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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Quel pétrin !

Quel pétrin !

Quel pétrin !, Céline Barré, Éd. de la Commune (auto-édition), 2015...,

Tresville-sur-Mer, une petite ville tranquille du Cotentin attend la déviation qui permettra à ses habitants de souffler un peu. Mais l'envoyé du Président de France -un despote élu- précise que cette déviation se mérite et que le village devra faire de gros efforts d'attractivité, notamment en rénovant et embellissant sa chambre d'hôte tenue par le noble du coin Théodore de la Morne, son magasin principal géré par Gérard Bourdon et la boulangerie de Jérôme et Jocelyne Lamaseau. C'est Jocelyne qui est chargée de coordonner tous les travaux. Elle a trois mois pour réussir le pari de changer Tresville-sur-Mer de bourg rural sans charme à une localité qui attirera les touristes.

Céline Barré est abonnée à mon blog, si si il y en a... Après quelques compliments de sa part -et non, je ne suis pas insensible- j'ai cédé à sa proposition de lire son roman. Je le fais peu, mais lorsque je le fais, je suis assez rarement déçu -cf. David Guinard et Laurence Labbé. Cette fois ne déroge pas à la règle, j'ai apprécié la lecture de Quel pétrin ! malgré quelques réserves très personnelles. Histoire de finir sur les bonnes notes, je vais débuter par les moins bonnes : quelques longueurs dans les digressions, dans les exagérations censées préparer à la chute humoristique, rien de très gênant, il suffit de les passer un peu plus vite ; deux ou trois fins de chapitre telles que je les déteste qui annoncent les futurs rebondissements : "Elle ne tarderait pas à constater que la venue du jeune Killian allait s'accompagner de multiples agacements. Petits et grands déboires iraient se succédant pour finir dans une apothéose d'incompétence crasse." (p.40)

Passés ces reproches, me voici plongé dans un cloche-merle français bien agréable, léger, enlevé et drôle. Ce qu'il y a de bath dans cette histoire, c'est que certains rebondissements sont prévisibles et même souhaitables et d'autres totalement inattendus et donc particulièrement réjouissants. Céline Barré construit son village autour de personnalités fortes, Jocelyne tout particulièrement, qui prendra la tête de la rébellion. De ces stéréotypes, elle en fait des personnages à la fois attachants et agaçants. Je l'aime bien ce village, mais je ne suis pas sûr d'avoir envie d'y vivre. Tout ce qu'on peut espérer et craindre s'y déroule, sauf le meurtre, on n'est pas dans un polar : l'envie, la jalousie, la peur, l'amour, l'adultère, la fainéantise, le dégoût, ... Et c'est bien normal puisqu'il est constitué de gens tellement différents, entre les prolétaires, le maire qui ne pense qu'à son musée du cochon, Jocelyne et Jérôme qui la quarantaine passée commencent à réaliser qu'il n'y a peut-être pas que la boulangerie dans la vie, les de la Morne pas habitués à travailler et qui vont devoir trouver un moyen de remettre leur maison aux normes, la bimbo-vendeuse en boulangerie qui met le feu aux caleçons des hommes, les Roms qui vont s'installer un moment en s'attirant tous les regards emplis de peur et de détestation, le jeune de banlieue, ...

Une histoire rondement menée et élégamment écrite qui se lit de bout en bout avec grand plaisir et envie de connaître le dénouement. L'auteure joue avec les mots, leurs sens et doubles-sens, j'aurais même souhaité qu'elle en jouât encore un peu plus. Pour finir, un extrait que j'aime particulièrement -justement parce que là, elle est allée au bout de l'exercice-, pour la figure de style utilisée, un zeugma si je ne me trompe :

"Théodore, enseveli sous la honte, n'était pas sorti depuis l'annonce du triste et à peine croyable accord que son épouse avait conclu. Comment faire face à tous ceux qui le penseraient complice, et comment leur expliquer qu'aux Embruns il portait son titre nobiliaire, les paniers du marché, Marie-Cécile aux nues quand elle terminait une broderie, les plats jusqu'à la table du dîner, les valises lorsqu'ils voyageaient. Mais la culotte jamais !" (p.107)

Suite est prévue. Je prends avec plaisir.

Céline Barré est visible sur son blog et sur facebook. Livre en vente sur Amazon.

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Ortiz Luciana 03/12/2015 19:15

J'aime beaucoup votre sens acerbe de la critique! Je le découvre ce jour! A suivre avec plaisir...

Yv 03/12/2015 20:24

Merci, je vous recevrai sur le blog avec grand plaisir.
A bientôt

keisha 03/12/2015 13:55

Cela m'a l'air fort sympathique (et j'ai appris grâce à une blogueuse que les annonces -qu'utilisent d'autres auteurs!- sont des prolepses)( J'me la pète. ^_^)

Yv 03/12/2015 14:03

je n'ai pas compris le principe de ou de la prolepse, mais c'est fou ce qu'on apprend en bloguant

Alex-Mot-à-Mots 03/12/2015 13:42

Et que pense l'auteure de ton billet ?!

Grâce Minlibé 03/12/2015 10:57

Chronique intéressante et sincère.

http://goo.gl/393hnI

Yv 03/12/2015 11:07

merci