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Amour

Publié le par Yv

Amour, Hanne Orstavik, Les Allusifs, 2011

Aujourd'hui c'est la veille des 9 ans de Jon. Il espère que sa maman, Vibeke, lui fera un gâteau. En attendant, il sort vendre des billets de loterie. Vibeke, elle, sort faire un tour à la fête foraine. Lui, rêve de train électrique. Elle, de trouver l'homme de sa vie. Tout juste installés dans cette petite ville du nord de la Norvège, ils ne comptent encore que très peu de connaissances.

"Rarement une histoire aura fait l'objet d'une telle introspection, de l'autopsie aussi rigoureuse d'une mère et d'un enfant qui se perdent" (4ème de couverture) Après avoir recopié cette phrase, je pourrais m'arrêter là et ne rien ajouter, tellement à elle seule elle résume ce petit (134 pages) livre. Mais, bon, ce ne serait pas très correct de ma part, et puis " ça l'fait pas" un article de 2 lignes, c'est pas sérieux, alors je vais tenter de remplir mon billet. 

Jon attend sa maman. Il attend qu'elle s'occupe de lui : lorsqu'il est le narrateur, il parle de sa mère. Vibeke ne parle jamais de Jon, n'y pense même pas tout au long de cette nuit : "Elle [Vibeke] regarde autour d'elle, elle ne le [l'homme avec qui elle sort ce soir] voit nulle part. Elle voit un couple qui se dispute, la bouche de la fille est en mouvement perpétuel, de temps en temps l'homme dit quelque chose, quelque chose de bref qui ne fait que relancer la fille. Elle décide de regarder ailleurs. Rien ne doit gâcher sa joie et le grand silence qui l'envahit." (p.94). Elle n'éprouve rien, aucun scrupule d'avoir laissé son fils seul, voulant garder "sa joie" d'être là. Jon, lui attend son gâteau et rêve du train électrique qu'il veut pour ses neuf ans. Il erre seul, dans la ville totalement enneigée.

Hanne Orstavik ne juge pas ses personnages, elle se contente de raconter leur soirée, d'entrer dans leurs esprits pour nous transmettre leurs pensées, leurs désirs, leurs rêves. Ils vivent ensemble, l'un à côté de l'autre, et comme le dit, la phrase de la 4ème de couverture ils "se perdent". Définitivement, serais-je tenté d'ajouter.

Avec une économie de moyens, des phrases courtes, sèches, des descriptions de gestes banals, Hanne Orstavik parvient à captiver son lecteur : "Elle détache sa ceinture de sécurité et la lâche, elle s'enroule. Elle trouve la poignée de la portière et tire le petit levier en plastique noir. La porte produit un clic en s'ouvrant, le froid se dresse contre son mollet et sa cuisse. Elle ouvre la porte en grand et lance les jambes dehors, la voiture étant un peu plus haute elle doit se laisser tomber vers le sol. Elle se penche ensuite à l'intérieur pour ramasser son sac, qui était à ses pieds. Il regarde la route devant la voiture." (p.124). Même ses descriptions de lieux sont sèches, mais très facilement imaginables : "Il y a plusieurs portes dans le petit couloir là-haut. Elle en ouvre une, allume le plafonnier et laisse passer Jon devant elle. Elle doit partager sa chambre avec quelqu'un, se dit-il, parce qu'il y a deux lits. La fenêtre est juste en face de la porte. Elle donne sur l'arrière de la maison, sur la forêt. Il s'y rend. Elle est encadrée de rideaux à motifs. Il regarde dehors." (p.34/35)

Double narrateur, un coup Jon, un coup Vibeke, toujours à la troisième personne du singulier, sans prévenir, l'auteure alterne. A la faveur d'un nouveau paragraphe, on passe dans la nuit de Jon, puis dans le suivant, on revient à celle de Vibeke. Jamais perdu, le lecteur suit ainsi, parallèlement les pérégrinations et pensées de la mère et du fils.

