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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

J'ai vu la fin des paysans

J'ai vu la fin des paysans

J'ai vu la fin des paysans, Éric Fottorino, Denoël, 2015 (photographies de Raymond Depardon) ....

Éric Fottorino, avant de devenir un écrivain connu et reconnu est journaliste, il est le cofondateur de l'hebdomadaire Le 1. Auparavant, il a travaillé au journal Le Monde, en a été le directeur de publication, mais ses débuts, au milieu des années 80 jusqu'au début de la décennie suivante, il les a faits à l'agriculture et aux matières premières. Ce livre est la publication des textes du journaliste de ces années-là, qui reviennent donc sur la crise de l'agriculture française et européenne, cette agriculture qui se modernise à outrance et perd petit à petit sa tradition, ses hommes, ses animaux et ses exploitations familiales.

Les agriculteurs vont mal. Certains qui se sont endettés pour agrandir ou moderniser leurs exploitations croulent sous les dettes. Ils ont dû investir pour s'installer, puis réinvestir pour produire plus, pour obtenir de nouvelles machines, de nouvelles technologies... c'est la course sans fin, le cercle vicieux : investir donc s'endetter pour produire plus et produire plus pour rembourser les dettes, mais comme les cours d'achat baissent, l'argent rentre moins. Il y a forcément un moment où le cercle grossit tellement qu'il éclate, et là, les éclats sont violents et directement pour le paysan. C'est le cas maintenant, ça l'était déjà il y a trente ans. Éric Fottorino, pendant une dizaine d'années a suivi l'évolution du métier et l'on voit bien dans ses chroniques naître l'angoisse du paysan de ne pas y arriver, son malheur de ne plus pouvoir céder son exploitation à ses enfants partis en ville, dans le même temps que les industriels du métier, les grands céréaliers usent de tous les moyens pour produire encore plus et moins cher. Les grandes entreprises états-uniennes sont très présentes également (Monsanto en tête) qui vendent des produits chimiques, des techniques nouvelles promettant monts et merveilles aux paysans qui se laissent convaincre et aux décideurs européens qui s'aplatissent devant les lobbyistes. Les États-Unis ont permis à l'Europe de se libérer du nazisme, mais ils ont profité de la brèche ouverte pour introduire leurs produits, leurs entreprises, leurs modèles d'exploitations agricoles gigantesques qui ne fonctionnent qu'aux engrais et hormones, taxant les produits européens et refusant d'être taxés sur les leurs. Avec tout le respect, les remerciements, la gratitude qu'on leur doit, il est temps que l'Europe se bouge un peu et revienne à des principes plus naturels. Début des années 90, Éric Fottorino parle du futur des paysans français, de leur obligation de se diversifier : agriculture bio, agrotourisme, pratiques saines et ancestrales qui entretenaient la terre (comme par exemple les élevages de moutons qui nettoyaient les sous-bois et limitaient les feux de forêt), ... Près de trente années plus tard, le mouvement a commencé, petitement, localement (au moins par chez moi) : les marchés avec des producteurs locaux renaissent ou reprennent vigueur (deux marchés hebdomadaires dans ma commune, et pas mal sur toute l'agglomération nantaise), de nombreuses AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) sont nées, les ventes directes ; l'agriculture biologique a progressé ; il me semble même que les paysans qui fonctionnent avec ces circuits courts s'en sortent correctement, ils ont retrouvé une culture ou un élevage en harmonie avec la nature et ne la forcent plus ; contrairement aux idées reçues, je le sais d'expérience, les denrées achetées par ces biais ne sont pas plus chères qu'au supermarché.

