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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Paix à leurs armes

Paix à leurs armes

Paix à leurs armes, Oliver Bottini, Piranha, 2016 (traduit par Didier Debord)...

Un cadre d'une entreprise d'armement allemande est enlevé à Constantine en Algérie, en 2012, alors qu'il était sous surveillance appuyée. La piste des terroristes est bien sûr tout de suite envisagée et privilégiée, mais Ralf Eley, le responsable de la sécurité de l'ambassade allemande flaire une embrouille. Il y a des indices qui ne le trompent pas et malgré les ordres, il décide de mener sa propre enquête, dans un pays violent notamment envers les Européens. En outre, Ralf entretient une relation avec une femme algérienne. Ils se cachent, se voient peu et toujours au secret. Une période compliquée pour Ralf.

J'ai déjà rencontré Oliver Bottini, qui, comme son nom ne l'indique pas, est un écrivain allemand, dans ses deux romans précédents : Meurtre sous le signe du zen et L'été des meurtriers. Changement d'éditeur français cette fois-ci et changement de décor, Louise, sa flicque alcoolique, torturée et peut-être sauvée par la méditation laisse la place à Ralf Eley, qui doit marcher sur des œufs pour ne froisser personne, et surtout pas les décideurs algériens et les vendeurs d'armes allemands. Le plus gros problème de ce roman c'est qu'il a tellement d'entrées et de personnages qu'il en est confus surtout au début. Certaines explications arrivent au fur et à mesure, mais mon esprit ne fait pas toujours le lien entre toutes les situations, les protagonistes. C'était déjà un peu le cas avec les romans précédents de l'auteur. Et puis, il faut bien dire que le monde des fabricants d'armes est opaque pour ne pas dire plus et s'y retrouver dans ses arcanes relève du défi.

Néanmoins, le contexte décrit par Oliver Bottini est fort, surtout pour les lecteurs français qui pourront voir certaines explications comme superfétatoires, qui ne le sont évidemment pas pour les lecteurs d'autres pays qui ne connaissent pas forcément les liens entre l'Algérie et la France. Toute l'intrigue naît au temps de la guerre d'indépendance, puis continue dans la décennie noire du pays (les années 1990 et le combat contre les extrémistes). 2012, le pouvoir algérien est encore fragile, et d'autres groupes d'extrémistes ont fait leur apparition, Aqmi, Al-Qaïda,... Les Européens sont ultra-protégés, mais font encore du commerce notamment d'armes ; les entreprises d'armement ne faisant pas dans l'humain se moquent des conséquences : "Les hommes n'ont aucune importance. Les trusts d'armement et les gouvernements ne travaillent pas en fonction des valeurs et des idéaux des hommes, mais en fonction des impératifs économiques. Les processus sont automatisés. Tu veux investir dans mon pays ? Bien, je veux tes blindés ! Tu veux notre pétrole ? Notre gaz ? Notre énergie solaire ? Bien, je veux tes fusils d'assaut !" (p.156) Je ne découvre rien, je ne suis pas naïf à ce point, mais ce monde fort bien décrit par O. Bottini fait peur et nous entraîne vers la violence et la haine avec un cynisme affiché et insupportable.

Assez peu d'espoir dans ce roman, le ton est froid, les hommes à peine plus chauds ; le thème n'inspire pas la gaudriole et le style et le rythme exacerbent sans doute ce sentiments de noirceur. A conseiller à ceux que le genre ne rebute pas et qui prendront du temps pour ne pas se perdre en route. Ceux-là trouveront sans doute un livre excellent. Moi, je m'y suis un peu perdu, ce qui ôte une partie de sa saveur.

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zazy 11/01/2016 17:13

Pas envie de me perdre, alors, je passe

Yv 12/01/2016 10:42

peut-être ne t'y serais tu pas perdue ?

Flo 10/01/2016 09:26

C'est vrai qu'il faut s'accrocher au début et le rythme lent n'aide pas à entrer dans l'histoire mais je trouve que ça en valait la peine. Ce n'est pas dans mes lectures habituelles et je n'en lirais pas dix comme ça sur l'année mais ce fut pour moi une expérience intéressante.
Contente de lire un autre avis.

Yv 10/01/2016 11:02

Oui, en fait Bottini a une écriture assez exigeante pour le lecteur, mais le résultat est assuré au bout