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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Alice ou le choix des armes

Alice ou le choix des armes

Alice ou le choix des armes, Stéphanie Chaillou, Alma, 2016..,

L'inspecteur Kerrelec enquête sur le meurtre de Samuel Tison. Mis sur la piste d'une ancienne collègue de la victime par une lettre anonyme, il la reçoit, plusieurs jours consécutifs et l'écoute parler de ses relations professionnelles avec Samuel Tison. Alice Delcourt, la jeune femme soupçonnée, par petites touches évoque assez rapidement le harcèlement moral auquel elle devait faire face -et ses collègues aussi-, mené par la victime.

Livre déconcertant, qui n'est pas, je le précise dès mon entame de chronique, un roman policier, bien qu'il se déroule en huis clos au commissariat. Déconcertant, parce qu'il débute très bien, dans un certain suspens, une tension puisqu'on ne sait pas trop où l'auteure et son héroïne veulent nous emmener, et que le rythme et le style de la romancière sont très prometteurs, et parce que ce qui m'a plu au départ a fini par me lasser. Heureusement que l'ouvrage ne fait que 136 pages, sinon, je crois que je ne serais pas allé au bout.

J'aime bien la construction en petits chapitres, un par jour d'audition. J'aime bien aussi le style fait de phrases hachées, qui collent au monologue d'Alice, qui sans doute, comme beaucoup d'entre nous, ne finit pas sa phrase avant d'en entamer une autre : "L'impression aussi que le mécanisme dont elle tentait de rendre compte, ce mécanisme ancré dans la réalité, avec ses étapes, ses effets, ses retentissements. Ce mécanisme, mené par Samuel Tison avec constance et détermination. L'impression donc, que ce mécanisme, pour eux, ne correspondait à rien, ne représentait rien." (p.51) Et puis parfois, ce procédé m'agace, parce que les phrases n'ont pas de sens -on dirait du C. Angot : "Il vivait qu'il régnait sur elle, sur eux, comme sur une basse-cour d'êtres vivants mais faibles et invertébrés." (p.87/88) Dans le même genre, j'ai aimé les répétitions du premier extrait. Stéphanie Chaillou en use pas mal, mais parfois, ça fait grincer des dents : "Les limites de ce qu'elle pouvait faire, de ce qu'il était possible d'assumer qu'elle fasse, qu'elle ferait, qu'elle avait fait aussi. Et elle n'était pas prête à faire n'importe quoi, me dit Alice Delcourt." (p.98/99) Là, je pense qu'elle atteint également les limites de cet autre procédé, le sens est altéré, et la phrase franchement très moche. Déconcertant donc parce que ce qui plaît au départ finit par fatiguer, l'auteure tire trop sur la corde. Déconcertant enfin, parce que je n'ai pas compris les fins de chapitres qui parlent du théâtre d'Alice, je ne dis pas qu'elles ne sont pas belles, mais elles arrivent de manière... déconcertante et ne m'ont rien apporté.

Néanmoins, je dois dire qu'à travers les questions de l'inspecteur et les réponses d'Alice, se révèle une femme qui ose dire ce qu'elle a subi. Le harcèlement moral n'est pas un sujet beaucoup traité dans le roman, je sais gré à Stéphanie Chaillou d'en parler, ce n'est pas facile, et malgré toutes mes remarques précédentes, c'est plutôt bien fait. De la même manière qu'Hugo Boris parlait des gardiens de la paix, dans son roman Police, de ceux qu'on ne voit pas, qui font le sale boulot, elle parle des petites gens, de nous les lecteurs, de ce qu'on peut vivre ou de ce qu'on entend autour de nous. Ce n'est pas une mode très partagée, les romanciers parlant souvent d'eux-mêmes ou de leurs congénères.

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zazy 30/08/2016 15:04

Une maison d'édition que j'apprécie. Alors, déconcertant...

Yv 31/08/2016 08:25

j'ai un peu plus de mal, ce n'est pas le premier de la maison que je n'aime pas ou qui me laisse dubitatif

Noukette 30/08/2016 10:18

Déconcertant, c'est l'adjectif que je retiens... Du coup, j'hésite...

Yv 30/08/2016 10:44

A toi de te faire ta propre opinion, peut-être avec d'autres avis...

Aifelle 30/08/2016 07:14

Je ne suis pas très tentée, même si en effet le thème de départ est intéressant.

Yv 30/08/2016 08:25

bah, tant pis...