Ce sujet et ce bouquin sont passionnants, c'est une excellente idée que de ressortir ces chroniques d'Éric Fottorino, on mesure les tous petits pas faits et les grands qu'il faut encore accomplir. Le discours du journaliste est parfois technique, avec des chiffres, des noms qu'on a oubliés, mais le contenu est vraiment intéressant et je le rejoins sur beaucoup de points, je me rends même compte qu'il à dû se créer quelques inimitiés, car dans les années 80/90, parler de revenir à de saines pratiques, de renoncer aux rendements à outrance, chercher à favoriser l'agriculture bio n'était pas encore dans les mœurs et dans les discussions. Madame Yv et moi-même commencions à nous mettre aux produits bio, aux achats locaux, aux petits producteurs et notre démarche éveillait quelques remarques ironiques, condescendantes parfois, comme si cette lubie allait nous passer. Je me souviens même d'une connaissance qui m'avait dit : "Tu verras, quand tu seras allé deux ou trois fois à Auchan, tu n'iras plus au marché." Je ne vais jamais dans ce magasin, par contre, je visite toutes les semaines le marché "avec mon p'tit panier..." mais j'ai pas l'air d'un con ma mère... ou ce n'est pas dû à mon panier, mais là c'est un autre sujet...

Thème passionnant, je pourrais faire des pages, j'avais encore tellement de choses à dire... Le mieux ? Lisez ce recueil instructif, on en reparle dans vos commentaires.

PS : les photos sont toutes du photographe qui a fait de merveilleux films et photos sur le monde paysan, Raymond Depardon.

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zazy 28/10/2015 16:55

Hou la la, tu m'intéresses bigrement. Maintenant qu'ils se voient presque qualifier de serial killers.

Yv 28/10/2015 17:28

Le retour à une agriculture raisonnée et raisonnable est souhaitable

dasola 28/10/2015 10:55

Bonjour Yv, moi qui suis petite fille et petite nièce de paysan par mon père, je note. L'oncle de mon papa avait une ferme avec des vaches, des cochons, des dindons, des poules, des lapins. Il se levait 365 par à 5h du mat'. Jamais de vacances. C'est une époque révolue. Bonne journée.

Yv 28/10/2015 12:18

Bonjour Dasola, ça reste un métier exigeant, mais heureusement avec des pratiques moins dures qu'il y a quelques années. Un métier beau et noble
Bonne journée

Albertine 28/10/2015 09:12

Merci ! Tu viens de m'offrir sur un plateau le cadeau de Noël pour mon père, instituteur/paysan !

Yv 28/10/2015 09:24

Je t'en prie, donne-moi les professions des autres membres de ta famille, je me ferai un plaisir de fouiller dans mes livres... ;)

Hélène 28/10/2015 09:04

thème effectivement passionnant ! de plus j'apprécie beaucoup les photos de Depardon !

Yv 28/10/2015 09:23

Un thème qui me ferait parler des heures.. pour les photos, il vaut mieux prendre un recueil de Depardon ou un film car il n'y en a pas énormément...

keisha 28/10/2015 08:26

Zut, je voulais le lire, puis j'ai oublié... Alors que tu penses bien que ça m'intéresse. Nostalgie...Des gars comme sur la photo, j'en ai connu, dans mon coin. Je crains quand même si c'est trop technique?
Sinon, oui, moi aussi je fais le marché avec mon p'tit panier, j'ai découvert les tomates bio (depuis je ne veux absolument plus manger en salade celles du supermarché -pas forcément moins chères si on prend les mêmes catégories de tomates), achète les patates et fruits du coin (OK, sauf les oranges) et ai tenté l'achat chez le regroupement d'agriculteurs/producteurs. Quand le goût est là, on ne chipote pas;
Sinon, l'agriculteur au bout du chemin, là, à un km de chez moi, il serait sympa d'éviter de parfumer la rue avec ses résidus et de retenir ses chiens quand je me balade, mais bref... ^_^

Yv 28/10/2015 08:41

Panier bio toutes les semaines pour nous, et CAT pas loin qui vend sa production bio (tomates, pommes de terres, carottes, poivrons, oignons, courgettes, ...) et si tout cela n'est pas suffisant marché avec producteur local. L'inconvénient c'est que ce n'est pas tout prêt et qu'il faut donc se coller à l'épluchage et à la cuisson, mais c'est tellement meilleur. Pour les résidus, sers t'en comme engrais ;)