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Nos parents nous blessent avant de mourir

Publié le par Yv

Nos parents nous blessent avant de mourir, My Seddik Rabbaj, Le serpent à plumes, 2018.....

Une jeune femme, à Marrakech, à peine trentenaire, divorcée, après des recherches, apprend que beaucoup des femmes de sa famille ont eu des vies maritales difficiles : divorcées, seules ou veuves. C'est la vie de Habiba, sa grand-mère, née dans les années 50, qu'elle va raconter à son frère et à sa sœur. 

Habiba, à l'aube de sa vie d'adulte tombe amoureuse de Taoufik, mais la tradition et la volonté du père de la jeune fille vont la détourner du jeune homme et la marier de force à un tanneur. Habiba ne se fait pas à cette union et se rebelle.

My Seddik Rabbaj est romancier et vit à Marrakech ; j'ai déjà eu le bonheur de le lire dans son superbe roman précédent Le lutteur. Dans ce dernier, il faisait le portrait d'un jeune homme doué pour la lutte, don qui allait le sortir de sa misère. Dans Nos parents nous blessent avant de mourir, le romancier parle des femmes de son pays. Les hommes n'ont pas le beau rôle, usant et abusant de leur droit de décider de la vie de leurs épouses, filles ou sœurs. Dès les premières pages, on sent la différence entre les droits et les devoirs des hommes et des femmes au Maroc en 1950, mais aussi de nos jours. La femme est soumise à son mari et même à la famille d'icelui lorsqu'elle s'installe chez lui. C'est ce qu'apprendra Habiba dès la semaine qui suit son mariage, elle avait été protégée jusque là par une grande sœur et un grand frère aimants. "Son rôle était d'égayer les jours de son homme, d'être la nuit un objet de soulagement et le jour un accessoire de fantaisie qu'on exhibait avec ostentation pour montrer qu'on était important, qu'on était capable d'avoir à ses côtés une jeune et belle femme." (p.84)

Malgré cette oppression, les femmes marocaines sont omniprésentes. Ce sont elles qui transmettent. Grâce à elles, les hommes peuvent vivre. En écrivant cela, j'ai la sensation d'enfoncer des portes ouvertes, et puis finalement pas tant  que cela, lorsque j'entends encore autour de moi des femmes se plaindre du manque de participation de leurs conjoints aux tâches ménagères, à l'éducation des enfants... 

My Seddik Rabbaj écrit un roman profondément féministe qui parle de femmes rebelles qui pourtant ont grandi comme les autres dans des familles modestes avec l'éducation courante. Des femmes qui osent relever le défi de l'égalité sans pour autant nier leur féminité et leur amour des hommes. Son livre est fort, sans temps mort, il parle aussi de l'histoire du Maroc, de Marrakech et d'Essaouira. Je ne connais pas le Maroc, je le découvrirai volontiers et notamment ces deux villes, mais à ma façon, pas à celle des tour-opérateurs. Je veux aller chez les gens, les rencontrer. Bon, revenons à ce très beau roman, vif, dynamique, emmené par des femmes volontaires. My Seddik Rabbaj est un raconteur d'histoires, l'un de ceux dont on ne peut pas lâcher les livres. Ce roman tombe en plus pile dans une période où l'on parle beaucoup d'égalité des sexes, de respect de la femme. Je vous le conseille ardemment. Et quel titre !

Commenter cet article

Mimi 23/04/2018 20:11

Un thème bien relevé en littérature mais un thème qu’il faut continuer à découvrir ou à lire.

Yv 23/04/2018 21:18

Oui surtout lorsque c'est bien fait

Alex-Mot-à-Mots 23/04/2018 12:59

Ah oui, quel titre !

Yv 23/04/2018 13:18

Il fallait le trouver

krol 23/04/2018 09:08

Deux livres à la suite qui me tentent, je ne te remercie pas...

Yv 23/04/2018 13:18

Reviens bientôt, il y en aura d'autres...