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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Un hiver avec le diable

Un hiver avec le diable, Michel Quint, Presses de la cité, 2016.....

Robert est un petit escroc sans envergure. Sa dernière arnaque consiste à faire croire à de jeunes mamans que leur bébé est élu bébé du mois et en échange de quelques billets, il leur "offre" des photos. Mais à la maternité, il ne résiste pas au regard et à la personnalité d'Hortense, jeune mère célibataire. Il se propose même de la raccompagner dans son petit village d'Erquignies, proche de la frontière belge où elle est institutrice. 1953, le nord de la France se remet difficilement de la guerre ; c'est aussi l'année du procès des massacreurs d'Oradour et la guerre en Indochine dans laquelle des garçons du pays sont impliqués. Les tensions un moment enfouies sont ravivées par un incendie qui ravage une ferme du village et tue une famille de quatre personnes. Robert, parce qu'il veut veiller sur Hortense et son enfant et parce qu'il veut connaître le pyromane décide de rester un peu à Erquignies. Il trouve du travail au bistrot, le centre de toutes les discussions.

Une chronique d'un village quelques années après la guerre qui pourrait être banale, sauf qu'elle est raconté par Michel Quint. Il sait comme personne inventer des situations, décrire des personnes avec des secrets bien gardés. Tous les protagonistes ont quelque chose à cacher, les premiers rôles comme Robert et Hortense, mais aussi les seconds rôles et notamment Odette la femme du bistrotier, tous les habitants du village : un passé peu glorieux pendant la guerre, des relations adultères, des trafics en tous genres, des dénonciations, des jalousies poussant à des actes inavouables, ... Bref, aucun personnage n'est tout blanc ou tout noir. Michel Quint ancre son histoire dans cette année 1953 et je dirais même dans cet hiver (janvier/février) qui correspond aux dates du procès d'Oradour. Hortense est alsacienne, comme les accusés, les malgré-nous, qui enrôlés de force dans la division Das Reich de la Wafen-SS furent coupables du massacre, elle est donc si ce n'est suspectée au moins vue par certains d'un mauvais oeil. Ce procès est le centre des conversations pendant tout l'hiver, avec la guerre d'Indochine puisque l'un des garçons du village en est revenu mutilé et un autre y est encore. Puis, ce sont les incendies volontaires qui se succèdent dans les alentours d'Erquignies qui viennent supplanter les autres sujets. A coup d'anecdotes, de noms de politiques, de titres de chansons de l'époque, de noms de journalistes, de personnalités diverses, l'auteur nous plonge définitivement dans cet hiver 1953, dans le nord de la France. Quels beaux personnages dans son roman : totalement crédibles et humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs lâchetés et leurs courages... Ils sont tous aimables et antipathiques, bons et mauvais. Tout tourne autour des relations qu'ils entretiennent, une vraie vie de village avec ses amitiés, ses inimitiés, ses ragots, ses jalousies...

Et puis, la grande force de ce roman réside comme dans tous les livres de Michel Quint dans la langue, dans l'écriture du romancier. Il sait construire des phrases très particulières, la virgule là où l'on ne l'attend pas forcément qui nous oblige à ralentir le rythme de lecture voire à revenir en arrière et relire la ou les phrase(s). Il les déstructure, change l'ordre des mots, fait suivre dans une même phrase une description et une remarque d'un personnage sans nous prévenir -à nous de faire avec et de s'y retrouver. Cette construction donne assurément un style, pas toujours simple, mais d'une grande beauté. Un style entre l'oral et le descriptif, très personnel, qui personnellement me ravit. Il m'oblige -comme je le disais plus haut- à prendre mon temps, à prendre plaisir à lire tous les mots, dans l'ordre voulu par l'auteur. Michel Quint n'écrit pas tout son livre de cette manière, il est parfois plus classique, ce qui permet de lire certains passages plus vite et de surtout ne pas prendre l'habitude de ses phrases si particulières et donc de s'y arrêter un peu plus longtemps, comme s'il voulait nous les faire remarquer.

"Madame Bonnard appelle Alain dans le vestibule, on hurle des horaires de cours en fac, de TD annulés, de rendez-vous avec des copains, de refus de se laisser conduire à Lille, de recherche de tickets pour le bus Bolle, on cavalcade dans l'escalier, Jacqueline passe le nez, entre, virevolte de queue-de-cheval et de jupe new-look, une vraie fausse ingénue de calendrier pour routiers, vient jeter quelques magazines sur la table basse. Bonjour, elle voit Roland, considère le nourrisson, lui fait un guili dans un immense sourire, elle est belle ainsi, Jacqueline, qu'est-ce qu'il est mignon..." (p.159)

Qui pourrait résister à ça ? Pas moi.

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Valérie 28/11/2016 20:40

Je n'ai toujours pas lu cet auteur. Quel titre est ton préféré?

Yv 28/11/2016 22:41

j'aime beaucoup "Close up" ainsi que "Les joyeuses"

Nicole Grundlinger 25/11/2016 16:57

J'ai découvert Michel Quint tardivement avec Apaise le temps mais je pourrais rapidement devenir accro... Voilà qui me tente bien !

Yv 26/11/2016 09:17

je l'ai moi-même découvert assez tardivement, mais depuis, dès que je tombe sur l'un de ses livres, nouveau ou ancien, je prends

Saxaoul 25/11/2016 11:10

et ensuite, on y prend goût.
On a peu entendu parler de ce roman mais c'est un vrai régal !

Yv 26/11/2016 09:16

et oui, comme tous les livres de l'auteur.

keisha 25/11/2016 07:51

Exact, ça m'a l'air plaisant et intéressant comme écriture (en plus du cadre années 50))

Yv 25/11/2016 07:54

Oui c'est ça qui est bien avec Michel Quint, son écriture

Le Papou 24/11/2016 14:31

D'accord ! D'accord, Yv, je vais en lire un de Michel Quint, promis. :-)
Le Papou

Yv 24/11/2016 16:58

Il a aussi écrit des polars, il écrit beaucoup, fais ton choix...

Alex-Mot-à-Mots 24/11/2016 12:54

Comme Noukette, voilà une bonne nouvelle.

Yv 24/11/2016 13:02

excellente évidemment

Noukette 24/11/2016 11:41

Un nouveau roman de Michel Quint...? Oh mon dieu... Tu viens d'illuminer ma journée !

Yv 24/11/2016 13:01

et j'en suis ravi