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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Avec les hommes

Avec-les-hommes_8103.jpegAvec les hommes, Mikaël Hirsch, Éd. Intervalles, 2013.....

De passage à Brest pour une signature, un écrivain retrouve un ancien ami qu'il n'a pas vu depuis vingt ans. Celui-ci semble envier l'écrivain devenu "quelqu'un" alors que lui végète dans cette ville du bout du monde. Paul Rubinstein, le Brestois, se raconte alors à son ami, ses vingt à vingt-cinq premières années de vie, entre résignation, humiliation, amertume ; de la Bretagne à Israël en passant par Paris là ou l'amour d'une femme et de la littérature le mènera.

Je retrouve avec bonheur l'écriture de Mikaël Hirsch que j'avais déjà appréciée dans Le Réprouvé et dans Les Successions. Dans son dernier roman, il reprend les thèmes de son premier, Le réprouvé : la judaïté, l'écriture et la littérature en tant qu'idéal de vie, la rencontre de deux hommes l'un admirant l'autre pour sa réussite littéraire. S'y ajoute là le mal-être d'un jeune homme brillant, Paul Rubinstein, promis à un bel avenir, mais qui peine à se faire une place dans un monde qui n'est pas le sien. Sa mère est alcoolique, il habite en cité et étudie à Normale Sup' auprès de gens de bonnes familles. Il s'amourache d'une fille, qui, mollement, lui rend la pareille, mais lorsqu'elle s'aperçoit qu'il loge en HLM, elle le quitte tout aussi mollement, sans vraiment le lui dire mais lui s'accroche. "Elle ne l'avait pas quitté par déception, regret ou incompatibilité d'humeur. Elle ne s'était pas débarrassée de lui parce qu'en lieu et place d'un amoureux transi, elle aurait préféré un homme confiant et assuré. Elle aurait sans doute pu s'accommoder de la situation et se serait alors enfoncée, comme tant d'autres, dans une vie de couple ordinaire et frustrante, mais à toutes choses, elle avait privilégié l'argent." (p.14/15) 

Mikaël Hirsch n'est pas tendre avec ses personnages, dans la première partie au moins. Pas de compassion, mais d'ailleurs pourquoi en faudrait-il ? Ni pour l'écrivain-narrateur qui recueille les confidences et qui est assez réaliste quant à sa pseudo-réussite sociale sachant et mesurant tout ce à quoi il a dû renoncer pour arriver à une petite reconnaissance. Ni pour la femme aimée qui ne peut envisager rester avec un garçon issu de la classe populaire, aussi brillant soit-il ; les pages consacrées à cette partie sont terribles, sarcastiques, ironiques et très vraies, comme lorsque Paul tente de la revoir après son calamiteux séjour de quelques mois au kibboutz en Israël, et qu'elle est restée étudier à Paris : "Elle vivait là [canal saint Martin], provisoirement, estudiantine, à la marge des quartiers véritablement populaires, comme on s'encanaillait autrefois dans les troquets apaches. Elle attendait le beau mariage qui la propulserait à nouveau vers le standing d'Haussmann, sans avoir à réclamer toujours plus à ses généreux géniteurs. Sans avoir connu la mansarde, le lavabo sur le palier et les toilettes à la turque, elle pourrait tout de même se vanter un jour d'avoir vécu la bohème, telle qu'elle la concevait, c'est à dire supportable, temporaire et délicieusement exotique, précédant l'inexorable migration vers l'ouest, comme ces baleines qui, avant de rejoindre les eaux chaudes du golfe pour mettre bas, se gavent de plancton près du pôle." (p.56/57) Ni enfin, pour Paul Rubinstein qui ne réussit pas à surmonter sa déception amoureuse et qui par dépit se jette dans les situations les plus improbables, les plus humiliantes. Sur un coup de tête, il part trois mois au kibboutz, une sorte de pèlerinage, de point sur sa judaïté, lui qui jusque là ne s'y est jamais vraiment intéressé et sur son désir de construire une œuvre littéraire. On a envie de le secouer Paul, de lui dire de se bouger plutôt que de se complaire dans son mal-être, dans sa dépression. Il est une sorte de bouc émissaire ou de punching-ball universel : tout le monde se fout de lui, le méprise. Il lui faudra tout quitter, femme aimée sans retour, études, Paris et rejoindre Brest pour tenter de revivre. 

