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Salaam

Publié le par Yv

Salaam, Omprakash Valmiki, L'Asiathèque, 2018 (traduit par Francis Évrielle, Nicole Guignon et Marguerite Gricourt).....

Dans les quatorze nouvelles de ce recueil, Omprakash Valmiki met en scène des dalits, que l'on appelait jusqu'ici les intouchables, ces personnes de basse caste, éboueurs, balayeurs, totalement méprisés par les autres castes de la société indienne.  Omprakash Valmiki, lui-même dalit, écrit sur la difficulté qui est la leur dès lors qu'ils veulent vivre parmi et comme les autres Indiens, le rejet , la déconsidération, le poids de la tradition voire la tyrannie et l'arbitraire. 

Rarement à chute, ces nouvelles tragiques sont des morceaux de vie de personnes dalites. Dans les villes, elles subissent le regard méprisant surtout lorsque leurs interlocuteurs apprennent leur condition par hasard alors qu'avant de la connaître, elles étaient très fréquentables. L'auteur parle également de ceux qui, ayant profité de la politique des quotas, les Scheduled Castes, renient quasiment leur famille et vivent dans la crainte qu'on puisse découvrir leurs origines ; ils perdraient tout, la reconnaissance professionnelle et sociale, leurs fréquentations. Ils préfèrent alors se construire une autre vie. Il y a aussi les dalits des campagnes dans lesquelles la vie est encore plus dure. Exploités, contraints aux tâches les plus basses sans gratification, au contraire, ils sont soumis à une véritable tyrannie de la part des chefs des villages et du reste de la population. Peu de personnes osent s'élever contre cette injustice, et lorsque certaines le font, c'est la communauté entière qui leur fait comprendre qu'elles ne doivent pas insister.

L'Asiathèque publie là un recueil passionnant, fort bien écrit et traduit, qui nous permet de cerner plus étroitement la société indienne. L'auteur va au plus direct, même si parfois, il emprunte les chemins de la description des lieux, des coutumes, des odeurs ; son langage est direct et clair. 

Depuis quelques années, on entend beaucoup parler de la violence dans ce pays, à travers notamment les agressions contre les femmes. Ce recueil ne traite pas directement cet aspect, mais l'on y ressent bien toute la violence des puissants envers les faibles et cette envie de révolte et d'en venir à des actes terribles des opprimés. La hiérarchisation des castes, la pauvreté parfois extrême de certains, tout cela est fort bien décrit. A défaut de prendre un livre d'histoire sur l'Inde, lire Omprakash Valmiki permet de s'en faire une idée, vue du peuple le plus humble. J'aime lorsqu'un livre m'apporte plus que le simple -ce qui peut tout à fait suffire- plaisir de la lecture. Là, j'apprends à travers des histoires, des fictions inspirées parfois de faits réels. 

Omprakash Valmiki, né en 1950 dans une famille de balayeurs-éboueurs est décédé en 2013. Outre ce livre, l'Asiathèque publie une autobiographie intitulée Joothan

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manou 13/11/2018 08:45

Je suis en train de lire ce recueil ayant reçu de Pascaline en même temps l'autobiographie de l'auteur que j'ai voulu lire en premier... J'aime ce que tu en dis qui correspond totalement à mon ressenti. A bientôt

Yv 21/11/2018 12:20

L'Asiathèque choisit bien ses textes et auteurs, à chaque fois, ça fonctionne parfaitement.

Yv 21/11/2018 12:20

L'Asiathèque choisit bien ses textes et auteurs, à chaque fois, ça fonctionne parfaitement.

manou 21/11/2018 09:55

L'autobiographie est bouleversante et beaucoup plus difficile à lire que les nouvelles qui sont tous publics finalement. J'ai pris mon temps ! Comme elle avait été éditée précédemment en deux parties, il y a quelques répétitions mais quand on sait pourquoi cela passe très bien. Sachant que c'est du vécu, on ne peut rester indifférent à tout ce que l'auteur a subi dans sa vie. J'ai été vraiment touché par ce récit. J'ai présenté Salaam lundi et du coup j'ai mis un lien vers ta chronique. Nos avis concordent :) Je ne suis jamais déçue par les envois de Pascaline et je fais grâce à elle de belles découvertes, je vois que toi aussi

Yv 13/11/2018 10:50

Tant mieux, et l’autobiographie ?

Violette 08/11/2018 18:08

tu sembles conquis… la tragédie sied - malheureusement- bien à la société indienne...

Yv 09/11/2018 07:51

Son découpage en castes permet effectivement de raconter des histoires fortes qui la décrivent bien

Kathel 07/11/2018 09:38

Je ne connais pas cet éditeur... Ce n'est pas gênant, le fait qu'il y ait trois traducteurs, pour le style ?

Yv 07/11/2018 13:27

Non franchement, on ne sent pas la différence, c'est aussi l'avantage de la nouvelle puisque le style peut varier de l'une à l'autre. L'Asiathèque est spécialisée en Asie comme son nom l'indique et à déjà publié pas mal de titres très bien dont j'ai parlé : Lettres d'Ogura, Le magicien sur la passerelle; Halabeoji, ...