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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Mon chat Yugoslavia

Mon chat Yugoslavia

Mon chat Yugoslavia, Pajtim Statovci, Denoël, 2016 (traduit par Claire Saint-Germain)..,

1980, Yougoslavie, Eminè se marie avec un homme qu'elle ne connaît qu'à peine, Bajram. Toute jeune, elle ne sait pas grand chose de la vie sauf qu'elle devra être une bonne épouse et se plier aux us et coutumes de son pays. Les préparatifs du mariage avancent, l'angoisse monte.

De nos jours, Helsinki, Finlande, Bekim un jeune homosexuel fait des rencontres dans des bars gays, jusqu'à celle du "chat". Il achète un serpent qu'il laisse vivre en liberté dans son appartement. Bref, Bekim peine à s'intégrer dans la société finlandaise, trop solitaire, trop renfermé.

Plein de bonnes choses dans ce roman mais aussi pas mal de moins bonnes. Commençons par ce qui fâche : beaucoup de longueurs, un livre qui peine à démarrer, il faut attendre la page 130 pour qu'enfin une éclaircie parvienne au lecteur que je suis. Éclaircie qui ne veut pas dire que toute la lumière sera faite sur tous les points qu'aborde l'auteur. Ce qui m'amène à une autre réserve, c'est un roman foutraque qui démarre plein de pistes, les explore ou pas... et peut perdre son public en cours de route. En un mot, c'est parfois le bordel. Pour finir sur les notes moyennes, je dirais que l'écriture n'a rien de suffisamment exceptionnel pour retenir le lecteur. Il faut se faire violence pour tenir les premières pages et ne pas hésiter à sauter des passages longs qui n'apportent strictement rien au fond -ni à la forme- ; 330 pages qui auraient pu être très raisonnablement réduites et condensées sans nuire aux propos.

Malgré tout cela, et malgré mes envies de lâchement quitter le roman, je ne l'ai pas fait car il y a un ton et des situations qui m'ont retenu. D'abord les contextes : celui de la Yougoslavie des années 80 qui va bientôt exploser, Tito venant de mourir laissant place aux nationalismes exacerbés de certains, Milosevic en particulier. Dans ce pays, vivent des Albanais, dont Eminè et son futur mari avec des traditions fortes, dont celle qui concerne le rôle de la femme, très archaïque à nos yeux d'Occidentaux. Ce qui paraissait un beau mariage va vite tourner au cauchemar pour Eminè, devenue femme battue, brimée et aux ordres de son époux. On avance dans la vie du couple bientôt famille avec 5 enfants, notamment lorsqu'ils fuient la Yougoslavie en guerre pour se réfugier en Finlande. Ils y vivront le racisme au quotidien, la honte d'être à part "Nous étions devenus le genre de personnes qui se lient d'amitié avec les opprimés, avec ceux qu'on n'aime pas. Nous étions rejetés au même titre que les Tziganes, nous étions de ceux qui venaient de loin pour entrer dans ce pays, où les gens étaient si blancs qu'on les aurait cru faits de neige tassée. Moi, je nous considérais comme blancs, mais à leurs yeux, notre blanc, ce n'était pas la même chose." (p.193/194) Et pourtant l'espoir, ils l'avaient en arrivant en Finlande, comme le disait Bajram à Eminè : "Ils ont plus que ce dont ils ont besoin. Pourquoi ne voudraient-ils pas de nous ici ? Qu'est-ce qui pourrait bien leur manquer, qu'ils n'auraient pas déjà ?" (p.195)

L'autre partie est consacrée à Bekim qui peine à trouver son équilibre. Jeune homosexuel, sa vie affective est pauvre et son intégration pas très aisée dans ce pays qui n'est pas moins remonté contre les étrangers que dans les années 90 lorsque Bajram et Eminè sont arrivés. Il s'achète un boa constrictor, le laisse vivre dans son appartement en liberté, s'installe avec un ami qui le manipulera et l'utilisera. J'avoue n'avoir pas tout saisi de la vie de ce jeune homme, sans doute me manquait-il quelques codes. Un rien barré, il va devoir passer par quelques épreuves dont celle de la recherche des origines pour tenter de vivre enfin.

Malgré mes réserves, je reste sur une image plutôt positive de ce roman et de l'auteur qui gagnera à faire plus court, plus dense. Il est suffisamment décalé, loufoque pour écrire d'autres livres hors du commun. A suivre donc.

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zazy 01/02/2016 19:09

Moi aussi, je vais attendre !

Yv 01/02/2016 20:17

ah encore une...

Alex-Mot-à-Mots 01/02/2016 14:45

J'attendrais donc ses romans plus condensés.

Yv 01/02/2016 15:29

oui, plus précis, plus maîtrisés

Violette 01/02/2016 14:10

tes bémols me convainquent de tranquillement passer mon chemin...

Yv 01/02/2016 15:29

en attendant un autre roman plus abouti

clara 01/02/2016 10:45

j'attendrai son prochain roman

Yv 01/02/2016 11:38

... qui j'espère sera plus abouti

keisha 01/02/2016 08:42

La partie consacrée à Eminè est réussie, non? Moi j'y étais, dans ces traditions, dans ce pays où la guerre va survenir!
Pour la Finlande, il y a des échos de ce qui peut se passer en France.
Un peu longuet parfois, mais je l'ai moins ressenti que toi, avant la page 130 en tout cas j'étais dedans!

Yv 01/02/2016 09:25

Oui, la partie sur Eminè est la plus réussie, c'est l'autre qui m'a un peu moins plu.

Jostein 01/02/2016 06:46

En cours de lectures (2/3). Je n'ai lu que quelques lignes de ta chronique et j'y reviendrais plus tard.
Du bon et du moins bon...me semble juste. Mais globalement un avis plutôt positif pour la découverte des us et coutumes du pays.

Yv 01/02/2016 07:16

Je pense qu'on sera exactement sur la même impression