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Carte du labyrinthe

Publié le par Yv

Carte du labyrinthe, Alberto Torres-Blandina, Métailié, 2011

"Trois personnages se croisent, s'aiment se quittent et se fuient. Bon mari et bon père, Jaime mène une vie rangée dont il ne cesse de vouloir s'échapper. Il collectionne en cachette les photos de nus qu'il développe pour ses clients, en particulier celles que lui apporte Alberto.

Elisa est amoureuse d'Alberto. Tout va bien jusqu'au jour où elle se réveille dans une zone industrielle, à moitié nue. Elle ne se souvient de rien." (4ème de couverture)

Le premier roman d'Alberto Torres-Blandina, Le Japon n'existe pas, m'avait bien plu, dans un registre comico-ironico-léger. Pour son second roman, l'auteur est parti explorer un domaine totalement différent : celui de l'amour : la passion, la tendresse et bien sûr l'amour absolu, celui qui dure toujours : "nous aimer pour toujours, comme on n'aime que dans les poèmes." (p.199)

Jaime est un homme installé, marié et père de famille qui ne rêve que d'aventures, qui se pose des questions sur la durée de l'amour, sur la fidélité, sur la paternité et qui se demande ce qu'il aurait fait s'il n'avait pas suivi ce chemin. Mais il n'ose pas franchir le pas de l'adultère, malgré quelques occasions, de peur de ne plus pouvoir se regarder en face. Lorsqu'il est sur le point d'aborder une femme, il l'attend à l'extérieur d'une brasserie et voit son propre reflet  :

"Ce qui m'effraie le plus dans ce Jaime reflété sur la vitre, ce sont ses yeux. Identiques aux miens. Mes propres yeux en train de m'observer depuis la surface froide. Ils m'interrogent tout comme je les interroge. Son regard me fait peur, pénétrant, inquisiteur, comme s'il ne me reconnaissait pas.

Encore que ce serait bien pire qu'il me reconnaisse, qu'il se reconnaisse en moi. Qu'il me sache son reflet.

Je serais alors obligé de partir en courant.

Et aujourd'hui je ne dois pas partir en courant." (p.98)

Alberto est l'homme à femmes, celui qui devient totalement paranoïaque et désemparé lorsque sa compagne Elisa se fait violer. Rien ne sera plus comme avant. Lui, l'homme aux conquêtes, ne drague plus, ne fait plus l'amour et quitte Elisa. Il voue de la haine aux hommes, tous ceux qui auraient pu violer Elisa. Il est détruit. Ne réussit pas à remonter la pente : "Tout me semble absurde autour de moi. Qu'est-ce qu'ils peuvent bien savoir des larmes, ces gens-là ? Pourquoi est-ce qu'ils perdent leur temps dans des conversations hypocrites ou qu'ils se prennent la tête pour des bêtises ? La vie passe à côté de nous, mais nous sommes trop occupés à des conneries pour nous en rendre compte." (p.107)

Elisa est la femme amoureuse, qui pardonne à Alberto ses aventures. Elle est entière, indépendante. Violée, elle a énormément de mal à se remettre. Elle pense à la mort, à l'amour à mort. Elle cherche désormais l'amour absolu, celui qui ne peut baisser en intensité et celui qui la sauvera de son mal-être, qui la lavera de ce qu'elle ressent comme une salissure, son viol.

Dit comme cela, ce livre peut paraître noir, triste ; je ne vais pas vous mentir en vous disant qu'on rit à toutes les pages, mais je peux vous dire qu'il est surtout très profond. La réflexion des personnages est poussée à fond, ce qui dérange le lecteur bien obligé de se mettre en question lui-aussi. Il est construit en cinq parties de trois chapitres chacune, un par narrateur. Cette  construction permet de maintenir un intérêt tout au long de la lecture. Bien écrit, simplement, pas de tournure de style alambiquée, point de phrases incompréhensibles. Chaque personnage, bien distinct, est une facette de l'humanité :

"Elle vient de découvrir qu'elle ne peut pas me haïr. Que nous sommes la même personne. Que derrière les noms et les nuances, nous sommes tous exactement la même personne perdue sous divers déguisements." (p.200)

Si vous aimez les histoires plan-plan, ne notez pas ce titre. Si vous aimez être dérangé par vos lectures, foncez ! Je vous avouerai sincèrement qu'un récit aussi intimiste ne m'avait pas bousculé autant depuis longtemps ! Assez facile de se projeter dans un des personnages ou dans les trois en même temps. Alberto, qui est pourtant très loin de ce que je suis dans la vie me touche particulièrement : son récit me paraît être le plus fort, le plus dense.

"Une histoire qui ne vous quitte plus" (4ème de couverture). Un auteur assurément à suivre !

Commenter cet article

flash 08/08/2014 11:12

C'est vrai que Torres-Blandina a l'art d'écrire très simplement sur les sentiments de ses personnages, alors qu'un sentiment est toujours très complexe à la base. Et donc cela nous permet d'être
très proche des personnages tout au long de l'histoire et peu importe le narrateur. Ce fut une lecture très agréable pour moi.

Yv 08/08/2014 13:59



Alors, il faut poursuivre avec notamment son livre précédent, Le Japon n'existe pas.



Mélusine 24/04/2011 07:23


Ce livre me donne l'impression d'être fort et poignant ! merci à toi d'en parler si bien ! Je me le note


Yv 24/04/2011 18:52



Je l'ai ressenti comme tel, je pense qu'il peut plaire très largement. Il a toutes les qualités pour



Mathilde 22/04/2011 09:24


Tu donnes envie ! Je me le note, je suis de toutes façons rarement déçue par les choix de littérature étrangère des éditions Métailié...


Yv 22/04/2011 14:00



Là c'est très bien, un vrai beau fort roman.



keisha 22/04/2011 09:11


Hum, je ne sais pas... Mais bon, Métailié quand même...


Yv 22/04/2011 13:59



Ben oui, quand même...



Bernhard 22/04/2011 08:12


Merci pour cette fiche de lecture, je mets le livre sur ma liste (d'après Livre Inter), notamment parce que j'aime aussi la Maison d'Edition.


Yv 22/04/2011 13:59



Généralement pas de fausses notes chez eux ou si rarement qu'elles sont vite pardonnées.