Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Femme de seconde main

Femme de seconde main, Uršuľa Kovalik, Intervalles, 2017 (traduit par Nicolas Guy et Peter Žila).....

Gabriela Hafičová, jeune femme de trente ans est au chômage depuis cinq ans. Elle décide de quitter la Petite Ville dans laquelle elle vit pour la Grande Ville et y devient auto-entrepreneure, elle vend de l'amitié de seconde main, c'est-à-dire qu'elle monnaye non pas ses charmes justement mais son amitié simple. Très vite un premier client l'appelle, Kornel atteint d'une maladie dégénérative, puis une femme d'affaires, Muriel, et enfin une jeune femme mariée à un homme beaucoup plus âgé qu'elle Cindy. Gabriela va désormais organiser son temps entre ses trois clients très demandeurs et parfois envahissants.

D'après l'éditeur, l'excellent maison Intervalles, Uršuľa Kovalik est slovaque et "depuis longtemps impliquée dans la défense du droit des femmes et dans l'aide aux sans-abris. Elle dirige également une troupe de théâtre composée de personnes sans domicile fixe. Femme de seconde main est son premier roman traduit en français", et c'est fort dommage car si les autres sont aussi bons que celui-ci, il est plus que temps de découvrir cette auteure, ou alors, si je prends ce constat avec mon optimisme naturel, c'est une excellente nouvelle, car ça me fera plein de textes à découvrir lorsqu'ils seront traduits. Uršuľa Kovalik part d'une idée simple, les gens dans les grandes villes sont seuls accaparés par leur travail ou dans le cas de ses héros, gêné par leur maladie ou acheteuse compulsive qui ne vit que pour cela. Sur ce constat, elle bâtit son histoire et la société de Gabriela qui vend de l'amitié et rien que cela, pas de sexe. Elle-même est seule avec sa chienne Hilda et son nouveau travail est sans doute aussi important pour elle que pour ses clients.

Très habilement, la romancière parle de la solitude, de la difficulté de vivre très isolé et très chichement, de l'anonymat des grandes villes, d'une génération de trentenaires qui semble en difficulté, sans vrai repère dans ce pays jamais nommé mais dont on imagine aisément qu'il est le sien, la Slovaquie, qui fut jusqu'en 1993, une partie de la Tchécoslovaquie communiste.

Les personnages de Uršuľa Kovalik sont très présents, Gabriela en tête, mais ses clients itou, tous avec leur forte personnalité et leurs blessures visibles ou enfouies, et l'on apprendra à les connaître tout au long du roman.

Deux-cent soixante-dix pages auraient pu paraître longues, et c'est au moment où l'on commence à y penser que l'auteure crée le rebondissement qui relance son histoire qui prend ainsi une tournure et une dimension différentes. Uršuľa Kovalik s'attarde aussi pas mal sur des descriptions de lieux, de la nature, de personnes, de situations pas forcément en rapport direct avec son histoire mais qui apportent un côté décalé, comme lorsqu'une conversation ou une réunion de travail nous ennuient -qui n'a jamais vécu cela?- et qu'on regarde dehors si les lieux le permettent où que notre esprit divague à la suite d'un mot entendu ou d'une attitude d'un collègue, c'est sain et naturel -enfin, ça l'est pour moi, j'espère ne pas être le seul dans ce cas, ça m'arrive souvent (j'espère que mon chef ne lit pas mon blog).

Une auteure et un roman à découvrir qui débute justement par une des descriptions dont je parlais à l'instant, non dénuée d'humour, un humour présent malgré un thème pas toujours gai, un humour parfois noir, grinçant qui donne à la lecture un goût de légèreté tout en faisant passer le message :

"La peinture marron fécal et bon marché des murs de l'agence pour l'emploi semblait ce matin-là un soupçon moins merdâtre. L'écorce rigide d'une branche, parsemée d'un jaune fluorescent, dessinait une longue ligne oblique sur le crépi du bâtiment. Des tickets de bus usagés traînaient au bord du trottoir, tels des vieillards desséchés sur une plage naturiste. Personne ne se pressait." (p.5)

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

zazy 29/09/2017 21:31

Donc à découvrir !

Yv 30/09/2017 10:12

Oui, bien sûr

Alex-Mot-à-Mots 29/09/2017 11:19

Ah oui, la citation est excellente. Un titre qui ne m'aurait pas attiré. A tord.

Yv 29/09/2017 12:29

C'est une histoire originale avec une femme étonnante mais qui réagit dans ce pays où la vie est dure

manou 29/09/2017 09:12

Le titre est surprenant et donne envie d'en savoir plus et ce que tu dis achève de me convaincre. J'aime découvrir des auteurs nouveaux. Merci du partage

Yv 29/09/2017 12:28

Titre étrange et très belle couverture mais qui peut prêter à confusion, point de sexe ici, mais de l'amitié à louer. Original et fort

Aifelle 29/09/2017 07:10

L'extrait que tu cites achèves de me convaincre ; je découvrirai volontiers cette auteure inconnue (de moi).

Yv 29/09/2017 07:21

et de moi aussi avant cette lecture fort intéressante

keisha 29/09/2017 07:10

Tu as raison, il y a quelque chose de bien, là. Je trouvais le titre extra, mais il s'agit d'une traduction, alors je ne vais pas te demander si le titre original est le même...

Yv 29/09/2017 07:20

Le titre en slovaque : Žena zo sekáča. A toi de te faire une idée