Je m'aperçois que j'ai cité pas mal le texte, je pourrais en citer encore de plein passages, mais si je continue, je vais finir par reproduire le livre en entier. Donc, le mieux, si vous aimez les textes âpres, sans artifices, un peu à la manière d'Agota Kristof, de Annie Ernaux -si elle avait ne serait-ce qu'un centième de la virtuosité de ces auteures, j'aurais même pu mettre dans le lot Christine Angot qui a une écriture de ce genre, mais tellement plus maladroite, moins attirante et moins talentueuse- c'est que vous ouvriez ce roman de Hanne Orstavik, considérée comme "l'une des voix les plus importantes de la littérature norvégienne." (4ème de couverture)

PS : suite à un incident technique (en fait, je ne suis pas très doué avec l'objet informatique), ce billet est paru très brièvement hier. Le voici là, dans son affichage prévu initialement. Cette précision pour ceux qui y verraient un doublon et qui pourraient croire que je recycle. En ces temps où le recyclage est de mise, je fais encore mon fanfaron, je fais de l'original !

 

dialogues croisés

Commenter cet article

Canel 05/07/2011 22:01


Ouch, ce que j'ai pu suer, pester, être agacée avec ce livre !! je l'aurais vite abandonné si ça n'avait pas été un partenariat !! ;-)
J'aime bcp Ernaux et Kristof, mais là, non, ce style-là, impossible de m'y faire ! être sans cesse perdu quant au sujet, au lieu...
Ca m'a rappelé "Enfance australienne" de Sonya Hartnett pour la thématique : une menace qu'on sent autour d'un enfant solitaire... Mais le style m'avait en revanche paru très agréable !
Je mets ton billet en lien pour contrebalancer mon avis décourageant ! :-)


Yv 16/07/2011 15:05



Ah ouais, et pour moi, ça a marché dès le début. Comme quoi, ...



Aliénor 27/05/2011 12:54


Tiens... je l'ai ajouté sur ma LAL il y a peu !


Yv 28/05/2011 09:51



Eh bien bonne lecture



alain 24/05/2011 18:57


Annie Ernaux, Agota Christof : des références..


Yv 25/05/2011 08:11



Toutes deux des écritures épurées et sans déchets.



Asphodèle 23/05/2011 15:00


Ah, je suis soulagée, car avec ce que j'ai lu sur elle à défaut de l'avoir lue, je trouvais étrange que tu l'aimasses !!^^ Quoique... pourquoi pas, après tout !! ;)


Yv 25/05/2011 08:03



Et non, je n'aime pas et si j'étais mauvaise langue, je pourrais même dire que je me demande bien pourquoi on publie de tels textes ! Mais comme je ne suis pas mauvaise langue, bien entendu, je
ne le dis pas.



Kathel 23/05/2011 14:53


Merci pour ce billet ! Je ne peux pas manquer de noter une auteure nordique qui n'écrive pas de polars...


Yv 25/05/2011 08:02



Il y en a quelques unes...



Asphodèle 23/05/2011 12:15


Oui, j'ai vu, mais n'ayant rien lu d'elle, je ne sais pas ! En plus, elle ne m'attire pas du tout, c'est bête les a priori je sais, mais que veux-tu, j'attends d'être convaincue !


Yv 23/05/2011 13:46



C'était pour la plaisanterie, tu peux oublier de la lire, tu ne manqueras rien d'essentiel.



Asphodèle 23/05/2011 10:38


Bienvenue au club pour l'informatique !!;) J'aime beaucoup Les Allusifs, visiblement chaque livre chroniqué venant de là a reçu une critique enthousiaste, tout au moins positive ! et si tu glisses
Annie Ernaux, tu achèves de me convaincre... remplissage réussi !!^^


Yv 23/05/2011 11:31



J'ai aussi mis C. Angot...



Mélusine 22/05/2011 18:05


Tu me donnes envie de le lire. J'aime ces auteurs qui vont à l'essentiel.
Je vois que tu n'as pas un bon sentiment vis à vis de Christine Angot et tu n'es pas le seul à le dire. Personnellement je ne la connais pas.
Donc je note celui-ci. D'ailleurs je crois que tu as un faible pour cette maison d'éditions.


Yv 23/05/2011 09:09



Oui, j'aime bien Les Allusifs, ils éditent souvent des textes décalés, des histoires improbables. Et puis, j'aime bien leurs objets-livres.



Bernhard 22/05/2011 16:41


....cette voix norvègienne m'appelle/m'interpelle. Merci de ce "remplissage du billet" qui donne envie


Yv 22/05/2011 16:47



Tu es le premier à commenter ce billet qui, par maladresse -décidément, je ne suis pas pro en informatique et en Internet- a eu une brève parution le 4 mai, mais qui ne paraîtra réellement que le
4 juin (ou environs). Néanmoins, je garde tout et te remercie de ta promptitude.