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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Trois gouttes de sang et un nuage de coke

Trois gouttes de sang et un nuage de coke

Trois gouttes de sang et un nuage de coke, Quentin Mouron, La grande ourse, 2015..

Watertown est dans la banlieue de Boston. Le shérif McCarthy y gère les affaires courantes et se retrouve à enquêter sur le meurtre d'un vieil homme dans son pick up, défiguré et langue coupée. Le coupable idéal est le gendre de la victime, un alcoolique, violent qui lorgnait sa belle-fille, la petite-fille du défunt. Franck est un jeune détective accro à la cocaïne qui traîne dans la ville et qui décide de s'intéresser à ce meurtre. Pas mal de personnages, pas tous glorieux passeront devant les yeux des deux hommes qui eux-mêmes se croiseront.

Aïe aïe aïe, me voici doublement embêté. D'une part ce roman est un cadeau, et d'autre part, je n'aime pas dire du mal des petites maisons d'édition. Mais force m'est de constater que je n'ai pas particulièrement apprécié ma lecture. Si le style de l'auteur est dynamique, vif, punchy même pourrait-on dire en bon français, le contenu ne me sied point à plusieurs niveaux. D'abord, l'enquête est mal ficelée et des zones restent obscures une fois le livre refermé. Ensuite, les digressions ne sont pas toutes intéressantes ni de même valeur, certaines sont carrément ennuyeuses. Et enfin, le ton général du roman ne m'a pas plu du tout. Franck est un dandy, un homme en recherche de la pureté. Pour cela, tout ce qui n'atteint pas ce stade n'est pour lui pas digne d'intérêt. Ce n'est pas vraiment ce postulat qui me gêne, au contraire, il y a de quoi bâtir un personnage pas banal, ce que fait bien Quentin Mouron. Mais le travers est de tomber dans un discours un poil méprisant et défaitiste, celui des blasés de tous poils, et là l'auteur n'évite pas l'écueil. Et c'est fort dommage d'ailleurs, car son shérif McCarthy, humaniste, est trop peu présent dans le texte, il aurait fait un merveilleux contre point au pessimisme, à l'élitisme et au mépris de Franck. En sortant de cette lecture, on hésite entre se bourrer la gueule pour oublier ou aller se pendre dans le chêne au fond du jardin... voire les deux... heureusement pour moi, je n'ai pas de chêne, et mon naturel résolument optimiste reprend vite le dessus. Bon, là, on va me rétorquer que je suis naïf, que l'on ne fait pas de bons romans avec de bons sentiments... mais je sais cela, et je ne demande pas de bons sentiments, je dis même que si le shérif McCarthy avait eu une place égale à celle de Franck, les deux discours auraient été plus forts car contradictoires.

Je dois avouer aussi ma déception quant à la profondeur des personnages, esquissés mais pas fouillées : on ne connaît quasiment rien d'eux sauf la détestation de Franck pour la vie de McCarthy -et de tous les autres bouseux qui ont la malchance d'avoir une femme des enfants un pavillon une voiture et un chien... ouf, j'échappe de peu au stéréotype, je n'ai pas de chien... mais une chatte obèse (je laisse ici quelques secondes pour les ricanements qu'en général ce propos génère, je ne fais pas la fine bouche, moi-même en le disant, il m'arrive de rire)

Malgré tout, ce roman possède de bons arguments : une écriture vive, des changements de rythme, de belles références, j'ai vu en Franck, ce dandy décadent que plus rien n'étonne un peu de Dorian Gray, qui au lieu d'un portrait porterait un ou des masques : "Vous voyez en moi un homme assuré : allons, vous êtes peut-être plus courageux que moi ! Vous me demandez qui je suis... Que répondre ? Un masque, je suis un masque. Appliqué tant bien que mal sur un éclatement, et qui glisse, glisse. La colle tient mal au gouffre." (p.197/198). Tout n'est pas négatif, je pense que l'auteur a de la ressource, mais la posture de poète maudit peut agacer, moi personnellement, elle magace.

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Claude LE NOCHER 18/09/2015 18:13

Salut Yves,
Pour ma part la tonalité "décalée" et "punchy" (mais pas absolument "trash", pour continuer à parler franglais) m'a séduit. En effet, pas une stricte avec le Colonel Moutarde trucidé dans la cuisine, et dans le dos, à coups de gigot trop cuit (oui, bon, on rigole). Un talent à confirmer, certes, mais sur la bonne voie, dirais-je.
Amitiés.

Yv 18/09/2015 18:33

Salut Claude
oui, je suis d'accord un talent à confirmer, il y a plein de bonnes choses dans ce roman qui laissent à penser à d'autres plus maîtrisés. Je suis passé un peu à côté, pas grave, je me rattraperai sur les suivants
Amicalement,

zazy 18/09/2015 17:29

Le titre a tout pour ne pas me plaire.

Yv 19/09/2015 09:04

pas le genre...

zazy 18/09/2015 19:58

A partir du moment où coke ne signifie pas charbon....

Yv 18/09/2015 17:33

Ah, jusque là, j'avais des commentaires inverses

Alex-Mot-à-Mots 18/09/2015 15:37

Quel dommage, le titre était pourtant tout un programme !

Yv 18/09/2015 15:53

Eh oui....

Violette 18/09/2015 11:06

je m'interroge aussi souvent au sujet de cette histoire de "bons sentiments" et je n'ai pas la réponse... je vais passer pour ce roman!

Yv 19/09/2015 09:03

;)

Violette 18/09/2015 19:19

j'ai compris ce que tu voulais dire et je pense comme toi. :)

Yv 18/09/2015 11:11

Disons que je ne recherche pas toujours les bons sentiments, il faut savoir les amener sans que cela fasse crétin, mais ce dandy a un côté horripilant, méprisant que je n'aime pas et qui n'est pas assez contrebalancé par l'humanisme de l'autre personnage, histoire de le rendre soit plus antipathique encore, soit de le comprendre un peu mieux

Hélène 18/09/2015 09:06

Dommage il avait un titre qui claque !

Yv 18/09/2015 11:02

Oui, il avait tout pour plaire, mais je dois dire que j'ai lu je ne sais plus où des critiques plus positives que la mienne

keisha 18/09/2015 08:45

Tu as raison de donner ton vrai avis, même si c'est un cadeau, même si c'est une petite maison (et je sais que tu aurais préféré aimer) mais comme cela on te sait crédible quand tu dis que tu aimes!

Yv 18/09/2015 11:01

Je suis pourtant bon public et j'aime souvent, mais parfois non, et je considère mon blog comme un espace personnel dans lequel je ne fais pas dans l'hypocrisie, je n'aimerais faire comme dans les émissions télé ou radio où les chroniqueurs aiment systématiquement tout ce qu'ils lisent ou voient. Remarque que j'évite aussi autant que faire se peut ce qui a priori me déplaît, je choisis