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Le cartographe des Indes boréales

Publié le par Yv

Le cartographe des Indes boréales, Olivier Truc, Métailié, 2019....,

1628, Izko Detcheverry, fils de Alaia et de Paskoal chasseur de baleine est né et vit à Saint-Jean de Luz. Comme tous les jeunes Basques, il rêve d'embrasser le métier de son père. Mais son destin sera différent. Il est d'abord témoin, à Stockholm du naufrage d'un navire et d'une scène étrange : une femme en réchappe, met au monde son enfant sur le rivage et s'enfuit, poursuivie en faisant un geste en direction d'Izko qui l'a aidée, geste qui le hantera longtemps. Ensuite, quelques années plus tard, Izko est envoyé au Portugal étudier la cartographie, puis en Laponie espionner pour le compte de son roi, Louis XIII.

A peine 1 kilogramme de papier (les pages sont fines), 640 pages, une très belle couverture, la signature Olivier Truc (Le dernier Lapon, Le détroit du loup, je n'ai pas lu le dernier de la trilogie, pas encore...), il n'en faut pas plus pour me lancer et m'inquiéter moi qui n'aime pas vraiment les pavés. Et je dois dire que si je me suis totalement laissé embarquer, j'ai trouvé que la fin était longue, traînante, comme si l'auteur ne parvenait pas à trouver une fin à ses personnages, ce que je comprends, tant on s'est attaché à eux. Mise à part cette réserve, ce roman d'aventures est extra.

Olivier Truc est un connaisseur de la Laponie et de la Suède contemporaines, et son travail sur l'histoire et notamment sur le dix-septième siècle est bluffant. Il décrit ses héros sur fond de conquêtes de nouveaux territoires, de leurs richesses (mines d'argent). Sur fond de guerres, de prises de pouvoir en Laponie entre la Suède et le Danemark et les Hollandais qui jouent les banquiers, les investisseurs gagnants à tous les coups et qui comptent bien recevoir leurs dividendes. Sur fond de royauté suédoise fragile : le règne de Kristina sera sans cesse remis en question. Sur fond d'alliances changeantes entre les pays. Sur fond de guerres de religions : les luthériens en Suède, les calvinistes en Allemagne et Pays-Bas, les catholiques en France, chacune voulant dominer l'autre voire l'écraser ; les pasteurs luthériens sont terribles de rigorisme et de d'intolérance face à tous ceux qui ne croient pas comme eux ; l'inquisition luthérienne ne fut pas plus douce que la catholique. Sur fond de sorcellerie, les chamans lapons étant vus comme tels. Sur fond d'exploitation des Lapons devenus quasiment des esclaves.

Tout cela est formidablement écrit, avec en prime, les personnages d'Olivier Truc, Izko en tête. Pétris de liberté, engoncés dans leurs croyances religieuses qui dictent chacun de leurs gestes, parviendront-ils à vivre selon leurs désirs ? Izko parviendra-t-il à comprendre le geste de la femme qui a accouché sous ses yeux de jeune homme ? C'est ce qui va guider toute sa vie d'homme. Olivier Truc entre dans l'intime de ses héros, nous montre leurs moindres tourments qui peuvent résonner de nos jours, puisque si l’aliénation n'est plus la même -même si les religions ont encore de beaux restes-, elle persiste de nos jours sous de nouvelles formes, et depuis qu'il existe l'homme se pose des questions pour avancer.

Les paysages sont beaux, froids, blancs. Le roman est l'un de ceux que l'on ne lâche pas aisément, l'aventure est à chaque page et Olivier Truc est un formidable raconteur d'histoires.

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Olivier 28/03/2019 11:04

Merci Yv pour cette critique. Et pour la réflexion sur la fin, elle me rassure un peu en fait: je craignais d'aller trop vite! Bonne suite.

Yv 28/03/2019 17:04

Bonjour et merci de votre passage, et non la fin n'est pas trop rapide et l'on a vraiment envie de rester un peu plus avec les personnages, mais j'ai un problème avec les gros livres... Et merci pour ces belles et froides aventures

Marilyne 28/03/2019 09:40

Bonjour, je découvre ton blog via Keisha. Avec ce billet, tu réponds à ma curiosité pour ce livre, je craignais la longueur ( j'ai bien noté ton bémol sur la fin ). L'auteur est aux Quais du Polar, je n'ai plus qu'à céder à cette curiosité.

Yv 28/03/2019 17:02

Si tu me découvres, tu ne sais donc pas que j'ai la hantise des pavés et que je n'en lis que peu, donc lorsque je ne parle que de quelques longueurs dans un roman aussi dense, c'est qu'il est vraiment excellent

Mimi 28/03/2019 07:54

C’est fort, beau, âpre, on sent la tension, les tensions qui hantent ce livre et leurs personnages. Transpire aussi la beauté des paysages. Une belle critique, merci.

Yv 28/03/2019 17:01

C'est un grand roman d'aventures, on sent presque l'air froid

keisha 28/03/2019 07:17

Je n'ai lu que le premier de la trilogie, là il change complètement d'époque (mais toujours le grand nord!)

Yv 28/03/2019 17:01

Oui, toujours la Laponie, mais bien avant la police des rennes

Aifelle 27/03/2019 09:13

J'ai aimé les deux premiers de sa trilogie ; je note donc celui-ci, malgré la fin traînante.

Yv 27/03/2019 17:21

Et là, on change d'époque...

Alex-Mot-à-Mots 27/03/2019 09:09

Tu pèses tes pavés avant de les lire, donc ?