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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Mangez-le si vous voulez

Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé, Julliard, 2009....

Hautefaye, Dordogne, 16 août 1870, c'est jour de foire dans la commune. Les rues et les places sont noires de monde, l'ambiance est à la fête et aux affaires même si les temps sont durs, la sécheresse sévit depuis un moment et l'eau est rationnée, et plus globalement, la guerre que mène l'empereur Napoléon III contre la Prusse est mal engagée. Alain de Monéys, jeune bourgeois du coin se rend à la foire avant de partir pour le front de Lorraine, à sa demande malgré une claudication sérieuse. Bien connu, il est adjoint au maire et travaille sérieusement à un projet d'irrigation qui servira au plus grand nombre. Cependant, un quiproquo, une phrase mal entendue et c'est le début d'une violence sans nom contre Alain de Moénys qui sera battu, lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.

 

J'aime beaucoup Jean Teulé, j'aime l'entendre parler de ses livres et de ceux des autres, mais je dois bien dire que je n'avais jamais réussi à le lire totalement convaincu. Le magasin des suicides m'a déçu. Je, François Villon ne m'a pas transporté. A chaque fois quelque chose coince. J'ai bien failli me retrouver dans la même situation avec ce roman (basé sur des faits réels) : les débuts sont un peu naïfs, joliment comme si Alain de Monéys était une sorte de Candide qui vivait dans un monde beau. Son arrivée dans le village de Hautefaye est belle, lui sur son alezan, les paysans lui parlant tous de bonne humeur. Les dialogues ne sont pas crédibles, personne ne parle ainsi : "Bonjour Etienne Campot. Ça va Jean ? (...) Qu'allez-vous donc faire à la frairie de la Saint-Roch avec ce boulonnais, les frères Campot ?" (p.13/14). On se croirait au théâtre lorsqu'un acteur fait exprès de mal jouer et de mal dire les répliques. Ca sonne faux, mais c'est sans doute pour donner beaucoup d'informations sur les relations entre la future victime et ses futurs bourreaux, sur l'ambiance du jour, sans être trop magistral.

Heureusement, ça ne dure pas et lorsque la violence s'installe, Jean Teulé reprend une écriture plus sèche et directe. Contrairement à sa manière de parler, même s'il n'élude rien, il n'use pas d'un vocabulaire argotique et reste sobre, ce qui rend son récit très visualisable et ne l'édulcore point. C'est dur, c'est fou, c'est inimaginable, c'est parfois à la limite de ce que peut endurer un lecteur surtout parce qu'il sait que le fait est avéré, que Alain de Monéys en est véritablement passé par là. On est donc face à la folie humaine aux débordements incontrôlés et incontrôlables, aux effets de masse, de foule, et même au-delà. Comment peut-on en arriver jusqu'à molester, frapper, torturer et brûler vif un homme ? Un ennemi on pourrait si ce n'est comprendre au moins entendre certaines raisons, mais un homme du coin aimé et respecté ?

Le roman commence comme une bluette, puis part dans des accès de violence inouïs. L’auteur parle de tous les protagonistes, de ceux qui veulent empêcher le massacre, de ceux qui ne voient plus rien que la personne à abattre et qui n’expliqueront jamais vraiment leur geste. Il joue avec son écriture nous promettant une belle histoire qui dérive très vite dans un déchaînement de violence décrit en phrases courtes, rapides, et dans un vocabulaire courant emmenant son lecteur au bord du dégoût mais aussi l’empêchant de lâcher son livre. Enfin, je pourrais dire que j’ai aimé un roman de Jean Teulé (merci Pierre –qui se reconnaîtra- pour ton prêt). Un livre qui m’a rappelé un autre, du même genre, Un juif pour l’exemple de Jacques Chessex, dur et beau en même temps.

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krol 29/01/2017 20:54

J'ai lu ce livre il y a plusieurs années et je ne l'ai pas aimé du tout. Depuis je ne lis plus cet auteur. Je l'ai trouvé mal écrit et tu le dis toi-même les dialogues du début sont pathétiques... Je pense que le début m'ayant vraiment rebuté je n'ai pas réussi à adhérer au reste.

Yv 30/01/2017 07:22

je me suis accroché parce qu'on m'avait dit grand bien du livre, j'ai bien fait, j'ai globalement aimé ce roman, malgré les dialogues assez pauvres du début.

Hélène 23/01/2017 08:34

ô honte, je n'ai jamais lu Jean Teulé ! par lequel commencer ?

Yv 23/01/2017 08:53

Celui-ci, c'est celui que j'ai réussi à lire ou alors Fleur de tonnerre, qui sort en film en ce moment mais que je n'ai pas encore lu

Emma 22/01/2017 09:31

Je suis quelquefois déçue par cet auteur mais j'avais beaucoup aimé celui-ci. Il me reste le Montespan que je n'ai pas encore lu.

Yv 22/01/2017 10:44

Pareil pour moi

manou 21/01/2017 07:34

J'avoue n'avoir jamais été tentée de lire Teulé, alors je dis pourquoi pas ! Il faudra bien qu'un jour je me décide à en lire un tout de même...mais vu les commentaires que tu as eu sur celui-ci j'en choisirai peut-être un autre.

Yv 21/01/2017 09:30

ils sont tous assez enlevés, peut-être Le Montespan, plus léger ?

Le Merydien 20/01/2017 22:02

Lu et chroniqué il y a quelques années, il m'avait permis de lire enfin Teulé qui tout comme pour toi me donnait envie le pied sur le frein. J'en garde quand même un souvenir d'innomable quand à la fin de cet homme.

Yv 21/01/2017 09:28

Certes, je suis assez d'accord, on frissonne à l'idée de savoir que c'est un fait réel

zazy 20/01/2017 17:53

J'apprécie beaucoup Teulé, mais j'avoue quelques réticences à lire ce livre

Yv 20/01/2017 20:15

c'est spécial , mais très bien

Alex-Mot-à-Mots 20/01/2017 12:17

J'aime bien l'entendre parler, également. Mais ce roman-ci m'a déçu : trop de scatologique, sans doute.

Yv 20/01/2017 20:15

Je suis ravi d'avoir réussi celui-ci

Kathel 20/01/2017 09:57

J'avoue que le sujet m'effraye, surtout si rien n'est caché... Je lirai plutôt Fleur de Tonnerre si l'occasion s'en présente. Jean Teulé n'a pas l'air de ressembler à ce qu'il écrit !

Yv 20/01/2017 10:06

Suite au commentaire de Sandrine, je viens juste d'acheter Fleur de tonnerre...

Sandrine 20/01/2017 07:15

Celui-ci fait partie de mes Teulé préférés. Pas autant que "Fleur de Tonnerre", vraiment au top, mais très bien grâce à ce mélange de rire noir, de peur et d'incrédulité. Chessex oui, pour le thème, mais le Suisse est beaucoup plus dur (pas de légèreté...).

Yv 20/01/2017 08:01

Effectivement pas du tout de légèreté dans le Chessex, pas le genre du monsieur. Me reste à essayer Fleur de tonnerre alors, ça tombe bien, c'est d'actualité je crois qu'un film sort en ce moment...