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Déliquescence

Publié le par Yv

Déliquescence, Deborah Kay Davies, Ed. du masque, 2012 (traduction, Jean Esch)

Une jeune femme, la narratrice, travaille dans un organisme d'aide à la réinsertion, au Royaume-Uni. Elle reçoit un jour, un homme qui sort de prison et tombe littéralement sous son charme et sa coupe. Au point d'accepter de le suivre dans le parking et de faire l'amour avec lui, brutalement, entre les voitures. Puis, c'est la spirale, la descente dans un monde insoupçonné d'elle : celui de la dépendance et de l'obsession sexuelle et de la manipulation.

Roman très dur sur la descente aux enfers d'une femme. Comment une femme, en apparence bien dans son travail, dans sa vie, dans ses relations amicales et familiales peut-elle se couper de tout cela pour un homme ? La relation qu'elle entretien avec lui est vénéneuse voire mortelle : une dépendance totale. Je me suis toujours demandé comment une femme pouvait rester avec un compagnon qui la bat. Pourquoi ne pas partir ? Pourquoi rester à attendre les coups, les insultes, les remarques ? Deborah Kay Davies répond en partie à cette question et décrit cette "aventure dysfonctionnelle, caractérisée par sa cruauté à lui et sa dégradation à elle. Cette relation toxique, obsessionnelle [qui] tourne au cauchemar" (note de l'éditeur)

C'est un roman éprouvant, qui ne cache rien, qui crûment dit les choses et qu'il peut être bon de réserver à un public point trop pudibond ni trop jeune. Mais malgré des longueurs, des répétitions et des redites (peu, certes, mais une petite cinquantaine de pages du milieu es un peu superflue) c'est un bouquin qui accroche. Pas gai, certes, un peu pleurnichard par moments, mais la situation peut expliquer cette tendance. Pas d'effet de style, pas de tournure alambiquée, la phrase va au plus juste et au plus court. Peu de description : on sait que l'homme est blond, bouclé, assez grand et beau, mais on apprend assez loin dans le livre (à la moitié à peu près) que la narratrice est une jeune femme élégante et assez jolie.  L'essentiel du texte s'attache aux personnalités, aux relations entre les divers personnages, notamment celles de la narratrice avec son amie Alison, avec ses parents et bien sûr à la relation entre elle et cet homme. Et puis c'est aussi une sorte de journal intime, une réflexion sur elle-même, une autocritique sur sa dépendance. Elle écrit comme si elle avait vécu tout ce temps en dehors de son enveloppe charnelle. Comme si son corps posait des actes, mais que son esprit ni ne les approuvait ni ne les vivait réellement. Il les observait du dessus, sans les juger, juste en les notant, les actant.

"Il ne revint pas, il ne revint pas et il ne revint pas. [...] Au travail, je dupais tout le monde. C'était stupéfiant. En apparence, je ressemblais à moi-même, et je m'exprimais comme elle. Je mangeais ce qu'elle mangeait. Je portais ses affaires, même si je n'en aimais pas certaines. Je mettais même son maquillage. Mais à l'intérieur, je pataugeais. Pas facile dans ces conditions d'utiliser mon ordinateur et de répondre au téléphone, mais je me débrouillais. Je ne savais pas combien de temps je pourrais continuer comme ça." (p.171)

La construction du livre par petits chapitres permet de le prendre et le poser rapidement pour des temps de micro-lectures. Intéressant et intelligent, car on peut souffler entre deux chapitres lourds. Chapitres dont les titres commencent quasiment tous par "je" : ""J'accepte les choses aveuglément", "Je trouve que la taille compte", "Je garde le contact", ..., sauf un seul intitulé : "Mon timing est parfait".

Un roman sombre, pas facile, mais très bien construit et qui a le grand mérite de mettre le doigt -encore que le doigt d'un roman, je me demande si l'image est claire- sur une situation dramatique : encore 146 personnes en 2011 sont mortes, en France, sous les coups de leurs compagnons. Terrible constat !

Merci Audrey.

 

challenge 1%

Commenter cet article
A
Tu as raison dans ta conclusion, un triste chiffre.
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Y
<br /> <br /> Qui ne baisse malheureusement pas<br /> <br /> <br /> <br />
Z
Je pense que ce doit être plus dur à lire pour une femme, car on peut se dire pourquoi elle, vouloir lui botter le tain arrière..... surtout "si j'étais à sa place..." et voilà nous n'y sommes pas.<br /> Oui, je crois que je me sentirai juge et partie, surtout pour l'avoir vu, trop tard, chez une amie
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Y
<br /> <br /> Il est bien difficile de répondre à toutes ces questions, pourquoi une femme peut rester avec un homme qui la bat. Peut-être plus difficile à lire pour une femme, mais pas sûr, pour connaître des<br /> femmes passées par là, je peux tenter de comprendre, pas l'homme, mais celle qui se laisse frapper sans réagir.<br /> <br /> <br /> <br />
S
Ce n'est pas un livre pour moi non plus.
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Y
<br /> <br /> Il mérite pourtant qu'on s'arrête dessus, mais je comprends les réticences<br /> <br /> <br /> <br />
C
Il me tente bien!
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Y
<br /> <br /> Pas facile, mais vraiment pas mal<br /> <br /> <br /> <br />
A
Je ne suis plus très jeune, je ne crois pas être trop pudibonde, mais je sens que ce n'est pas pour moi. Je vais suffoquer en permanence avec l'envie de botter les fesses à la jeune femme et de<br /> réduire le mec en charpie, hâché tout menu.
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Y
<br /> <br /> C'est un risque, mais c'est aussi une explication du fait que certaines femmes restent avec des hommes violents<br /> <br /> <br /> <br />