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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Eux autres, de Goarem-Treuz

eux-autres.jpgEux autres, de Goarem-Treuz, Hervé Jaouen, Presses de la cité, 2014.....

 

Gwaz-Ru et Tréphine, nés respectivement en 1900 et 1901 se sont installés à Goarem-Treuz, dans la campagne quimpéroise dans les années trente. On a suivi leurs péripéties dans Gwaz-Ru jusqu'en 1944. Ce second tome reprend les mêmes et repart pour de nouvelles aventures avec eux de 1944 à nos jours. Gwaz-Ru et Tréphine ont eu sept enfants, certains resteront à la ferme, d'autres partiront parfois pour construire autre chose, parfois pour se détruire. Ce sont les vies des enfants qui nous intéressent ici, sans oublier les grognements et les bougonnements de Gwaz-Ru et la bienveillance de Tréphine.

 

Si j'avais eu quelques réserves sur Gwaz-Ru, elles se sont toutes envolées avec ce second tome (que l'on peut lire indépendamment du premier ; Hervé Jaouen a eu l'excellente idée d'un prologue qui resitue son histoire dans l'époque et les lieux, qui résume son premier roman). Pourquoi aucune réticence de ma part ? Parce qu'encore une fois l'écriture d'Hervé Jaouen me transporte, lisez par exemple le portrait que fait Gwaz-Ru de deux de ses enfants, pas tendre, très dur même, mais tellement jouissif à lire : "Maurice et Julienne n'avaient jamais inspiré à Gwaz-Ru la fierté de les avoir fabriqués. Son sang de rebelle ne coulait pas dans leurs veines. Ces deux-là, déplorait-il étaient de la race des moutons à tondre. [...] Ces deux nikun (= Personnes quelconques, sans caractère, [note bas de page]) rallieraient, adultes, l'immense armée des automates dont on se demande ce qu'ils sont venus foutre sur terre sinon alimenter la chaîne économique, de l'industrie du biberon à la culture des chrysanthèmes, l'une des sources de profit de Goarem-Treuz, nécrophilait Gwaz-Ru. Ces gens-là n'étaient que de simples unités de production décérébrées qui progressaient vers l'avenir en avalant un présent sans sel et en pondant les étrons parfaitement moulés de l'uniformité." (p.37) La suite du portrait de Maurice est délicieuse, une sorte de poésie argotique, populaire ; du langage imagé dont Gwaz-Ru use et abuse pour mon plus grand bonheur. Il a des fulgurances, des phrases qui n'appellent aucun commentaire superflu, des sentences définitives, des prédictions sombres qui s'avèrent quelques années plus tard. Anticlérical, bouffeur de curés et des gens de droite, un caractère en acier trempé il s'accommode mal des demi-mesures et des gens qui hésitent. Un personnage absolument génial qui par sa stature et son caractère fait de l'ombre aux autres, même si dans le lot de ses enfants certains oseront le défier et pas que sur ses vieux jours ; et Tréphine, comme beaucoup des femmes de l'époque est discrète mais œuvre en coulisse pour le bien-être de tous, absolument pas effacée. 

Chaque enfant aura un destin écrit dans le roman, des pages qui lui sont consacrées. Cette grande famille éclatera plusieurs fois, se retrouvera puis éclatera de nouveau, pas forcément de la même manière ; certains qui se sont perdus de vue se retrouveront, d'autres s'éloigneront, d'autres encore ne vivront que pour l'héritage qu'ils soupçonnent. A travers cette famille, Hervé Jaouen brosse un portrait de l'époque, de la fin de la guerre au début du XXI° siècle. Le changement est en marche, le modernisme débarque jusque dans les campagnes les plus reculées malgré parfois la résistance des anciens, Gwaz-Ru n'est pas enclin à dépenser pour installer l'eau courante, l'électricité. La campagne change, la ville avance et Goarem-Treuz, jusque là loin du centre de Quimper se retrouvera bien vite la proche banlieue. C'est toute l'histoire de la seconde moitié du siècle dernier que raconte l'auteur. Inévitablement, je pense à mes grands-parents, nés en début de siècle voire à la fin du XIX° qui l'ont vécue en direct. Ce n'était pas Quimper, mais la Bretagne du sud, entre le sud de l'Ille-et-Vilaine et le nord de la Loire-Inférieure comme on disait à l'époque pour mes grands-parents paternels et le Pays de Retz pour mes grands-parents maternels ; et les récits de mes parents me reviennent en mémoire... 

D'habitude, je ne lis pas les romans du genre saga, je ne m'y retrouve pas, mais il y a les sagas et les sagas d'Hervé Jaouen, qui à l'instar de celle-ci, sont tout simplement formidables.

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Albertine 13/12/2014 18:55

Un titre que je note forcément dans mon petit carnet. Entre Bretons, on devrait s'entendre ! Derrière Albertine se cache Armande qui signe son retour sur la blogosphère ;-)

Yv 14/12/2014 09:57



Bien(re)venue Albertine, je vais aller te voir, finalement tu n'as pas tenu très longtemps sans nous. tant mieux !



Emma 07/12/2014 18:17

J'adore son écriture, c'est précis,imagé, truculent et du coup, je me dis que ça fait bien longtemps que je n'ai pas lu un de ses livres.

Yv 08/12/2014 12:58



J'aime beaucoup moi aussi, et il écrit tellement que labibliothèque doit être fournie...



Oncle Paul 05/12/2014 17:52

Bonjour Yv
J'aime bien les sagas d'Hervé Jaouen, et ses autres romans aussi, mais dans ses sagas il emprunte beaucoup à ses ancêtres et c'est peut-être pour cela qu'il y a tant d'humanisme.
C'était ce que je t'avais écris comme commentaire pour Gwaz-Ru.
Je ne change pas d'avis, mais l'époque qu'il décrit est tellement proche de nous, et pour certains remémorent des situation vécues (j'allais en vacances chez ma grand-mère qui habitait non loin de
Plélan le Grand) que le plaisir en est encore plus grand.
Amitiés

Yv 06/12/2014 10:12



Bonjour Paul


C'est pour cela entre autres que j'aime aussi les livres d'Hervé Jaouen, ce n'est pas que pour une certaine "amitié bretonne", je te rejoins à 100% également sur ce Goarem-Treuz, parce que nos
grands parents sont de cette génération (même si les miens étaient en Loire Inférieure). Et puis, j'insiste parce que à chaque fois, ça me saisit, j'aime beaucoup son écriture


Amicalement,



Claude Le Nocher 04/12/2014 20:45

Eh oui, Yves, quelque part c'est de nous autres et de nos familles dont parle Hervé Jaouen, en fiction mais pas si loin de la vérité d'alors. Amitiés.

Yv 04/12/2014 21:47



Salut Claude,


oui c'est ça qui est bien avec H. Jaouen et en plus, son écriture est vraiment décapante.


Amicalement,



zazy 04/12/2014 16:22

Lu plusieurs bons articles sur Jaouen.Je me suis promis de le dénicher à la bibliothèque. Tu me fais une piqûre de rappel

Yv 04/12/2014 21:45



Etant donné sa production très forte, tu devrais en trouver sans mal