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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Mille regrets

Mille regrets

Mille regrets, Elsa Triolet, Denoël, 2015 (première édition, 1942)....

Quatre nouvelles écrites en 1940 et 1941. Quatre histoires de femmes et d'hommes, entre Nice et Paris, à l'époque où la ligne de démarcation existait. Curieusement, le contexte de la guerre qui s'annonce ou qui débute est peu présent, au second plan, latent. Les éditions Denoël rééditent ces histoires d'Elsa Triolet dans la collection Empreinte, une belle idée qui permet de remettre en rayonnages cette écrivaine sans doute un peu oubliée, morte depuis 45 ans et qui dans l'esprit de beaucoup, est avant tout la femme de Louis Aragon.

Trois nouvelles assez égales en nombres de pages : Mille regrets, Le destin personnel et La belle épicière qui parlent de femmes. L'autre nouvelle, la plus longue, presqu'un roman de 120 pages, est consacrée à un homme Henri Castellat ; titre de l'histoire éponyme.

- Mille regrets : Une femme plus toute jeune mais pas encore vieille, veuve, apprend que son amant, Tony est mort. Elle vivote dans un meublé minable de Nice jusqu'au jour où elle rencontre un vieil homme étrangement riche, Oléonard, qui lui propose de l'argent en échange de son manteau de vison.

- Le destin personnel : en 1940/41, Charlotte se voit contrainte d'héberger sa mère, ses beau-frère, belle-sœur et neveu pendant que son mari Georges est prisonnier. La cohabitation est plus que délicate entre les reproches de la mère, les jérémiades de la belle-sœur, les pitreries du neveu. Pour souffler, Charlotte accepte de passer l'été en zone libre chez des amis, Jean-Claude et Margot, en pleine campagne. Margot déprime. Jean-Claude se débrouille pour améliorer l'ordinaire de guerre.

- La belle épicière : Louise est l'épicière d'une petite rue parisienne. Mariée à Simon qui gagne sa vie en faisant l'homme serpent et maman de Michel, un garnement d'une dizaine d'années. Sa vie s'écoule paisible au comptoir de sa petite épicerie, sa gentillesse et son charme faisant la joie des clients et voisins. Louise qui entend dire à longueur de journée qu'elle est bien belle et attirante est sage et fidèle. Oui, mais Simon part pour trois mois, et Raymond, le nouveau serveur du café d'en face fait une cour assidue à la belle épicière.

- Henri Castellat : Henri est écrivain. Deux de ses romans ont eu un accueil très favorable quinze ans auparavant faisant de lui, le romancier du moment. Mais Henri n'écrit plus depuis. C'est un homme égoïste qui ne se soucie que de lui, aime briller dans les salons. Dans l'un d'eux il rencontre Annabelle Soriento, femme d'un peintre. Ils tombent amoureux et vivent des moments délicieux. La mère d'Henri voudrait qu'il épouse Jeanne, une jeune propriétaire terrienne de sa région natale, qu'il a mise enceinte deux ans auparavant. Henri répugne à régulariser la situation, Jeanne n'étant pas aussi séduisante qu'Annabelle ni sa région natale aussi attirante que Paris. C'est alors que les menaces de guerre se font de plus en plus fortes.

Je ne connaissais pas les écrits d'Elsa Triolet, et voici donc une belle découverte que ces portraits de femmes qui pour vouloir frôler la frivolité vont payer cash. Alors que Henri Castellat, homme dont l'intérêt unique est sa petite personne, s'en sortira par relations. Couard, veule, c'est un type assez minable qui se sert d'autrui pour lui et encore lui. Il y a 70 ans, on était encore très loin de l'égalité hommes-femmes (encore aujourd'hui me direz-vous), et Elsa Triolet le montre admirablement. Elle ajoute aussi une question de classe sociale, car H. Castellat est un homme du monde alors que les trois femmes dont elle parle sont d'un milieu populaire.

Étrangement, bien qu'écrites en 1940 et 1941, ces nouvelles ne font pas état de la guerre, elle n'est qu'un contexte lointain, même si elle peut être déclencheur de certains comportements. Mais sans doute est-il plus aisé d'écrire sur la guerre une fois qu'on en est sorti, avec un peu de recul.

La langue d'Elsa Triolet n'est point trop datée, elle se lit très bien. Une écriture simple, directe, de belles descriptions de paysages, de personnages : une écriture très visuelle et même odorante lorsqu'elle décrit certains lieux.

Une belle manière d'aborder l'œuvre de cette écrivaine que ces nouvelles rééditées.

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Laure 14/03/2015 08:19

Je n'ai pas encore écrit ma chronique, mais je suis entièrement d'accord avec toi :-)

Yv 14/03/2015 09:18

On peut toujours craindre de lire des auteurs un peu oubliés pour diverses raisons notamment pour un style daté ou des histoires un peu passéistes, ce qui évidemment n'est absolument pas le cas avec Elsa Triolet

Hélène 11/03/2015 09:30

J'ai laissé passer cette publication, je suis heureuse de la découvrir. Je suis fan !

Yv 11/03/2015 10:17

Heureux de te rappeler à l'ordre, pour ma part, je découvre

Jostein 10/03/2015 18:12

Tu me fais découvrir un autre aspect de ce recueil, l'inégalité homme/femme. Sûrement, parce que suite à ma lecture, je vois Henri comme le personnage le plus à plaindre. Avec son indécision, sa soumission et sa lâcheté, il passe à côté de l'essentiel.
En tout cas, nous sommes d'accord sur le style, sur les descriptions de lieux et d'ambiance avec la guerre en second plan.
J'ai apprécié aussi de pouvoir lire cette auteure grâce à cette réédition.

Yv 11/03/2015 08:02

Je trouve surtout qu'Henri est un profiteur et un lâche et que lorsqu'il tombe sur une femme qui en veut un peu plus de lui, il préfère la perdre plutôt que prendre le risque de lâcher sa vie facile. C'est étonnant nos points de vue différents sur cet homme...

clara 10/03/2015 16:01

en espérant les trouver à la biblio mais sans urgence..

Alex-Mot-à-Mots 10/03/2015 14:42

Une auteure enfin ré-éditée. Chic !

Yv 10/03/2015 15:40

ça permet de la découvrir, une très bonne idée

keisha 10/03/2015 14:08

Oui, avec des nouvelles, c'est une bonne idée.
(allons bon je découvre que je dois cliquer 'je ne suis pas un robot')

Yv 10/03/2015 15:38

Oui, je clique aussi sur de nombreux blogs, dont le tien il me semble bien... Pour Elsa, les nouvelles sont très bien

sous les galets 10/03/2015 06:33

Pour moi effectivement, Elsa Triolet restera la muse d'Aragon que je vénère, mais je suis vraiment très tentée, je ne dis pas que je ne vais pas m'y pencher (même si je crains quand même une certaine déception)

Yv 10/03/2015 07:28

Il en est de certains auteurs classiques qu'on craint effectivement de lire par peur de déception. Il faut les lire en oubliant un peu ce que la littérature produit maintenant, ces histoires écrites pendant le début de la guerre peuvent souffrir de notre regard 70 ans après, et pourtant, ça n'est pas le cas, ce sont de beaux portraits de femmes.