invité par Finkielkraut. Tu vas te régaler. Je suis allée acheter le livre le jour même

http://www.franceculture.fr/emission-repliques-la-verite-sur-l-oeuvre-de-jean-philippe-toussaint-2013-12-21

Yv 07/02/2014 10:50



Super, je te remercie, j'aime beaucoup Podalydès (un peu moins Finkeklkraut, mais ce n'est pas lui qui lit)



Gwenaelle 06/02/2014 09:37

Tu vas devenir un spécialiste de JP Toussaint! J'aime bien le passage que tu cites, alors si tout le reste est à l'aune de celui-là, je devrais apprécier davantage que Keisha et Clara, qui,
visiblement, n'ont pas été touchées.

Yv 06/02/2014 09:53



Oui, le reste est ressemblant, on peut trouver que c'est lent peut-être même vain, mais c'est beau. Et l'avantage c'est que celui-ci et le second livre avec Marie sont en poche



keisha 06/02/2014 08:38

Un court roman, je me souviens, que j'ai abandonné!

Yv 06/02/2014 09:51



Ah quel dommage, la suite m'attend...



clara 06/02/2014 08:04

Je n'avais pas aimé!

Yv 06/02/2014 09:51



ça a le mérite d'être concis et clair