C'est un roman sombre avec des personnages de la même teinte, qui néanmoins ne finit pas dans le noir absolu : la Bretagne en rédemption et Brest salvatrice (je vois des sourires bretons aux lèvres qui vont s'agrandir lorsque je vais dire que les descriptions de cette région sont belles -peut-être pas toujours flatteuses pour Brest- mais il me semble que M. Hirsch connaît et aime la région) ! Ce roman est un mélange pour le meilleur des deux précédents de l'auteur : les thèmes du premier avec l'excellence de l'écriture du second : une vraie réussite. La langue est belle, travaillée, sans omettre parfois, au détour d'un virgule, un langage plus direct, franc et cru pour décrire des situations chocs ou gênantes. Aucune phrase, aucun mot ne sont inutiles, tout le superflu a été ôté pour arriver à ce roman de 122 pages. J'aurais pu citer encore plus de passages pour tenter d'appâter le chaland ou dit plus élégamment, pour flatter l'intelligence du futur lecteur, mais je fais confiance à la curiosité et à l'envie de découverte.

Mikaël Hirsch est un écrivain qui se bonifie de livre en livre, sachant qu'il était déjà parti d'assez haut...

Mon premier roman de cette nouvelle rentrée littéraire, celle de 2013 !

Daniel a aimé, et Babelio a quelques avis.

 

 

 

rentree-2013.png

région-copie-1

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le Merydien 10/09/2013 16:54

Un écrivain dont moi aussi j'avais aimé le rréprouvé, peut etre se laisser tenter pour cette rentrée littéraire assez palote.

Yv 10/09/2013 21:00



ça dépend, j'ai trouvé quelques titres pas mal du tout chez les auteurs français notamment, mais pas les plus connus...



zazy 26/08/2013 18:33

Je ne sais pas...
Je vais me renseigner

Yv 27/08/2013 08:34



ou alors suggérer un carnet de suggestions...



zazy 26/08/2013 14:13

Mince alors, pas encore à la bibliothèque !
Peut-être que notre joyeuse bibliothécaire me demandera quelques titres, alors je lui glisserai celui-ci

Yv 26/08/2013 15:40



Tu peux, ce serait même une lecture à conseiller. Dans notre BM, il y a un cahier de suggestions d'achats, pas vous ?



zazy 25/08/2013 20:02

Je note

Yv 26/08/2013 08:23



J'espère bien



Alex-Mot-à-Mots 25/08/2013 18:45

Je note donc plus volontiers ce titre.

Yv 25/08/2013 19:05



Sans hésiter, j'opine



Gwenaelle 22/08/2013 18:42

Je ne connais pas mais un auteur parti d'assez haut qui se bonifie de livre en livre, et en plus évoque la Bretagne, je suis tentée. Forcément! ;-)

Yv 23/08/2013 08:59



Mais jusqu'où ira-t-il ? C'est la question qu'on peut se poser 



clara 22/08/2013 13:11

Brest ??? Non???? oh,bon il va falloir que je le lise alors!

Yv 23/08/2013 08:58



Obligée...



keisha 22/08/2013 08:21

S'il sait parler de Brest et de la Bretagne, il va fiare un tabac!
Plus sérieusement : son écriture est bonne, je sais

Yv 23/08/2013 08:57



Je crois effectivement que les blogueuses de l'ouest ne resteront pas de marbre devant un auteur qui parle de Brest



Emma 22/08/2013 07:27

Ca a l'air fort comme écriture, et puis je suis obligée de le noter d'autant plus si il y a des descriptions de Brest ;-)

Yv 22/08/2013 08:19



ça l'est et Brest est présente