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Je suis innocent

Publié le par Yv

Je suis innocent, Thomas Fecchio, Ravet-Anceau, 2017....,

Lorsqu'un viol suivi du meurtre d'une jeune femme est perpétré près du domicile de Jean Boyer, il en est le suspect n°1. il a passé trente années de sa vie en prison pour ce genre de crimes et en est sorti depuis peu. Le capitaine Germain cède à la pression et embarque Boyer. Sauf qu'icelui crie son innocence. seul Germain veut bien y croire mais il faut dire que tous les éléments ramènent à Boyer. Finalement libéré, Jean Boyer décide de faire sa propre enquête. Le capitaine Germain continue lui aussi, cherche, creuse la vue de la victime et de ses proches ; la tension est au maximum, entretenue par un ministre de l'intérieur, qui en cette année 2006 prépare activement sa campagne pour les présidentielles de 2007.

Deuxième ouvrage prêté par Zazy (après La daronne), celui-ci était un petit plus, en fine mouche, Zazy a dû se dire qu'il me plairait, tant il est loin de la banalité. Bien joué et bon choix, ce polar m'a tenu éveillé jusque très tard hier soir. Pour ne rien cacher, le début est assez conventionnel, classique, le temps que la situation et les personnages s'installent. Les flics d'abord, Germain le capitaine un peu frêle voire fragile qui mène l'enquête, secondé par des collègues un peu lourdauds -c'est un euphémisme-, le lieutenant Martinetti et ses deux sbires adeptes de la fonte, des poids à soulever et des baffes à distribuer à ceux qu'ils estiment être des salauds. Le suspect ensuite, Jean Boyer, un sale type, violeur et tueur récidiviste qui pense juste ne pas avoir de chance dans ses rapports avec les femmes. Il est toujours en proie à des pulsions mais depuis sa sortie de prison, il se tient, suit un programme qui lui permet de se maîtriser. Néanmoins, et c'est cela la force du roman, j'ai été très mal à l'aise en sa présence, et il est très fortement présent puisque l'un des narrateurs du roman, l'un des écrans par lequel le lecteur passe pour avancer dans cette intrigue, l'autre étant Germain. Ses réflexions, ses pulsions, ses tentatives de minimiser ses actes dérangent et même s'il crie son innocence, je n'avais pas très envie qu'il s'en sorte tant je sentais qu'il ne parviendrait jamais à s'extraire de cette spirale du crime. C'est terrible ce que j'écris là, parce que même si un homme est innocent puisque le romancier fait en sorte que le doute soit présent dans tout son livre, jusqu'à la fin, en entrant dans sa tête, j'ai eu des volontés de le remettre en prison ou dans un établissement adapté, malgré mon assurance affichée que lorsqu'un criminel a payé sa dette, il doit pouvoir se réinsérer. Je le disais, dérangeant ce roman qui pousse à la réflexion, et interroge mes convictions. 

Le contexte est là aussi, pesant, la future élection présidentielle avec un candidat qui communique beaucoup et réagit par l'émotion en voulant faire de la sécurité son credo, c'est lui -et d'autres de ses amis- qui nous a mis en tête qu'un récidiviste n'avait plus de chance de réinsertion, son discours martelé, asséné, bien que je n'écoute pas vraiment les discours politiques, laisse des traces : "Forlain se leva, attrapa un journal et le lui tendit. C'était un exemplaire du Monde avec en première page la photo du ministre de l'Intérieur. Il déroulait un plan sécuritaire qui serait un tremplin électoral formidable pour la présidentielle de 2007. Ses deux principaux leviers : plus de pouvoir aux policiers et des peines planchers pour éviter tout laxisme de la part des juges, surtout avec les récidivistes." (p.72) Germain est sous pression, parce que son patron l'est directement par le ministre. Il faut faire vite et puisque le suspect est le sale type qu'on connaît, pourquoi chercher plus loin ? 

Si je mets en réserve de trop nombreuses répétitions, des rappels des faits redondants qui n'apportent rien au récit si ce n'est 50 pages de trop, ce premier roman est très convaincant -assez pour me faire dépasser l'heure de mon coucher habituel. Une entrée en littérature policière pour Thomas Fecchio pas banale, dérangeante et fracassante. Un polar très hautement addictif. 

Commenter cet article

Thomas Fecchio 19/02/2018 09:26

Bonjour Yv,
Je prends connaissance un peu tard de votre article. Merci pour ce retour !
Pour le reste, je m'active pour transformer l'essai !
Amitiés.
Thomas

Yv 19/02/2018 11:19

Bonjour Thomas et merci de votre passage et de votre commentaire. Je vous relirai évidemment avec grand plaisir.
Yv

Jean dewilde 26/12/2017 15:27

Bonjour Yv,

Je partage entièrement ton analyse. De gros défauts et pourtant un polar qui captive. C'est aussi un coup d'essai, un premier roman, c'est dire le potentiel de l'auteur, à confirmer bien sûr. Amitiés.

Yv 28/12/2017 09:30

Bonjour
oui, je crois que les prochains seront attendus et très bons
Amicalement,

Alex-Mot-à-Mots 19/12/2017 12:02

Toi aussi, les répétitions t'ont agacées.

Yv 19/12/2017 12:57

oui ça m'agace lorsque que l'on répète, sous prétexte des réunions d'équipe l'intrigue et son avncée. Une fois ou deux je veux bien, mais pas aussi souvent

manou 18/12/2017 08:21

A tester alors...je le note dans ma liste qui s'allonge désespérément !

Yv 18/12/2017 09:08

cette fameuse liste... sois patiente, bientôt je fais un bilan de mes lectures préférées de l'année, tu pourras alléger -ou densifier- ta liste