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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

By the rivers of Babylon

By the rivers of Babylon, Kei Miller, Zulma, août 2017 (traduit par Nathalie Carré).....

1982, Kingston, Jamaïque, quartier d'Augustown, Kaia un garçonnet de six ans rentre de l'école. Ma Taffy, sa grand-tante chez qui il habite l'attend. Aveugle, elle met un peu de temps à comprendre l'inpensable, l'instituteur de Kaia lui a coupé ses dreadlocks, sacrilège absolu chez les rastafari. Alors, Ma Taffy raconte à son Kaia l'histoire du Prêcheur volant, Alexander Bedward, créateur du bedwardisme. Pendant ce temps, une étrange atmosphère se répand à Augustown en ce jour d'autoclapse. La catastrophe annoncée grandit depuis plusieurs jours, mois ou années.

Foisonnant, puissant. Une bouffée d'air jamaïcain, pas toujours très sain, pas toujours empli de bonnes odeurs mais tellement revigorant.

C'est d'abord une plongée dans le rastafarisme, avec ses "créateurs", Marcus Garvey, Leonard Percival Howell, mais aussi avec les croyants. Kei Miller parle de la société jamaïcaine, les ghettos, les noirs, les plus pauvres et les plus clairs jusqu'aux blancs, les plus riches qui habitent les hauteurs de Kingston, Beverly Hills. En partant de ce que nous pourrions, nous Occidentaux, qualifier d'incident, la coupe des dreadlocks de Kaia, le romancier bâtit un roman sur son pays, ses pratiques religieuses, l'histoire d'icelles et la difficulté de vivre pauvre en Jamaïque en même temps qu'une certaine joie de vivre malgré les manques. C'est donc un roman hautement instructif sur un pays assez peu décrit dans les livres, si ce n'est pour parler de reggae et de Bob Marley ou maintenant des sprinteurs tels Usain Bolt, mais ce serait le résumer trop vite que de se cantonner à cela. Kei Miller n'écrit pas non plus un manuel de l'histoire de son pays, c'est par petites touches qu'il procède et par paraboles, par transmission orale de Ma Taffy à Kaia. D'où une vraie explosion de la langue, des néologismes, des onomatopées érigées en substantifs, quasiment à toutes les pages. L'une de ces inventions qui m'a le plus plu est la suivante : "Certains étaient allés à la rivière dans le but de prouver que Bedward était un menteur et que ses paroles n'étaient que des fadaises-ablabla mais lorsqu'ils ressortaient de l'eau, frais et dispos, guéris de douleurs dont ils n'étaient même plus conscients, ils se muaient en convertis des plus démonstratifs." (p.90). "Fadaises-ablabla", je l'ai notée, mais ouvrir le livre à n'importe quelle page, c'est avoir la chance de tomber sur tel ou tel dialogue aussi coloré. Non pas d'ailleurs que ce roman soit très dialogué, ce sont plus des histoires racontées, des monologues ; je mesure la difficulté en même temps que le plaisir que la traductrice (Nathalie Carré) à dû prendre à travailler sur ce texte.

Kei Miller a un talent fou pour raconter des histoires, pour nous transporter loin et décrire des personnages forts et attachants, même les moins recommandables ont une part d'humanité sous-jacente ou clairement exprimée. Il sait les mettre dans des situations qui les rendent faibles ou forts, dans des moments où leur destin bascule parfois pour un simple geste malheureux. Il ne juge pas et le lecteur ne se sent donc pas pris en otage par le romancier qui lui dirait comment percevoir untel ou untel. Un excellent roman, le deuxième de l'auteur, après L'authentique Pearline Portious, paru en 2016, déjà chez cette très belle maison qu'est Zulma, que je n'ai pas lu, mais d'ores et déjà, je l'ai noté.

PS : et ce titre, qui, invariablement fait venir en tête la chanson...

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Alex-Mot-à-Mots 18/09/2017 14:23

Ca va, la chanson étant joyeuse, je ne t'en veux pas.

Yv 18/09/2017 18:16

merci

zazy 17/09/2017 21:54

Ah Zulma et ses tentations ! Quant à la chanson, merci mais pas envie qu'elle me scie le cerveau toute la nuit (je pense que c'est déjà fait)

Yv 18/09/2017 08:10

C'est inéviatble, ce petit air qui te tient, tu me remercieras plus tard

keisha 17/09/2017 14:50

Tu donnes envie; et Zulma, aussi (nan je ne suis pas allée voir cette chanson, je l'avais déjà en tête (soupirs)

Yv 17/09/2017 18:52

le titre suffit à la mettre en tête, et Zulma, comme d'hab, très bien...

Pierre De La Grammoire 17/09/2017 12:00

Cela donne envie! Cela me rappelle un bouquin de Russell Banks, Sous le règne de bone, qui se passe également en Jamaïque.
Je pense aller vite chez nos libraires préférées!!

Yv 17/09/2017 18:51

Pierre de la Grammoire, ça le fait, j'ai mis un temps à te situer. Pour info, il me semble bien que ce livre est chez nos libraires